‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 196 sur 217 · QUATRE-VINGT-CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-CINQUIÈME LEÇON

DE LA CARCINOSE (I).

DTiiiilion. — Historique. — Description des firmes anatomiciucs des proiluriioiis

carcinoniateuses.

Messieurs,

Sous le nom de carcinosc je crois devoir admettre un processus morbide constitutionnel, caractérisé par le développement, dans les tissus les plus divers, de productions spéciales dites cancéreuses, revêliint la forme de tumeurs ou la forme d'infiltrations. Ces productions, dans l'immense majorité des cas, sont de nature épilhéliale, glandulaires ou non; plus rarement elles peuvent être de nature conjonctive, se rapprocher même du tissu cartilagineux ou du tissu osseux. Leur caractère spécial réside surtout dans leur marche évolutive et les manilestations cliniques auxquelles elles donnent lieu. Une fois apparues, elles ne rétrogradent jamais, ont une tendance constante à s'accroître en envahissant tous les tissus, et s'ulcèrent presque toujours après un temps plus ou moins long; elles donnent lieu à Tapparilion dans les ganglions lymphatiques d'abord et plus lard dans les organes internes, de tissu semblable au leur, et si on les extirpe, elles se reproduisent sur place ou dans d'autres organes. La généralisation, la récidive, l'infection de l'organisme sont donc le propre de ces néoformations pathologiques, qui finissent toujours par entrîrtner la mort.

D'après cette difinition, vous voyez que je ne place pas la caractéristique de la carcinose dans la nature de la tumeur ou de l'infiltration qui s'est produite, mais bien dans un état général encore inconnu, capable de s'aflirmer en produisant des lésions variables de forme anatomique, il est vrai, mais douées des mêmes propriétés

(l) Outre les traités classiques d'anatoniie pathologique, le traité des tumeurs de Vircliow, le traité des tumeurs de Broca et le manuel d'anatomic patholc(ciquc d ^ G)rnil et R invier, j'ai puisé beaucoup, pour la rédaction de celte leçon, dan* le remarquable mémoire de M. Cornil, intitulé Du cancer et de iCi caractèret anaiomiques {Académie de médecine, 18G5-1866).

[\^t LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

fondamentales. Les lésions en question sont presque toujours des tumeurs dont la structure présente une certaine analogie avec les glandes et ilans lesquelles on trouve de nombreuses cellules épilhéliales; ce sont les cancers des auteurs anciens. Souvent aussi elles consistent en (les infiltrations d'éléments épithéliaux appartenant aux espèces connues sous les noms d'épithélium pavimentcux ou d'épithélium cylindrique; on les désigne habituellement alors sous les noms de cancroldeSyde ca^icers épithéliaux. Elles peuvenl être aussi^ mais bien plus rarement, des tumeurs formées par les éléments du tissu conjonctif arrêtés à diverses périodes de leur évolution naturelle; ce sont alors des sarcomes variés. Enfin le tissu cartilagineux, le tissu osseux, ou plutôt un tissu ostéoïde particulier, peuvent en* trer dans leur constitution; toutefois ces formes des lésions de la carcinose sont rares, ce sont les enchondromes malùis et les cancers osteoldes.

Avant d'aborder l'étude de ces différentes lésions anatomiques de la carcinose, je crois d'une grande utilité de faire passer rapidemeal sous vos yeux l'historique de la maladie cancéreuse. Cet historique vous montrera les différentes phases qu'a traversées la question et fixera vos idées sur la manière dont on doit aujourd'hui l'envisager.

Le mot cancer (xapwvo;) veut dire crabe, écrevisse. Il fut employé dans l'antiquité pour désigner un groupe de tumeurs de mauvaise nature; les uns disent parce que l'on croyait que ces tumeurs étaient un animal qui ronj^eait les tissus, les autres parce que la configuration générale de la tumeur cancéreuse, avec ses veines périphériques rayonnant dans toutes les directions, lui donnait l'aspect grossier d'un crabe. Cette dénomination, réservée d'abord pour les tumeurs siégeant sur les mamelles, s'étendit bientôt aux tumeurs d'aulres réj^ions présentant cert.iines analogies de configuralion ou de marche évolutive avec les premières. IVogressivement les aphthes, les ulcèies malins, l'herpès, Testhiomène, la gangrène, puis les indurations de toutes nalure, les engorgements des ganglions lymphatiques, les tubercules furent appelés aussi des cancers, et la plus grande confusion régna sur la nalure des différenles altérations rangées sans ordre sous cette dénominalion. Avec le temps, certaines distinctions s'établirent, si bien qu'au siècle dernier on avait réservé le mol cancer pour désigner les tumeurs, quelle que soil du reste leur nalure. On pensait aussi que tout cancer débulail par l'état de sqnirrhe ou de cancer occuUcy qui, une fois formé

CARCINOSE. HISTORIQUE. 1153

pouvait rester inoiîensif, ou bien s'ulcérer en devenant dès lors un cancer confirmé. Cependant en 1786 avec Hunter (1) et en 4812 avec Bayle (2), un progrès fut réalisé; la qualification de cancer ne fut plus appliquée qu'à ces tumeurs qui désorganisent les tissus où elles se sont produites, qui se les assimilent, qui s'étendent toujours sans s'arrêter dans leur marche envahissante et qui, dans le plus grand nombre des cas, se reproduisent après leur extirpalion, jusqu'à ce qu'elles aient déterminé la mort.

A Laënnec (3) cependant revient l'honneur d'avoir porté la lumière dans ce véritable chaos. 11 divisa les productions morbides en deux grandes classes. Dans la première, il rangea les productions qui ont des analogues parmi les tissus naturels de l'organisme; dans la seconde, celles qui n'ont pas d'analogues parmi ces tissus normaux ; il y eut par le fait les tumeurs homologues et les tumeurs hétérologues. Dans cette dernière classe on trouvait quatre espèces différentes : le lubercule^ le squirrlie, Vencéphaloide et la mélanose. Le squirrhe et l'encéphaloide étaient seuls des cancers ; ce n'étaient pas des phases évolutives d'une même production morbide qui, suivant l'ancienne doctrine, d'abord dure et de nature bénigne ^ pouvait devenir molle et de nature maligne^ mais bien deux productions différentes, malignes toutes deux, ne se transformant jamais l'une dans l'autre, mais récidivant après l'extirpation. Bientôt la mélanose, imparfaitement étudiée par Laënnec, fut mieux connue. On vit qu'elle formait des tumeurs ayant les caractères cliniques attribués depuis longtemps au cancer, et elle prit place dans le groupe dés cancers qui, dès cette époque, comprit l'encéphaloide, le squirihe et la mélanose.

Jusque-là cependant, rien dans l'anatomie pathologique ne pouvait servir à caractériser les lésions cancéreuses, puisque l'on voyait des tumeurs de structure très-différente présenter les propriétés et l'évolution classique du cancer. Ce fut alors que Cruveilhier(4) vint, par une importante découverte, montrer la parenté de ces différentes productions. Si l'on divise par une section une tumeur cancéreuse, que ce soit un squirrhe ou un encéphaloïde, et que Ton exerce sur la surface de section soit une pression, soit un grattage, on en fait sortir un liquide blanchâtre, opalin, analogue à du lait,

(1) HuiiU;r« (EiiiTM comp/ff M, Irad. franc., !843.

