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DU PROCESSUS INFECTIEUX EN GÉNÉRAL

SOIXANTE-DIXIÈHE LEÇON

Infcclion. — Maladies infcclicuscs. — Processus infeclicux. — Septicémie expérimentale. — Symptômes. — Modes de production. — Lésions anatomiques — Virulence du sang et des humeurs dans la septicémie.

Messieurs,

Sous le nom à'infecUon les auteurs désignaient autrefois un mode particulier de causalité morbide en vertu duquel Torj^anisme sain puisait, par l'intermédiaire de Tair ambiant, le principe indéterminé de la maladie. Plus tard on qualifia d'inrectieuses les maladies résultant plus spécialement de la pénétration dans l'organisme de substances ayant subi une certaine décomposition putride, et les agents infectieux furent dus soit à la décomposition des matières végétales (infections marécageuses), soit à celles des matières animales. Si l'air était le véhicule de Tagcnt infectieux, Tinfection était dite miasmatique et quand cet agent pénétrait l'organisme à travers une solution de continuité, il y avait infection par inoculation. L'application du mot infection s'étendait encore à ces cas où le sujet malade avaitpuisé en lui-même les matériaux de sa maladie en absorbant des produits qui auraient du être éliminés; on distinguait ainsi les infeclîons biliaire, urinaire, purulente. Enfin l'infection était en opposition avec la contagion, et Ton admetlait que les maladies infectieuses n'étaient pas contagieuses.

Une signification plus large est aujourd'hui donnée au mot infeclion, et depuis Bouillaud (I) on tend à lui rendre sa signification étymologique {inficere^ souiller). Sous le nom de maladies infectieuses on désigne donc des maladies générales, lolius stibs-

(1) ik>uillaud, Traité de nosographie médicale^ 1846.

tantiœy caractérisées par l'introduclion dans Torganismc d'un principe particulier, Tagent infectieux, différant des poisons en ce qu'il peat se reproduire s'il est placé dans un milieu convenable. Cet agent infectieux, désigné sous les noms d'edluvcs, de miasme, de virus, semble porter plus spécialement son action sur le sang, soit primitivement, soit consécutivement; il en modiGe profondément la constitution et entraine des altérations plus oa moins notables dans les divers tissus et les divers éléments anatomiques de Torganisme. D'après cette manière de voir, le cadre des maladies infectieuses est donc trés-étendu puisqu'il comprend : 1** les maladies d'origines elTluviques et miasmatiques telles que la fièvre intermittente, le cboléra, la fièvre jaune, la peste, les typhus divers, la septicémie et Tinfcction purulente, la diphthérie, elc; 2' les maladies virulentes se transmettant de l'homme à l'homme, variole, scarlatine, rougeole, syphilis, etc.; 3° les maladies virulentes se transmettant des animaux à l'homme (zoonoses), rage, mone, farcin, charbon, elc. 11 résulte donc de là que, sous le nom de pi*ocessus infectieux, nous devons étudier en général le modus faciendi des agents infectieux sur l'organisme et ce qui a trait à Torigine et à la nature de ces agents.

Ahu de nous éclairer sur les résultats de la pénétration des agents infeclieux dans l'organisme, je crois de la plus grande utilité de prendre pour type la septicémie expérimentale qui nous permet d'examiner toutes les données du problème, en raison des nombreux travaux dont elle a été l'objet. C'est donc par sa description que nous commencerons cette étude du processus infeclieux.

Avant d'entrer en matière, qu'il me soit permis, messieurs, de revendiquer pour notre chère école française la paternité des recherches importantes faites sur le sujet qui nous occupe. C'ei^t aux travaux de Gaspard, de Leuret, de Bouillaud, de d'Arcet, deCasteInau etDucrestetde mon maître Sédillot que sont dues les premières découvertes. C'est à une pléiade de savants français, à la tète desquels il faut placer Cli. Robin, Cozc et Fcllz, Chauveau de Lyon, que nous devons les découvertes récentes. Lemaire, Davaine, Bouley, Colin, Béhier, Vulpian,Oiîimus et tant d'autres que je voudrais citer ont fouillé sans relâche ce terrain ditticilc, apportant à l'édifice le contingent de leurs efforts. Sans doute, à côté de ces chercheurs, des travailleurs étrangers ont fourni d'estimables résultats et les noms de Virchow, de Bergmann, de Billroth, de Weber, de Burdon Sanderson sont là pour en témoigner; mais, je crois pouvoir le dire.

