MODIFICATIONS RESPIRATOIRES
En Tingt-quatr* heures Homme sain. Diabëtiqve.
Oxygène absorbé 708,9 - r»72,2
Acide carbonique exhalé 911,5 659,3
Eau exaltée 828,0 611,3
La plupart des malades ont une odeur particulière de Thaleine qaiy suivant de nombreux auteurs, les fait parfaitement reconnaître. Cette odeur sur laquelle a insisté Duboué est acide, pénétrante et désagréable; elle parait due, comme l'odeur spéciale de Turine et de la sueur, à la présence de vapeurs d'acétone ou d'aldéhyde dans Pair expiré.
Tant que l'état général des forces ne s'est pas altéré chez les diabétiques, tant qu'ils ne sont pas entrés dans la période de consomption, on ne remarque aucun trouble du côté de la circulation. Les battements cardiciqueset le pouls restent normaux. Au contraire, lorsque vient la période d'amaigrissement, le plus souvent ils se plaijment d'une certaine douleur précordiale et de palpitations plus ou BQoins vives qu'exagèrent tous les mouvements qu'ils font. Dans ces cas on peut constater une diminution croissante de la force des contractions du cœur, diminution qui retentit sur le pouls et devient de plus en plus manifeste. En même temps la rapidité des battements cardiaques est souvent accrue. Je ne sache pas que des constatations directes aient signalé des modilications dégénératives de la fibre musculaire du cœur; mais, après ce que nous savons aujourd'hui
n ) Barthels, Ueher den Kolûemàurengehalt des ausgeathmeten Luft bei Diabètes j 186i.
de la fréquence des dégénérescences granuleuses et graisseuses de cet organe pendant le courant des maladies consomplives, il est permis de penser à la possibilité de ces lésions cardiaques chez les diabétiques. Au reste, dans la dernière période du processus morbide, il n'est pas rare de constater l'œdème des membres inférieurs qui ' peut-être rattaché alors à des ralentissements de circulation dus à l'insurtisance de la force cardiaque.
Les fonctions de la peau sont fréquemment troublées chez les diabétiques. Le plus souvent, comme il résulte des observations de Proul (1), de Contour (2), de Trousseau (3) et de Niemeyer (4), la peau est sèche, rude et la sueur fait absolument défaut. Cet état de la surface cutanée se rencontre plus particulièrement, d'après Bouchardat, chez les malades épuisés, tels qu'on les observe habituellement dans les hôpitaux et, suivant Durand-Fardel (5), dans les premiers temps du processus morbide. Au contraire, chez les glycosuriques dont la maladie date déjà d'un certain temps, de plus d'une année par exemple, chez ceux qui sont dans l'aisance et dont l'étal est en voie d'amélioration, les fonctions cutanées paraissent se conserver â l'état normal. Chez d'autres enfin on peut constater l'apparition de sueurs très-abondantes. La sécheresse de la peau n'est donc pas la règle chez les diabétiques; mais, suivant la remarque de Niemeyer, existe-t-il une relation entre la perte d'eau se faisant par la surface cutanée et la sécrétien urinaire; en d'autres termes, l'apparition de la sueur entraîne-t-elle une diminution de la polyurie et sa disparition l'augmente-t-elle? Théoriquement il semblerait qu'il dût en être ainsi et les expériences de Parkes (G) semblent le prouver. Cet auteur a montré, en effet, que, chez les diabétiques soumis à des bains d'air chaud amenant une forte transpiration, l'on voit diminuer considérablement la sécrétion urinaire. Cependant les preuves cliniques ne sont pas suffisamment nombreuses pour conclure à cet égard.
La perspiration cutanée est aussi diminuée le plus souvent chez les malades; et il en est de même de la quantité de vapeur d'eau éliminée par les voies respiratoires. La diminution dans les pertes
(1) Prout, Ia)c. cit.
(t) Ointoiir, Du diabète »urré, 1845.
(3; Trousseau, ioc, cit.
(4) Niemeyer. Elèttientx de pathologie interne, t. 11.
(5) Durand -Fanlel« Traité viinique et t hé rajteu tique du diabète.
(6; Parkes, The compoxition of lite Urine in health and disease, 1860.
DIABETE (SUITE). APPAREIL GËNITO-URINAIRE. 149
de liquide par ces deux voies peut être considérable. On sait qu'à rétat physiologique la quantité d'eau éliminée, tant par la peau que par le poumon, s'élève à 1200 et 4500 grammes par vingt-quatre heures. Or, chez un glycosurique,Bœker(4) n'a constaté qu'une perte de liquide de 529 grammes ; Mosler (2), chez un autre malade, n'a trouvé que 637 grammes; chez deux autres sujets la diminution des peites était bien plus considérable encore, Von Dursch (3) a constaté qu'elles n'étaient que de 204 et de 498 grammes.
