‹ Les grands symptômes neurasthéniques: pathogénie et traitementChapitre 35 sur 56 · C. — Arguments tués des résultats thérapeutiques · texte numérisé non relu

C. — Arguments tués des résultats thérapeutiques

Les notions que nous fournit la thérapeutique rationnelle de l'épuisement nerveux sont d'un intérêt tout particulier.

Cet ordre de recherches — un peu trop dédaigné jusqu'ici — peut atteindre à la précision vraiment scientifique, et valoir les meilleures expériences de laboratoire, à condition que soient prises les précautions suffisantes contre les causes d'erreurs qu'il est possible de prévoir, et notamment contre la suggestion, encore que je ne croie guère, ainsi que je Tai déjà dit bien des fois, à la suggestibilité des vrais neurasthéniques.

Dans la série d'observations et d'expérimentations cliniques que je vais résumer, j'ai négligé systématique-

ment Temploi des moyens thérapeutiques empruntés à la chimie : leur action m'apparaît beaucoup trop complexe, beaucoup trop obscure, encore qu'ils aient été depuis bien plus longtemps étudiés. Je donne d'ailleurs, peu de drogues à mes neurasthéniques, si ce n'est, pour leurs troubles digestifs un peu de bicarbonate de soude et de pancréatine, et quelques laxatifs pour lutter contre la ténacité de leur constipation. On peut bien dire, cependant, sans crainte d'être démenti, que ce sont, ordinairement, les préparations toniques et le régime qui leur font du bien et qui les guérissent. La kola n'est pas inoffensive, non plus que la caféine ; mais qui pourrait nier l'effet heureux — au moins momentané — de ces préparations stimulantes, et de leurs congénères, glycéro-phosphates, vanadates, cacodylates, lécithine, etc.

Tout ce qui avigoure les neurasthéniques à hypotension artérielle, soit en excitant directement la cellule cérébrale, soit en lui procurant une circulation plus vive, améliore du même coup leur état mental. Seules, les préparations alcooliques font exception : le rehaut d'énergie et de belle humeur qu'elles apportent est extrêmement court, et tout de suite remplacé par une phase de dépression pire, ou d'excitation fort pénible.

Quant aux neurasthéniques à hypertension, aux artério-scléreux ou aux intoxiqués, il suffit, pour les voir s'améliorer au physique et au moral, de favoriser l'élimination des déchets stagnants de leur nutrition; c'est

en leur donnant des laxatifs répétés, des diurétiques actifs, surtout en les mettant au régime lacto- végétarien, en desserrant chez eux le frein vasculaire périphérique, que Ton obtient la disparition de la sensation de fatigue, des angoisses, des insomnies, et que Ton a raison de leur formation mentale, à la fin pessimiste et farouche, meurtrie et irritée.

Quant aux déprimés véritables, chez qui les organes se laissent distendre par défaut de tonus, chez qui la pression sanguine est basse, la réduction de roxyhémoglobine ralentie, la force dynamométrique diminuée, la sensibilité obtuse, Tintelligence paresseuse, la mémoire épuisée, la volonté molle, Tâme mélancolique — j'ai surtout essayé sur eux les procédés de traitement purement mécaniques si fréquemment usités de nos jours, et avec un succès si manifeste, toutes les. fois qu'on les emploie avec méthode, et qu'on évite Texcfes de zèle qui conduit si facilement au surmenage thérapeutique.

Les plus connus de ces moyens sont la douche, les bains à températures diverses, l'étincelle de la machine statique, la friction sëche au gant de crin, le massage, la vibration, les stimulations méthodiques des organes des sens.

A cette liste, je joins la cure d'air et les injections hypodermiques de liquides non toxiques. Voici pourquoi :

Expérience faite et maintes fois refaite, je suis fermement convaincu que — quel que soit le corps gazeux inoffensif et stimulant que Ton porte au contact de la

surface pulmonaire, quel que soit le corps étranger liquide, aseptique et non toxique introduit dans le torrent circulatoire — on produit invariablement les mêmes effets thérapeutiques.

