ASPHYXIE. NUTRITION GAZEUSE ÉLÉMENTAIRE
un certain temps, puis faisant ensuite l'analyse des gaz du sang en question, Fauteur a fait voir que les tissus enlèvent au sang de l'oxygène et lui rendent de l'acide carbonique, qu'en un mot ils respirent dans ce liquide absolument comme dans un milieu gazeux oxygène. Au reste, les mêmes variations dans l'intensité de la nutrition gazeuse se montrent dans ces expériences par rapport aux différents tissus. C'est encore le tissu musculaire qui occupe le premier rang dans la série, et après lui viennent le tissu nerveux, puis les tissus glandulaires.
Mais toutes ces expériences sur des tissus séparés de l'organisme Désuniraient pas à elles seules pour nous montrer l'existence de la respiration élémentaire et nous faire connaître les phénomènes se produisant pendant l'état physiologique. Cl. Bernard, en analysant les gaz du sang au moment où ce liquide va pénétrer dans les tissus organiques, puis au moment où il quitte ces tissus, a montré que toujours, en traversant les capillaires circonscrivantdans leurs mailles les éléments anatomiques, le sang perd une certaine quantité d'oxy- ;:ène et se charge d'une certaine proportion d'acide carbonique. De plus, il existe une relation extrêmement importante entre les variations d'intensité de la nutrition gazeuse et l'état de fonctionnement ou de non-fonctionnement des éléments anatomiques. Au moment de leur fonctionnement, presque tous les tissus organiques, etprin- • ipaleinent le tissu musculaire, le tissu nerveux, absorbent une jri'ande quantité d'oxygène et rejettent une forte proportion d'acide carbonique. Cependant, comme Ta démontré notre grand physiolo^n^te, il faut (aire une exception pour certaines glandes. Les glandes Nilivaires, le rein, pendant leur fonctionnement, n'absorbent que très-peu d'oxygène et ne produisent que peu d'acide carbonique; aussi le sang qui revient de ces organes a-t-il une coloration rutilante, contrastant complètement avec la couleur habituelle du sang Nêineux.
Tous ros faits vous montrent, messieurs, l'existence de la nutrition p:azeuse dans tous les éléments de l'organisme ; ceux que je vais vous présenter vous en feront ressortir l'absolue nécessité. Ils vous l»Tont voir avec quelle rapidité sa suspension entraîne la suppression th^> propriétés biologiques des tissus, et par conséquent l'abolition de leur fonctionnement.
hryd Swammerdam (1) et Sténon (!2), qui les premiers étudièrent
!■ Swammerdam, Tract, phys. med. de re?piratione et usu pulmonum^ 1G67. d} SU>non, Biblioth. anat. de Manget, De motu musculari.
les effets de la ligature de Taorte sur le mouvement musculaire, remarquèrent la paralysie rapide du train postérieur après celle expérience. Lecal (1) signale le débul de la paralysie sept à huit minutes après la striction du vaisseau; il fait remîirquer la nécessité du concours du sang artériel pour la production des mouvements musculaires. Cependant, la contractilité des muscles ne disparait pas d'une manière aussi rapide à la suite de la suspension de la circulation artérielle. Les expériences de Lorry (:2), celles de Longel (3), de Vulpian (4), celles enfin de Krishaber(5)surles effets de la ligature élastique ont fait voir que la contractilité musculaire n'est abolie totalement qu'environ une heure trente-cinq minutes après l'arrêt du courant sanguin.
Au reste, le retour du sang, comme l'a montré Brown-Séquard, ramène la propriété biologique de l'élément musculaire. Il est à remarquer de plus que l'injection de sérum, l'injection de sang veineux ne peuvent, comme l'avait déjà signalé Bichat(6), rappeler la contractilité, mais qu'il faut du sangartériel pour produire le retour de celte propriété.
Les éléments nerveux se comportent de la même manière lorsqu'ils cessent de recevoir du sang artériel. Les expériences de Hrown-Séquard (7) et de Vulpian ont montré que les nerfs privés de sang cessent de conduire et les sensations et les excitations motrices. Dans les expériences de ligature de l'aorte signalées plus haut, la conductibilité des nerfs moteurs disparaît avant la contraclililé musculaire, puisque l'on peut déterminer encore des contractions en agissant directement sur les muscles, alors que l'excitation portée sur les nerfs ne donne plus aucun mouvement. Dans des membres séparés du tronc, il est possible, comme l'a montré Brown-Séquard, de faire renaître et la ronlractililé musculaire et la conductibilité nerveuse en pratiquant des injections de sangartériel. Les injections de sang veineux ou de sérum ne produisent pas les mêmes résultats.
il) Locil, Trnilè du fluide des nerfs et du mouvement musculaire y l'GG.
(f) Lorry, cité par Longct, Trailé de plitjsioloijie.
(3) Lon;j»*t, lov. cit.
( il Vulpian, Sur la durée de la persistancff des propriétés des muscles^ den nerfs et de a moelle épinierey après l'interruption du cours du sang dans ces organes. {Gai. hebd., 1801.)
(5; KrisiiatK>r, Revue scientifique ^ 187i.
iC) Biclial, Anatomie générale^ \H\t.
(7; Brown-ï^é'iuanl *.\cad. d's sciences, \H7t\, <'i Journal de laphijsiol., 18C! el I86ij.