(2) Baylo, Diction, des sciences mèilicales, 18!i.

(3) Liiënncr, Diction, des sciences médicntes, \S\i. (A) Cruvf^illiior, Anatomie pathologique^ 1829, 1835.

CARCIMOSE. HISTORIQUE. 1155

séparées; ce sont encore des tumeurs homéomorphes qui n'ont rien de commun avec les tumeurs hétéromorphes. De plus, pourLeberl, toute tumeur homéomorphe était une tumeur bénigne, tandis que toute tumeur hétéromoi phe était une tumeur maligne.

Celte doctrine fut bientôt attaquée, tant au point de vue clinique qu'au point de vue anatomo-pathologique. Velpeau(l), après avoir montré que l'anatomie pathologique était impuissante pour spécifier les caractères des cancers, avait fait de ce moi un synonyme de tumeur maligne et détermina ces tumeurs d'après les caractères cliniques de leur marche, de leur envahissement, de leur tendance à la généralisation et à la récidive. Comme le dit M. Heurlaux(2), la doctrine de la spécificité clinique tendait à se substituer à la doctrine dé la spécificité analomique. D'un autre côté, la cellule cancéreuse, bien que défendue par FoUin et Broca, fut bientôt niée de toutes paris. Virchow, Robin et de nombreux auteurs montrèrent que cette cellule, loin d'être un élément sans analogie avec ceux de l'économie normale, n'était autre qu'une cellule épilhéliale, modifiée, déformée ou altérée dans sa structure, variable du reste dans sa forme et ses dimensions suivant les tissus ou les organes où s'était développée la tumeur cancéreuse.

Ne trouvant plus dans les éléments cellulaires la caractéristique du cancer, Virchow (S) la chercha dans la texture des tumeurs cancéreuses ; il en vint à regarder comme étant de nature cancéreuse les productions morbides constituées par un tissu formé d'une trame de tissu conjonctif nouveau, circonscrivant des alvéoles microscopiques remplies d'éléments cellulaires de nature épilhéliale. Celte nouvelle manière de voir permettait de faire rentrer dans un môme genre les espèces de tumeurs cancéreuses déjà connues, l'encéphaloïde, le squirrhe, le colloïde ; elle écartait les tumeurs épithéliales, mélaniques ou non, dites cancer mélanique, mélanose ou cancroïde. Suivant Virchow, le cancroïde, bien que formé de cellules épithéliales, différait du cancer en ce qu'il n'y avait pas production d'une trame conjonclive de nouvelle formation et que les éléments épithéliaux étaient simplement infiltrés dans les tissus qu'ils avaient envahis. Celle doctrine écartait pareillement les tumeurs formées de tissu embryonnaire récent, tumeurs fibro-plasliques de Leberl, ainsi que certains enehondromes qui, par leur

(1) Vel|ioau, Mémoire mr les altérations du sang dans les maladies cancéreuses, 18^5. [t) HeurtauXy art. Cakcer du Diction, de méd. et de Chir, prat., 1806. (3) Virchow, la Pathologie cellulaire et Traité des tutneurs

marche clinique, ont la caractéristique des cancers. Cependant tant fut grand l'engouement pour les théories de Tanatomiste allemand, que son opinion fut universellement adoptée et que, même en France, elle fait presque la loi jusqu'à ce jour.

Mon ilIustremailreCh.Robin(1)n a cependant pas cessé de protester contre une semblable doctrine, qui déjà, avait été préventivement, condamnée par Velpeau. Après avoir fait remarquer que, sous le nom de cancer, on a désigné les productions les plus diverses, qu'aujourd'hui encore ce mol est appliqué à des tissus morbides qui diflerenl considérablement les uns des autres au point de vue de leur structure intime; après avoir montré queles caractères cliniques attribués aux cancers et qui lui donnent la malignité ne sont pas indissolublement liés à tel ou tel autre tissu morbide, puisque, d'une part. Ton voit des tumeurs reconnues comme cancéreuses ne pas récidiver après leur extirpation, tandis qu'il en est d'autres dont la structure est considérée comme entraînant une nature bénigne et qui récidivent, cet auteur a établi que ce n'est pas dans la structure ou b texture de tel ou tel autre tissu morbide qu'il faut chercher la raison de la nature dite cancéreuse du mal, mais que cette raison doit être recherchée dans la constitution générale du sujet atteint, chez qui tel ou tel autre tissu est devenu malade. C*est là, je le crois, l'expression de la vérité clinique que Velpeau, avec son génie d'observation, avait parfaitement sentie.

Voyons donc maintenant quelles sont les lésions anaiomiqxies de la carcinose. Je divise ces lésions en un certain nombre de genres qui ont une importance variable au point de vue de leur i^pport avec la carcinose. Les premières sont l'expression la plus élevée de ce processus morbide ; c'est à elles qu appartiennent en propre ces propriétés néfastes île récidiver après l'exlirpation etd'infecler l'organisme qui caractérisent la malignité. Ce sont les cancers vrais qu'au point de vue de leur structure on doit désigner sous le nom A'épilheliomes glandulaires, en raison des analogies qu'ils présentent avec les glandes. 11 en existe trois espèces : l'épithéliome glandulaire mou,répilhéliome glandulaire dur, l'épithéliome glandulairecolloïde. Les secondes, tout en ayant encore pour éléments constitutifs des cellules épillirliales, dilTèrenl des précédentes en ce qu'elles n'ont plus autant l'aspect glandulaire, qu'elles n'affectent plus aussi souvent la forme de tumeurs et qu'elles n'ont pas, d'une manière

(1) Ch. Robin, Diction, de médecine, 1865. Journal de Vanat. et de la phyf., 1804. Anatomieet physiologie cellulaire, 1873. Diction, de méd., 1873.

CâRCTNOSE. lésions ANÂTOMIQUES. 1157

aussi constante que les cancers vrais, les caractères de la malignité. Ce sont les épithéliomes ordinaires. Un troisième genre comprend les lésions qui ont pour éléments fondamentaux le tissu conjonctif embryonnaire, les sarcomes. Ces tumeurs sont tantôt malignes et tantôt bénignes; il en existe un certain nombre d'espèces et de variétés. Dans un quatrième genre, je fais rentrer les enchondromes malins; enfin les cancers ostéoîdes forment le cinquième genre. Les tumeurs de ces deux derniers genres ne sont plus que des manifestations fort rares de la carcinose. Il y a donc des degrés très-marqués dans la malignité de ces différentes lésions.

