M. G. G**', 31 ANS
Fig. 17. — Desserrement progressif du frein périphérique sous l'influence de l'hypersthénie croissante du myocarde.
phérique, puisque le nombre des pulsations augmente en même temps que la pression. Chez ce malade j'ai surveillé soigneusement les variations du pouls capillaire : il n'en avait pas tout d'abord, son cœur étant évidemment trop mou pour pousser en abondance Fonde sanguine jusqu'aux extrémités; et, de fait, les pieds, les mains, le nez de ce malade étaient constamment livides et froids, bien que la température ne fût pas extrêmement rigoureuse. Ils se sont réchauffés en même temps
qu'apparaissait et que s'accentuait le pouls périphérique, la vaso-constriction cédant sous la poussée produite par rhypersthénie croissante du myocarde. A voir ce malade et le ton terreux de son teint, on eût pu croire tout d'abord à un de ces cas d'intoxication alimentaire que nous a fait connaître M. Huchard; mais, loin d'avoir de l'hypertension par vaso-constriction active, ce malade était, à n'en pas douter, un hypotendu et un déprimé. Il mangeait d'ailleurs extrêmement peu, et, chez lui, Taugmentalion de l'alimentation carnée — que l'absence d'appétit avait réduite à presque rien — a certainement coïncidé avec le retour à la santé physique et intellectuelle.
Le cas de M. H. Sch... (flg. 18) n'est pas moins intéressant au point de vue qui nous occupe.
Chez lui, les signes caractéristiques de la neurasthénie {amyosthénie, douleurs à la nuque, état mental) me paraissent avoir eu pour cause une lésion organique. Ce malade est venu me trouver à cause de sa névrose, mais son teint jaune paille, son amaigrissement progressif, son dégoût pour l'alimentation carnée, les douleurs locales dont il se plaint, la tendance aux vomissements qu'il accuse, son âge enfin, tout me fait croire à un cancer de l'estomac. Je le soumets à un régime extrêmement sévère, à des douches statiques au creux épigastrique et à des injections salines. Sous l'influence de ce traitement les phénomènes gastriques se sont singulièrement amendés; M. H. S... a pu s'alimenter d'une
maniëre progressivement croissante, et son poids s'est relevé de 57 à 63 kilogrammes, dans l'espace de soixantedix jours ^ Nous aurons occasion de revenir sur cette observation. Je n'en veux retenir pour l'instant que
M. H. ScH***, 62 ANS.
Fig. 18. — Neurasthénie à hypertension artérielle chez un cancéreux.
l'extrême amélioration de la dépression physique et mentale sous l'influence du traitement tonique.
Voici ce que le graphique nous apprend sur ce point : l'ascension de la force dynamométrique d'une part, et celle de la courbe de la pression sanguine de l'autre, se
(I) J'ai vu, à plusieurs autres reprises, des tumeurs malignes deTeStomac ou d'ailleurs subir un léger temps d'arrêt dans leur évolution sous l'influence des injections salines. 11 ne s'agit pas là, bien entendu, d'une action spécifique, mais d'une simple accélération de la nutrition dans les tissus avoisinants le mal. Quelques-uns des sérums anticancéreux qui ont été préconisés n'ont peut-être d'autre action que cette action banale.
sont déroulées parallèlement à Tamélioration de l'état mental; la hausse de la tension artérielle n'est certaine- • ment pas due à de la vaso-constriction périphérique, mais bien à de Thypersthénie cardiaque. Au commencement du traitement il n'y avait pas de pouls périphérique ; il apparaît au bout de quelques jours pour disparaître, et reparaître définitivement lorsque le myocarde a acquis assez d'énergie pour vaincre la résistance des petites artëres. Chose intéressante à noter : ce malade extrêmement mélancolique au commencement de son traitement, a bientôt reconquis' l'espérance et la joie de vivre ; il les a retrouvées aussitôt que la pression sanguine a atteint 16 ou 17 centimètres de mercure ; la disparition de la mélancolie a donc précédé de beaucoup la vaso- dilatation périphérique, fait qui n'est pas sans importance puisque toute une théorie très répandue, celle de Lange, fait dépendre la tristesse d'une vaso-constriction périphérique, et la joie, du phénomène inverse. Dans le cas particulier de M. H. S..., je suis en mesure d'affirmer que le retour à l'optimisme a coïncidé, non point avec la pleine irrigation des organes périphériques, mais avec le retour à l'énergie vitale des centres nerveux, dont témoignent à la fois la force dynamométrique et la vigueur du myocarde.
