‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 4 sur 217 · ASPHYIIE. NUTRITION GAZEUSE ÉLÉMENTAIRE · texte numérisé non relu

ASPHYIIE. NUTRITION GAZEUSE ÉLÉMENTAIRE

Ainsi que Tonl prouvé les recherches de Longet, deSlannius(l) el de Schiff (2), dans les expériences de ligature de l'aorte, la paralysie presque instantanée qui se montre est le résultat de Tabolition (les fonctions de la moelle épinière consécutive à la privation de sang artériel. Reproduisant des expériences déjà anciennes de Flourens (3), Panum (4) et Cohn (5), en injectant dans le système aor- (ique de l'eau tenant en suspension des poudres inertes, ont oblitéré I»*s vaisseaux de la moelle épinière. Dans ces cas, survient une paralysie subite du mouvement et du sentiment, et les excitations portées sur les membres postérieurs, et même sur des troncs nerveux mis à nu, ne déterminent plus ni manifestation douloureuse, ni réaction motrice. La moelle, par l'interruption du courant sanguin, a donc perdu ses propriétés d'organe conducteur et de centre neneux. 11 est du reste bien prouvé que c'est à la privation de sang artériel qu'il faut rapporter encore cette suspension des fonctions physiologiques, puisque Brown-Séquard(6), en injectant dans 1 aorte du sang oxygéné, a fait reparaître les actions réflexes dans le train postérieur d'un lapin séparé du corps depuis quelques minutes.

L'expérience suivante, décrite par Vulpian (7), est très-démonstrative à cet égard. Elle se rapporte aux fonctions du système nerveux dans son ensemble. Sur une grenouille on lie le bulbe de l'aorte, et immédiatement il y a suppi*ession de la circulation artérielle dans toutes les régions de l'organisme; cependant le cœur continue ses l»;illtMiients. Génémleinent, au bout de deux ou trois heures, l'animal, ah)solument inerte, est dans un état complet de mort apparente; aurune exciUition, quelles que soient sa nature et son intensité, ne peut produire chez lui de manifestations sensitives ou motrices. On laisse persister cet état pendant une heure, puis on enlève la ligature • ardiaque. Après quelques minutes, pendant lesquelles la mortappa- !»nte se maintient, on constate des mouvements faibles dans les muscles hyoïdiens, puis des soubresauts musculaires, puis enfin de

I . Mannius, Untersuchungen ûber die Leislungsfahigkeil der Muskeln und Todtensiirr^. Arch f. phys. Ileilk.^ ISoi.j

t NrliifT, Lehrhuc/t der Physiologie des Mensdien, 1858.

.: Flourens, Hecherchex expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système •*nfus, IH4(».

i( Panum, Ueher den Tod durch Embolie, 185G.

..', i»hn. Klinik der emboliscfien Gefdsskranklieiten, 1860.

f> Brown-Séquard, loc. cit.

iTi Vulpian, Art. Moelle épinière du Dict. encyclop. des sciences médic, Maeson, 1874.

véritables mouvements d'ensemble. Bientôt la respiration reparaît, et jrénéralement, une heure après le rétablissement de la circulation, on peut provoquer par le pincement de la peau des mouvements réflexes. Les mouvements volontaires ne reviennent que plus tard.

L'encéphale est de tous les organes celui dont la fonction se trouve le plus rapidement suspendue par la cessation de la nutrition gazeuse de ses éléments anatomiques. Quand, sur un lapin, Astlcy Cooper (i) liait les deux carotides et comprimait ensuite les artères vertébrales, immédiatement l'animal tombait inerte, la respiration s'arrêtait et la mort survenait. Si, avant la mort, l'expérimentateur cessait la compression des vertébrales, l'animal revenait à lui et bientôt il reprenait la plénitude de ses fonctions. Ces faits ont été confirmés par les expériences de Brown-Séquard (2); cet auteur a bien prouvé que la privation du sang artériel était la cause de la suspension des fonctions encéphaliques puisque, en injectant du sang oxygéné dans les carotides et les vertébrales d'une têle séparée du corps, il a pu faire reparaître les mouvements des yeux et ceux des muscles de la face, absolument comme si la vie et toutes les fonctions cérébrales s'étaient rétablies dans cette tùle.