Les productions épithéliales glandulaires, carcinomes^ cancers vraisy se présentent sous forme de tumeurs ou d'infiltrations. Dans le premier cas, leur volume est des plus variables, puisqu'il en est qui ne sont pas plus grosses qu'un grain demillet,tandisqued'autres atteignent jusqu'à la grosseur de la tête et au delà. Dans le second cas, elles s'étalent en surface sur les membranes où elles ont pris naissance et gagnent une étendue plus ou moins considérable. Sous forme de tumeurs, elles sont t^mtôt arrondies, ovoïdes, on bien assez irrégulières avec des bosselures, des tubérosités. A première vue, elles semblent assez distinctes des tissus où elles siègent; on peut même leur imprimer des mouvements qui paraissent indiquer leur isolement; mais, le plus souvent, quand on les extirpe, on s'aperçoit qu'elles sont continues avec les tissus voisins. Il est assez rare que les tumeurs de ce genre soient isolées par une membrane d'enveloppe, par une capsule fibreuse. Une section faite à travers une production de ce genre, dont la consistance varie suivant les diverses espèces, montre qu'elle est formée par une cliarpenle ou trame fibreuse. Le raclage ou la pression de cette surface de section en fait exsuder un liquide blanchîllre, laiteux ; c'est le suc cancéreux de Cniveilhier.

La charpente fibreuse forme de nombreuses cloisons qui divisent la tumeur en un nombre considérable de lobes plus ou moins volumineux. Ces lobes, à leur tour, au moyen de cloisons moins épaisses, sont divisés en lobules et cette division se continue dans les lobules qui sont eux-mêmes traversés par des travées de tissu conjonctiflimitant desalvéoles. 'Au microscope, ces alvéoles, qui sont arrondis ou ovoïdes, apparaissent à priori comme des cavités parfaitement closes et remplies d'éléments cellulaires; mais quand, à l'aide du pinceau, on a écarté les cellules, on voit que ces cavités communiquent entre elles à la manière d'un tissu caverneux (fig. 68). Les '

travées limitant les alvéoles sont formées de fibres tamineuses au milieu desquelles existent des corpuscules du tissu conjonclif. EMtf sont parcourues par les vaisseaux sanjtuins, artérioles, capillaires, veinules, qui forment un réseau régulier reproduisant la disposition alvéolaire. Ces vaisseaux sont plus ou moins abondants suivant l'espèce de tumeur qui est en cause.

Ils communiquent avec les vaisseaux de la région où s'est développée la production morbide, viennent des artères et retournent - aux veines. Des vaisseaux lymphatiques existent aussi dans ces tumeurs, comme l'ont montré Schrœder van der Kolk et Krause; suivant Rindileisch, ils formeraient aux capillaires sanguinsdes gaines périvasculaires semblables à celles quefoiTuent les lymphatiques aux vaisseaux sanguins descentres nerveux et d'autres oiganes. D'après Itanvier, qui a étudié des tumeurs squirrheuses à l'aide de l'imprégnalion d'argent, les vaisseaux hinphaliques.se termineraient dans les alvéoles par des canaux plasmatiques. Bien que l'innervaLion dos cancei'S en question ne soit pas encore connue, il est vraisemblable qu'ils contiennent des filets nerveux, au moins dans certains cas (Lancercaux). Quant aux ravilés alvéolaires, elles renferment de nombreux éléments cellulaires et une proportion plus ou moins notable de liquide ; ces deux élémenL* constituent le suc cancéreux.

Bien qu'indiqué par Monro et Lobstein, le suc cancéreux fût en réalité découvert par Cniveilliier qui en démontra l'importance e( le regarda, à tort cependant, comme tout d fait spécial à ce genre de tumeurs. Ce suc est blanchâtre, miscible à l'eau, lactescent, d do consistance séreuse ou crémeuse, suivant l'espèce de fumeur à laquelle il appartient. Dans l'espràc dite cancer colloïde, il a une consistance gèlatiniforme, et dans les cancers lèlangiectasiques, dont nous parlerons plus loin, il est fréquemment coloré en rose ou en rouge plus ou moins foncé, par une quantité plus ou moins grande de globules rouges. Quoi qu'il en soit de ces variétés, à -l'examen microscopique, on y trouve, une quantité plus ou moins considérable d'éléments cellulaires et de granulations moléculaires. Les di-

CANCliR ENCËPHALOÏDE. 1159

mensions des cellules varienl; les petites n'ont guère que O-'.OI de

milliinèlre; les plus grosses vont jusqu'à O^'iOS et au delà, et entre

ces extrêmes on rencontre tous les intermédiaires. Leurs formes

sont aussi trés-vnriées ; il en est de spliériques, de polygonales, de

fusiformes (fig. 69) ; il en est

qui ont la forme d'une n

quette, etc. Dans leur proto

plasma, plus ou moins granu

Jeux, existent un ou plusieurs

noyaux, souvent irès-volum

nenx, qui contiennent à le r

tour un ou plusieurs nu

cléolos très-volumineux e \

mêmes. Certaines des cellules

en question peuvent être cre

sées d'une cavité vésiculeu e

dans laquelle on renconl e

des granulations nombreuses

el quelquefois même des !eu F 69 Cc d a reui

cocyles. ■**" *

Cc genre de fumeurs carcinomateuses compiend trois espèces dif férentcs, Ycpithéliome glandulaire mou, cancer encéphaloïde; i'épithélionie glandulaire dur, cancer squirrheux ; Vépilhéliome glandulaire colloïde, cancer colloïde. Nous allons les examiner successivement :

L'epilhéliome glandulaire mou que Lai'nnec, en raison de sa •'onsistance et de sa ressemblance avoc le tissu cérébral, a désigné sous le nom de camer encéphaloïde, forme des tumeurs arrondies, ovoïdes ou étalées en surface, parsemées on non de bosselures, et dont le volume, des plus variables, peut égaler et dépasser même celui d'une tète d'adulte. Ces tumeurs, qui sont la forme la plus fi'équenledes lésions carcinomateuses, se développent dans les tissus les plus divers, dans les glandes, telles que la mamelle et le testicule, le foie, le rein, dans les os, sur les muqueuses on sur les séreuses. Leur siège modifie leur forme. Dans les glandes, ce sont des masses plus ou moins sphériqiies ou lobulées, tandis que sur les membranes elles s'étalent en surface en infiltrant progressivement les diverses couches de ces membranes. Leur consistance, bien que toujours molle, présent'; cependant des degrés de mollesse. Ces variétés avaient fait admettre l'existence de Vencéphalotde dur

et de Vencépkaloide mou, et Laënnec croyait que, toujours, le cancer en question était dur au début et que, semblable au tubercule, il se ramollissait plus tard. De nos jours, celte idée doit être repoussée; certainement il est des encéphatoîdes qui se ramollissent avec le temps, mais il en est aussi qui sont très-mous dès leur apparition. La mollesse de ces cancers peut être telle qu'ils se laissent réduire en bouillie par une simple pression. A la coupe, la surface de section montre un tissu fongueux, blanchâtre, blanc grisâtre ou bien gris rosé, demi-transparent, qui tend à faire saillie comme si, trop à l'étroit, il voulait s'échapper au dehors. Une pres.sion modérée, le raclage à l'aide du scalpel fait sourdre très-abondamment le suc cancéreux qui est ordinairement opaque et crémeux en raison de la grande quantité de cellules qu'il conlient.