Faites respirer à un malade déprimé de l'air vif, de Tair ozonifié, du formol, les vapeurs nitreuses émanées de la pile, ou des vapeurs d'acide fluorhydrique, par exemple, et vous obtiendrez invariablement un rehaut de vitalité, une coloration plus vive du teint, une sensation de bien-être et de force, une recrudescence de Tappétit, une hausse sensible de la pression artérielle, une élévation notable de la quantité d'urée émise en vingt-quatre heures. Peu importe le gaz irritant, pourvu qu'il y ait irritation (irritation d'intensité moyenne : si elle est excessive, il y a surmenage, accablement au lieu d'apport de force). C'est ainsi que l'ozone émané de la pile, et forcément mélangé de vapeurs nitreuses, finit souvent par être plutôt nuisible aux malades qui le respirent.

Si, d'autre part, vous injectez sous la peau d'un homme affaibli, ou dans ses veines — ce qui, physiologiquement, revient au même — du sang, du sérum naturel ou du sérum artificiel, du suc orchitique à la façon de M. Brown-Séquard, du suc nerveux à la manière de Constantin Paul, de l'huile gâïacolée, de l'eau glycérinée ou tel autre liquide dénué de toxicité, vous obtiendrez les résultats classiques de la transfusion du sang : accroissement de la résistance vitale, hypertonicité générale.

exactement, d'ailleurs les mêmes phénomènes que suscite la stimulation de la surface pulmonaire.

Quelques-uns d'entre ces liquides, ceux qui sont les plus denses, agissent plus vivement que d'autres: mais, vérification faite, leur constitution chimique n'est pour rien dans cette différence, rien de spécifique n'apparaît dans le résultat obtenu. Une injection d'eau salée est à une injection de liquide testiculaire ce qu'une friction au gant de laine est à une friction au gant de crin*, — un peu moins forte seulement.

Puisque Ton a des résultats thérapeutiques constants en injectant les liquides les plus dissemblables ou en faisant inhaler les gaz les plus divers, c'est, bien' évidemment, qu'il ne saurait s'agir d'une action chimique, spécifique, mais d'une action toute mécanique, d'une simple irritation portant sur les terminaisons nerveuses sensitives, ici de la surface respiratoire^ et Jà de la surface circulatoire.

Avec un gant de crin frictionnez la peau d'un épuisé du système nerveux, ou simplement d'un homme fatigué; fouettez-le d'un jet de douche ; par le massage, triturez les houppes nerveuses sensitives des articulations, des tendons, des aponévroses, et des muscles, irritez la surface intestinale avec de l'alcool ou de légers purgatifs salins, et toujours — si vous ne dépassez pas la résistance indi-

(1) C'est la loi générale de l'hypodermie de Chéron, à laquelle le médecin de Saint-Lazare a consacré naguère un important volume de faits intéressants et de doctrines neuves (Société d'édit. scientif., 1893).

yiduelle du malade — vous aboutirez précisément à la série d'effets thérapeutiques que nous venons [d'énumér rer à propos des stimulations sur la surface pulmonaire et la surface vasculaire.

Les modifications que l'emploi de ces agents dynamiques apporte dans l'organisme débilité peuvent se résumer et se classer ainsi :

Modifications sur les appareils musculaires. — Hypertonicité générale des muscles de la vie de relation, s' accompagnant de sensation de vigueur et de légèreté du corps; respiration plus ample; cordes vocales mieux tendues, voix plus forte. Hypertonicité des muscles de la vie végétative : diminution ou disparition des ptôses, resserrement du crémaster flaccide, des parois stomacales et intestinales distendues ; resserrement des fibres circulaires de la tunique moyenne de Tarbre artériel, et hausse de la pression sanguine; recoloration du visage pâli, etc., etc.

Modifications sur les appareils glandulaires. — Hypertonicité et hypersécrétion des glandes de Testomac (digestion plus facile, les malades retrouvent Tappétit, un véritable appétit boulimique parfois) ; hypersécrétion des glandes salivaires, lacrymales, cutanées (la bouche, le nez, la peau perdent de leur sécheresse habituelle) ; hypersécrétion orchitique (disparition de Fasthénie génitale), etc.

