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Fig. 29. — Neurasthénie diabétique.
Furine, immédiatement pratiquée, m'apprit que ce neurasthénique était avant tout un diabétique. Je le mis au, régime, sans autre médicament que de Tantipyrine et du bicarbonate de soude : les névralgies et les démangeaisons disparurent; la quantité de sucre se réduisit très vite à une dose négligeable, tandis que l'élément nerveux proprement dit s'atténuait considérablement en moins de cinq semaines.
Voilà, n'esl-il pas vrai, des cas bien disparates, qu'il peut sembler étrange de voir étiquetés sous le même vocable. Et cependant tous ces malades étaient venus à moi, après avoir passé par le cabinet d'un ou de plusieurs spécialistes justement renommés; à chacun d'eux on avait dit « vous êtes un neurasthénique », et chacun d'eux présentait, en effet, un tel ensemble de stigmates que ce diagnostic s'imposait dès l'abord.
Nous sommes donc, dès maintenant,, contraints d' admettre unecatégoriedeneurasthénies secondaires. Certes, j'ai recueilli un grand nombre d'observations, où le mal de Beard paraît avoir nettement pris naissance, chez un sujet prédisposé, sous l'influence directe du surmenage par excès de travail musculaire ou intellectuel, ou consécutivement à de fortes émotions fréquemment répétées; mais, d'autre part, j'ai vu, sans aucun doute possible, le même groupement symptomatique et la même formation mentale découler d'une maladie antérieure, déterminant l'épuisenient nerveux chez un sujet dont le cerveau se trouvait être, par ses antécédents héréditaires ou personnels, préparé à évoluer dans ce sens. C'est ainsi qu'il y a la neurasthénie post-grippale, celle de la tuberculose, celle de la convalescence des maladies aiguës, la neurasthénie du cancer, celle de la syphilis, du tabès, de la paralysie générale au début, comme il y a celles de l'arthritisme, de l'artério-sclérose, de la goutte, de l'alcoolisme, du brightisme, des intoxications alimentaires, du diabète, de la puberté, de la ménopause et, je
De Fleury. — Neurasthénie. 6
pourrais même dire, des règles, car nous connaissons tous des femmes qui demeurent équilibrées trois semaines par mois, pour ne devenir névropathes qu'aux alentours de la période menstruelle.
Mais c'est là une grosse question sur laquelle il faudra revenir ailleurs pour la discuter de plus près. Renfermons-nous, pour le moment, dans l'étude de nos graphiques; efforçons-nous d'en dégager les données les plus instructives.
Il me faut dire tout de suite combien Tensemble des renseignements qu'ils me fournissent m'est utile dans ma pratique. Ils m'ont permis de comprendre pourquoi tant de malades, soigneusement suivis, ne s'améliorent pas. Et non seulement ils constituent un guide précieux pour ce qui est de la direction générale à imprimer au traitement, mais encore je les tiens pour singulièrement suggestifs au point de vue du maniement quotidien des malades. Ce sont mes courbes de tension sanguine, de pouls périphérique, d'activité de réduction, et de pression dynamométrique, qui littéralement me dictent au jour le jour la conduite à tenir, et qui me disent s'il convient au moment actuel, de rehausser une énergie que je vois défaillir, ou de réfréner une excitation momentanée, si le patient se trouvera bien d'un bain statique sédatif ou d'une injection tonique de sérum concentré. C'est à mes tracés, à l'effacement de ma personnalité très faillible devant leur précision sans parti pris, que je dois, j'en suis fermement convaincu,
des statistiques de guérisons et d'améliorations que je crois être exceptionnellement heureuses, la plupart de mes névropathes ayant été déjà traités par des médecins de grande valeur et souvent même par les mêmes moyens cliniques qui devaient me réussir fort peu de temjps après. Aussi voudrais-je voir se généraliser l'emploi de ces procédés d'observation précis, qui sont à une cure de névrose ce que Taiguille de Tarnier est à l'application du forceps : une directrice constante.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur la forme générale des figures incluses au cours de ce chapitre, nous constaterons tout d'abord que, lorsqu'on les examine pour la première fois, bon nombre de névropathes révèlent un assez haut degré d'hyperpression sanguine. Mais il s'en faut de beaucoup que ce phénomène révèle leur état ordinaire et, si je puis dire, foncier. Quelques-uns d'entre eux, comme on peut voir dans les graphiques 10 et 15, retombent à l'hypotension qui leur est ordinaire, aussitôt que s'est dissipée l'émotion d'une première rencontre avec le médecin, c'est-à-dire dès le second ou le troisième jour. Il importe donc de ne point considérer comme valable et caractéristique d'un état vrai, un haut degré de pression artérielle, si on ne l'a pu constater qu'accidentellement (voy. fig. 30).
