‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 161 sur 217 · SOIXANTE-QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SOIXANTE-QUINZIÈME LEÇON

Processus infectieux (suite). — Lésions des solides. ~~ Pathogénie. —

Nature des agents infectieux.

Messieurs,

Examinons maintenant les lésions des éléments analomiques qui nhlent se produire par le fait de l'infection seule et sans interkliairo de troubles circulatoires.

Les éléments le plus souvent atteints dans les maladies infecnses sont les éléments musculaires et les vaisseaux capillaires ; as certaines infections, notamment dans la fièvre typhoïde et la >hilis, on a signalé aussi des lésions dans les éléments nerveux. Les lésions des éléments musculaires existent dans toutes les èctions graves; elles consistent dans les dégénérescences gralo-jrraisseuses et vitreuses que nous avons étudiées dans une Ire partie de ce cours. Elles ont été constatées dans la fièvr»^. •hoïile, le typhus pétéchial et la fièvre récurrente, dans la rou- )le, la variole et la scarlatine, enfin dans l'infection purulente et ièvn» puerpérale. Les muscles le plus ordinairement atteints sont, • ordre de fréquence, d'après M. Laveran (1), le psoas,les grands )ils de l'abdomen, les pyramidaux, les adducteurs, les pectoraux, intercostaux, les muscles obliques et transverses de l'abdomen, diaphragme. Au cœur, la dégénérescence granulo-graisseuse est Irèmement fréquente ; l'on pourrait dire qu'il y a peu de cas où n ne trouve pas de traces de cette altération. Par contre, la dégérescence vitreuse y est des plus rares; M. Laveran ne l'a pas renntrée, et M. Hayem (i) ne Ta constatée qu'une fois. Les vaisseaux capillaires sont souvent atteints de dégénéresnce graisseuse. Comme l'ont montré Hoffmann (3), llayem et

I) Laveran, Des dégàiérescences qui te produisent dans les maladies aiguës et de

^ ecnséquences au point de vue clinique (Arch. gèn, de méd.^ 1871).

•) Hayem, Études sur les mijosites symptomatitiues^ 1870.

h Hoffmann, Unterhuchungen ûber die path. amt, Veràmlerungen der Organe beim

^nùmd Typhus y 1869.

Laveran, celle alléralion des capillaires se rencontre dans la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, rinfection purulente. Elle porte non-seulement sur les petits vaisseaux du cœur, mais sur presque tous les capillaires de l'organisme; on l'observe donc à la peau, dans les muscles, dans les centres nerveux, les reins et les autres orjranes parenchymateux. La dégénérescence est caractérisée, je vous Fai dit ailleurs, par la présence de granulations fines enchâssées dans les parois vasculaires et plus ou moins abondantes. Elle a pour résultat de diminuer la résistance des parois vasculaires et de prédisposer aux ruptures. C'est là probablement une des causes des hémorrhagies capillaires qui sont si fréquentes dans le cours des maladies infectieuses.

Pendant la fièvre typhoïde, on a constaté des lésions dans les éléments nerveux. Ces lésions, qui s'accusent par des taches diffuses, jaunes ou brunes, siégeant plus particulièrement sur les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux, consisteraient, d'après Meynert (1), dans une sorte de dégénérescence pigmentaire des cellules nerveuses dont les contours seraient agrandis et confus. Un travail récent, dû à Popoff (2), signale encore d'autres lésions qui peuvent se présenter dans toutes les infections fébriles et qui ne sont plus spéciales à la fièvre typhoïde^ bien qu'elles soient plus fréquentes dans cette maladie. Dans les régions où elles siègent, l'examen montre le tissu cérébral infiltré de petits éléments cellulaires, leucocytes, qui remplissent les Lîaîues lymphatiques des vaisseaux sanguins et qui sont répandus on grand nombre dans les espaces intercellulaires. Ces leucocyles, suivant l'auteur, viendraient du sang, et l'état de leurocytose favori>erail leur émigration. Souvent ils pénètrent dans l'intérieur des cellules nerveuses, et, dans ce cas, on constaterait la segmentation (lu noyau cellulaire et même celle du protoplasma de rélémenl. Enfin, dans la syphilis, le docteur Pelrovv [S) a signalé dans les cellules nerveuses du grand sympathique des altérations qui se ia|)prochcnt de celles décrites par Meynert; elles consistent dans la [)résence, au sein du protoplasma cellulaire, de gi*anulalions pigmenlaires rélringenles, dont la quantité paraît être en rapport

(I) M«Mnorl, \Vi>n. med. Jahrb., 1H66.

it) Po[»off, i'eber Verànderungen im Gehiru bei Abdom'maltyphus {Virchow's Arck.f 1875j.

<3) Petruw, Des altérations du grand sympathique dans la syphilis (Gai. hebiom., 1873j.

avec la dale, récente ou ancienne, de la maladie. Dans les cas an* ciens, ces granulations remplissaient la cellule tout entière et masquaient complètement le noyau.

