ASPHYXIE (SUITE). LÉSIONS ANATOMIQUES
n*esl pas accidentelle. Il a été confirmé par les recherches de Falk (i ) ; mais cet auteur a constaté que le caractère essentiel de l'asphyxie consiste en ce que, dans ce processus morbide, le sang ne renferme plus d'oxygène avant la cessation des battements du cœur. Suivant lui, dans les autres genres de mon, l'oxygène ne disparaitrait du milieu intérieur qu'après l'arrêt définitif des contractions cardiaques.
Parallèlement à la diminution de l'oxygène marche l'augmentation de Facide carbonique. Déjà démontrée par Cl. Bernard, cette augmentation a été parfaitement établie par P. Bert. L'éminent professeur de la Sorbonne a prouvé que la quantité d'acide carbonique était en rapport avec la cause qui a déterminé l'asphyxie. Lorsque Tasphyxie se produit dans l'air ordinaire, la quantité d'acide carbonique ne dépasse guère 70 pour 100; mais, si les animaux succombent dans un espace clos où l'acide carbonique s'accumule, s'ils meurent par strangulation, par submersion, à la suite de l'oblitération des conduits aériens et en épuisant l'air de leurs poumons, la proportion peut s'élever alors jusqu'à 410 et 120 ce. pour 100. Toutefois, la plupart du temps, l'augmentation de l'acide carbonique n'est pas en rapport avec la quantité d'oxygène disparu, de telle sorte qu'il y a en réalité diminution dans la masse des gaz existant à l'état de dissolution dans le sang.
En même temps que se produisent ces modifications dans la constitution gazeuse du sang, ce liquide, comme l'ont établi les expériences de Cl. Bernard, perd sa propriété d'absorber l'oxygène; il devient incapable de s'artérialiser. Depuis les travaux de ce physiolojrisle, on sait, en effet, que le sang asphyxique, contrairement au sanjr veineux ordinaire, qui absorbe 13,9 pour 100 d'oxygène, ne peut plus en absorber que 8 à 9 pour 100. D'après cela, même dans l'asphyxie ordinaire, il y aurait une sorte d'empoisonnement des globules sanguins par l'acide carbonique, et c'est avec raison que P. Bert considère ce gaz comme un véritable agent toxique pour le globule rouge. Au reste, d'après G. Smidt et Pflûger, contrairement au sang normal, dans lequel l'oxygène à l'état de combinaison instable peut être expulsé facilement par le vide, le sang asphyxique mis en présence de l'oxygène fixe ce gaz d'une manière définitive. Pendant l'asphyxie, il se développerait donc dans le sang des subs-
II. Falk, Zur tpfctroskopischen Blui'Lnitnuchungen, (Deut. Klin., 1872.)
4â LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
tances irès-avides d'oxygène et, suivant Afanassievv (1), elles seraient conlenuci? dans les globules rouges.
Dans h plus grand nombre des cas, le plasma est lui-même modifié dans sa couleur. Au lieu dN^tre incolore, il présente une coloration noire assez prononcée. Cette coloration, suivant Preyer (2), tient à ce que, sous Tinlluence de Tasplnxie, les globules rouges sont atloinls dans leur constitution anatonnque elle-même; Tliématocristalline se sépare du stroma globulaire, et, après être restée un certain temps à l'état de dissolution dans le plasma, peut parfois se montrer à Télat cristallin en suspension dans ce liquide.
Le sang de l'asphyxie, dans un grand nombre de cas, paraît plus fluide et possède une tendance beaucoup moins grande à la coagulation. C'est on s'appuyant sur ce fait, loin d'être constant, que les auteurs ont admis une diminution dans la quantité des matières albuminoïdes du sang spontanément coagulables. D'après cette manière de voir, la fibrine du sang diminuerait donc pendant l'asphyxie et cependant, Faure(;3) ayant démontré que, chez les animaux qui succombent à l'asphyxie expérimentale, on trouve, si les autopsies sont faites immédiatement après la mort, des caillots volumineux et durs dans les cavités du cœur, cet auteur, on présence des assertions de ses prédéresseurs sur la plus grande fluidité du sang, fut amené à considérer o(?lto grande fluidité comme le résultat de modifications cadavériques.