D'autres fois, chez des malades examinés pendant la digestion du déjeuner, c'est-à-dire entre une heure et quatre heures de l'après-midi, nous constatons un certain degré d'hypertension qui n'est, ici encore.
qu'une apparence voilant une réalité fort différente. Excité par Talimentation excessive, par le vin, et par le café qu'il a pris, le malade est en proie à un éréthisme cardiovasculaire,que ne tardera pas à suivre une dépression d'autant plus basse que l'excitation factice du repas avait été plus forte. Nos figures 16 et 26 nous font voir comment ces malades, soumis à un régime alimentaire convenable, retombent au bout de quelques jours à leur véritable niveau entre 12 et 14 centimètres de mercure. Il suffit d'ailleurs de les examiner le matin à jeun pour constater que leur hypertension d'après le déjeuner n'a rien que d'artificiel (voy. encore fig. 7).
Une fois éliminées ces deux variétés de fausse hypertension neurasthénique, nous restons en présence de deux grandes catégories vraiment fondamentales, et qui méritent d'être envisagées en elles-mêmes : celle des névropathes à hypotension foncière et celle des névropathes à hypertension constante. Chez les uns, comme nous avons vu, un traitement qui réussit s'accompagne de relèvement progressif de la courbe, tandis que les autres s'améliorent à mesure que s'abaisse et se détend la ligne de la pression artérielle. On entrevoit déjà de quelle utilité pratique doivent être des courbes dont les données sont recueillies à de brefs intervalles, alors que le traitement rationnel et efficace de la forme à hypotension diffère radicalement du traiteonent de la forme opposée.
C'est que l'aspect sous lequel ils nous apparaissent
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et les symptômes qu'ils accusent, peuvent se ressembler au point que la plupart des médecins ne font pas grande différence, et ne reconnaissent qu'une seule catégorie de névropathes. Un malade peut avoir le teint gris et terreux, soit par vaso-constriction active accompagnée d'hypertension, soit par vaso-constriction passive, le cœur étant trop mou pour propulser jusqu'aux extrémités la quantité de sang qui serait nécessaire pour donner à la peau sa coloration normale. D'autre part, qu'ils soient hyper ou hyposthéniques, tous ces nerveux accusent pareillement des phénomènes douloureux, la céphalée en casque, la plaque cervicale, et la plaque lombaire, un sentiment de fatigue constante, des troubles digestifs j des troubles du sommeil, des modifications de l'état mental. A y regarder de plus prës, on peut constater cependant que les uns sont surtout hypopeptiques et les autres surtout hyperchlorhydriques; que, chez les premiers, le repos est utile et le travail nuisible, tandis que les seconds semblent éliminer leur fatigue et s'en débarrasser à mesure qu'on les contraint à de l'exercice physique (Fernand Lagrange *) ; et l'on peut enfin s'assurer que Tétat de Tesprit n'est point tout à fait chez les uns ce qu'il est chez les autres.
(1) Dans la série de ses excellents ouvrages sur la médication par l'exercice, et notamment au cours de son dernier volume, M. Fernand Lagrange a remarquablement observé et décrit cette forme fréquente de lassitude à hypertension, d'où le malade s'évade progressivement à mesure qu'on lui fait éliminer ses toxines d'artèrio-scléreux, d'arthritique, do goutteux. Voir les Mouvements Méthodiques et la Mécanothérapie , p. 415 et suiv. (F. Alcan, 1899).
L'hypotendu jest triste, d'une tristesse morne et sans courage; la langueur fonétionnelle de tous ses organes se transmet au cerveau et s y traduit sous forme d'inertie mentale, de paresse, de sensation profonde de déchéance, d'impouvoir ; et son esprit est encore tout enclin à la crainte; il est peureux, ses moyens de défense dans la lutte pour l'existence étant évidemment réduits à peu. Et c'est presque toujours un doux et un timide, pitoyable à autrui parce qu'il a besoin de pitié pour lui-même.