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c'est l'école française qui a ouvert la voie, et c'est elle encore qui a produit les travaux les plus remarquables.

La pathologie expérimentale réalise la septicémie au moyen dcTintrodurtion dans l'organisme de substances en voie de putréfaction. Or ces substances putrides agissent de différentes manières suivant les doses auxquelles elles ont été employées. Comme l'a démontré spécialement M. Colin (1), introduites à haute dose et surtout par injections intra-veineuses, elles tuent avec rapidité, souvent en quelques heures, à la manière des poisons qui agissent directement sur le système nerveux. Elles produisent cependant encore un commencement d'altération du sang qui consiste en une diminution de la coagulabilité et en un commencement de dissolution des globules rouges; mais ce sang ne possède pas la propriété de donner la maladie à d'autres animaux; il n'est pas virulent. D'habitude on ne trouve pas alors de lésions anatomiques, ou seulement quelques ecchymoses sur les parois du cœur et des congestions passives vers la base des poumons. C'est *là l'empoisonnement putride à proprement parler; et cet empoisonnement diiïère beaucoup de la septicémie dont nous avons à nous occuper.

Gaspard (:2), Leuret (3), Trousseau et Dupuy(4), Bouillaud (5), d'Arcet (6), de Casteinau etDucrest (7),Sédillot (8), en introduisant dans l'organisme animal et à dose moyenne des matières en voie de putréfaction, ont produit cette maladie à laquelle Piorry (0) a donné le nom qu'elle porte aujourd'hui. Les matières servant aux expériences peuvent être des plus variées. Le pus altéré, le pus putréfié, la sanie gangreneuse, les diverses sécrétions physiologiques ou pathologiques en voie de putréfaction, le sang pris sur le cadavre ou conservé pendant quelques jours, le sang frais maintenu pendant 15 à :20 heures à la température de l'organisme, le liquide des infusions de chair musculaire et même celui des infusions végétales avancées, telles sont les substances qui ont été employées par les expéri-

(I; Colin, Académie demèdeàne, 1873.

(i> Cfaspartl, Mèmoïrr pliijsiuhKjique sur les maladies purulentes et putrides {Journal de Magendie, isii..

il) Leiirei, Esiai sur les altèralions du sang, 18:20.

(i) Trousseau et lUipiiy, Journal de médecine vétérinaire, 1827.

tô) Bouillaud, Traité des fièvres dites essentielles^ 18iG.

i6i D'Arci't, Thèse de Paris, 181-2.

i'é ) !>e Gistclnau ol Durrcst, Mémoires de l'Académie de médecme^ i8i6.

(8) Sôilillot. De rinft'ction j)Hrul"nte ou piii>Uémie, 18iy.

('J) i*iorry, Traite des (iKrraiintiH du sanj, 1810.

nr OT. H. — Ôi

menlateurs. L'injection dans les veines, dans les artères, dans le tissu cellulaire et les cavités séreuses (plèvre, péritoine), l'injection dans l'estomac, le rectum ou les voies aériennes ont été les modes de pénétration utilisés. Bien qu'à l'aide de ces procédés, certaines diiïérences de détail se soient produites dans la marche de la maladie ou dans les lésions qui en ont été la conséquence, on peut dire cependant que le tableau général du processus morbide a toujours été le même et que la septicémie en a toujours été le résultat.

