INFECTIONS VIRULENTES
D'un autre côté, les agents infectieux désignés sous, le nom de contages, c'est-à-dire primitivement élaborés dans les organismes nnalades, peuvent dans certaines circonstances devenir de vériuil)les miasmes. Dans ce cas, ils se sont répandus dans le milieu extérieur, et l'ont vicié suffisamment pour qu'il devienne un foyer (Vinfecliony analogue aux régions paludéennes qui sont des foyers d'infection pour la fièvre intermittente. Il parait en être ainsi, comme l'a bien montré M. Bernheim (1) pour l'agent de la septicémie et de la fièvre puerpérale. En effet, quand une fois ces maladies se sont développées dans une salle d'hôpital, elles y persistent avec la plus grande ténacité ; souvent, ni la ventilation prolongée, ni les procédés de désinfection les plus divers ne parviennent h les en expulser. Dans ce cas il est fréquent de voir succomber à la septicémie tous les amputés, toutes les accouchées qui arrivent dans cette salle. M. Bernheim cite à l'appui les faits qu'il a observés à l'ambulance qu'il dirigeait à Dijon. Dans une salle de 30 lits, bien aérée et constamment désinfectée par des flots d'acide phénique, mais dans laquelle la septicémie avait existé, bien qu'on ait changé toute la literie, il a vu la maladie se continuer, et sévir dé telle sorte que tous les sujets atteints de blessures un peu graves, que tous les amputés mouraient de cette maladie. Pour mon compte, pendant la guerre, j'ai eu sous ma direction l'ambulance de la Brelèche, parfaitement organisée. Dans une immense salle, avec des fenêtres nombreuses sur trois de ses faces, il n'y avait que 40 lits. La septicémie frappa deux amputés, je fis évacuer la salle qui fut désinfectée et laissée vide pendant quinze jours, puis j'y remis des blessés. Tous les sujets gravement atteints succombèrent; je perdis tous mes amputés; l'un d'eux mourut après l'amputation du pouce, et j'en étais arrivé à ne plus oser faire une incision. Faut-il cependant admettre que l'agent septicémique se reproduise et pullule en dehors de l'organisme, comme le pense M. Bernheim? J'ai peine à le croire, surtout quand je songe à la faible proportion de cet agent nécessaire pour produire la maladie. De même les contages de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de la morve peuvent ainsi prendre les caractères des miasmes.
Quand l'on peut recueillir directement sur l'oi'ganisme malade le principe infectieux de celte maladie, et que ce principe fait partie d'une humeur (sang, pus, sérosité, salive) ou d'un tissu physiolo-
(1) Bcrohcim, art. Contagion du Diction, encycl. des se, méd.y Masson, 1876.
8(11 LtS GIU>DS l-KOCESSUS MOHBlDtS.
giqiie ou pDlliologiquc, on désigne ce principe sous le ootu tlo virus, cl les maladies qu'il engendre sont dites maladies viyuUnlei. Ce principe ainâi recueilli et transpoilé sur un organisme sain, soit à l'aide de l'inoculation ù la lancette, soit â l'aide d'une iojec> lion, soit enlîn par transplantation du tissu doit reproduire l'iafcction qui lui est propre. Il s'en Faut que toutes les înlectioas, ni^ine les inleclions contagieuses, soient ainsi transporta blés à l'aide d'un virus. Je ne sache pas que jusqu'ici on ait pu retiroduiii! iwr voie d'inoculalion la fiévTC jaune ou le choléra. D'un autre cdlé, l'on sait que certaines infections, qui sont virulentes pour une eâ|)tfcc animale, ne le sont pas pour d'autres; la variole, inoculable citez riiomme, ne peut être transmise au lapin par exemple, et la syphilis paraît spéciale h l'homme également. Certains virus son! du resti.' absoluuient /ires; ils ne peuvent être transportés jwr l'air et ne déterminent les inTiKlions que par voie d'inoculation. Le virus etibique, le vaccin, le virus syphilitique sont dans ce cas. D'auUet sont voUililji; ils peuvent être transportés par l'air et se coni|H)rteiil comme les miasmes; c'est le cas du virus de la variole, de la scarlatine, de la morve, etc.
Les agents infcctieus peuvent agir direclemenl ou indirectemcni sur les organismes pour produire les inrections. Cette propo.'iîlioQ est surtout juste quand il s'agit des coulages, comme vont vous U montrer quelques exemples. La syphilis, la vaiiole, peuvent se tiTUisniettie d'individu à individu, par contact et rappoils immcdtats, contagion immédiate; mais ces inTections peuvent aussi se ti'ansmettn^ par l'inlorniédiaire d'autres personnes ou des choses qui pnmitivcment auront été en contact avec les maladi's, ctinlaijion midinte. Du pus sypliililique déposé sur du linge, sur les bords d ou verre, peut inoculei' la syphilis; une personne peut niùme recevoir le virus sypliilitiquc d'un suji^L malade et le tninsnioUre â un aulre sans en être elle-même infectée. . .
il résulte donc de caUe exposition que nous \>ttv\NO'^ '^^**^^*^-*__.i ■ vuedcleur ,„nie.à'aVP«'^**M
Voyons maintenant dans quelles circonstances et de quelle manière se développent les infections auloclithones et hétérochlhones :
I^ clinique nous montre un grand nombre d'exemples de septicopyohémie où l'origine première du mal ne peut être cherchée que dans l'organisme lui-même, puisque, chez les sujets atteints alors, il n'y a pas à invoquer rinfluence d'un milieu contagifère ou même celle d'un milieu insalubre. Malgré sa nature spécifique et infectieuse, la maladie paraît donc s'être développée d'une manière entièrement spontanée. Les cas de ce genre s'observent dans deux circonstances. Tanlôt l'infection autochthone se déclare à la suite de lésions sur lesquelles le contact de l'air n'a pu avoir lieu ; tanlôt elle apparaît chez des sujets porteurs de plaies exposées à l'air.