Modifications de la nutrition, — Il est habituel de constater chez les neurasthéniques, les déprimés et les

mélancoliques tcms les signes caractéristiques de la nutrition retardante. Nous avons vu ce que révèle Tanalyse d'urine : excès urique et diminution de l'urée^ inversion de la formule des phosphates terreux et des phosphates alcalins, abaissement du coefficieat d'utilisation azotée, etc., etc. Il suffit ordinairement de quelques séances de . massage, d'électricité statique, de quelques douches froides, de quelques injections de sérum artificiel concentré pour que l'analyse d'urine se modifie dans des proportions souvent considérables : le coefficient des oxydations s'élève, et le taux de l'urée atteint des proportions parfois extrêmes, comme nous l'avons constaté dans le chapitre consacré à l'urine des neurasthéniques. Il est certain que les stimulations mécaniques portant sur les nerfs sensitifs agissent à la fois sur l'activité cérébrale et sur l'activité bulbaire, sur la vie de relation et sur la vie de nutrition ; elles relèvent la température alors qu'elle est au-dessous de la normale, accroissent la sensibilité endormie des téguments*, accélèrent l'activité de la réduction du sang rouge en sang noir, permettent la cicatrisation plus prompte de plaies atones, luttent avec avantage contre l'obésité.

Modifications de Vétat mental, — La tendance à l'humilité, à la crainte, à la tristesse, l'impuissance à

(1) Voir aux graphiques dos chapitres ii, m et iv, les modifications du seuil de la sensibilité et de l'activité de la réduction de roxyhémoglobine*

travailler longtemps,- la parésie, toujours prompte à venir, de l'attention et de la volonté, cette atonie intellectuelle, cette psychasthénie inséparable de Tépuisement nerveux à ses degrés divers, ne sont rien autre chose — si nous en croyons W. James, Lange, Ribot,. G. Dumas — que le reflet mental, que la conscience imprécise de Tasthénie corporelle, de Thypotonus musculaire, du ralentissement de la vitalité et de la nutrition. Notre corps nous est lourd, nous avons peine à nous porter nous-mêmes, nous ne nous sentons vivre que misérablement, nous comprenons obscurément combien nous voilà faibles pour la lutte perpétuelle : c'est ainsi que nous devenons paresseux, craintifs et mélancoliques. Par l'un quelconque des moyens mécaniques ci-dessus énumérés — mes recherches ont surtout porté sur les transfusions dé sérum et sur la franklinisatîon — on peut modifier pour quelques heures, dans l'espace de quelques instants, l'état mental d'un neurasthénique; à ^ condition que son cerveau n'ait pas contracté d'habitudes Itrop anciennes avec l'affaissement mental, on peut transformer expérimentalement un malade triste, humble et craintif, en un homme vaillant, actif, joyeux de vivre, voire même orgueilleux et colère, en proie aux mots et aux gestes paroxystiques, si on lui donne plus de force qu'il n'en saurait utiliser. La douche, le massage, le gant de crin, les bains trop chauds peuvent énerver, griser \ même comme le vin et le café — car on connaît des cas V d'ivresse caféique. J'ai publié à plusieurs reprises, et

notamment dans les Bulletins de la Saciélé de Thérapeutiaue, des observations de griserie expérimentale par !ns purement mécaniques. Je ne saurais les e ici avec tous les détails qu'elles comportent : . que résumer très brièvement mes recherches , : que l'état moral et mental d'un neurasthéinséparable de son état physique ; que l'hyponusculaire, l'hyposécrétion glandulaire et le ment de la vitalité ont pour reflet mental la e, la peur, l'humilité et la paresse ; qu'il suffit mulation purement mécanique du système pour changer — momentanément mais très lent — l'hypotonus en hypertonus, la faiforce musculaire et morale, voire même en force, en énervemenl, en larmes ou en colère, impie stimulation mécanique sur un organisme ilus prompt à réagir qu'il est débilité, résultent une part, une série de phénomènes presque s, phénomènes purement mécaniques, modifil'état du tonus avec ses conséquences phy- L intellectuelles ; d'autre part, une série de nés secondaires survenant plus tardivement, [les d'ordre chimique, accélération do la nutrîîbustion plus parfaite des aliments ingérés, m plus complète des déchets organiques.

i un sujet neurasthénique prompt aux réactions, fusion hypodermique d'eau salée proportionnée ;ré de résistance individuelle, ce qui n'est pas