Un des premiers phénomènes qui suivent la pénétration des substances en voie d'altération putride consiste dans l'apparition de la fièvre. Cette fièvre, qui débute souvent par des frissons chez les animaux en expérience, s'établit plus ou moins rapidement. Gomme l'ont montré les recherches de Billroth(l), d'Otto Weber (2), de Frcse (3), de Cozeet Feltz (4), et de nombreux autres auteurs, en général, elle commence presque aussitôt après la pénétration des substances putrides, surtout quand il s'agit d'injections dans les veines ou dans le tissu cellulaire. L'élévation thermique peut être plus ou moins considérable; Billroth et Hufschmidt (5) ont vu le thermomètre monter de 1** au minimum et de 2*,2 au maximum; Coze et Feltz ont noté 42'' chez le lapin dont la température normale est de 39"; moi-même (6), dans mes expériences, j'ai rencontré jusqu'à 42%8 chez cet animal. Le plus souvent la lièvre persiste jusque vers les derniers moments de la maladie, dont la durée est trèsvariable puisque, pour mon compte, j'ai vu certains animaux succomber en quelques heures el d'autres ne mourir qu'après deux el trois jours; mais, vers la période ultime, la température s'abaisse: il y a une sorte de collapsus, et il n'est pas rare de voir tomber h* thermomètre bien au-dessous du chiffre normal. Coze et Feltz ont noté 21)^ chez le lapin quelques instants avant la mort, les diiffres de 35% 33" et 32* ont été constatés par Béhier et Liouville (7); dan>

(1) Billroth, Beobachtungssiudien ûber Wundfieber und accidentelle Wundkrankhfi- Un, 1805.

(t) OUo-W'cbcr, Experimenlelle Sludien uher Pyœmief Septikaemie uud Fieber^ 18Ci,

(3) Frese, Df tirage iur .-Eliologie der Fiebers, 1866.

(i) Coze et Feltz, Redierches cliniques et expérimentales sur la présence des »/■soires el l'état du sang dam les maladies infectieuses^ 1871. On ne saurait trop félinter les ailleurs de ces rechf^rches importantes. Ce sont eux qui ont scruté le plus re chami» diflTieile et de leurs travaux sont sortis de nombreuses ri iniportantt s dtVouvcrtes.

(5) Billroth et Hufsclnnidt, Arch. fur A/m. 6'/iir.,186i.

(6) Picot, Recherdies expérimentales sur les propriétés anti-fermentesâbles du nHcate de soude, 1873.

il) B«'hier et Liouville, E.rpérience8 sur la septicémie (Acad. de méd., 1872..

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certains cas toutefois,' comme je l'ai vu, la température reste élevée jusqu'au dernier moment.

En même temps que s'établit la fièvre septicémique, et souvent pendant toute la durée du mal, on constate une prostration marquée, une sorte d'abattement et de stupeur analogue à l'état dit typhoïde que l'on observe chez l'homme. Les animaux restent le plus souvent immobiles, couchés sur le ventre, indifîérenls à tout ce qui se passe autour d'eux. Ils ne cherchent pas à manger et refusent les aliments qui leur sont présentés. Dans certaines expériences, pendant les premiers temps qui suivent la pénétration du poison septicémique, on peut observer une excitation anormale, de l'agitation, des cris qui bientôt font place à l'état de prostration primitivement indiqué. L'inertie des animaux s'accompagne parfois aussi d'une insensibilité complète qui a surtout été remarquée par Béhier et Liouville. Ces auteurs rapportent, en effet, l'observation d'un lapin, qui était tombé dans un état d'insensibilité telle que des cobayes, placés près de lui, lui avaient rongé une partie notable de l'oreille sans qu'il parût s'en apercevoir.

Des vomissements bilieux et quelquefois sanguinolents, une diarrhée slercorale, séreuse ou séro-sanguinolente, une élévation consi- ' dérable du nombre des battements cardiaques et du chilTre des mouvements respiratoires, tels sont les symptômes que l'on observe encore chez les animaux. Dans les derniers temps de la vie, la respiration s'embarrasse de plus en plus, des râles sous-crépi tants se montrent dans la poitrine, révélant un œdème pulmonaire qui, surtout chez les chiens, s'accompagne d'une toux plus ou moins fréquente. Enfin, depuis le moment de l'intoxication jusqu'à la mort, terminaison ordinaire, on voit les animaux maigrir. Mes lapins infectés, n'ont guère vécu plus de 30 à AO heures et, pendant ce temps, j'ai constaté des pertes de poids considérables. Des animaux pesant de 1200 à 2200 grammes perdaient 180, 200 et 250 grammes de leur poids. Les urines ont été analysées par Ritter(1)qui toujours, chez les chiens, a trouvé un peu d'albumine.