Au microscope le cancer eiicéphaloïde a la constitution suivante. La trame conjonctive est très-mince; elle circonscrit de larges alvéoles dans lesquels existent de nombreuses cellules souA'ent toIu-

Fic, 70, — Trame et cellules de IVpîlliéUome glandulaire mou (Cornil).

mineuses, et dont les formes varient beaucoup (fig. 70). Ces cellules sont adhérentes entre elles et aux parois des alvéoles, mai; elles se délachentavec une grande facilité. Sur les travées alvéolaires rampent les vaisseaux capillaires qui sont ordinairement nombreux et qui souvent font saillie et bourgeonnent dans l'intérieur des alvûoles.

Dans certaines de ces tumeurs, connues autrefois sons le nom de fougus hénialodes et qu'aujourd'hui l'on appelle carcinomes Hémalodes ou lélangieclasiques, les vaisseaux prennent un développement considérable. Ils se dilatent dans toute leur étendue ou seulement de dislance en disUince, deviennent flexueux, forment des

CANCER SQUIRRHKUX. 1161

anses et présentent de petits «nnévrjsmes sphériques ou pirifornies. Ces vaisseaux sont fragiles et disposés aux ruptures. Il en résulte que les tumeurs sont très-souvent le siège d'hémorrhagies capillaires plus ou moins considérables. En conséquence leur suc est coloré soit par du sang pur, soit par du sang dont les éléments sont arrivés à des phases plus ou moins avancées de leur destruction. Dans leur épaisseur on trouve fréquemment des foyers hémorrliagiques dont le sang est lui-même arrivé à ces divers états d'altération. Quand ces cancers hématodes donnent lieu à des tumeurs de production secondaire, celles-ci ont la même structure et leurs vaisseaux présentent aussi ces dilatations si favorables aux ruptures hémorrhagiques. Dans un cas de ce genre, où la tumeur siégeait à l'estomac, M. Hénocque (1) a constaté la dilatation et l'induration des branches veineuses qui partaient de cette lésion pour aboutir à la veine porte; le tronc de la veine porte et les branches hépatiques interlohulaires de celte veine étaient alleints des mêmes altérations. Dans toutes res veines il v avait un suc laiteux très-abondant, et des parois mêmes naissaient de nombreux vaisseaux capillaires qui faisaient saillie dans la cavité veineuse. Dans un autre cas, observé par le même auteur, les vaisseaux lymphatiques de la plèvre étaient pareillement remplis d'un suc laiteux, et sur leurs parois étaient implantés des capillaires sanguins libres et saillants dans la cavité lymphatique.

Les cancers encéphaloïdes, probablement en raison de l'abondance du suc qu'ils contiennent et de leur grande vascularilé, ont la plus grande tendance à la généralisation et à l'infection de l'organisme. Cette forme cancéreuse donne lieu à la carcinose miliaire aiguë qui, semblable à la tuberculose miliaire, envahit très-rapidement l'organisme entier, s'étale en surface, atteint les membranes séreuses et lés organes internes, et qui, après avoir donné lieu à des symptômes assez analogues à ceux d'une fièvre typhoïde, se termine par la mort après trois ou quatre semaines.

Vépithéliome glandulaire dur^ appelé aussi squirrhe^ cancer fibreux ou chondroïde, aircinome fibreux, produit des tumeurs de consistance ferme et même très-dure, ordinairement plus petites que celles de l'épithéliome glandulaire mou. Souvent ces tumeurs sont mal circonscrites, elles s'étalent en surface et constituent une véritable infiltration des tissus. Leur siège habituel est la mamelle, puis, par ordre de fréquence, l'estomac, le gros intestin vers

(1) Hénocque, Académie de médecine ^ t. XXXI.

rextrémilé inférieure, le reclum, l'S iliaque et la vahiile iléocœcale. Les ganglions lymphatiques, les os, les muscles et les viscères ne sont pas habilucllement son siège primitif, mais en sont atteints secondairement. A la coupe, le tissu de ce cancer crie sous le scalpel; sa surface de section, au lieu défaire saillie, tend à s'excaver; lisse et maie, cette surface de seclion a une coloration gi-isâtre ou rosée et parfois l'apparence d'un lissu cicatriciel. .\ la pression il n'en exsude qu'une petite quantité de suc laiteuii, contenant beaucoup moins de cellules que le suc du cancer cncéphaloïde. On en décrit ordinairement deux variétés, dont l'une, le sçuirrAelardacé, présente la consistance et l'apparence de la couenne du lard, et contient encore une assez forte propoitioD de suc cancéreux, et dont j'auti-e, le squirrhe ligneux, est Irès-dur Cl ne contient presque pasdc suc.

Ces productions ne sont pas limitées au sein des tissus qu'ils occupent par une membrane iibreuse; leurs contours sont mal arrêtés et de la périphérie partent souvent des prolongements qui pénètrent plus ou moins loin dans les tissus voisins.

Ce qui caractérise cette forni.' de cancer, c'est la prédominance de la trame Iibreuse. Au lieu de ces grands alvéoles séparés les uns des autres par des travées d'une grande minceur et qiu' l'on rencontre dans l'épi Lliéliomi! glandulaire mou, ici on ne trouve plus que de rares alvéoles {fig. 71), ordinairement petits et irréguliers el comme perdus dans une masse de lissu fibreux. Dans les alvéoles on trouve également des cellules volumineuses et de formes variées. Une seconde particularité distingue encore cette espèce de cancer; c'est le peu de développement de sa vascularité. Comme Toni montré Broca et Cornil, on peut rencontrer dans ces tumeurs de larges espaces qui sont complètement privés de vaisseaux capillaires. Suivant ce dernier auteur, celte absence de vaisseaux résulterait d'une altération spéciale des capillaires dont les novaux, par leur mulliplicalion, amèneraient l'oblitération.

([Ijnduliirc dur

CANCER COLLOIdE. 1163

VépithéliomeglandulairecoUoîde, cancer colloïde, a la structure générique des épilhéliomes glandulaires, mais il diiïère des espèces précédentes par la présence dans ses alvéoles d'une substance spéciale, de consistance gélatineuse, qui lui donne un aspect tout particulier. Les cancei's colloïdes sont moins communs que les autres. Ils se dévdoppent surtout en surface dans le tissu sous-muqueu\ de l'estomac, de l'intestin, du rectum. Sur les men^branes séreuses et dans les organes internes (foie, rein), ils forment quelquefois des masses volumineuses, A la coupe ces productions, qu'elles aient la forme de tumeurs ou celle d'infiltrations, ont une coloration jaunAtre, quelquefois rosée; la surface de section laisse voir une matière tremblotante , gélatineuse, qui s'en échappe à la pression sous la forme d'un magma analogue à de la gelée de coings ou de groseilles.