Tout récemment, Mathieu et Urbain (i), sans examiner la question de Taugnientiition ou de la diminution de la fibrine dans le sang asphyxique, ont établi que, pendant ce processus inorbide,le sang possôd*' une plus grande tendance à la coagulation qu'à l'étal normal. Pour ces auteurs, qui considèrent l'acide carbonique comme l'agent essoiiii(»ld(» la coagulation du sang, c'est à l'augmentation de ce gaz dans li» milieu intérieur qu'il faut attribuer la formation des caillots du < «vur et des vaisseaux pulmonaires pondant le processus asphyxique.
Telles sont en somme, messieurs, les altérations que présente le sang à la suite de l'asphyxie; mais, vous le comprenez, les analyses
(Il Afana>>ii\v. Wflcher liextandtheil des Erxlickitngshlutex rermay den diffundirbaren Sauerslo/l m hinden? tArbeiten auH dfr phijsiol. Anstalt iu Leipiig^ 1873. i
(t) Pre>«M '7. de l'Institut., Pari-*, I8G3».
(:j| Faim* lArvh. gèn. de méd.^ 1856).
(i) MaUiitMi pt l'rbaiii, Cnu»e» et mécanisme de la coagulation du sang et des princi^^ pales substances albuminoiden, Massun, 1875.
ASPHYXIE (SUITE). ANALYSE SPECTRALE DU SANG. i3
des gaz de ce liquide sont difficiles à faire, et souvent la quantité de sang recueillie est si petite que Ton ne peut songer à pratiquer sur elle les manœuvres nécessaires à cette recherche. En présence de ces considérations, je crois utile de vous faire connaître un procédé rapide de la recherche des gaz du sang consistant dans l'application du spfctroscope à Tétude de ce liquide. Le spectroscope, vous le savez, est un instrument destiné à étudier le spectre de la lumière, qui est formé des couleurs fondamentales : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. A l'aide du spectroscope il est possible de faire des analyses chimiques qualitatives avec une grande rapidité; en effet, les diverses substances que l'on fait brûler dans la flamme dont on examine le spectre manifestent leur présence par Tapparition de bandes lumineuses siégeant dans certaines régions de l'image spectrale. De plus, si, entre la flamme observée et l'œil de l'observateur, on vient à placer une matière colorante, celle-ci est décelée, suivant sa nature, par des raies sombres se montrant dans le spectre. Ces raies sombres sont connues sous le nom de bandes dC absorption , C'est aux travaux mémorables de Kirchoff et Bunsen que la science est redevable de l'analyse spectrale, et ces auteurs ont poussé si loin leurs recherches qu'à l'aide du spectroscope, ils ont pu faire, pour ainsi dire, l'analyse chimique des globes lumineux des espaces stellaires. En 4861, Iloppe-Seyler (4) eut l'idée d'examiner au spectroscx>pe une dissolution très-étendue de sang artériel, et il inventa fanalyse spectrale du sang.
C'est riiémato-cristalline ou hémoglobine qui, vous le savez, est la matière colorante du sang. Cette substance cristallisable est soluble dans Teau. Or, si Ton vient à faire une solution très-légère d'hémoglobine, qu'on la place dans un godet à faces parallèles, et qu'on l'interpose entre la flamme observée au spectroscope et l'oculaire de rinstrument, le spectre est modifié dans sa nature, et Ton voit apparaître dans l'image spectrale, des changements tout particuliers. Le bleu et le violet sont obscurcis, ils disparaissent complètement pour rol>ser\aleur; mais, de plus, il se forme, dans le jaune, entre les lettres D et E de Frauenhoflcr, deux lignes sombres connues sous le nom de kindcs d'absorption de Vliémoglobine oxydée (fig. 2). Si, à la dissolution de l'hémoglobine dans l'eau, on ajoute soit du fer nMliiit par Thydrogène, soit du sulfliydrate d'ammoniaque et que, par ce moyen, on arrive à réduire l'hémoglobine ou, pour employer
^1/ H'*ypv'Sfjy\cr {Virchwv't Arch. y 186i).
une autre expression, à la priver de Toxygène qu'elle renferme, on voil le spectre de celle matière se modifier. Les deux bandes d'absorption dont je vous parlais tout à Thegre se fusionnent en une seule qui, siégeant également dans le jaune, occupe tout l'espace du