Les faits appartenant à la première catégorie sont nombreux. Comme l'ont prouvé cerlaines observations de phlébites consécutives à de simples contusions ou à des rhumatismes, comme l'ont montré les faits d'inflammation de la veine porte suivis de mort par septicopyohémie,* les inflammations des veines, non accompagnées de lésions extérieures, doivent être citées en première ligne comme point de départ de l'infection aulochtlione. Il Huit y joindre les inflammations des artères et surtout l'endocardite ulcéreuse dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler. L'infection qui en résulte ne peut être mise en doule ; elle s'accuse et par sa symptomatologie et par ses lésions anatomiques (congestions passives, ecchymoses, infarctus viscéraux et abcès métastaliques) si caractéristiques. De même, des abcès sans communication avec l'air extérieur et siégeant dans le tissu cellulaire (Blum) (1), dans les muscles, dans les os, surtout quand il y a osléo-myélitc, dans les viscères, foie, rate poumon, «es foyers gangreneux situés dans les mêmes régions peuvent encore devenir le point de départ de l'auto-infection. Tous ces faits ^ une importance considérable; ils démontrent que l'agent septi- ™'que n'a pas besoin du contact de l'air pour se développer et ^ . P^ut prendre naissance dans les profondeurs de l'organisme
* *^îen qu'a l'extérieur. Us ont du resle acquis une nouvelle
**^'**^iïcc depuis les recherches de M. Bergcron (2). Cet auteur a
I* • ^^> en effef, que dans le pus des abcès chauds parfaitement
*** du contact de l'air, on rencontre des bactéries souvent en
, Arch. gén. de méd. , 1 870.
^'^"ttfon, Acad. de méd., 1875.
trés-granJ nombre, circonstance qui indique une certaine altération clans ce pus. C'est plus particulièrement à la suite des maladies de> organes urinaires que Ton observe l'infection autochthone. Toutes les maladies de ces organes qui s'accompagnent de suppuration dt' la muqueuse et de la transformation ammoniaciile des urines peuvent lui donner lieu. Ces urines, en effet, sont éminemment infectieuses, conmie l'ont prouve les recherches de MM. Gosselin et Albert Robin (1) ; elles conliennent des organismes inférieurs (ferment d«* van Thicghem, bactéries diverses) que certains auteurs font pénétrer hypotlïéliquemcnl dans la vessie par le canal de l'uréthre ou par le tub»» digestif!
L'infection autochthone se montre plus fréquemment peut-être «ians les cas où existent des plaies exposées au contact de Tair. Le plus grand nombre des chirurgiens admet que, dans ces cas, il se forme à là surface des plaies, et sous l'iniluence de l'air, une matière putrescible résultant de la mortification des éléments anatomiqucs ei des liquides albumineux. Cette matière putrescible donnerait lieu à la production d'une substance toxique (sepsine de Bergmann, de M. Verncuilouautre), qui, selon certains auteurs, notamment selon M. A. Guérin (2), seraitliée à laprésence des organismes inférieurs sur les plaies. Cependant, comme je vous l'ai montré, il est certain que les bactéries ne sont pour rien dans la production de Tageot >eplicémique, qu'il ne se forme pas alors de produit toxique analogue à la sepsine de Bergmann, mais qu'il s'agit encore de celte inodificalion des substances albuminoïdes consécutive à la mortdrî: él«'nionls et donnant à ces substimces le cachet de la virulence. Ce<\ à leur absorption à la surface de la plaie que sont dus les acci lenis d«' rinfection. Celte infeclion autochthone se produit pareillem»MU riiez les femmes après raccouchement, dans ces cas isolés de lièviv puerpérale se montrant à la campagne, dans des maisons particulièies très-saines, et pour lesquels on ne peut invoquer aucui:* inllucnce épidémiqne ou conlagieuse. Ces septicémies puerpéral» ^ ^onl souvent consécutives à des lymphangites ou à des phlébilr> utérines, comme elles peuvent aussi résulter de l'altération des liquides s«:crélés à la surface de la matrice, ou bien encore de !.» piilrérarlion de portions de plac-nta restées dans la cavité de C'i
OiyiUiC.
(|. (.o'i.solin et A. Robin, AcaL des sciencrs, 1871, {ti A. Guriii, Académie de médecine, 1871.
Je VOUS l'ai dit, les infections hétérochthones sont de nature miasmatique ou de nature contagieuse, et ces deux modes d'origine peuvent s'unir pour produire les infections miasmatico-contagieuses ou contagioso-miasmatiques. Il nous faut donc rechercher leur mode de développement dans ces différents cas.