Les névropathes de l'autre sorte, goutteux, artérioscléreux, demi-alcooliques, petits brightiques, sont plutôt sombres et farouches que vraiment tristes et déprimés; leur esprit est plutôt enfermé, confus et, si j'ose dire, encrassé, que simplement débile; si le travail leur devient malaisé, c'est que leur intellect, loin d'être vide de pensées, tourne au chaos d'images et d'idées; tandis que nos hyposthéniques sont irritables en feu de paille, par bouffées brèves et du fait seul de leur fai-» blesse, la plupart de nos hypertendus sont presque toujours irrités, et leur fatigue même, la courbature de leurs muscles, qui les rend lourds et mécontents de se mouvoir, apparaît bien plutôt comme une manière de rouille, comme une intoxication générale que l'exercice diminuera, bien loin de l'augmenter. Peut-être jugera-t-on ce parallèle quelque peu schématique, et fait exprès pour les besoins de la cause; mais quiconque prendra la peine d'analyser soigneusement l'état mental de l'une et
Taulre variété de neurasthéniques, constatera bien vite que ce n'est pas uniquement une vue de Fesprit. En tous cas, les uns et les autres appartiennent certainement à une formation mentale qui n'est point celle des hystériques, dont le mécanisme n'est pas celui de Tidée fixe, mais bien plutôt celui sur lequel j'aurai occasion d'insister longuement aux chapitres viii, ix et x de cet ouvrage. Revenons maintenant aux graphiques de la première catégorie. Ils se rapportent en général à des malades assez jeunes, que l'uricémie, que l'artério-sclérose et les intoxications alimentaires n'ont point encore profondément touchés. Chez presque tous, l'épuisement nerveux s'est installé à l'occasion d'une grande fatigue, après une série de mauvais moments de la vie, et d'ébranlements nerveux réitérés, ou bien encore pendant la convalescence d'une maladie déprimante ou à la suite de quelque crise comme celle de la puberté. Ces malades — nous le voyons par la série d'observations enregistrées plus haut — sont véritablement et pleinement des déprimés ; leur cœur ne se contracte qu'avec une extrême mollesse, la baisse de la pression sanguine que l'on constate habituellement chez eux, est le fait d'une atonie totale de l'appareil circulatoire. La tunique musculaire de^ l'arbre artériel est, ici, en état de paresse et de distension. Or, pour que se remplisse le calibre de cet arbre artériel, plus ample étant moins resserré qu'il ne devTait être, l'appareil circulatoire emprunte aux tissus périvasculaires de i'eau, d'où cette dilution du sang et
cette hypoglobulie apparente que nous avons si souvent constatées ^ On ne peut donc pas dire qu'il y ait ici de la vaso-constriction périphérique active : si ces neurasthéniques ont ordinairement le teint pâle et terreux, c'est bien certainement pour le motif que nous avons déjà dit, à savoir que le cœur n'a pas assez de force pour envoyer le sang en (juantité normale jusqu'aux extrémités du corps, qui demeurent le plus souvent pâles et froides.
Il s'en faut, d'ailleurs, que les nerveux à hypotension aient toujours si mauvaise mine. Beaucoup d'entre eux, en dépit de leurs incessantes souffrances, ont bon aspect, et leurs joues roses, alors qu'ils exhalent leurs plaintes, provoquent l'étonnement et les doutes de l'entourage ; on a peine à comprendre que l'on soit si malade avec un pareil teint, alors que l'on mange et que l'on dort à peu près comme tout le monde ; et c'est pour les neu-
(1) J'estime qu'à l'heure actuelle, il faut, de toute nécessité, admettre une nombreuse catégorie de fausses anémies, de « neurasthénies vasculaires », ainsi que les nommait Ghéron, qui les a décrites et interprétées d'une façon si judicieuse dans sa communication au Congrès de médecine interne de Bordeaux (i895). Chez ces malades, l'hypoglobulie et l'hydrémie sont d'origine purement mécanique, et dues, comme on l'a vu plus haut, au seul relâchement de la tunique musculaire des artères de moyen et de petit calibre . Quand on provoque, par une stimulation mécanique quelconque, un resserrement de Tarbre artériel, il se fait une chasse d'eau dans les tissus périvasculaires (cette eau ne tarde pas à s'éliminer par l'urine) et la concentration du sang, l'hyperglobulie apparente se produit aussitôt. Anémique un quart d'heure auparavant, le sujet montre à. présent une extrême richesse globulaire sous le champ de l'hématimètre. On conçoit l'importance nosologique de cette notion, trop négligée vraiment de la plupart des auteurs contemporains qui ont écrit sur le sang et les anémies. A côté des anémies organisées profondes, accompagnées de déformations anciennes et de maladies des globules, il y a de simples anémies ou hydrémies fonctionnelles, celles des neurasthéniques à hypotension.
rasthéniques une cause bien fréquente d'énervement, que de se voir de la sorte incompris. Chez ceux-là, la distension de r.arbre artériel est telle que le cœur, si faible soit-il, n'a point de peine à irriguer la peau. Ce fait, assez fréquent, que des hypocondriaques en proie aux idées noires peuvent avoir la mine rose, ne semble-t-il pas aller à Tencontre de la théorie de Lange, qui fait de la tristesse un phénomène dépendant de la vasoconstriction périphérique ?