L'examen microscopique donne les renseignemenls suivants : la substance gélatineuse est une matière amorplie, transparente, contenant une quantité plus ou moins considérable de granulations graisseuses et des cellules arrondies, vésiculeuses, très-augmentées de volume etrempliesde granulations albumincuses et graisseuses, ordinairement animées du mouvement brownien. Ces éléments,qui souvent aussi contienncntplusieurs noyaux, se retrouvent dans la tumeuret en occupent les alvéoles avec la matière gélatineuse. La trame alvéolaire lesscnible à celle du cancer encéphaloïde dans le plus grand nijmbre des cas. Cependant les travées peuvent être œdémateuses; les fibrilies conjonctives qui les constituent peuvent être séparées les unes des autres {fig. 72). 11 arrive aussi que ces travées, après avoir subi la dégénérescence colloïde, s'amincissent et se détruisent. Dans ces cas, la destruction ne portant que sur les cloisons minces qui séparent les alvéoles, les lobules de la tumeur restent intacts mais sont transformés en une cavité dont les bords présentent des arcs de cercle formés de fibres lamineuses s'avan-

CANCER COLLOiDK. 1165

ces tumeurs sont précisément constituées par des formations analogues à celles des glandes. Tantôt ce sont des tubes remplis de cellules épithéliales, ramifiés dans toutes les directions, terminés en cœcums et Irès-rapprochés les uns des autres; tantôt ce sont des cylindres pleins, composés de noyaux et de cellules épithéliales juxtaposés, pareillement ramifiés et juxtaposés. Ces tubes pleins ou creux, qui peuvent exister simultanément dans une même tumeur, ont une disposition plus ou moins analogue à celle des acini glandulaires sans ressembler cependant à aucune des glandes normales. C'est précisément à celte disposition et à la production de tissu conjonctif nouveau autour des éléments épilhéliaux, qu'est due l'apparence des coupes microscopiques de ces tumeurs. Cette apparence est absolument la même, en effet, que celle d'une coupe de poumon, de rein, de testicule. Toutes ces glandes apparaissent comme un tissu alvéolaire, formé d'une trame conjonctive circonscrivant des alvéoles remplis de cellules épithéliales. C'est donc avec raison que l'on doit considérer ces tumeurs comme des épithéliomes glandulaires, déviés de leur type primitif. Leur mode de développement que nous étudierons vous montrera encore la vérité de cette assertion.

Le second genre des productions cancéreuses comprend les altérations constituées spécialement par des éléments épithéliaux. N'étant plus disposées sous forme de tissu glandulaire, ces lésions ne contiennent pas de suc cancéreux miscible à l'eau. Il en existe deux espèces principales :

Uêpithèliome à cellules pavimenieuses {noli me tangerey chancre malin y epUhelionuiy cancroïdCj etc.) aiïecte quelquefois la forme de tumeur; le plus souvent il consiste en une infiltration d'éléments épilhéliaux, qui amène un épaississement uniforme ou bosselé des parties où il s'est développé. D'ordinaire il apparaît primitivement sur la peau, surtout dans les régions où elle se continue avec une muqueuse; le pourtour des lèvres, des narines, des paupières, de l'oreille, la marge de l'anus, Tenlrée du vagin, le prépuce et le gland en sont donc les sièges habituels. On le rencontre aussi sur les muqueuses à revêtement épilhélial pavimenleux, sur l'œsophage et le col de Tutérus particulièrement. Xé dans ces diverses régions, il envahit les couches profondes de la peau et des muqueuses, puis les tissus sous-jaccnls, gagnant les interstices musculaires, les gaines vasculaires, le périoste et même les os, se propageant des muqueuses où il a débuté vers le médiaslin, les poumons, vers la

vessie et le rectum. Débutant par une sorte de petite verrue, par une petite excoriation, il s'étend en largeur plus ou moins vite, s'indure sur les bords en même temps que sa surface prend un aspect papillaire. Au centre de la production apparaît plus tard une ulcération qui se creuse et produit du pus mélangé à une matière blanchâtre d'aspect athéromateux. Cette ulcération reste ainsi avec un fond blanchâtre ou bien elle se recouvre de grosses granulations rouge sombre. Avec le temps, la lésion gagne en étendue el les ganglions correspondants sont envahis.

L'examen macroscopique d'une coupe de cette production la montre comme un tissu blanchâtre ou blanc grisâtre, grenu, non fibrillaire, se confondant insensiblement avec les tissus normaux de la région, car rarement elle est entourée d'une coque fibreuse. Le raclage et la compression en font exsuder un suc peu abondant, grumeleux, non miscible à l'eau, ou bien une sorte de bouillie d'un blanc grisâtre assez analogue à la matière sébacée. Dans le suc en question, le microscope fait voir de larges cellules épithéliales assez analogues aux cellules normales de la langue, des granulations graisseuses et des gouttelettes de graisse, parfois des cristaux de cholestérine, parfois aussi des corps globuleux formés par des cellules épithéliales imbriquées concentriquement, les globes épidetmiques.

La constitution anatomique de la production morbide est ordinairement la suivante que révèle l'examen d'une coupe microscopique : séparés les uns des autres par une trame| de tissu conjonctif, les alvéoles sont des plus irréguliers dans leur forme el dans leur voluiiie. Il en est d'ovales, d'arrondis, de cylindriques ; il enr-t qui présentent des bifurcations, des Irifurcations, des ramifications multiples. A côté de très-petits, il en existe dont le volume est lel qu'ils sont visibles à l'œil nu. Dans ces alvéoles sont tassées les unes contre, les antres los cellules épithéliales; celles qui occupent la périphérie sont ordinairement petites, cylindriques et placées perpendiculairement à la trame conjonctive de l'épithéliome ; elles ont un noyau très-visible; en allant vers la partie centrale, elles sont ensuite plus volumineuses, polygonales et munies pareillement d'un noyau. Çà et là on trouve aussi les globes épidermiques dont je vous parlais tout à l'heure (fig. 7.1). La trame conjonctive diffère suivant l'âge de la production; tantôt elle est formée par des fibres lainineuses parfaites, au milieu desquelles existent quelques corpuscules conjonctifs; tantôt on n'y trouve que des noyaux embryoplastique> et des cellules, c'est un tissu conjonctif embryonnaire. Les vaisseaux

CANCERS ePITH£LIAtT\. 116T

qui parcourent les épithcliomes en question solil presque toujours peu abondants.

A côté do cette forme générique de l'épithélionie pavimenteux il existe quelques variétés importantes à connaître.

L'épithéliome tubulé a ses alvéoles disposés sous forme de longs tubes terminés en culs-dc-sac semblables aux culs-de-sac glandulaires (Hg.

74) : les cellules incluses sont ordinairement petites et assez analogues aux cellules de couche la plus profonde du réseau de Malpighi.

ISépilhéliome cicalrisanl (cancer à cellules pavimenteuscs cicatriciel), qiii se développe le plus liabituefloinent à l.i peau de la face chez les vieillards, et dont la marclic esl très-lente, a ceci de particulier que, successivement, les cellules se détruisent sui' place et sont résorbées; dès lors le tissu conjonctif de la trame, qui est doué de rétraclilité, forme des cicatrices qui n'ont pas été précédées d'ulcération.