L'infection d'origine miasmatique pure se rencontre particulièrement dans la fièvre intermittente ; c'est la seule infection qui ne puisse pas se développer par voie de contagion. Le miasme qui la produit, habituellement désigné sous le nom d'effluves, se forme dans le sol; c'est, comme le dit avec raison M. Léon Colin (1), un poison lelluriquc, qui apparaît à la surface, sous forme d'émanations fébrigènes, chaque fois qu'un sol qui pourrait être ferlile n'épuise pas sa puissance par une végétation suffisante. Ce poison tellurique amène la fièvre intermittente, dans des régions non marécageuses comme dans les contrées marécageuses, quand se trouvent réalisées les conditions essentielles de son développement; ces conditions, l'expérience l'a montré, sont celles qui ont été si bien précisées par M. Vallin (i) : 1** un sol riche en matières organiques, non aéré et retenant dans ses couches un air confiné ; 2** de l'eau stagnante, non renouvelée, en quantité suffisante pour maintenir le sol humide mais non noyé; 3" une température capable de déterminer ou d'activer la fermentation. Quand existent ces conditions, le foyer miasmatique est constitué, quand même, à la surface du sol, il n'y a pas apparence de marécage; et dans ce dernier cas, le déblayement du sol, les travaux de terrassement donneront fréquemment lieu à l'apparition de la fièvre. C'est plus particulièrement par les voies respiratoires que le miasme pénètre dans l'organisme. Sans doute l'on sait que l'eau marécageuse en boisson a pu donner la fièvre intermittente; les faits rapportés par Boudin (3), lleusinger (4) ne laissent aucun doute à cet égard; mais, d'après les recherches de M. Léon Colin (5), l'usage des eaux marécageuses donnerait rarement la fièvre intermittente et serait beaucoup moins dangereux que la respiration des émanations du sol. 11 est de toute probabilité que le miasme paludéen est lié à la décomposition des matières d'origine végétale.
(1) Léon Colin, art. Miasmes liu Dict. encycl. des se. méd.j 1873. (il Vallin, art. Mar.vis du Diction, enrycl. dex se. méd. (3) Boïnlin, Traité des jievrea intermittentes, rémillenieSy etc., 1843. (l; Il(îusinj;er, Fteche relies de pathologie comparée, 1853.
(.*>i b'ou ('.olin, De l'iwp'slum des eaux marécageuses comme cause de la dyssenterie et des fièvres intermittentes (.Ami. d'kyg. pub. et de méd. léy., 1872).
Les autres infections d'origine miasmatique sont en même temps contagieuses et peuvent, par conséquent, se développer soit spontanément sous rinfluence des conditions qui amènent la production du miasme, soit par transport d'un individu malade à un individu sain. Dans cette classe de maladies infectieuses qui, vous le savez, comprend plus particulièrement la fièvre jaune, les typhus, la fièvre i*écurrente, le choléra, la peste, la dysenterie et la lièvre typhoïde, le miasme générateur ne paraît plus avoir un rapport aussi étroit avec le sol que dans la fièvre intermittente; Ton voit intervenir souvent dans les conditions de son apparition la question géoj»raphique. En effet, la fièvre jaune est essentiellement une maladie des Indes occidentales et du continent américain, n'apparaissant en Europe qu'après une importation; le choléra est originaire des grandes Indes, il y règne en permanence et ne s'étend sur nos contrées que par voie de propagation épidémique; il semble en avoir été de même de la peste, dont les épidémies, si terribles autrefois, paraissent avoir été importées de l'Oiient dans les pays du centre de l'Europe, probablement de l'Egypte, de la Perse et, suivant Tliolozan (1), de l'Arménie et de la Syrie. Le typhus pétéchial et la fièvre récurrente sembleraient môme être des maladies spéciales à certaines contrées; on les observe notamment en Irlande, en Silésie, dans l'Allemagne du Nord, en Égjpte et en Kabylie où elles sont presque permanentes; c'est de ces contrées qu'elles se propagent vers d'autres par contagions multiples et par voie épidémique. Cette opinion a été acceptée par M. Chauffard pour le typhus pétéchial en particulier.
Mais quelles sont les conditions de développement du miasme morbigène? Toutes les affections appartenant à cette classe semblent rencontrer les conditions de leur développement dans ralféi*ation putride des matières organiques tant végétales qu'animales, et les émanations de ces matières en putréfaction constituent le miasme morbigène dont il s'agit. En effet, quand on étudie les conditions spéciales au développement de chacune de ces maladies infectieuses, on voit que toujours la putridité doit être mise en ligne de compte. La lièvre jaune, qui est essentiellement une maladie des côtes, se développe dans les ports de mer plus particulièrement, quelquefois à bord des navires, surtout de ceux dont le fond de cale est sale, rempli de matières organiques en voie de putréfaction. Une grande
(1) Tholozan, Ilitloire de la i>eile bubonique en Mésojwtamie, t87-i.
chaleur, le repos de Tatmosphère et rhumidité de Tair sont les causes adjuvantes de son développement. Le choléra, qui naît dans les Indes où il est permanent, semble aussi avoir d'étroits rapports avec la putréfaction des matières organiques; les détritus végétaux cl animaux charriés par les fleuves et abandonnés sur les rives en sont peut-être les éléments producteurs. Il en est encore ainsi de la peste, dont le développement en Egypte était lié, selon toute probabilité, à cette habitude de ne pas enterrer les cadavres qui se putréfiaient librement à Tair; des causes accessoires venaient se joindre à celte cause primordiale, l'encombrement, Tétat insîilubre des habitations, les débordements du Nil, l'humidité do l'air et l'élévation de la température. Le typhus a de tout temps été considéré comme le résultat de la viciation de Tair par l'accumulation d'un grand nombre d'hommes dans des espaces mal disposés, mal ventilés et exposés souvent aux émanations de matières animales en voie de décomposition. Le voisinage des cimetières, des abattoirs, des dépôts d'immondices de toute sorte favorise puissamment l'éclosion du mal qui se développe surtout dans les camps, dans les villes assiégées, sur les navires, en raison de la mauvaise qualité et de l'insuffisance de l'alimentation, en raison des fatigues de toutes sortes auxquelles les hommes placés dans ces conditions se trouvent soumis. La fièvre récurrente, dans Tétiologie de laquelle la privation des aliments joue un très-grand rôle, paraît encore être un des .résultats de Tencombrement et des émanations de nature putride. Il en est de même de la dysenterie cl de h fièvre typhoïde, comme l'a encore parfaitement établi M. Chauflard(l) dans ces derniers temps.