Par contre, si ces neurasthéniques ont un peu de sang sous la peau, il s'en faut qu'il y jouisse d'une bien grande activité fonctionnelle, puisque nous voyons, dans toutes nos observations, l'activité de la réduction du sang rouge en sang noir se révéler très inférieure à la normale, cependant que le seuil de la sensibilité s'élargît et que l'analyse d'urines dénote du ralentissement de la nutrition. C'est pour cet ensemble de motifs — et pour d'autres encore qu'il me paraît oiseux d'énumérer ici — que depuis déjà bien longtemps j'incline à considérer la tristesse, non point tant comme dépendant d'une mauvaise circulation, que comme le reflet dans la subconscience de tout ce que l'organisme met de langueur à vivre.
Si, prenant nos graphiques de nerveux à hypotension, nous les suivons dans leur évolution vers le mieux, peutêtre pourrons-nous discerner à quel moment et sous quelle influence est revenu le sentiment d'euphorie, la joie de vivre.
Chez M. A. P... (fîg. 13), la tristesse s'est dissipée vers le dixième ou le douzième jour du graphique, c'està-dire au moment où la pression sanguine, l'état des forces et l'activité de la réduction se sont définitivement rapprochés de la moyenne. Ce malade ne semble point avoir subi de modifications de sa circulation périphérique, qui, même avant le traitement, ne paraissait pas particulièrement défectueuse.
Même observation pour le graphique 14 ; ici Taugmentation rapide du nombre des globules, l'étude comparée de la vitesse et de la tension, tout nous conduit à croire que l'amélioration s'est accompagnée, non de vaso-dilatation, mais bien plutôt de vaso-constriction périphérique.
On en peut dire autant de la figure 16. Pour ce qui est du graphique 17, où le pouls périphérique a été noté, nous voyons le frein vasculaire se desserrer, tandis que monte la pression sanguine, ce qui prouve que la force d'impulsion du cœur augmente d'une façon vraiment considérable. Ici l'euphorie coïncide encore avec l'hypertonicité du cœur, cause première de l'hyperirrigation générale.
Le graphique de M. H. Sch... (fig. 18) n'est pas moins instructif. C'est avant même que la périphérie ait définitivement cédé sous la poussée du myocarde, que l'état de mélancolie dépressive a commencé de s'efi'acer. Ce malade a cessé d'être morne et découragé dès que sa pression sanguine a dépassé 16 centimètres, et dès
que Tactivité de la réduction s'est haussée de 70 à 90, H n'est pas moins intéressant de rechercher sous quelles influences probables s'améliore l'état mental chez les neurasthéniques hypertendus. Ici, c'est, au contraire de ce que nous venons de voir, une baisse de la tension qui accompagne Teuphorie, et bien souvent, c'est au moment oh s'ouvre la périphérie d'une façon définitive que le mieux s^accentue ; mais ce n'est cependant point encorç une règle absolue : chez les alcooliques notamment nous voyons l'hypertension s'accompagner d'un pouls des organes trës accentué ; l'hypertension, le pouls capillaire, Tétat mental neurasthénique, tout s'atténue avec la suppression de l'alcool, cependant que Tétat des forces au dynamomètre augmente d'une façon notable, et que le sujet se montre plus calme, moins irrité, moins sombre. Il en est de même pour M. Jules C..., atteint de mal de Bright au début (fig. 24), et chez qui l'amélioration de Tétat neurasthénique coïncida avec la baisse de la force d'impulsion du cœur et la diminution du pouls périphérique» Je reconnais pourtant bien volontiers que chez les neurasthéniques intoxiqués et hypertendus, le retour au sentiment de bien-être et de force suit souvent de près la suppression, par le traitement, de la vaso-constriction active que déterminent habituellement l'empoisonnement alimentaire, l'uricémie ou bien la petite urémie. Chez deux de ces malades j'ai vu l'amélioration la plus nette succéder à Tingestion de doses légères et renouvelées de trinitrine, médica-
ment hypotenseur au premier chef. Chez plusieurs -autres j'ai vu bien fréquemment les bains carbonigënes, les diurétiques ou la pilocarpine produire un effet analogue. Cette même médication appliquée aux neurasthéniques à hypotension, vraiment déprimés, ne fait qu'accroître encore leur accablement physique et leur désarroi moral.