La marche de la maladie est variable. Tantôt la fièvre éclate immédiatement après la pénétration des substances putrides; tantôt il y a une sorte d'incubation qui varie depuis quelques heures jusqu'à cinq ou six jours. Le lieu d'absorption choisi, la nature de la substance putride et surtout la période à laquelle est arrivée la pulridilé

(I) UilUT dans Cozc et Frllz. loc. cit.

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de celte substance, la quantité de poison introduite et enfin respèf-e animale choisie pour rexpérimentation sont autant de causes qui influent sur la durée de celte incubation. Ces mêmes causes modifient la durée de la maladie, ainsi que sa terminaison. La mort osl Irés-fréquente, mais non constante. Leplat et Jaillard (i), Coze cl Feltz ont vu guérir bon nombre de leurs animaux, quel qu'ait été du resle le lieu de l'absorption; et, d'après les récentes expériences de Kehrer (2), la mortalité serait généralement de 3() pour iOO.

Qtiand la guérison doit avoir lieu, la fièvre tombe lentement, progressivement, et il n'est pas rare de voir s'exagérer certaines sécrétions physiologiques. Une salivation considérable, une diarrhée très-inlense peuvent ainsi s'établir; il semblerait qu'il y ait une sorte d'élimination du poison septique par ces voies.

Examinons maintenant les particularités qui tiennent au lht\ï d'absorption choisi. Comme l'avaient déjà démontré Gaspard et Sédillot, les travaux de Coze et Fcltz, ceux de Colin (3) ont prouvé que ce sont les injections dans les veines qui mettent le mieux en évidence les propriétés toxiques des substances en voie de putréfaction. Le sang putride injecté dans la jugulaire à la dose de 0 centimètres cubes par Coze et Fellz a déterminé la mort i^ fois sur i-l, entre 40 et 2-40 heures. Bouillaud a tué des chiens en quatre heures en leur injectant dans la jugulaire ^ onces'd'eau putride; et la niéme injection de iOO grammes d'eau putride, faite par M. Colin, a tué des chevaux du poids de 400 kilogrammes. La pénétration direii«î des matières putrides dans le système circulatoire est don<' Irèselïîcace comme vous le voyez, et M. Colin calcule d'après ses résultats qu'il faudrait environ 18 grammes d'une solution putride analogue pour tuer, en moins d'un jour, un homme de taille ordinaire.

Les injections dans le tissu cellulaire sous-cutané possèdent aiis>i une grande énergie. Dans les expériences de Coze et Fellz on \uil ces injections, faites à des lapins à la dose de (i centimètres cubes, tuer ces animaux en 0 ou S jours; ces résultats ont été confirmés par ceux de Kehrer qui a tué des chiens en injectant dans le tis>u cellulaire 8 centimètres cubes de sang putréfié. Ces injettions donnent non-seulement lieu à une septicémie primitive, si je puis m'exprimer ainsi, mais déterminent encore h' plus souvent in h'O)

(|t L'-|ilal <'( Jaillanl, A<tiil. <lrs sciciurs^ 1801,

[t) Kflirer, i'rhfr tlus jmtiiil dift [An h. Jurexpcrim. Patliol., 187 ii.

(iî) Colin, Acalèmie (k ntédcciuey l'^TI.

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des accidents inflammatoires graves. Ce processus local a été remarquablement étudié par M. Chauveau de Lyon qui, pour le pus putride particulièrement, a démontré les faits suivants. A la dose d'un centimètre cube, du pus putride injecté dans le tissu cellulaire d'un cheval produit une tuméfaction énorme, aboutissant à un plilegmon gangreneux qui tue Tanimal en quatre jours. Dilué dans deux fois son poids d'eau, ce pus amène la formation d'abcès fétides et, jusqu'à la quarantième dilution, il peut encore produire une inllammatiun intense, mais qui le plus souvent se termine par résolution. Des effets analogues se manifestent après les injections sous-cutanées de sang pulride,comme l'a montré Kebrer . Les petites doses, ieiil centimètres cubes, amènent des tuméliiclions qui disparaissent en 2 ou 3 jours par résolution; les doses moyennes, 4 centimètres cubes, engendrent des furoncles dont le pus se résorbe, et les doses fortes, 8 centimètres cubes, produisent des phlegmons diffus.