Pendant les infections, certains organes présentent souvent des lésions anatomiques en rapport plus particulier avec Taltèration du sang. Ce sont en première ligne le foie et les reins. La rate, qui augmente de volume dans la plupart des infections, parait cependant moins atteinte que le foie et le rein. La lésion hépatique consiste dans la dégénérescence albumino-graisseuse (tuméfaction trouble) des cellules qui peut être limitée à une cerLiine étendue de l'organe, mais qui, le plus souvent, est générale. On l'observe dans les infections graves : fièvre typhoïde, infection purulente, fièvre puerpérale, érysipéle, variole, scarlatine, rougeole, etc. C'est elle que Virchow désignait sous le nom d'inflammation parenchymateuse, expression essenliellement impropre, car la dégénérescence en question résulte de l'état infectieux du sang, peutêtre aussi de l'élévation de la température due à la fièvre concomitante (Liebermeister), et ne provient pas de phénomènes inflammatoires. Cette lésion peut aller jusqu'à une dégénérescence graisseuse complète des cellules hépatiques, fait encore assez fréquent puisque, notamment dans la (lèvre typhoïde, sur 174 cas, Hoffmann l'a constaté 21 fois. Le foie, dont les éléments sont ainsi altérés, présente des colorations en rapport avec le degré de la dégénérescence ; on le trouve avec une teinte rouge pAle, grisâtre, orangée; sa coupe est exsangue et les lobules mal limités.

La lésion du rein est analogue; elle consiste dans la dégénérescence albumino-graisseuse des épithéliums rénaux; il s'agit là d'une néphrite catarrhale causée peut-être par l'albuminurie à son début, entretenant ensuite cette albuminurie pour son propre compte et dont je vous ai donné la description dans les leçons sur falbuminurie.

La rate est atteinte dans toutes les maladies infectieuses. Dans les fièvres éruptives, le choléra, Tinfection purulente, la fièvre puerpérale, l'érysipèle, la syphilis, elle augmente de volume et se congestionne. On la trouve alors molle, avec une coloration rosée qui semble due à la proportion plus considérable de leucocytes qui existe dans le sang. Dans les fièvres paludéennes, pendant un certain temps il n'y a que de l'hyperémic qui survient au moment de chaque accès et qui disparaît avec lui; mais, si la fièvre se prolonge, la tuméfaction splénique persiste; il se produit des altéra-

\)tt LES GRANDS PROGlilSSUS MORBIDES.

lions plus profondes de Torgane, et ces altérations varient, comme Ta bien montré M. Kelsch (1), suivant qu'il s'agit d'une intoxication récente ou d'une cachexie palustre. D'après cet auteur, Thypertrophie splénique résulte de trois modifications anatomiqucs : de la réplétion par le sang des sinus veineux de l'organe, de l'augmentation du tissu et des éléments lymphatiques (hypertrophie des corpuscules de Malpighi et des gaines lymphatiques), enlin de l'hypertrophie du tissu conjonclif avec atrophie des corpuscules et aspect fibroïde. Dans les infections récentes, ce sont les deux premières modifications qui se rencontrent, et l'augmentation du tissu lymphatique est plus accusée dans les accès pernicieux ; il s'y joint alors une accumulation de cellules mélanifères et de pigment libre. Dans la cachexie, c'est l'hypertrophie conjonctive (cirrhose splénique) que l'on observe. Dans la fièvre typhoïde, la tuméfaction de la rate est une des manifestations les plus constantes; elle manque généralement cependant chez les sujets âgés. Cette tuméfaction, qui peut être considérable, puisqu'elle va jusqu'à sextupler le volume de l'orjrane (Rokitansky), résulte d'une hyperémie intense à laquelle se joint un gonflement des corpuscules de Malpighi et la présence, dans la pulpe, d'une grande quantité de cellules lymphatiques (leucocytes). Comme l'ont indiqué Cornil et Ranvier (2), un grand nombre de ces cellules lymphatiques contiennent des globules rouges; on peut trouver ainsi jusqu'à huit et dix globules rouges dans un seul d^" ces éléments. Nous reviendrons, dans notre étude de physiologie pathologique, sur les causes auxquelles, dans ces dernières années, on a attribué le gonflement de la rate pendant le processus infectieux.

Dans la plupart des infections on obseiTC aussi des lésions dans les ganglions lymphatiques. Ces lésions consistent dans des tuméfactions inflammatoires, à marche aiguë ou chronique, suivant la nature même de l'infection qui est en cause, tuméfactions qui s«* terminent par résolution, par ramollissement caséeux, par suppuration même, ou qui aboutissent à une induration déterminée par riiypertrophie du tissu conjonctif ganglionnaire. Toutes ces altérations résultent, selon toute probabilité, du contact d'une lymphe altérée par le processus infectieux lui-même.

Vous savez, messieurs, que le sang est considérablement modifié. Destruction et déformations des globules rouges, augmentation,

(r Kelsrh, cilé par Valiin dan« Griesingcr, Traité des maladies infectieuses, trad. franc., 1877.

{t) Cornil el Ranvier, Manuel d'hUtologie pathologique, 1876.

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