D'après ce qui vient crèlre dit, vous le voyez, je pense que les infections miasmalico-contagieuscs peuvent se développer spontanément sous l'influence de causes variées dont la plus constante semble être la pénélration de matières organiques, végétales ou animales, souvent végétalc's et animales, en voie de putréf^iction, avec ceci de parliculier toutefois que les conditions climatériques et géographiques ont une importance considérable dans le développement de ces affections. On pourrait comparer l'action primitive du miasme à Tinjeclion première de sang putride à des animaux. Sous rinlluonce de Tune comme de l'autre de ces causes, il se produit une maladie pendant laquelle s'élabore dans l'organisme un principe d'une grande activité qui reproduira, i\ très-petites doses
(I) ChaufTard, Académie de médecine, 18
(contagion), la maladie elle-même. Ccpendanl, dans ces dernières années, ce mode de développement des infections en question a été attaqué avec la plus grande force. Se basant d'une part sur ia spéci- (icilé de toutes ces affections, d'autre part sur leur nature parasitaire supposée, les auteurs ont avancé que, si l'on admettait leur dé* veloppement spontané, il fallait accepter de même rhjTpothése de la génération spontanée; les germes de ces maladies (bactéries et bactéridies) devant alors se développer spontanément. Ce raisonnement, qui repose sur une hypothèse loin d'être démontrée, pèche par la base d'une manière complète, comme l'a bien indiqué M. Chauffard. En effet, de ce qu'une maladie est spécifique, il ne s'ensuit pas que son développement ne puisse être spontané, puisque tous les jours nous voyons des maladies de ce genre, l'infection purulente, la lièvre puerpérale (septico-pyohémics) se développer spontanément. De ce qu'une maladie se développe spontanément, il n'est pas n<*cessaire d'admettre l'hétérogénie (génération spontanée) pour comprendre son développement. Ce développement spontané du mal veut dire simplement que la maladie ne résulte pas d'une contagion démontrée. Ces attaques contre l'origine spontanée des maladies infectieuses ont porté surtout sur le typhus et la fièvre typhoïde. Nous y reviendrons.
Celle classe de maladies infectieuses peut se diviser en deui groupes. Dans le premier, il me semble assez rationnel de placer les infections qui paraissent résuller de la pénétration dans l'ocganisme des émanations d'origine végéto-animale ; la fièvre jaune, le choléra, la dysenterie, la peste et peut-être même la grippe, me paraissent devoir ici trouver leur place. Dans le second gn)upe nous ferons rentrer les infections qui semblent produites par la pénétration des émanations d'origne animale. Ces infections, qui sont actuellement désignées sous le nom à infections septlqnes on septicoules, ont pour caractéristique la septicité ou, comme Ton disait autrefois, la putridité; un grand nombre d'entre elles faisaient partie de ce groupe des fièvres putrides admis par les anciens auteurs. C'est ici qu'il nous faut placer la septicémie et ses variétés : infection purulente, fièvre puerpérale, piqûre anatomique, les typhus divers, la pourriture (f hôpital, l'érysipèle, la diphthérie (septicémie diphthéritique) et les maladies charbonneuses.
Un certain nombre de ces maladies paraissent résuller de l'absorption des émanations du corps de l'homme sain ou malade; elles sont donc les effets du miasme humain et de l'encombrement or-
dinaire ou nosocomial. La septicémie, que parfois on appelle aussi typhus chirurgical, la lièvre puerpérale, la pourriture d'hôpital, le typhus exanthématique sont dans ce cas. Peut être même le développement de la fièvre typhoïde est-il favorisé, s'il n'est occasionne, par l'encombrement, comme l'admet M. Chauffard. Voyons donc quelles sont les modifications apportées dans les milieux habitables par l'encombrement, et comment se produit le miasme humain.
Depuis les travaux d'Ehrenberg et de Boussingault, on sait que l'air atmosphérique contient une quantité considérable de matière organisée en suspension, consistant surtout en des organismes vivants, qui ont été démontrés encore par les recherches d'un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels il faut citer surtout Gaultier de Claubry, Pouchet, Pasteur, Lemaire, Ch. Robin et Tyndall. Çuivant les uns (Pasteur), ces organismes seraient de nature animale; suivant les autres (Ch. Uobin), ils seraient d'origine végétale, opinion qui, d'après les recherches de Douglas Conningham, tend à être confirmée. Les travaux de Gavarret ont établi depuis longtemps déjà que, lors de la réunion dans un espace limité d'un nombre d'hommes trop considérable, les accidents qui surviennent paraissent dus à la production des miasmes putrides plutôt qu'à l'acide carbonique seul. On sait encore, d'après les expériences de Lemaire, que la vapeur d'eau condensée dans une chambre de caserne donne un liquide d'une odeur désagréable, d'une saveur piquante, tenant en suspension des corps sphériques, ovoïdaux, cylindriques, qui bientôt se transforment en bacterium termo, en vibrions baguettes et autres corpuscules du même genre. Toutes ces matières organiques en voie d'altération proviennent du corps de l'homme, plus spécialement de la surface cutanée elle-mùmo, où, vous le savez, d'après les recherches d'Kdenhuizen, il y a production et élimination d'une matière organique spéciale. 11 est donc bien certain, d'après ces faits, que dans l'atmosphère ou réside une réunion d'hommes, quand même ces hommes jouissent d'une bonne santé, il y a des matières organiques en voie d'altération putride manifeste.