Les voies digestives, estomac et intestin, semblent être des lieux d'absorption moins favorables pour les substances en voie de putréfaction. D'après certaines expériences de Cl. Bernard et de Colin, il paraîtrait que le suc gastrique a, jusqu'à un certain point, le pouvoir d'annihiler la puissance septique de ces matières, pourvu qu'elles ne soient pas ingérées en trop grande abondance. Et cependant des ingestions expérimentales, faites par l'estomac ou par le rectum, ont amené à leur suite la septicémie et la mort. Coze et Feltz ont porté des liquides putrides dans Testomac de cinq lapins; deux sont morts en six et dix jours; trois ont résisté. Sur trois chiens à qui ful'pratiquée la même ingestion, l'un mourut au bout de vingt-cinq jours; le second succomba après deux ingestions faites à un mois d'intervalle et le troisième survécut, bion que l'opération ait été renouvelée cliez lui jusqu'à trois fois. L'introduction des matières putrides par le rectum est beaucoup plus énergique. Bouillaud a tué en un jour un chien, en lui donnant deux lavements de matières putrides. Sur dix lapins chez qui fut faite cette expérience, Coze et Feltz en perdirent neuf au bout de six à onze jours; la quantité de liquide injecté était de 12'^ Trois chiens moururent également dans des conditions analogues. C'est donc avec raison que Ton admet la possibilité de la septicémie par absorption gastro-intestinale et, comme l'a fait bien voir M. Humberl (1), la clinique, dans les cas de fièvre typhoïde, de scorbut, d(3 suppurations buccales ou |)haryngées

(1) lliinibert, Htude sur la septicémie intestinale {Thèse de PariSt 1873).

et même dans ceux de rétention de matières intestinales, nous offre maints exemples de septicémie consécutive a l'absorption du poison septique par les voies digestives.

Les injections de matières putrides dans la trachée et les bronches sont celles qui paraissent déterminer le moins souvent rinfection septicémique. Sur douze lapins, à qui ils ont fait ces injections à l'aide de la trachéotomie, Coze et Feitz n'en ont perdu que deux, et les dix autres ont à peine paru incommodés. Colin, à un premier cheval, a injecté deux litres d'eau putride filtrée et l'animal en est mort; mais la quantité de liquide était très-consi* dérable. Deux autres chevaux, à qui fut pratiquée une injection trachéale de 500 grammes du même liquide, se rétabliront après une indisposition de quelques jours. Des expériences récentes faites par Hohenhausen (1) sembleraient cependant infirmer ces résultats. Cet auteur a montré, en elfet, que l'injection dans les bronche^i d'une quantité très-minime de sang putréfié ou de liquides en voie de pu- Iréfacîion, cinq à vingt gouttes, suffit pour produire une pneumonie lobaire avec tous les signes de la septicémie. Suivant lui, l'inspiration du gaz putride, à elle seule, n'est suivie d'aucun accident; mais, si on la fait précéder d'une simple injection de trente à quarante gouttes d'eau distillée dans les bronches, les accidents se montnmt. Pour mon propre compte, je n'ai pas fait d'expériences de ce genre; mais je crois cependant que la surface des voies aériennes doit être fréquemment un lieu d'ahsorpîion des substances septiques. Je sais bien que Coze et FeItz pensent que c'est plus spécialement par la muqueuse nasale que pénètrent les agents infectieux et qu'ils appuient leur manière de voir sur des exp«3riences; mais, malgré les faits invoqués, en songeant à la capacité d'absorption que possèdent les voies aériennes intra-puliuonaires, je ne puis m'empècher de conserver de grands doutes sur ce sujet.

A quelle dose les substances en voie de putréfaction déterminentelles la septicémie ? Cette question très-importante a surtout été étudiée par MM. Davaine (2) et Béhier; mais les études ont porté plus particulièrement sur le sang en putréfaction. Voici quels ont été les résultats. Chez cinq lapins, Davaine injecte, à l'aide de la seringue de Pravaz et dans le tissu cellulaire de la nuque, quinze,

(1) Hohenhausen, Ein experimenlelle Beilrag mr .£tiologie des seplischen Pneumonie {Deut. Zeil. fur Chir,, !875j.