Le cholestéatoniB est une tumeur toujours enkystée. II est formé par une coque mince de tissu conjonctif dans laquelle on trouve un contenu blanc et brillant assez semblable à du blanc de baleine; tantôt ce contenu est compacte dans toute sa masse; tantôt il est formé de lamelles imbriquées. Cette production est constituée par des cellules rondes ou polygonales, par des gouttelettes graisseuses; on y trouve aussi quelquefois de petits poils et des cristaux de cho-

leslérine.

Vépithéliome mélanique s'observe souvent à la peau, autour des spili ou grains de beauté^ sur les verrues et les naîvi vasculaires; il forme ces épaississements ou ces tumeurs de la peau que l'on rencontre le plus ordinairement à la plante des pieds, au scrotum, à la face et aux paupières, et que l'on appelle aussi cancers mélaniques. Ces productions ont une coloration brune ou sépia plus ou moins foncée; elles sont formées de cellules épilhéliales infiltrées dans la profondeur du derme et contenant des granulations pigmentaires en grande abondance, que l'on retrouve aussi à l'état libre dans la matière amorphe où sont plongées les cellules épithéliales. L'infiltration du derme par les éléments en question amène la production d'une couche friable, d'une épaisseur de 1 à 10 millimètres, dont la partie périphérique est couverte de nombreuses saillies papilliformes, pressées les unes contre les autres et constituées pareillement par des cellules épithéliales pigmentées. Au lieu de se présenter sous cet aspect, certaines de ces tumeurs, surtout quand elles sont encore petites, non ulcérées et qu'elles siègent dans des régions où la peau est très-épaisse, à la plante des pieds, par exemple, apparaissent comme des masses charnues homogènes, plus ou moins colorées. Ces tumeurs sont formées par une trame fibreuse contenant de nombreux éléments conjonctifs et dans laquelle existent en grande abondance des noyaux ovoïdes plus ou moins allongés et de la matière amorphe. Ces noyaux, la matière amorphe qui les entoure et même les éléments conjonctifs de la trame peuvent être infiltrés de granulations pigmentaires, dont la proportion variable détermine l'intensité de la coloration de la production morbide (fig. 75). Ces épilhéliomes mélaniques sont ceux que Virchow a désignés sous le nom de sarcomes mélaniques et dont il a voulu faire des tumeurs fibroplasliques. Leur nature épilhèhale, comme l'a montré Ch. Robin (1), ne saurait être mise en doute.

En dehors des épithéliomes mélaniques de la peau, il importe de

(1) Ch. Robin, art. Mélanose du Diction, encyd. des sciences méd.

CANCERS HËLANIQUES. 1169

menlioniier ici les tumeurs mélaniques orbitaircs qui ont pour point de départ des parlics diverses du globe oculaire ou de la peau de lii région orbilaire.

Comme l'ont fait voir Lebert, Virchow et Cli. Robin, le plus (;rand nombre d'entre elles naissent en dehorsduglobe oculaire, adhérant >t l'enveloppe du nerf optique ou à la sclérotique; ce n'eslqu'à la longue, après avoir pris un grand développement, qu'elles perforcnL la sclérotique et pénètrent dans l'œil. Les tumeurs nées dans le globe oculaire se développent aussi sur la sclérotique, mais bien plus souvent sur la choroïde; elles refoulent la rétine qu'elles décollent, cl entre cette membrane et la choroïde on trouve alors un liquide noirAtrc tenant de la matière pigmentairc en suspension. Peu à peu les tumeurs grandissent, arrivent à remplir le globe oculaire, atrophient la rétine et rcroulent le cristallin vers la cornée. Souvent la sclérotique est détachée de la cornée en un point quelconque de la circonlérence de cette membrane, et la tumeur vient faire hernie au dehors par cetle voie; souvent aussi la sclérotique est perforée en un point quelconque. Comme l'a montre Ch. Robin, ces tumeurs sont des épilbéiiomes et non des sarcomes mélaniques (Virchow). Elles sont composées de cellules épitliéliales bipyraraidales, disposées sous forme de papilles comme dans les épithéliomcs mélaniques de la peau, avec de minces cloisons de tissu conjonctif où cheminent des vaisseaux assez volumineux; ces cloisons peuvent être pigmentées ou non.

Les tumeurs mélaniques sont d'une gravité exceptionnelle au point de vue de la rapidité de leur propagation, de la facilité de leur généralisation et enlin de la certitude de leur récidive. Celles de la peau, au moment de leur généralisation, attaquent d'abord les ganglions lymphatiques, circonstance qui retarde un peu leur envahissement; mais celles de l'orbite se reproduisent d'emblée pour ainsi dire dans tous les organes et dans tous les tissus. On peut donc les rencontrer dans les viscères et dans les glandes, comme on peut les observer dans les muscles, les os, les tendons, dans ta paroi des veines et des artères, sur les muqueuses et sur les séreuses. On ncor. n. — 14

en a trouvé ainsi dans les fibres musculaires du cœur lui-même, ainsi que sur l'endocarde et le péricarde; on en a vu sur la muqueuse utérine et sur la muqueuse vésicale; le poumon, le foie, le pancréas, le rein sont les viscères où elles se reproduisent le plus ordinairement. Dans ces différents organes , ces tumeurs secondaires ont la structure que je viens de vous décrire, au moins dans les premiers temps, car plus tard, quand le ramollissement est venu, on ne peut plus y retrouver de structure bien déterminée.

Vépithéliomeà cellules cylindriques peut se développer primitivement sur toutes les muqueuses tapissées d'un épitbélium cylindrique. La muqueuse digestive, depuis le cardia jusqu'à l'anus, la muqueuse utérine, les canaux excréteurs des glandes annexes de l'appareil digestif, les conduits mammaires, les voies aériennes peuvent donc en être le siège. Plus particulièrement cet épithéliome naît dans les régions rétrécies des oi-ganes, au pylore par exemple, ou bien dans les points où il y a passage d'une muqueuse à une autre, sur le col de l'utérus, où il frappe des parties égales du vagin et de l'utérus. Dans les autres régions de l'estomac, au cardia, dans la petite courbure, dans l'intestin, aux différentes courbures do côlon, il est beaucoup plus rare; il est plus rare peut-être encore dans les voies aériennes. On le retrouve dans certaines tumeurs cancéreuses du foie ou de la mamelle qui ont pour point de départ les canaux excréteurs et leur épitbélium. Né dans ces régions diverses, l'épithéliomc à cellules cylindriques se propage facilement et rapidement au tissu sous-muqueux, s'étale sur une grande surface, puis gagne les tuniques musculeuses et la tunique séreuse. Souvent môme il envahit les organes voisins; c'est ainsi que le cancer du pylore atteint l'épiploon, le tissu conjonclif du bile du foie, et le foie lui-iriéme; c'est ainsi que le cancer utérin s'étend à la vessie et au rectum. Comme production secondaire cet épitbéliome se rencontp' dans les ganglions lynipliatiques correspondant au siégf> primitif: on le trouve aussi dans le foie, enfin dans les séreuses et le pounion. Suivant Wagner, il se développerait souvent sur les muqueuses d»-jâ altérées dans leur structure; dans l'estomac, c'est au voisinage de> cicatrices d'anciens ulcères qu'il se montre; dans l'utérus il succède, dans un très-grand nombre de cas, à des inflamnvations <*hri»niques anciennes.