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toujours chose facile : un quart d'heure, une demî-heurc aprî-'s, vous conslaterez chez lui l'accroissement des forces, la hausse de la pression sang^uine, le relèvement de l'état mental : le maximum de cet effet thérapeutique

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Fig. 31.

sera atteint une heure environ aprîss l'injection ; puis il ira s'atténuant avec dea oscillations (baisse avant lea repas, ascension aprës), pour ne disparaître et mourir tout à fait que vingt heures, trente heures après. Parfois — plus rarement — une seule injection maintient un malade en état de tonus normal pendant quatre ou cinq jours consécutifs.

Voici, du reste, un diagramme qui montre clairement les oscillations de la pression artérielle et sa courbe d'ensemble pendant les heures qui suivent l'injectioii.

De FLEi-nv. — Nourastliénie. i\

Le graphique çi-contre résume robservalion d'^inè jeune femme anémique et neurasthénique, ouvrière à la journée, en service chez moi, en sorte qu'il m'a été possible de suivre sur elle les modifications de la tension artérielle heure par heure, quart d'heure par quart d'heure, La tension habituelle était excessivement basse, 9 à 10 centimètres de Hg. L'injection pratiquée à 9 heures a déterminé tout d'abord (ce phénomène n'est pas constant) une assez forte baisse de la pression sanguine, avec un léger sentiment d'accablement, de surmenage ; cette baisse, marquée sur le graphique à 9 heures 5 minutes, n'a pas duré plus de 7 à 8 minutes. A 9 heures et demie l'ascension était manifeste ; elle atteignait son maximum trois quarts d'heure après l'injection. Le lendemain soir à 6 heures, la tension retombait pour la première fois à son niveau habituel.

La psychasthénie, la sensation d'épuisement, la timidité, la tristesse de cette jeune fille semblent s'être modifiées à peu près parallèlement aux oscillations de la pression sanguine : elle a mieux dormi cette nuit-là qu'elle ne dormait habituellement.

La douche, les bains salés, le massage, l'étincelle statique donnent des résultats de tous points comparables. Ce ne sont là, pourtant, que des moyens purement mécaniques. Nous nous sommes déjà demandé bien des fois, au cours de cet ouvrage, si de tels résultats théra* peutiques résultaient bien d'une action réelle et non d'un efiet imaginaire,^ où l'impressionnabilité de nos

malades à défaut de suggestion vraie, pourrait jouer le premier rôle.

Les modifications constantes de la pression artérielle et de la quantité d'urée sont déjà de bons arguments ; mais J. Chéron, soucieux d'accumuler les preuves, a trouvé la meilleure réponse à ce genre d'objections. Il s*est avisé de fajre la numération des globules rouges avant et après l'injection saline, et de comparer ces données à celles que fournit l'examen de la pression sanguine. Chez une femme manifestement ané-» mique et neurasthénique, il mesure la pression artérielle à la radiale : elle est de 12 centimètres de mercure; il compte les globules rouges : il y en a 2 852 000. Il fait une injection hypodermique de 5 à 10 cm. de sérum artificiel ; dix minutes après, il mesure de nouveau la pression artérielle et il refait la numération globulaire : le pression est de 17 centimètres; les globules rouges sont au nombre de 4 216 000.

Cette expérience, J. Chéron l'avait exposée avec détails dans sa communication au Congrès de médecine interne de Bordeaux en 1895. Je l'ai répétée pour ma part à bien des reprises différentes, elle m'a constamment donné le même résultat, à savoir, de l'hyperglo^» bulie instantanée toutes les fois que le sujet en observation était un neurasthénique, anémique à hypotension.

Ce fait, auquel j'ai eu, d'abord* quelque peine à croire, tant il m'apparaissait peu vraisemblable, est cependant, au point de viie de la pathogénie de la neurasthénie.