Dans l'atmosphère nosocomiale la quantité de ces matières est bien plus considérable encore; il y aurait même autour des hôpitaux une sorle d'atmosphère nosocomiale diminuant à mesure qu'on s'en éloigne. L'air des salles d'hôpital, les recherches nombreuses de lleveil, Chalvel, Lulz, Kiselt, Guérin et autres auteurs l'ont parfaitement démontré, contient une énorme proportion de
su LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
matière organisée, sous des formes diverses. Des fibres végétales, des corpuscules d'amidon, des cellules épithéliales, des globules de pus, enfm des bactéries et des vibrions y abondent; quand on ajoute un peu d'eau à ces matières organiques, on développe l'odeur putride indiquant la putréfaction. Ces différentes formes organiques, du reste, ne sont pas seulement tenues en suspension dans l'air atmosphérique; elles se déposent sur les planchers, sur les murailles, sur les objets mobiliers, sur le linjre servant aux pansements, etc., etc., et, comme l'a démontré M. Xepveu (1), on peut les mettre en évidence en lavant les murs el examinant l'eau de ces lavages. Enfm toutes ces matières en voie de décomposition peuvent bien agir sur les sujets habitant les salles d'hôpiUil, puisque si, à l'exemple de Ililler (2), on fait avec leur solution dans l'eau des injections à des animaux, on détermine cliez eux les accidents de la septicémie. II est donc certain que l'encombrement nosocomial sera des plus redoutables; c'est alors que, s'il s'agit particulièrement de salles de chirurgie ou d'accoudiement, on verra apparaître ces infections graves telles que TinfectioD purulente, la fièvre puerpérale, Térysipèle infectieux, la pourriture d'hôpital, dont les exemples sont malheureusement si fréquents.
Ces miasmes putrides, source des maladies signalées, peuvent pénétrer les organismes par diverses voies. Les voies aériennes sont certainement celles par lesquelles cette pénétration doit être la pins active, en raison du courant d'air incessant de la respiration. Je vous ai montré, en étudiant la septicémie expérimentiile et d'après les expériences de M. Colin, que l'infection par la trachée et les bronches était chose possible. Selon toute prohabilité, les accidents digestifs, les diarrhées des anatomistes, diarrhées si fétides, résultent de la pénétration par les voies aériennes des exhalations putrides des cadavres. Peut-être la peau, même recouverte de son épidémie el parfaitement intacte, pourrait-elle être un lieu d'absorption; les expériences de Bichat semblent le prouver. A fortiori quand il existe d<'s plaies, des ulcères, peut-il y avoir absorption de ces miasmes putrides à-leur surface; comme Ta démontré M. Crocq {i), les plaies exposées à l'air, sont donc une voie d'absorption des plus redoutables peur les blessés; aussi est-ce avec raison que di» tout
(Il N.^pvcu, Société de Biologie, 1871.
(e» llillor, Arch. f. klin. Chir., 1875.
(3; Ciocq, Acad. dé méd., 1867 ; cité par Pud, De Vaction de iair sur le* plaies. Mas*on,
temps les chirurgiens ont cherché à protéger les plaies du contact de Tair, principalement dans les salles d'hôpital.
11 est bien établi de nos jours que les affections seplicémiques diverses dont je viens de vous parler résultent de l'absorption de matières en voie de fermentation putride ; je vous l'ai montré en étudiant la septicémie expérimentale. Mais peut-on assigner une semblable origine au typhus et à la fièvre typhoïde? Ces questions, qui ont élé étudiées dans ces derniers temps, méritent de nous arrêter.
Ayant remarqué que, pendant la dernière guerre, malgré l'encombrement, les mauvaises conditions hygiéniques, la famine, le typhus cxanthématique ne s'était pas monlré ni à Metz, ni à Paris, M. Chauffard (1) en a conclu que 1q typhus est une maladie épidémique, d'origine exotique, ne paraissant sur notre sol qu'après imporlation et ne s'y implantant pas quand il y a été importé. Ces idées furent combattues par M. Fauvel (2). Et de fait l'on sait que, dans toutes les épidémies de typhus, on constate l'existence d'un foyer d'infection, et que presque toujours la condition habituelle de la formation de ce foyer, c'est l'encombrement. Autrefois, dans les prisons, dans les casernes, dans les vaisseaux mal construits, mal aérés, il était fréquent de constater l'apparition du typhus reconnaissant pour cause l'encombrement en question; le typhus de 1830 au ba- *inc de Toulon, celui de 185i à la prison de Strasbourg en sont des exemples. 1/encombrcment des malades et des blessés peut pareillement déterminer la formation d'un foyer lyphique, comme l'a bien montré M. Guillemin (.i;. Mais, dans ces cas, pour voir apparaître le t\phus, qui est en somme la plus haute expression de l'infection miasmatique, il faut que l'encombrement soit poussé à l'extrême. Un des exemples lesplusïrappanlsde ce développement spontané du typhus sous l'inlluence de l'encombrement, c'est l'épidémie qui, en 1804, attoignilTéquipagede la frégate égyptienne /tra/^/e/^, et se propagea à l'hôpital maritime de Toulon. Cette frégate, qui allait d'Alexandrie à Toulon, n'avait pu puiser le germe de l'épidémie en Egypte, puisqu'il n'y avait pas de typhus dans ce pays; et ce qu'il y a de remarquable, c'est que la maladie ne se déclara qu'à l'approche des rotes nord de la Méditerranée, au moment où l'équipage, pour se
(1/ Chauffard, Acad. de méd., 1873.
it) Fauvcl, Acad. de mèd.y 1873.