Les épilhéliomesà cellules cylindriques peuvent affecter la forme de tumeurs ; on les trouve alors à la surface des muqueuses, sou>

CANCERS £P1TH£L[AUX. It71

l'aspect de saillies arrondies el fongueuses, quelquefois foimanl des villosités; maïs le plus souvent ils infillrent les tissus avec lesquels ils se continuent sans en être séparés par une membrane kystique, et qu'ils ont remplacés dans leur envahissement successif. Ces productions ont alors l'aspect d'une substance blanche, grise, ou plus ou moins rouge dont la consistance est parfois dure, mais plus souvent molle. Le raclage ou la pression en obtient un suc assez abondant, blanc, laiteux ou plus ou moins coloré en rouge et légèrement visqueux.

Les élémenls tenus en suspension dans le suc de ce cancer, élémenls que l'on retrouve dans la tumeur, sont des cellules épithéliales cylindriques qui diiïîireut toujours de celles de la muqueuse où s'est développée la lésion.

Elles sont ordinairement plus grosses et moins régulières de forme; leur noyau est plus volumineux qu'à i'élat normal. Généralement ces cellules varient suivant le siège qu'elles occupent dans les alvéoles de la tumeur. Celles de la périphérie sont régulièrement cylindi iques, tandis que celles du centre sont fusiformes, étoilées, arrondies et quelquefois creusées de vacuoles. Les alvéoles ont des formes vaiiables suivant que la coupe a été perpendiculaire, parallèle ou oblique au grand diamètre de la tumeur; il en est do circulaires, d'elliptiques, de diversement conformés (fig. 76). Leur surface est tapissée d'une manière très- ■ régulière par une rouche de cellules disposées les unes conlie les autres absolument comme à la surface d'un conduit glandulaire. Les alvéoles sont séparés les uns des autres par du tissu cnnjonclif qui forme la trame de la tumeur et dans lequel marchent les vaisseaux. Cette trame conjonctive est ordinairement peu épaisse et contient des noyaux embiyoplastiques en j,'rand nombre ; d'autres fois elle est plus importante et complètement arrivée à l'état de tissu conjonctif fibrillaire. Il peut se faire encore que les vaisseaux de l'épilhéliome soient notablement élargis, qu'ils présentent une certaine analogie avec ceux du cancer glandulaire que nous avons étudié sous le nom de cancer télangicclasique. Quand il en

est ainsi, répithéliome à cellules cylindriques prend le caractère télangiectasique et donne lieu à des hémorrhagies qui, en raison de leur abondance et de leur fréquence, peuvent être des plus graves.

Le troisième genre (des productions cancéreuses comprend ces tumeurs que la plupart des auteurs désignent sous le nom de sarcomes et qui répondent aux tumeurs embryoplastiques, aux tumeurs ûbro-plastiques et aux tumeurs à myéloplaxes et i raédullocèles de Ch. Robin.

Les sarcomes sont constitués, pour le plus grand nombre, par les éléments du tissu conjonctif restés à des phases incomplètes de leur développement, et, se présentant sous forme de noyaux embryoplastiques, de cellules conjonctives (corps fibro-plastiques fusiformes ou étoiles). Le tissu de ces tumeurs se rapproche donc par ses éléments du tissu des bourgeons charnus au moment.de sa formation. Ils siègent à la peau ou dans le tissu conjonctif sous-cutané, sur les aponévroses et dans les interstices musculaires, sur le périoste et dans rintérieur des os, particulièrement à la mâchoire inférieure, aux os de Tavant-bras et de la jambe ; on les trouve aussi dans la mamelle et sur les méninges crâniennes et rachidiennes. Les ganglions lymphatiques, les poumons, le foie, le cœur, les muqueuses et les séreuses peuvent aussi en être le siège, mais habituellement alors à titre d'envahissement secondaire. Ordinairement unique, la tumeur sarcomateuse est assez nettement circonscrite; son volume est des plus variables, sa forme arrondie ou ovalaire avec ou sans bosselures à la surface. Au point de vue de leur consistance, on divise ces productions en deux groupes, les sarcomes mous et les sarcomes durs. A la coupe elles ne laissent pas écliapper de suc analogue à celui des tumeurs épithéliales glandulaires (suc cancéreux). La pression n'en extrait qu'un liquide séreux ou séro-sangui noient dans lequel on trouve quelques noyaux et quelques cellules embryoplastiques.

La structure histologique des sarcomes est variable ; elle nécessite une division de ces tumeurs en plusieurs espèces.

Tantôt les éléments constitutifs sont de petites cellules rondes (s^côme globo-cellulaire de Rindfleisch, tumeurs embryoplastiques de Lebert), surtout des noyaux embryoplastiques libres. Ces no\aux. généralement ovoïdes, mesurent en longueur de 0"'",006 à 0— ,01 et en largeur de 0'°'",004. àO^^jOOô; les cellules varient entre O'i)! et 0'"'",03. Tous ces éléments sont disposés les uns à côté des autres au sein d'une matière amorphe plus ou moins abondante (fig. 77).

SAHCOUES MALINS. 11T3

Les tumeurs ainsi formées ont une coloration grise, ou grls-blanchaire, un aspect pulpeux et une grande mollesse. Ces caractères les rapprochent beaucoup des cancers dits encéphaloïdes avec lesquels on les a longtemps confondues ; c'est h eux qu'est dû le nom de sarcome encéphaloîde, employé par Cornilet Ranvier(l) pour désigner cette espèce de tumeur.

Les sarcomes en question sont très-vasculaires; leurs vaisseaux sont larges, souvent dilatés dans toute leur étendue ou dans quelques points seulement, présentant par conséquent un aspect variqueux ou anévrysmat. Ces vaisseaux sont éminemment sujets aux ruptures qui produisent dans les tumeurs de petits kystes remplis de sang, des infiltrations hémorrhagiques plus ou moins étendues. Ces tumeurs siègent à la peau, dnns le tissu conjonctif sous-cutané, dans les os, les muscles, les glandes telles que la mamelle et le testicule. Elles se conduisent absolument comme les cancers; c'est l'espèce la plus grave des sarcomes, celle qui récidive et qui se généralise le plus souvent; elles peuvent atteindre un énorme volume. .

Tantôt les éléments constitutifs du sarcome sont des cellules plus avancées dans leur évolution, ayant déjà revêtu la forme de corps fibroplastiques. Les tumeurs prennent alors le nom de tumeurs Abro plastiques (I^berl), de sarcomes fusocellulaires (Hindlloisrh) de sarcomes fascicules (Oornil et Ranvier);cc sont les plus communes des lumeurs sarcomateuses. Les cellules ont des dimensions extrêmement variables, allant depuis 0°",015 à O""™,!. Elles sont disposées les unes à côté des autres, de telle sorte que les extrémités effilées d'une cellule sont en rapport avec la partie renflée d'une autre cellule. Il en résulte que l'ensemble des éléments ainsi placés, ressemble à de véritables faisceaux assez analogues aux fais-

Fic. 77. — Snrcome à pplîtp» collulus, tumi'ur eoitirj'Dplastiquc ; a, \nif-srMi\-, b, [issu sarcomaloiiK (RiiidJlcisch).