Le cas de neurasthénie symptomatique qui précède n'est point isolé. Voici (fig. 19) une observation d'épuisement nerveux avec dépression intellectuelle, chez un tabétique immobilisé au lit depuis quinze mois. Sous
60 LES GRANDS SYMPTOMES NEURA STHÉNIQUES
ririfluence des injections salines, j'ai vu se modifier chez lui, en même temps que la pression sanguine, Tappétit, rhumeur, qu'il avait sombre et désolée, et le sentiment intime de déchéance, dont il souffrait beaucoup. Cependant M. L... n'avait point recouvré la possibilité de se mouvoir, que seule lui rendit la rééducation méthodique à la marche.
Le cas suivant (fig. 20) est celui d'un jeune homme de vingt-cinq ans qui vint me consulter au mois d'avril 1899 en m'énumérant toute la série des stigmates neurasthéniques, céphalée en casque, dyspepsie nervo-motrice, atonie intestinale, insomnie, lassitude constante, altération de la mémoire, parésie de la volonté, impossibilité presque complète de fixer son attention et d'aller jusqu'au bout d'un travail commencé, tristesse continue avec accès de larmes. Sa tension artérielle était basse, et, bien que l'auscultation du poumon m'eût laissé quelques doutes, j'entrepris de faire des injections de sérum à M. Jacques R.... Vers la fin d'avril, il fut atteint de grippe avec fièvre comme on peut le voir par Taugmentation du nombre des pulsations. Vers le 40 mai, la fièvre disparut, mais le malade resta sujet à de petites poussées d'hyperthermie qui m'inclinèrent à changer de traitement. Les injections salines, comme l'a déjà constaté M. Hutinel, ont en effet la propriété fâcheuse de faire réapparaître la fièvre chez les phtisiques ; elles peuvent ainsi ne pas être inutiles au diagnostic, mais il faut en craindre Tusage prolongé, car elles pourraient donner un coup
er à
de fouet à révolution du mal. Je donne le graphique de M. Jacques R... parce qu'il me paraît assez caractérisî}^^ tique avec ses poussées brusques de la pression san-
Im guine et du nombre des pulsations. Nuisibles au point
!epe^ de vue de la tuberculose* proprement dite, les injec-
te Sf tions de sérum n'en avaient pas moins déterminé une
ii(iu^ atténuation marquée des symptômes neurasthéniques ;
le malade avait retrouvé de Tappétit, digérait mieux, eJi^ dormait à peu près régulièrement, se sentait plus de
8!'' force, et travaillait avec plus de vaillance et de suite.
ihi:- Avant d'en terminer avec cette série d'observations,
ici où nous voyons l'épuisement nerveux s'accompagner
ra- ' d'hypotension artérielle, et disparaître à mesure que se
i(e j relève la courbe de la pression sanguine, arrêtons-nous
au ! encore aii graphique ci-contre (lîg. 21) qui nous fait
H , assister à la genèse d'une crise de neurasthénie post-
grippale.
Il s'agit d'un malade de vingt-neuf ans, que j'ai déjà soigné l'année dernière pour une neurasthénie survenue, sur un terrain médiocrement prédisposé par l'hérédité, à la suite d'un grand chagrin. Trois mois de traitement, et un séjour de six semaines dans la montagne l'avaient remis sur pied, à tel point qu'il s'estimait guéri. Sa tension artérielle oscillait maintenant entre 15 et 16 çen-
(l) Dans les tuberculoses apyrétiques, les injections d'une solution saline très peu concentrée, à doses très légères, peuvent rendre service notamment en stimulant l'appétit ; j'ai vu des phtisiques, à la première et à la seconde période, en tirer tout autant de bénéfice que des injections d'huile gaïacolée ou créosotée ; seulement il importe de surveiller de très près la température des malades ainsi traités.
M. Jules L***, 48 ans.
Mom
KO Si
îl