(2) Davaine, Académie de médecine, 1872.

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douze, dix, quatre et deux {rouîtes de sang putréfié à Tair libre et provenant d'un bœuf tué depuis dix jours. Les cinq lapins succombenl à la septicémie, fait qui semblerait prouver que la dose nécessaire est inférieure à deux goutles; mais poursuivons.

Sur quarante-huit lapins qui reçurent en injection hypodermique de une à seize gouttes de sang putride, vingt-six moururent et vingt-deux ont survécu; la proportion est donc d'environ une mort sur deux. Sur neuf animaux inoculés avec des fractions de goutte, aucun ne succomba à une dose inférieure à deux millièmes de goutte. Ces deux millièmes de goutte seraient donc la dose minimum capable de produire la mort septicémique chez le lapin.

Sur soixante-douze cobayes, à qui Davaine injecta d'une à dix gouttes de sang putréfié, vingt-cinq sont morts, quarante-trois ont sun'écu, ce qui donne approximativement une proportion de trois vivants sur deux morts. Sur onze autres cobayes, qui reçurent des fractions de goutte, aucun n'est mort quand la dose injectée fut inférieure à un quarantième de goutte. Donc, chez le cobaye, la dose minimum de sang putride susceptible de déterminer la mort par septicémie est supérieure à un quarantième de goutte, quand le sang provient du bœuf.

Ces faits sont d'une grande importance,- vous le comprenez, puisqu'ils montrent l'extrême énergie du poison septique et les doses minimes auxquelles il peut agir.

Certaines particularités cependant viennent modifier Timportance des doses des matières en voie de putréfaction. La nature du sang n'est pas sans inlluence, puisque I5éhier, en opérant avec du sang soumis pendant L4 heures à une température de 39 à 40% et provenant d'un homme atteint de névralgie, a déterminé des accidents locaux, mais non la mort; la dose injectée était cependant de cinq divisions de la seringue de Pravaz, autrement dit d'environ i huitième de centimètre cube. Vespèce animale sur laquelle se fait l'expérimentation doit aussi être prise en grande considération, comme l'a indiqué Cl. IJernard et comme l'ont prouvé MM.Bouley (1), Davaine et Colin (^). Le lapin est doué d'une extrême sensibilité pour le poison putride; il succombe avec des doses infinitésimales et sa mort est ordinairement rapide. C'est sans contredit l'animal le plus apte à contracter la septicémie expérimentale. Les autres

(\) Bouley, Académie de médecine, 1872. (2) Colin, Académie de médecine, 1873.

espèces sont loin d*avoir celte aptitude, comme le prouvent los résultats obtenus par M. Colin :

Des inoculations faites à des rats avec une {i;outte entière de sang putride n'amènent aucune maladie; de semblables inoculations pi*atiquées sur des chats, à la dose de deux gouttes, sont pareillement stériles. Chez des chiens, des doses de â à 9 gouttes, chez l'âne des doses de 8 à 15 gouttes, chez le cheval des inoculations allant jusqu'aux chiffres de 175 et 280 ne donnent aucuns résultats. Ces faits d'une grande valeur prouvent donc qu'au point de vue de leur aptitude à contracter la septicémie, il faut classer les animaux domi^stiques en deux séries. Dans la première prennent rang les animaux qui deviennent facilement septicémiques : lapin, cobaye, moineau; dans la seconde rentrent ceux qui sont plus ou moins réfractaires à cette maladie : rat, chat, chien, brebis, chèvre, âne, cheval. Il serait extrêmement important de savoir dans laquelle de ces séries riiomme doit être placé; mais jusqu'à ce jour on n'a pas encore pu résoudre cette question.

