CARCINOSE. NATURE ET 'PATHOGÉNIE. I2Î
salion morbide de structure analomique variable, pouvant prendre naissance dans tous les tissus de l'organisme ou à peu près, possédant le pouvoir de s'accroître indéfiniment en envahissant de proche en proche ces mêmes tissus. Après un temps plus ou moins long, suivant les sujets, suivant sa nature anatomique, cette localisation primitive détermine dans les ganglions lymphatiques d'abord, dans les viscères ou les autres organes ensuite, des loc*alisalions nouvelles, semblables à elle-même ou présentant la structure anatomique des autres lésions du mal; il y a généralisation. La destruction de la localisation première, son extirpation, ne font pas disparaître la maladie; car l'on voit des localisations nouvelles apparaître, il se fait une récidive. En dernier lieu un état cachectique s'établit qui se termine par la mort. Cette marche clinique nous montre donc que la carcinose est un processus morbide constitutionnel se comportant à la manière de la tuberculose et d'autres processus analogues, (cependant bon nombre d'auteurs, au lieu de considérer le cancer comme la conséquence anatomique d'une maladie générale, en font une production primitivement locale qui, plus tard seulement, amène l'infection de l'organisme. Velpeau, Virchow et, dans ces derniers temps, Campbell de Morgan (i) soutiennent cette manière de voir. Kt cependant, les faits de récidive dans des régions autres que celles occupées par la localisation primitive, la forme aiguë de la maladie, carcinose miliaire généralisée, sont en contradiction formelle avec cette conception. Sans doute, comme je vous Tai dit, certains cancers ne se sont pas reproduits après l'extirpation; mais n'exisle-t-ilpas des exemples de cancers durant 10, 15 et 20 ans sans produire de généralisation? Ces cas exceptionnels qui servent de preuves aux locahstes ne me semblent pas suffisamment démonstratifs. Ils pourraient seulement éUiblir qu'il y a des degrés dans l'intensité du mal, et devraient peut-être occuper les échelons inférieurs d'une échelle dont la carcinose miliaire généralisée occuperait le degré supérieur.
Tels sont les enseignements que nous donne la clinique. Mais si nous voulons aller plus loin, si nous voulons savoir quels sont les rapports entre l'aberration de génération des éléments analomiques qui aboutit au cancer et la nutrition générale de l'organisme, nous nous heurtons immédiatement contre l'inconnu. L'étude du sang ne nous a rien appris. Aujourd'hui, comme après Les travaux d'Andral,
(1) Caiiipboll do Morgan, Med, Timei and Gai.j 1873.
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nous savons que le sang pendant la carcinose est atteint d'une dénutrition rapide, que ses globules peuvent tomber de 127 pour 1000 jusqu'à 46 pour 1000, que l'albumine diminue pareillement descendant souvent jusqu'au chiffre de 55 et même de 50 pour 1000, qu'enfm l'eau augmente. Mais ces altérations ne nous renseignent pas sur la nature ni sur la pathogénie de la carcinose. Elles ne sont que les résultats de l'état général créé par la carcinose. Il faut donc bien le reconnaître, notre ignorance est ici aussi complète que possible.
En résumé donc, je crois que nous pouvons considérer la carcinose comme un processus morbide constitutionnel d'origine héréditaire ou acquise, sur l'apparition duquel Therpétisme peut avoir une grande influence, qui a peut-être des affinités avec la goutte, dont les localisations peuvent très-souvent reconnaître pour cause occasionnelle un traumatisme ou une irritation localey mais dont la nature intime et la pathogénie nous sont complètement inconnues.
En présence de ces conclusions que dire du traitement? L'indication étiologique nous échappe le plus souvent, l'indication morbide ne peut être remplie. Il en résulte donc que ce traitement ne peutêtre qu'empirique. Certaines précautions rationnelles cependant ne devront pas être omises.