De toutes ces constatations fournies par nos tracés, il est temps de tirer quelques conclusions pratiques. On conçoit qu'il soit nécessaire d'imprimer une direction différente aux diverses catégories de nerveux qu'ils nous ont conduits à admettre.
Le traitement des neurasthéniques à hypotension est, cela va de soi, un traitement tonique. Nous verrons par la suite à quels genres de stimulations du système nerveux il est, à mon sens, préférable de recourir, pour hausser jusqu'à la normale tout cet ensemble de fonctions que nous avons trouvées défaillantes, à savoir la force de pression des mains, la tension sanguine, la sensibilité cutanée, l'activité de la réduction, l'activité des oxydations, etc., etc. Mais nos tracés nous commandent encore de surveiller étroitement l'alimentation de ces malades. Etant donnée la hausse désordonnée des courbes que provoque tout repas composé d'aliments indigestes ou arrosé de vin, je considère comme indis-' pensable de soumettre mes déprimés à un régime alimentaire dont j'ai donné bien souvent le détail, et dont il suffira de dire ici qu'il supprime complètement Talcoolj
les boissons fernjentées, les crudités, les légumes indigestes, tout ce qui gonfle Testomac, tout ce qui congéstionne le visage pendant la première partie de la digestion. Je ne crois pas qu'il faille à ces malades-là supprimer trop radicalement la viande; sans comjiter la neurasthénie tuberculeuse que je crois justiciable de Ja viande cruç, j'estime que tous nos névropathes à hypotension se trouvent bien d'un peu de suralimentation carnée ; je leur donne au repas de midi une ou deux bonnes tranches de ' viande rouge, grillée ou rôtie, plutôt un peu cuite ; au repas du soir une quantité moindre de viande blanche ; parfois même je conseille de faire, au réveil, un premier repas confortable avec un œuf, un peu de viande froide et deux doigts de café noir, ce qui n'est point sans aider le malade à se tirer, dès le matin, de la torpeur fonctionnelle où le sommeil, même après le réveil, retient encore les organes.
Si le graphique présente l'aspect que donnent notre figure 16 et notre figure 26, si j'ai affaire, non point sans doute à un véritable alcoolique, mais à un nerveux abusant habituellement et depuis longtemps d'aliments indigestes, de vins médicamenteux, de drogues excitantes, ce qui se trouve fréquemment, mon habitude est de commencer la cure par une première phase dans laquelle je m'emploie uniquement à neutraliser pour ainsi dire le système nerveux. Je supprime tout médicament; je soumets le malade à un régime rigoureux, et je me contente de lui donner, tous les
jours OU tous les deux jours, un bain statique, sans étincelles, de cinq à dix minutes. A cette médication, le neurasthénique ne gagne ni vigueur ni entrain à vivre ; il se sent, au contraire, plus uniformément, plus constamment épuisé, plus dénué d'énergie physique et morale. Par contre, elle suffît souvent à supprimer, chez eux, tout l'ensemble des phénomènes d'excitation passagère, les impatiences, les colères, les angoisses dont ils sont coutumiers ; souvent aussi le sommeil leur revient, et Ton en voit qui s'y sont si bel et si bien détendus qu'ils dormiraient une partie du jour, après s'être amplement reposés dans la nuit. Quand ils en sont venus à ce point de détente du système nerveux, la médication tonique donne tout son effet, et agit bien plus nettement, bien plus vite que si on l'eût employée tout de suite.
Quant aux névropathes à hypertension vraie, qui, nous l'avons vu, sont surtout des intoxiqués, il n'est pas pour eux de plus,efficace remède que la diète lactée ou le régime lacto-végétarien. Ce sont, pour la plupart, de ces faux cardiaques que M. Huchard nous a si bien appris à traiter. Tout ce qui augmente l'élimination par l'urine ou par la sueur, tout ce qui débarrasse leur intestin des déchets qui tendent à y séjourner, tout ce qui combat la vaso-constriction active, la formation en excès de l'acide urique, tout ce qui lutte victorieusement contre Tartério et la cardio-sclérose, tout cela leur procure, au bout d'un temps relativement court, l'aljé-
gement de leur fatigue, et ramélioration de leur état mental.