Il est aussi une dernière condition qui influe de la manière la plus manifeste sur l'énergie morbigène des substances en voie de putréfaction, c'est le degré de la putridité auquel est pan'enue la substance dont on se sert. Depuis longtemps déjà. Ton sait que ci* ne sont pas les matières dont la putréfaction est très-avancée qui déterminent les accidi'nts gi^aves de la piqûre anatomique et, comme Ta dit le docteur Colles (1), les cadavres frais offrent plus de dangers que ceux qui sont arrivés à un degré avancé de putréfaction. Cil. Robin (2) a montré qu'il fallait nettement séparer les effets produits par les substances organiques privées de vie. Suivant lui, et j'accepte pleinement sa manière de voir, après la mort de toute matière organisée, il s'établit dans cette matière des modifications premières qui lui donnent le caractère de la virulence, et la rendent capable de produire dans les organismes vivants les accidents giaves que nous avons étudiés. Cette virulence qui, suivant ce savant maître, résulte de modifications isomériques dans les matières albuminoïdes, n'est pas la putridité et précède la putréfaction qui ne se montre que quand les subsUmces organiques, en se décomposant, donnent naissance aux hydrogènes phosphore, sulfuiv et carboné, à de l'ammoniaque et à des acides gras volatils. Quand la

{{) Colles, cité par Davnino, Académie de médecine ^ 187:2. (2) Cil. Robin, Société de biologie, 1868.

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putréfaction est arrivée à son maximum, elle fait perdre aux matières organiques leur virulence et leur pouvoir de produire la septicémie. Cette doctrine du professeur de Paris reçoit tous les jours une éclatante démonstration des recherches expérimentales. Lcplat et Jaillard ont fait voir que l'injection de liquide en putréfaction très-avancée ne donne pas la mort, et les expériences de Davaine ont confirmé ces résultats, vous allez le voir : 22 cobayes ont été inoculés avec du sang de bœuf conservé de 1 à 10 jours dans un local dont la température a toujours été supérieure à 14"; sur ces 22 cobayes, 17 ont reçu des doses variant entre une goutte et -jyy- goutte ; 12 sont morts et 5 ont survécu; 20 cobayes ont été

inoculés avec une même dose de sang conservé de 11 à 00 jours ; 25 ont survécu, il n'y a eu qu'une seule mort. Il est donc bien établi que, loin d'augmenter avec la fermentation putride et la fétidité qui en est la conséquence, le pouvoir seplique du sang mort diminue progressivement et finit selon toute probabilité par disparaître.

Ces faits viennent encore de recevoir confirmation des expériences de Samuel (1). En étudiant hîs effets des substances en putréfaction sur Torganisme, cet auteur montre que ces effets varient suivant la période à laquelle est arrivée la putréfaction. Un morceau de muscle étant placé dans l'eau pendant tout le temps, environ huit mois, que dure la putréfaction, à diverses époques on injecte à des animaux une môme dose du liquide putride. Dans une première période, qui va du 3' au 7* jour, ces injections ne produisent que des inflammations qui se terminent par résolution, c'est le stade appelé par Vdiuit'uv stade phlogogène. Depuis ce septième jour jusqu'à deux ou trois mois dans la saison d'hiver, les injections amènent la septicémie, c'est le stade seployène, pendant lequel on voit l'action infectieuse atteindre son maximum un peu avant le milieu du temps qu'il dure, pour décroître ensuite progressivement. Après ce stade survient le stade pyogène, dont la durée paraît indéterminée et pendant lequel les injections ne déterminent plus que des inflammations suppuratives.

Yoici donc, messieurs, une maladie expérimentiile grave, déterminée par l'introduction dans l'économie vivante de substances organiques mortes, (,'t dans un état d'altération spéciale qui n'est pas

(1/ Samuel, Ue1)er die Wirkunij des Faùlniss processes auf den lebenden Organismus (Arch. f. exper. Palh. und Phêrm.^ 1873).

encore la putréfaclion. Celle maladie naît sous rinfluence <le la pénétration de quantités trés-minimes de ces substances ainsi altérées; elle donne lieu à des accidents locaux et généraux des plus sérieux et se termine très-souvent par la mort. Voyons quelles en sont les lésions anatomiques.