(3) Guillemin, les Origines et la propagation du typhus (Gai. Iiebd. de méd. et de f/iir., 1873).
présener du refroidissement de la température, ferma les voies d'aération du navire. C'est donc clans rencombremenl que doit être cherchée l'origine première des épidémies de typhus qui se développent dans les armées en campagne, dans les camps et dans les villes assiégées; mais, à cette cause fondamentale, il faut en Joindre d'autres qui favorisent Téclosion du mal. Les privations, la famine, doivent être mises en première ligne; puis, comme l'ont montré les observations faites en Crimée pendant la guerre franco-russe, il faut y joindre l'influence de certaines maladies qui prédisposent à l'infection. En Crimée, les Français avaient été atteints de fièvres intermittentes, de diarrhées, de dysenterie, et, en raison de rinsulTisance et de la mauvaise qualité de l'alimentation, un très-grand nombre étaient anémiés ou scorbutiques.
Relativement à l'origine de la fièvre typhoïde, deux opinions extrêmes sont actuellement en présence. Suivant Murchison (i>, la fièvre typhoïde reconnaît pour cause l'altération de l'air ou de Peau potable par des matières animales en décomposition, et plus particulièrement peut-être par des matières fécales putrides. Cette th»*oric repose sur des observations nombreuses dans lesquelles, en réalilp, on a pu rapporter le développement d'épidémies typhoïdes aux émanations de matières putrides, surtout de matières fécales, et à Fusnge en boisson d'eaux altérées par le mélange avec ces matières s'infiltninl dans les sources ou dans les puits à travers des terrains d'une gramle porosité. Cependant la doctrine de Murchison ne iw paraît vraie que pour ce qui est du développement spontané de la maladie, car il est bien certain que la fièvre typhoïde est contagieuse.
D'après Budd (i), la fièvre typhoïde est une maladie qui ne so développe jamais autrement que par contagion; c'est une infection qui « se propage elle-même et qui se propage la même en série> d'une progression indéfinie d, ce qui le prouve, rVsl que la fièvi-ç typhoïde possède les trois caractères importants des autres !îè\Tt*s contagieuses. En effet, 1** elle a une période latente ou d'incubation ; "i" une première atteinte met l'organisme à l'abri d'une second»' : 3" beaucoup de personnes, bien qu'exposées à l'action du mal, nVn subissent pas les atteintes. 11 est certain que les caractères dont il est question se rencontrent dans les maladies contagieuses ; mais ils ne sont pas aussi constants que Biidd l'allirme, même dans les tîèvres
i\} Murchison, .1 Ire alise on continued fevers of Great Britain, 1873.
(2) Budd, Typhoid /erer, its nature ^ mode ofspreading and préservation. 1ST3.
éruptives, qui peuvent frapper plusieurs fois le même individu, au moins pour certaines d'entre elles; il en est ainsi du reste de la fièvre typhoïde. De plus la contagion se rencontre dans les infections septicéraiques d'une manière certaine; cependant il est bien prouvé que, sous l'influence de certaines conditions, ces maladies se développent spontanément. Il est certain que souvent un grand nombre de personnes sont soumises à des émanations putrides et ne contractent pas la fièvre typhoïde. Il est certain enfin qu'il existe de nombreuses localités qui sont incessamment infectées et où ne règne pas cette maladie. Dans les cours» des fermes, dans les rues des villages agricoles, les fumiers, les eaux ménagères, les déjections animales infectent l'atmosphère de leurs émanations; cependant la fièvre typhoïde ne s'y développe pas habituellement ; il semble qu'il faille autre chose, et relte autre chose, suivant Budd et les auteurs qui acceptent cette manière de voir et parmi lesquels il faut citer Tyndall (1), Guéneau de Mussy (^1), c'est le germe spécifique apporté par un premier malade. Que ce germe, émis par les matières fécales, trouve un terrain favorable, et des fièvres typhoïdes apparaîtront. Celte doctrine spécieuse ne me paraît pas suffisamment établie; elle a contre elle de nombreux faits dans lesquels il est absolifment impossible de retrouver l'origine du contage primordial, comme le suivant en est un exemple. M. Gauthier (3) a observé une petite épidémie de fièvre typhoïde qui a frappé neuf personnes dans une localité ou depuis plus d'un an il n'y avait pas eu de cas de cette maladie. Ces neuf personnes avaient bu de l'eau d'une source insalubre, recevant les filtrations d'un étang voisin, ainsi que les liquides putrides des porcheries et des établcs. Il n'est nullement fait mention d'un élément contagieux dans l'eau de cette source, etdu reste, il faudrait, si l'on voulait accepter ici Tidée de la contagion, admettre une abondance de contage bien grande pour qu'un ou deux verres d'eau d'une source dont l'écoulement est continu ait pu infecter ainsi neuf personnes.
J'accepte donc ici la doctrine de M. Chauffard (I); je pense que les infections dont il s'agit, typhus et fièvre typhoïde, se développent spontanément, dans certaines contrées plutôt que dans d'autres;
(I) Tyndall, la Putréfaction et la contatjion (Revue scientifique, 1876). (t) Guéneau de Mussy, Recherches historiques et critiques sur l'ètiologie et la prophylaxie de la fièvre typhoïde, 1877, et Académie de méd., 1877 (3j (îauthier cité par CliaulTard, Académie de tnéd., 1877. (i) Chauffard, toc. cit.
876 é LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
qu'elles ont souvent pour oviginc les émanations des matières organiques en voie de putréfaction ; qu'elles sont favorisées par rencorobrement, Tair confmé et la mauvaise alimentation, et qu'elles demandent pour leur éclosion une certaine réceptivité de Torganisme sur la nature de laquelle nous ne savons rien, mais qui n'en existe pas moins de la manière la plus manifeste.