N'est-il point curieux de constater ici, comme pour tant d'autres phénomènes biologiques, à quel point il est vrai que les extrêmes se touchent et que les contraires se joignent. L'excessive tension du sang dans les artères fait un Neurasthénique, à peu près au même titre que l'extrême hypotension; et nous voyons deux traitements, l'un hypersthénisant et l'autre hypotensif, ramener à l'état moyen des systèmes nerveux qui, à un examen superficiel, semblaient s'en écarter dans la même direction. L'efficacité, selon les cas, de ces deux thérapeutiques contraires, démontre surabondamment l'utilité pratique des tracés, permettant de reconnaître avec précision si le malade auquel on a affaire est un épuisé du système nerveux ou un intoxiqué.
Pour en finir avec l'état de l'appareil circulatoire chez les neurasthéniques, je vpudrais dire un mot de leurs accès d'angoisse, de fausse angine de poitrine, de leurs phobies, que je tiens bien plutôt pour des signes de gêne circulatoire, que pour des symptômes d'ordre psychique. La plupart des neurologistes les décrivent au chapitre qu'ils consacrent à l'état mental, et je me sépare nette- Oient d'eux sur ce point. Sans doute, certaines phobies deviennent, chez tel malade en particulier, une habitude de l'esprit, tel neurasthénique se spécialise dans
Tagoraphobie ou la claustrophobie, et il vient un moment où ridée seule de se trouver pris dans une foule ou de demeurer enfermé dans un théâtre au milieu d'une longue rangée de fauteuils occupés, suffit à procurer le rappel de l'angoisse. Mais ce n'est là qu'un phénomène de mémoire ; on ne l'observe que dans un cerveau qui s'est laissé pour ainsi dire entraîner, et qui a pris une . habitude. Tout au début, Fangoisse est bien certainement un phénomène primitivement somatique, reflété dans la conscience. Deux éminents observateurs, MM. Pitres et Régis*, en étudiant l'obsession de rougeur, avaient tout d'abord paru incliner à admettre que, dans les émotions, l'état intellectuel précède l'état affectif.^ Dans un second ouvrage, ils furent bien vite amenés à adopter la conception inverse, à laquelle pour mon compte je suis rallié depuis longtemps, à savoir la priorité de l'état aff^ectif.
Qu'il s'agisse de neurasthénie anxieuse ou de mélancolie, que l'état d'angoisse soit général et confus, ou spécialisé sur telle phobie particulière, je crois qu'il est dû primitivement à l'une des deux causes suivantes :
i*" Il se produit souvent une distension de l'estomac en haut (Malibran) avec refoulement du diaphragme et torsion légère du cœur sur les vaisseaux qui en émergent et principalement sur l'aorte. Ces accès de fausse angine
(1)' V Obsession de Rougeur. Archives de neurologie, 1807 (n« 13). Séme'iologie des obsessions et idées fixes, rapport au Congrès de Moscou, août 1897.
De Fleury. — Neurasthénie. 7
sont généralement liés à la digestion ; ils se terminent le plus souvent par une salve d'éructations, et Ton en guérit promptement par un bon régime alimentaire.
2° L'autre variété consiste en un spasme général de Tarbre circulatoire, s'accompagnant probablement aussi d'hyperactivité fonctionnelle du cœur. La crosse de l'aorte, organe presque uniquement élastique et dénuée de fibres musculaires, se trouve prise ainsi entre deux forces contraires qui tendent à la distendre violemment; le lacis nerveux dont elle est entourée se trouve ainsi violemment tiraillé, et souffre de cette douleur rétrosternale qui constitue l'élément essentiel de Tangoisse. Cette variété de phobie, qui s'accompagne de refroidissement des extrémités, disparaît aussitôt que la chaleur y revient ; on y remédie par la siippression de Falimentation trop exclusivement carnée, par la médication qui combat Turicémie, parles diurétiques, par les bains carbonigènes à la manière de Nauheim ou de Bourbon-Lancy, par le lait, et dans les cas plus graves par la médication vaso-dilatatrice, trinitrine, tétranitrol, etc.
Je borne là les quelques réflexions que je tenais à faire sur les phobies neurasthéniques, symptôme d'une haute importance et d'un vif intérêt, qui nécessiterait à lui seul toute une longue étude.