On a dit que la septicémie ne donnait lieu à aucune lésion; cependant, la plupart des expérimentateurs ont trouvé des lésions nombreuses, et Bouillaud notamment en a donné une description remarquable dans ses expériences. Des injections de la plèvre, du péricarde avec taches hémorrha^i^iques à la surface des poumons, congestion de ces organes et injections bronchiques; des injections semblables sur le cœur, avec taches d'un rouge brun pénétrant de Tehdocarde jusque dans le tissu musculaire du cœur, qui est le plus souvent flasque et mou ; une augmentation de volume de la rate, puis un piqueté hémorrhagique sur toute l'étendue de la muqueuse intestinale fortement congestionnée, telles sont les lésions qui ont été observées par cet auteur. Ces altérations des organes ont été pareillement trouvées par Coze et Feltz, qui ont noté en outre la dégénérescence graisseuse du foie et des reins. Dans mes expériences j'ai rencontré les mêmes faits; de plus j'ai trouvé, à la surface du foie, un grand nombre de petits points blanchâtres dont la grosseur variait entre celle d'une tête d'épingle et celle d'une forte lentille; ces points blancs étaient entourés d'une auréole roug*^ très-foncée, et leur consistance était un peu plus molle que cell«* du tissu hépatique. A Tcxamen microscopique, je les ai vus fonnés par des cellules hépatiques, ayant subi une dégénérescence graisseuse très-avancée et par des globules que leur réaction au contact de l'acide acéticjue faisait reconnaître pour des leucocytes. Indépendamment de ces petits points blancs, j'ai vu sur le foie de larçes plaques, irrégulières de forme, et dont la couleur était analogue à celle du foie gras des phthisiques; leur pourtour était formé par du tissu hépatique ayant conservé sa couleur et sa consistance normale. La nature de ces taches fut établie par le microscope qui y montrait la dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques, et une modification remarquable du contenu des vaisseaux capillaires. Dans ces vaisseaux, en efl'et, il n'y avait plus de globules rouges, mais des leucocNtes accumulés. Autour des capillaires, on trouvait aussi quelques globules blancs. Il s'agissait donc ici, non plus d'infarctus en voie de ramollissement, comme dans les petites taches citées plus haut, mais de territoires vasculaires considérables dans lesquels la

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circulation normale était enrayée d'une manière complète par l'accumulation lente de nombreux leucocytes dans les vaisseaux capillaires. Dans les autopsies de certains de mes animaux, j'ai aussi rencontré des lésions dans les fibres musculaires du diaphragme et dans celles du cœur. Dans le diaphragme, les fibres musculaires accusaient plus particulièrement la striation longiludinale, et les faisceaux étaient en grande partie décolorés; la striation transversale avait presque complètement disparu. 11 semblait que l'élément lut dans un état de ramollissement avancé, et l'on voyait de nombreuses ruptures des fibrilles sans constater toutefois aucune trace de dégénérescence graisseuse. Au cœur la lésion était plusavancée; presque partout la striation avait disparu, et l'on trouvait une quantité considérable de granulations brunAtresoccupant la totalité des fibrilles qui semblaient très-friables.

Telles sont les lésions habituelles des tissus et des organes dans la septicémie, lésions qui semblent avoir échappé à Davaine et qui ont été aussi démontrées par Béhier et Liouville. Il faut y joindre encore les épanchemenls séro-sanguinolents des cavités séreuses (plèvre, péritoine, péricarde) observés par Rouillaud et ces derniers auteurs.

Les altérations du sang sont de la plus haute importance et j'appelle sur elles toute votre attention. Le sang est atteint dans sa constitution physico-chimique et anatomique; il a perdu ses propriétés physiologiques et, de plus, il a acquis une propriété spéciale, la virulence, en vertu de laquelle il est devenu apte à déterminer, chez d'autres animaux, la maladie qui a produit sa propre altération.

Le sang est ordinairement plus noir que d'habitude, difiluent et moins coagulable. Des modifications chimiques importantes s'y rencontrent, comme l'ont établi surtout les recherches de Schlagdenliauiïen et de Rilter (1), dont les analyses ont été failes sur le sang des animaux mis en expérience parCozeet Feitz. Voici un tableau, extrait de ces auteurs, qui montre ces altérations du sang chez le chien.

(\) SchlagUciiliaufTen cl Kittcr dans Coze et Feltz, loc. cit.

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LES GRANDS PROCESSUS MOIlBlDES.

COMPOSITION CII!MIQI:E DU SANi; NORMAL ET DIT SAM; SEPTICÉMIQUE (CIIIEXS).

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