Suivant Latham (i) la sueur des diabétiques a une odeur analogue à celle du foin ; Bouchardat la rapporte à l'existence dans cette sécrétion de principes odorants tels que l'aldéhyde, l'acétone, dont je vous ai déjà indiqué la présence dans l'urine. La sueur reste acide comme dans l'état normal; mais elle renferme fréquemment de la glycose, comme l'ont établi Bouchardat, Griesinger et Semmola (5). La quantité de sucre qu'elle contient est très-variable. Tantôt la proportion est minime ; tantôt, comme chez un malade observé par Vogel (6), elle est si considérable qu'après l'évaporalion du liquide, il reste à la suface de la peau une poussière blanchâtre formée de sacre. Suivant Griesinger, il existe un rapport inverse entre la proportion du sucre sudoral et celle du sucre urinaire, à tel point que diez certains sujets qui présentent une diminution notable dans Texcrétion du sucre par la voie rénale avec persistance de l'état géoéral propre au diabète, on constate des quantités considérables de glycose dans la sueur. Quand les sujets ont des sueurs abondantes, il ne faut pas oublier, pour doser l'urée perdue dans les 24 heures. Je tenir compte de celle qui est éliminée par la peau. On sait, en eflet, qu'à Tétat physiologique il existe 0,24 d'urée pour 4000 dans la sueur.
Le passage fréquemment répété d'une urine chargée do sucre et fortement acide à travers le méat urinaire, le contact de celle urine a>ec les régions muqueuses voisines déterminent chez rhonimc et chez la femme, des inflammations plus ou moins violentes. Au pourtour du méat s'établit une rougeur souvent très-vive, donnant lieu à
Il Bœckcr, Vnter$uçhungen uher den Dialteles inellitnsy 1853. [if Mo«ler, lor. cit.
\2) Von Dursch, Mitthfilung iweier Faite von DiaheteXj 1803. i-ir Lifttb.im, Facts and opinions concerning Diabètes^ 1811.
(ô, Semmola, De la pathologie et île la thèruimiiique du diabète y 1861, et Zuckerrei' (ker SdiU'einXy 1857.
^6. Vogel, loc cit.
des démangeaisons constantes et parfois même intolérables. Chez la femme cette rougeur peut se propager sur toute la vulve et causer un insupportable prurit dans celte région. Le plus fréquemment Tinflamnialion ne dépasse pas la forme érythémateuse ; cependant, sur le gland, sur le prépuce ou sur les lèvres chez la femme, on peut voir apparaître des éruptions vésiculeuses et même pustuleuses en plus ou moins grande abondance. Souvent même il peut se faire une inflammation de tout le gland et de tout le prépuce, donnant lieu k une desquamation épithéliale très-prononcée et quelquefois i des ulcérations, à des fissures plus ou moins profondes de ces régions* Cette balano-posthite d'origine glycosurique est presque toujours alors suivie d'un phimosis complet, accompagné d' œdème prépuiial et d'une sécrétion séro-purulente provenant des surfaces malades. Toutes ces lésions, d'après les recherches de Friedreich (I), qui n'ont fait que confirmer les vues primitives de Bouchardat et de Marchai de Calvi, sont de nature parasitaire. Elles sont dues, suivant ces auteurs et suivant de Beauvais (2), au développement, sur les organes génito-urinaires, des spores décrits par Ilannover et Ilarsall dans l'urine diabétique. En se développant ainsi, plus spécialement sur le collet du gland et de chaque côté du frein chez l'homme, autour du clitoris et entre les petites lèvres chez la femme, ces spores se réunissent souvent entre elles sous forme de chapelet avec des amas de cellules de distance en distance. Parfois elles forment une sorte de mycélixnn ramifié rappelant l'aspect du champignon connu sous le nom A^Aspergillm.
Le canal de l'uréthre et le col vésical peuvent également se ressentir du passage et du contact des urines glycosuriques. Des douleurs uréllirales, des écoulements blennorhagiques, des envies fréquentes d'uriner avec difficulté d'évacuation de l'urine sont la conséquence de ces manifestations inflammatoires qui, du reste, se rencontrent plus spécialement chez l'homme.
Le processus diabétique porte le plus souvent une sérieuse atteinte aux fonctions de reproduction. Chez l'homme on peut distinguer les deux sortes d'impuissance : impotentia coeundi et iwpotenlia gencrandi. La première, appelée aussi frigidité, anaphrodisie, est caractérisée par le défaut d'érection, l'inaptitude à la copulation. Elle
(1) Friodrcicli, l'elter doM comtantt Vorkfmimen von PiUen bei IHabetiftcken (HrchoH^* Archiv, 1864).
(i) De Beauvais, De la halanite et de la balano-jwxthUe intraxitaire* et du pkimoiiB tymptomatiques du diabète {Ga*. de* hôpit., 1871).