L'hérédité de la carcinose impose au médecin, quand il est consulté, le devoir de s'opposer autant qu'il le peut aux unions qui, à coup sûr, produiraient des enfants cancéreux. Sous ce rapport, les mariages entre les membres de deux familles cancéreuses doivent être absolument proscrits, ainsi que les mariages consanguins. Les rapports entre la carcinose et riierpélisme nécessitent chez les herpétiques l'usage d'un traitement longtemps continué. Enfin, comme mesure d'hygiène basée sur Téliologie du mal, les sujets qui ont des antécédents cancéreux devront habiter au grand air, à la campagne; ils éviteront les alcooliques et une alimentation trop succulente, et peut-être feront-ils bien de s'établir dans les pays chauds où la maladie est peu fréquente.
L'empirisme a cherché dans tout l'arsenal de la thérapeutique des médicaments pour guérir le cancer; médicaments externes employés en frictions, médicaments internes des plus variés ont été essayés. Les saignées (Valsalva), la diète (cura famis de Pouleau), l'arsenic, la ciguë, les iodures, le mercure, ne produisent aucun résultat. Jusqu'ici il n'y a pas de médication interne à opposer à la carcinose.
La destruction des tumeurs cancéreuses externes doit toujours
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être pratiquée; il est démontre qu'ordinairement elle prolonge la vie en s'opposant à la {i^énéralisation du cancer. Elle sei*a faite à l'aide des procédés habituels de Fart chirurgical : cautérisation actuelle ou potentielle, ablation par le bistouri, par l'écraseur, par le couteau galvanique ou thermique. Le suc gastrique, la pepsine, le suc pancréatique qui, dans ces dernières années, ont été employés dans le traitement des tumeurs cancéreuses, n'agissent {)as autrement que les caustiques. Ils détruisent les tumeurs, mais ne s'opposent ni à la récidive, ni à la généralisation ultérieure.
Les indications symptomatiques seront tirées de la localisation des tumeurs cancéreusesr, des douleurs et des troubles fonctionnels qu'elles déterminent, de l'état d'ulcération auquel elles seront arrivées, des hémoirhagies qu'elles pourront produire. Elles résulteront aussi de l'état général, de la cachexie ettle toutes les conséquences qu'ils entraînent. C'est en favorisant les fonctions des organes internes atteints par la localisation morbide, en diminuant les douleurs par les narcotiques divers, en maintenant les ulcères dans un état parfait de propreté au moyen de pansements bien faits et à l'aide des antiseptiques, en s'o()posant aux hémorrhagies, enfin en surveillant l'alimentation et relevant l'organisme par l'emploi des toniques et des reconstituants qu'elles seront remplies.
Bien que la carcinose soit jusqu'à ce jour au-dessus des ressources médicales, souvent, en tenant compte des principes que je vous ai exposés, le médecin pourra prolonger lohgtemps encore la vie de ses malades et, dans cerLiins cas même, comme dans une hémorrhagie, les arracher à une mort prochaine.
Messieurs,
Nous avons épuisé le programme que nous nous étions tracé. Aujourd'hui, en jetant un coup d'iœil d'ensemble sur le chemin parcouru, gardez de cet enseignement cette vérité que je crois ossentii'lle à toute instruction médicale sérieuse. La science ne repose sur aucune de ses branches en particulier, ce n'est pas avec le microscope seul, avec l'expérimentation seule, avec la clinique seule que Ton peut acquérir une connaissance parfaite de la médecine. L'homme, qui a résolu de posséder cette connaissance parfaite, et tout médecin doit être dans ce <:as, devra donc s'adresser à la fois à toutes les branches de la science, à l'anatomie comme à la physiologie et à la clinique. Il devra user de tous les instruments capables de lui fournir des documents, et les appareils enregistreurs, le mi-
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croscope, le thermomèlre, tout aussi bien que la balance et le stéthoscope seront employés par lui. L'expérimentation et les documents précieux qu'elle fournit viendront encore lui donner de nombreuses connaissances. C'est à l'aide de cet ensemble que le but cherché sera obtenu ; ce but c'est la connaissance de l'étal pathologique qui, selon les expressions de M. Cl. Bernard, n'esten réalité qu'une déviation du fonctionnement physiologique, et qui est indispensable pour TrUiblissement de la thérapeutique, iin suprême de tous nos ti^vaux, nous ne devons pas l'oublier.