Enfin la diphthérie elle-même peut se développer sous Tinfluence des mêmes causes. C'est dans les maisons où l'encombrement et la malpropreté amènent une accumulation de matières animales en putréfaction qu'on la voit se manifester, comme l'ont encore montré G. Johnson (1) et llighet (2). Les émanations des fosses d'aisances paraissent surtout jouer un grand rôle dans la production de cette infection qui, comme les précédentes, est transmissible par voie de contagion.
Toutes les infections résultant de la pénétration des miasmes provenant de la décomposition des matières végétales et animales sont contagieuses et peuvent être transmises directement d'un individu infecté à un individu sain. Comment se fait cette contap^ion? Dans notre étude de la septicémie expérimentale, nous avons vu que, sous rinlliience d'une injection de matière s<*ptique, il se fait dans Torgauisme un travail tel que toute la masse du sang*et tous les tissus deviennent capables de reproduire la maladie chez d'autres animaux; cerLiines expériences de M. Colin nous ont montré que les émanations des animaux septicémiques peuvent déterminer la maladie. D'après ces faits et ceux que la clinique nous met sous les yeux, il est certain que, dans les infections en question, l'organisme malade dr'vient un laboratoire où se créent en quantité considérable les agents de la contaj'ion qui seront ensuite expulsés (le Torganisme. Mais quelle est la voie d'ex))ulsion et quel est le vrhicule qui sert à rémission et à la propajr«ilion des conta;r»*>? Ici nos connaissances sont très-incomplèles.
Pour les infections du premier groupe, le véhicule du ronla?»' est inconnu, excepté pour la dysenterie et h? choléra. Le contage d»' la firvre jaune n'est pas dans le sang, juiisqufî des médecins qui ont bu de ce sang n'ont pas contracté la maladie ; ce coulage est-il pi"0duit à la surface de la peau ou réside-t-il dans les émanations pulmonaires des malades? On ne le sait pas. II paraît assez bien établi
({) Cl. Juhnson, On certains points relatiug to the etiolotjy^ palltology and treatmeMi of diphtheria ithe Lancet, IS?.")).
[tj liighct, cité par Honiollc, Sur la diphthérie (Rev. des se. méd. de Hayem, 18T6 .
que le coulage du choléra réside plus spécialement dans les matières fécales des malades. En effet, les inoculations faites à des lapins avec le sang n'ont pas toujours donné des résultats, landis que Tingeslion des matières diarrhéiques dans les voies digestives a souvent été suivie de Tapparilion de phénomènes cholériformes, comme l'ont montré Lander Lindsay (I), Tiersch (^), Meyer (3), Legros et Goujon (4), Hoegyes (5). Ces auteurs, en injectant sous la peau le liquide récent des selles, ont aussi reproduit des sym))tômes cholériques chez leurs animaux. Cependant il est juste de dire que les injections de sérum sanguin leur ont donné des résultats semblables, et que Lindsay a réalisé les mêmes symptômes cholériques en soumettant les animaux aux émanations des matières fécales, du sang et môme des vêlements imbibés de la sueur des cholériques. Toutefois c'est dans les matières fécales que se trouve plus spécialement le conlage en question, comme Ta prouvé Pettenkofer (6), qui lit voir que les blanchisseuses, en contact plus habituel avec le linj^e souillé par les matières fécides, sont plus souvent atteintes que d'autres.
Pour les infections du second groupe la même incertitude existe el l'on ne peut fixer d'une manière réellement positive le véhicule contagieux. Ni dans le typhus pétéchial, ni dans le typhus récurrent, ni dans la septicémie nous ne constatons manifestement un véhicule de ce genre. Il est probable que le contage de ces affections réside dans toutes les humeurs et peut-être dans tous les tissus de l'organisme; peut-être même s'échappe-t-il autant par la surface cutanée que par la surface pulmonaire. Pour la lièvre typhoïde, si l'on s'en rapporUiit aux idées de Gietl (7), de Griesinger (8), de Budd (9) et de Biermer (10), on devrait considérer les matières fécales comme le véhicule exclusif du contage. Peut-être même seraitil possible de penser que ce contage a des relations très-intimes avec cette matière jaune, décrite par Chomel, et qui se développe sur les plaques de Peyer. Le liquide diarrhéique serait donc le véhicule
(1) Lindor Lindscy, Gai. Uehd., 18r>i.
<2t Thiorsch, Infections Versuche an Thieren, 1850. (3j Meyer, Virchow's Arch., 185:2.
(4) Legros el Goujon, Journ. df l'anat. et de la phys. de Ch. Rabin, 1866. i?'.) Hoegyc.*, Exper. Frag. ûher die Virkung der Choteraentterungen auf Thiere (Zeil. f. Epid., 1874;.
(6) PellenkofiT, Verbreitungsart der Choiera^ 1855. (/) fficll, Die Ursaclien des enterischen Typhus in MUncheny 1865. (8) Griesinger, Traité des maladies infectieuses, Irad. tranç., 1877. (î») Build, the Lancet, 1856, et Typhoid Fever, 1873. (10) Bicniier, Ueber Enstehung und Verbreitung des Abdominal typhus, 1873.
contagieux. Est-ce à dire que ce liquide contiendrait seul le conlage*^ Je ne le crois pas, car les expériences récentes, de M, Jule> Guérin (1), qui a fait dans le tissu cellulaire, chez des lapins, des injections avec du liquide diarrhéique, avec du sang, de l'urine, du liquide mésentérique, semblent montrer que, si les matières fécales des typhoïdes renferment l'agent infectant, d'autres humeurs peuvent cependant aussi le contenir.