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d'une importance capitale. Aussi, bien, que J'en aie déjà dit nii^lniitiq mots au cours des précédents chapitres; i à en reparler ici avec quelques détails, a interprété de la façon suivante ; jlie des névropathes déprimés n'est qu'ap- , en réalité, de l'hydrémie. Le système en hypotension et la tunique musculaire en relâchement, l'arbre circulatoire entier )our remplir sa cavité trop large, emprunte tissus voisins : le sang se trouve donc nfluence de la stimulation nerveuse que résence du sérum — ou de n'importe quel r liquide non toxique — dans le torrent ', système nerveux centrai envoie plus de iclea de la tunique moyenne ; l'arbre cirentier se resserre, chasse l'eau en excès ipérîvasculaires, tandis que les globules dans le vaisseau. Il se produit ainsi, non globulie réelle, mais une véritable concen-

tue de l'hyperglobulie apparente subite, a ailleurs par Winternita (de Vienne), après de, par M. John Mitchell de (New-York) ige général, par M. le professeur Brouar- GStion de purgatifs salins; les obser\'ations ts ont publiées donnent encore plus d'imrpérience de J. Cbéron, laquelle date déjà s. Je ne crois pas que la réalité scicntilique

du fait puisse être mise en doute, ni qu'il soit possible de lui proposer une interprétation plus logique, plus décisive que celle qu'a trouvée le regretté médecin de Saint-Lazaret

Pourra-t-on dire encore, après cela, que les transfusions hypodermiques n'agissent que par suggestion?

Ainsi donc, cette maladie du tonus qu'est la neurasthénie peut disparaître pour quelques heures, presque intantanément, sous l'influence d*une stimulation réflexe ayant pour point de départ la simple irritation mécanique, méthodiquement pratiquée, d'un des réseaux sensitifs de l'économie (nerfs de la peau, de la muqueuse digestive, des aponévroses, des articulations, des muscles, de la surface pulmonaire, de la tunique endothéliale des vaisseaux, etc.).

Qu'est-ce donc que le phénomène du tonus physiologique?

Une expérience célèbre, mais jusqu'à ce jour inutilisée, de Brondgeest, nous apprend que le tonus d'un muscle cesse d'être aussitôt, que l'on coupe la racine sensitive du nerf mixte qui relie ce muscle à la moelle épinière, — ce qui démontre que le tonus est un phénomène réflexe.

Mais si le tonus est un réflexe permanent, chronique.

(1) Une thèse récente, faite sous l'inspiration de M. Georges Dumas, dans le laboratoire de pathologie expérimentale à la Faculté de Médecine de Paris, étaye encore d'arguments nouveaux et décisifs la conception de Chéron. Je veux parler de l'étude très remarquable de M. le D' André Mayer sur La Soif, F. Alcan 1901.

c'est qu'il est continuellement entretenu par des excitations centripètes venues du monde extérieur, par les vibrations lumineuses et auditives qui nous assaillent de toutes parts, par nos innombrables sensations tactiles^ conscientes ou pas, par les phénomènes thermiques, hygrométriques, électriques de l'atmosphère ambiante, phénomènes qiii passent inaperçus pour l'homme équilibré, mais que les névropathes, dont le cerveau est une sorte d'appareil multiplicateur, ressentent avec une grande intensité. Ces excitations perpétuelles portent sur nos périphéries sensitives, surles terminaisons nerveuses des organes des sens, de la peau, de la muqueuse digestive, de la surface pulmonaire et bronchique, des aponévroses, des articulations, des tendons et des muscles. Leur action sur nous n'est qu'un des modes de la transforiAation des forces; en pénétrant en nous, leurs vibrations se changent en vibration nerveuse; et ce sont ces vibrations mêmes qui constituent notre tonus, notre vigueur individuelle. Eh bien, nos agents thérapeutiques noïi chimiques procèdent par un mécanisme absolument semblable : nous ne faisons que reprendre une voie tracée par la nature. En stimulant méthodiquement Tune quelconque des terminaisons nerveuses sensitives par l'étincelle de la machine statique, par la friction au gant de crin, par la douche, par le massage, nous puisons aux sources naturelles de là force humaine, à la sensibilité, mère de la motricité. J'ai vu, comme je l'ai conté plus haut, un violent état électrique de l'air, au moment oii

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allait éclater une tempête de neige, agir comme aurait pu le faire une très forte injection de sérum, déterminer une hausse excessive de la tension artérielle et une hyperglobulie très marquée, en même temps que se manifestaient des symptômes d'extrême irritabilité mentale. /

Si maintenant nous remontons à l'étude des causes de Tépuisement nerveux, nous constatons que, dans un grand nombre de cas, c'est encore par la .voie sensitive que viennent à nous, que s'installent chez nous la fatigue, le surmenage.