(1) Carnil cl Ranvicr, itanael (ThMoloçie pallutUtçi^ttt

ceaux des muscles h fibres lisses. Les faisceaux en queslion sont tantôt parallèles et tantôt entre-croisés, de sorte que, sur une coupe mince, on trouve des sections longitudinales de ces faisceaux montrant les éléments dans le sens de leur longueur, ainsi que des sections transversales d'autres faisceaux figurant seulement la coupe des cellules (fig. 78). Les sarcomes Fusocellulaires forment souvent des tumeurs volumineuses; on en voit d'aussi grosses qu'unetête d'adulte.

Ce^ tumeurs se développent fréquemment sur le périoste; elles peuvent aussi se produire dans les os, les muscles, la mamelle ou le "^ ^ testicule. Elles se généralisent

FiC-TS. — Sa oneruo-c u moinS qUC Ics précédentes, ce-

Tumeur nbro p as qu ( R ndfi s h pendant leur généralisation est encore très-fréquente.

A côté de ces deux espèces il faut placer des formes de sarcomes qui semblent en dériver et que l'on peut considérer comme des variétés : le sarcome lipomateux, dont les cellules sont remplies de globules graisseux et se transforment en vésicules adipeuses; il forme des tumeurs d'une grande mollesse et ressemblant beaucoup à l'œil nii au cancer encéplialoïdc ; le sarcome colloïde dont les cellules snliissent la transformation muqueuse; quant au sarcome mélaniqiie nnaclérisé par la présence de pigment dans les cellulos, je vous l'ai montre, ce n'est pas un sarcome, mais une tumeur de nature épithélialc. Uillrolh et Itinddfleiscb décrivent aussi une variété de sarromc à cellules rondes se rapproctiaat du carcinome vrai et paraissant constitué comme lui par un tissu alvéolaire dont les alvéolps renf(?rment les cellules du sarcome; c'est le sarcome carcitiomalfiix. D'après ces auteurs, le sarcome en question, qui se développe le plus souvent dans la moelle osseuse cl dans le derme, formerait des musses sphériques, composées de cellules non reliées entre elles par de la matière amorpbe, mais logées dans des cavilés creuséi's dans le tissu conjonctif Pour Rindlleiscli, plus particulièrement, celle variété sérail une sorte de * dégénérescence carcinomaleuse (lu sarcome » et les cellules contenues dans les alvéoles se rappi'ocli'jraient des cellules épithéliales. Dans une foiine spéciale

ËNCUONDROMES MALINS. 1175

qui a, au suprême degré, les caractères de la malignité, les cellules de ce néoplasme se chargeraient de pigment; on aurait alors le sarcome alvéolaire pigmenté, tumeur d'une grande mollesse et d'une coloration foncée.

Il est une dernière espèce de sarcome que je dois vous signaler, c'est le sarcome myéloîde correspondant aux tumeurs décrites par Gh. Robin sous les noms de tumeurs à médullocelles et à ifiyéloplaxes. Ces productions siègent toujours dans les os qu'elles détruisent plus ou moins complètement par leur développement, et qu'elles finissent par transformer en une véritable bouillie rougeâtre. Leur structure répond à celle des sarcomes. Elles sont formées de cellules dont les unes sont sphériques et petites comme les cellules de la moelle osseuse, et dont les autres sont extrêmement volumineuses, véritablement gigantesques, puisqu'elles peuvent mesurer jusqu'à 0™", 3. Ces cellules, les myéloplaxeSy sont constituées par un protoplasme granuleux dans lequel sont inclus des noyaux en grand nombre, de 1 à 30 ou 40. Elles sont contiguës ou reliées entre elles par une matière amorphe plus ou moins abondante. Les tumeurs de cette espèce sont toujours très-vasculaires; parfois leurs vaisseaux sont extrêmement dilatés, et il en résulte une transformation télangiectasique en vertu de laquelle le sang circule dans une sorte de système caverneux. Ces tumeurs ainsi transformées étaient autrefois désignées sous le nom d'anévrystnes des os. Les sarcomes myéloïdes ont une malignité bien inférieure à celle des sarcomes précédents. Quand ils siègent sur le maxillaire inférieur, on les voit souvent récidiver, mais celte récidive parait due à ce que les tumeurs ont été enlevées incomplètement. Leur généralisation est très-rare; cependant il existe dans la science des cas où l'on a vu le sarcome myéloîde se développer dans différents os du squelette, envahir les ganglions lymphatiques et même les poumons.

Certaines tumeurs cartilagineuses, enchondromes, forment notre quatrième genre des productions carcinomateuses, et se conduisent absolument comme les carcinomes vrais; elles se reproduisent après l'extirpation, elles se généralisent dans les ganglions et les viscères. Ces enchondromes auraient des caractères anatomiques spéciaux. Ils formeraient des tumeurs arrondies ou ovoïdes, bosselées ou non, dévcloppé<'s ordinairement sur les os, quelquefois dans les glandes, surtout dans le testicule, d'une mollesse réelle, contenant un suc visqueux assez abondant, assez analogue au suc cancéreux. On y trouve, plongées dans une matière amorphe relativement peu abon-

dante, des cellules cartilagineuses en très-grande proportion. Circonstance bien remarquable, quand ces tumeurs, en se généralisant, apparaissent dans les viscères, plus particulièrement dans les poumons, elles sont souvent formées par un mélange d*enchondromeet de cancerencéphaloïde vrai. Quelquefois même les tumeurs du poumon sont en totalité constituées par du tissu encéphaloïde. Notre dernier genre comprend des tumeurs décrites par M. Heurtaux sous le nom de cancers ostéoïdes. Ces tumeurs se développent généralement dans les os; sur les 15 faits observés, H fois il en était ainsi ; 4 fois la production morbide siégeait dans les parties molles. Le fémur et les os du bassin sont leurs principaux lieux d'élection. Elles ont fréquemment un volume considérable et leur tissu présente le plus souvent des régions ossifiées et d'autres qui ne le sont pas. Dans les régions ossifiées, on trouve du tissu osseux arrivé à son développement parfait avec des ostéoplasles, ou bien une ossification incomplète, caractérisée par un dépôt de granulations calcaires. Ce tissu, quel qu'il soit, circonscrit des alvéoles remplis d'une production morbide dont la structure ressemble à celle des régions de la tumeur qui ne sont pas ossifiées. Cette structure rappelle tantôt, et le plus souvent, celle du cancer encéphaloïde avec de grandes cellules épithéliales et un suc abondant, tantôt celle du squirrhe, tantôt enfin celle des tumeurs sarcomateuses. Ce cancer ostéoïde est doué d'une grande malignité ; il récidive après l'extirpation, donne lieu à des tumeurs secondaires qui se développent spécialement dans les ganglions lymphatiques, les plèvres et le poumon; elles ont la même slruclurc que les tumeurs primitives.

CARCINOSE. ËTIOLOGIE.

il7T

Page 1