Les infections de la troisième classe ne se développent chez rhomme que par la contagion et le contage qui les produit est contenu dans une humeur susceptible d'inoculation. Ce sont donc à proprement parler des maladies virulentes. Parmi ces infections, il en est dont l'origine première semble être l'organisme humain, et qui, dans leur propagation contagieuse, ne se transmettent que de l'homme à l'homme. Ici viennent prendre rang les fièvres éniptives: variole, rougeole, scarlatine, la syphilis. Ces infections diverses semblent avoir été, de toute antiquité, l'apanage du genre humain. Les fièvres éruptives et la syphilis (2) se sont ainsi transmises, dc> temps les plus reculés jusqu'à nos jours, par voie de contagion et semblables à elles-mêmes. Selon toute probabilité, c'est de h Chine et de l'Indoustan que nous est venue la variole (3).
D'autres, les zoonoses, sont des maladies transmissibles des animaux à l'homme (fièvre aphtheuse, vaccine, morve et farcin, rage); elles résultent de la transmission directe ou indirecte des aniroaui à l'homme ; contagieuses chez les animaux, elles peuvent cependant encore se développer chez eux en dehors de la contagion. Il est bien certain par exemple, comme l'a montré M. Chauveau de Lyon (4),qut* la vaccine naturelle est une fièvre éruptive appartenant spécialement à l'espèce chevaline, présentant dans celle espèce un développement autochthone et susceptible de s'y montrer en dehoi^s de toute contagion. Son origine est doncî spontanée, comme l'on dit en termes do médecine. De même pour la morve; comme Ta bien montre
M. BouleyO), il est des ciiconslanres où on la voit apparaître «^n
«1/ JuU»s (iinTin, Acad. de incd., 1S77.
'2; Des triiis oi>ini(Mis (îxistaiU aiilr^'lni^ sur Tori^iiiie (UtMuiiVe do la syf»liilis linipiTt.v lion d'Amérique, rr»<ullat «le rapproclMMiiriits ave': les animaux, existence lrè*-anri«*n?î»qui ont passionn»' les aut<Mir> ri «loiiu».- Uni à tant «le <liscussi(Mis, la dernière seuif J-u «*tie considérée cumine vrair.
{'.]) Moorc, Ilixloire de la variole.
(4) Chauveau, Conlrihulion a l'êtnde de la racciiv* ornjmrUe (fiev, mens, de ï/i'-^"' de chir.t 1877).
(5) Boulcy, art. Morve du Oidion. encijcl. des se. ruéd., Masson. IST^I.
dehors de toute contagion. Chez les jeunes chevaux, placés dans des milieux trés-salubres, en dehors de toute possibilité de contagion, on voit la gourme, maladie légère, se transformer tout à coup en une maladie grave donnant lieu aux symptômes et aux lésions de la morve, et, fait capital, dont les produits inoculés à d'autres chevaux déterminent l'apparition de la morve. La morve, dans ce cas, s'est donc développée spontanément. Il en est encore ainsi de la rage, dont maints exemples ont montré le développement chez les sujets de la race canine et chez ceux de la race féline en dehors de toute contagion. Ces faits prouvent donc que, chez les animaux, certaines maladies virulentes peuvent se développer spontanément. Les ullra-contagionistes, qui n'acceptent que la contagion pour point do départ de ces infections et qui repoussent l'idée d'une apparition sans contage ou spontanée, parce qu'elle est un argument en faveur de la génération spontanée, font donc une pétition de principe des plus malheureuses, puisqu'elle repose sur la nature supposée parasitaire des maladies infectieuses qui est loin d'être démontrée.
Dans les infections de cette classe, l'agent infectieux, contage ou virus, qu'il provienne de l'homme ou des animaux, est le plus souvent contenu dans une humeur spéciale. Sans doute le sang des sujets atteints contient cet agent infectieux, de nombreuses inoculations faites avec ce liquide l'ont suffisamment prouvé; mais, comme Ta montré M. Chauveau (1), généralement, dans ces maladies, le sang est relativement pauvre en matière virulente, bien que dans les lésions ou dans les sécrétions qui contiennent cette matière on en trouve de très-grandes quantités. C'est pour cette raison que rinoculation du sang d'wn cheval atteint de vaccine naturelle ne reproduit pas ordinairement la maladie et que les inoculations de san^ morveux échouent même très-souvent. C'est donc dans une humeur spériale que siège le virus. Ainsi le virus de la vaccine, celui de lu variole résident dans le liquide sécrélé par les pustules; le virus syphilitique est contenu dans le pus chancreux et le virus rabique siège plus spécialement dans la salive. Cependant les agents virulents de la sciuiatine et de la rougeole paraissent contenus dans les squames qui se détachent de la peau vers la (in de la maladie. Mais les virus ne sont pas localisés d'une manière absolue dans les liquides ou les solides (jue je viens d*,' vous
{{} ('.liauvoaii, Itei'ue sctcutifnjue, 18Ti.
signaler. En effet, les inoculations prouvent que, dans la variole, 1»^ sang, les croûtes et peut-être môme la salive et Texpecloralion peuvent donner la maladie; le sang syphilitique est inoculable aus>i: il en est de même, dans la rougeole, du sang, des larmes, de la salivi* et du mucus nasal. Le sang scarlatincux, morveux, rabique renfernif aussi les contages des maladies, et la morve peut être inoculée a\ec les sécrétions et les excrétions (lail, larmes, salive, sueur, urinei comme avec le flux nasal, le pus des ulcères et les tissus des lum«Mir> ganglionnaires; on peut même produire la rage en inoculant lelis^u des glandes salivaires.
Voici maintenant un tableau qui montre la classification des info. tions d'après leur mode d'origine.