Une fois pour toutes, considérons la sensibilité comme une force qui entre en nous, et la motricité comme une force qui nous quitte pour retourner au monde extérieur. Aboutissant de Tune de ces forces, et point de départ de l'autre, le cerveau se fatigue par excès de l'une ou de l'autre.

Que nous nous épuisions à dépenser notre énergie en actes violents, voilà qui n'a rien d'étonnant : un homme qui marche longtemps, celui-ci qui rame pendant plusieurs heures de suite, tel autre qui prononce avec force gestes un long discours, ou qui écrit toute une journée, sans répit, sont des gens qui se fatiguent par usure de leur force motrice. Mais comment expliquer Tépuisement nerveux survenant chez un homme qui ne dépense pas ses forces, qui ne marche guère, qui n'écrit que très rarement, qui parle peu, qui n'accomplit jamais de labeur manuel? Nous constatons pourtant, et le plus

ordinairement, lïiême qiie nos malades sont devenus des névropathes à roccasion d'un excès de sensation : c'est par leurô nerfs sensoriels ou sensitifs que sont passés ces chocs nerveux, ce surmenage de lecture et d'érudition, ou ces émotions violentes qui ont causé le mal. Ce ne sont^là pourtant que des excès de force.. L'excès de force peut nous procurer la fatigue, ce sentiment de malaise, de pesanteur, d'impuissance que nous nommons ainsi. \\x moins autant que les excès de dépense d'énergie cérébrale, nous voyons l'abus d'excitations surmenantes engendrer la neurasthénie, ébranler la cellule cérébrale, détendre les muscles, ralentir les sécrétions, abaisser le taux des combustions. / . On peut devenir neurasthénique par abus de Tacte génital, mais on devient plus fréquemment encore névropathe ou mélancolique à l'occasion d'un amour platonique, où le désir perpétuellement éveillé n'aboutit jamais à l'accomplissement, à la dépense physiologique de la force nerveuse incessamment accumulée en nous par la vue de l'objet aimé.

Comment interpréter ce fait paradoxal en apparence" Par une loi très générale que mes recherches ont confirmée, mais qui date des expériences de M. F^^e : toutes les excitations excessives sont déprimantes, i^t c'est ainsi que le problème de Fépuisement nerveux nous apparaît, une fois de plus, comme un problème de mécanique cérébrale.

Mais cette loi n'est pas uniquement intéressante en ce

qu'elle nous permet de comprendre tout un ordre de causes d'épuisement nerveux ; elle comporte encore un enseignement pratique : elle nous enseigne à redouter pour nos malades le surmenage thérapeutique. J'ai publié (voy. Bulletin de la Soc, de thérapeutique, janvier 1894) une observation qui date des débuts de ma pratique médicale. Il s'agit d'un homme de cinquanteneuf ans, atteint de maladie de Parkinson, que Charcot m'avait confié, avec mission de lui faire tous les deux jours une injection de 5 cmc. de sérum, en vue de combattre Tépuisement nerveux, qui était extrême chez lui. L'amélioration fut incontestable.

Au bout de quelques jours, je voulus par excès de zèle, doubler la dose et pratiquer une injection tous les matins : mieux que toutes les descriptions, la courbe ci-après raconte ce qu'il en advint.

Après la force c'était l'accablement, le surmenage par excès de traitement tonique.

Voilà sans doute qui explique bien des insuccès dans l'emploi du sérum et des moyens thérapeutiques similaires, insuccès que se complaisent à enregistrer ceux qui ne veulent voir, dans les guérisons obtenues sans l'emploi de drogues toniques, que les effets de la suggestion. « Entre nos mains, nous disent-ils, vos procédés de traitement tantôt agissent et tantôt ne font rien, selon les seuls caprices du hasard. » Cela n'est point pour nous surprendre s'ils en usent avec excès, à l'aveuglette, sans méthode, persuadés d'avance qu'une

médication pareille ne saurait obéir à des lois scîenti fîques.

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