Cette nécessité de la nutrition gazeuse des éléments anatomiques pour la conservation de leur fonctionnement physiologique est également très-manifeste pour les battements du cœur. Les ligatures des artères coronaires, telles que les ont pratiquées Krichsen (3) et SchifT (4), amènent la paralysie du cœur. On sait, depuis les expériences de Castell (5), que le cœur extrait de Torgîmisme et placé dans l'oxygène continue de battre pendant plus de douze heures, tandis que, s'il est plongé dans l'aride carbonique, ses mouvements s'arrêtent au bout de dix minutes. Ces faits ont été confirmés par Goltz et E. Gyon qui démontrèrent que le cceur placé dans un milieu privé d'oxygène cesse de se contracter et que ses mouvements reparaissent si l'on vient à lui rendre ce gaz essentiel à sa respiration.

D'après tous ces exemples, messieurs, il est donc bien prouvé que

(Il A. CoopiT. Hecherches e.rp.-*rimen talcs sur la li'jature des artères caroliles et vertébral fSy etc., IKIW.

(il Brown-S«Miiianl (Joiini. de la physiol. de l'homme et des aiiimaui, IKr»*<i.

(3) Erich>«*n, On the influence of the Coronanj circulation on the Action of the Ileart, IHii

(il ScliiflT i.\rch. pïr physiol. lleilk.,i. IX'.

(5; Castell {âluller's Àrc/i. fiir Anat., 18.>i).

les éléments anatomiques possèdent une respiration propre, une Bulrition gazeuse véritable. Ils absorbent, en effet, de l'oxygène; ils rejettent de l'acide carbonique, et l'importance de cet acte nutritif est telle que, lui venant à cesser, en quelques instants les propriétés biologiques des éléments disparaissent et avec elles le fonctionnement physiologique des organes dont ils font parlie. Mais, vous le savez, les éléments anatomiques, cellules, fibres, tubes, etc., comme l'ont établi Robin et Verdeil et Cl. Bernard, ne vivent en réalité que dans le jnilieu intérieur ^ dans le sang. C'est dans ce liquide par conséquent qu'ils iront puiser l'oxygène et qu'ils iront rejeter l'acide carbonique. Il est, dès lors, important de rechercher >i le sang renferme les gaz dont il s'agit ; cette question doit maintenant nous occuper.

Déjà, vers la fin du xvir siècle Mayow (1), en soumettant le sang à l'action du vide, constata le dégagement de bulles de gaz, bullulas pêne infinitas, à la surface du liquide et les désigna sous le nom d'esprit igno-aérien. Plus tard, Davy (2), Vogel (3), Stevens (4) lonfinnèrent les faits de Mayow et constatèrent dans le sang la présence de l'oxygène et de l'acide carbonique. Toutefois, ces recherches étaient très-incomplètes, puisque aucune analyse quantitative d^ gaz ne fut faîte par les auteurs signalés. Magnus (5) fit faire un grand pas à Ja question; il déplaça les gaz du sang au moyen du vide partiel, puis les dosa séparément. Il montra par ce procédé que dans le liquide sanguin on trouve de l'azote, de Toxy- ;:êne et de Tacide carbonique; mais, de plus, il prouva, malgré l'imperfection de son mode d'extraction, que l'oxygène n'est pas à lélat de simple dissolution dans le sang, mais forme une véritable combinaison avec un des éléments de ce liquide. Employant, comme M;*gnus, le vide partiel pour extraire les gaz, Lothar-Meyer(6) ajoutait ^^nsuite de l'acide tartrique pour expulser l'acide carbonique [wjuvant être combiné dans le sang. Ce procédé consacrait un grand progrès sur celui de Magnus; il était cependant encore déft-flueux, car Lothar-Meyer ne faisait le vide qu'une seule fuis et

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