DIABÈTE (SUITE). SYSTÈME NERVEUX. iSl
€St très-fréquente chez les diabétiques et suit généi^lcment dans son intensité la marclie de la maladie, diminuant et s'aggravant avec elle. La seconde, véritable stérilité, consiste dans la perte du pouvoir fécondant des spermatozoïdes. Les sujets qui en sont atteints ont des désirs vénériens et peuvent se livrer à l'acte génésique. Leur sperme contientdes spermatozoïdes animés de mouvements, comme Font prouvé les observations dcGriesinger, et de Guitard (4), mais il a perdu sa qualité fécondante. Ce sperme du reste renferme du sucre. Chez la femme Tanaphrodisie se remarque de même, les observations de Bouchardat et de Durand-Fardel sont confirmatives à cet égard. D'après Bouchardat également, la fécondité des femmes diabétiques paraît très-compromise et cet auteur n'en a pas rencontré qui aient conçu pendant que leurs urines renfermaient une notable proportion de sucre. La menstruation reflète cet élat des fonctions de reproduction. Pendant la première période de la maladie, les règles restent régulières ; mais, quand Tafleclion a fait des progrès, elles diminuent de quantité, prennent une irrégularité de plus en plus marquée et finissent par disparaître complètement. Souvent quand, sous Tinfluence d'un traitement convenable, l'état des malades fient à s'améliorer, on voit reparaître la menstruation ; c'est toujours un bon signe au point de vue du pronostic.
Le système nei*vèux, dans ses difiërentes fonctions, n'échappe pas aux désordres occasionnés par le processus morbide. L'anesthésie partielle, limitée le plus souvent aux membres inférieurs, au thorax, à la face ; les douleurs dans la région dorsale, vei-s les lombes, dans les articulations; des sensations de refroidissement ou de chaleur brûlante vers les extrémités sont les troubles ordinaires de la sensibilité générale. Les crampes musculaires, siégeant plus particulièrement aux membres inférieurs et survenant pendant la nuit trahissent le désordre de la motilité. Enfin, dans la sphère de l'activité psychique, l'indolence, l'inaptitude au travail intellectuel, le découragement, la tristesse, la diminution de la mémoire ainsi que rirascibilité donnant souvent lieu à de violents accès de colère sont les symptômes que Ton remarque le plus fréquemment. Cet état mental des diabétiques parait entretenu par l'insomnie occasionnée par la nécessité où ils se trouvent de se lever très-fréquemment pendant la nuit pour évacuer leurs urines. Dans certains cas, rares
il) Guitard, Ik la glycosurie, 1856.
à la vérité, des désordres plus graves peuvent se rencontrer, Monneret et Fleury ont cité des exemples de folie diabétique.
Enfin, dans le plus grand nombre des cas, on voit survenir des troubles visuels de la plus grande imporfance. Ces troubles variés ont été signalés par la plupart des auteurs. Dans ces dernières années, ils ont été surtout étudiés par von Gnlle (I), Boucbardat, Desmares (2), Lécorcbé (S) et Panas (4). Ils sont dus le plus habituellement au développement d'une cataracte; mais ils résultent «ussi d'un aflaiblissement fonctionnel avec ou sans lésion de Tappareil accommodateur, de la rétine, et même des organes nerveux centraux préposés à la vision.
La cataracte diabétique se montre plus spécialement dans la période de consomption de la maladie. Klle frappe environ le quart des malades, suivant von Griife, et sa marche est ordinairement jsi rapide qu'en trois ou quatre semaines l'opacité crisUillinienne est complète. Le plus souvent aussi la cataracte est molle, sans noyau central et se développe par les couches corticales du cristallin. Telle est la règle générale ; cependîmt, comme l'a signalé M. Perrin (5), on peut voir la cataracte apparaître dans d'autres périodes de la maladie, même a peu de distance du début de l'affection. De plus, elle peut être dure, à noyau central jaunâtre et résistant. 11 est rare que la cataracte diabétique n'envahisse pas les deux yeUx. Jusqu'à ce jour on ne connait pas sa cause productrice. Sans doute« après les expériences de Mitchell ((J), de Itichardson (7), de Slœber (8), on a pu croire que l'action directe du sucre sur le cristallin produisait l'opacité de cette lentille. En plaçant des cristallins dans de Teau sucrée, en faisant des injections de sucre à des grenouilles, les auteurs cités obtenaient une opacité analogue à la cataracte ; mais les expériences de Lécorcbé n'ont pas confirmé ces résultats. D'un autre côté, certains expérimentateurs, notamment Kunde (9) et Kôhnhorn(lO),
(1) Von Grâfc, Veber die mit Diabètes mellitux vorkommenden Seh-xtockunden, i$5S.
(i) Desluarrcs, Traité des maladies des yeux, 1857, et Ambhjopies symptomatiquet MOUS la déi>etulance d'une altération dans la composition de Vurine^ Analyse par Roih cbardat, Utc. cit.
(3; Lécorcbé, Cataracte diabétique (Arch. gen. demèd.y 1861) ei Lambhjopie diabétique {Gai, hebdom.y Masson, 1861).
{A) Panas, De Vasthénopie accommodative dans le dialtete.
{."»» Perrin, Société de Chirurgie, 1870.
(6) Mitchell, On the production of Cataract in Frogs by the administration of Sugûr (Americ. Journ. of metl. sciences, 1860).
(7) Richardson, The synthesis of Cataract (Journal de la physiologie, 1800). (H) Stœher, Gaiette médicale de Strasbourg, 1855.
(9 et 10) Kunde ei Kohnhom, cités par Jaccoud, toc, cit.