‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 121 sur 124 · APPENDICES · texte numérisé non relu

APPENDICES

Vers pour mettre au bas du portrait de Carrier lorsqu'il aura vécu (i).

Pour amener les jours de Saturne et de Rhée

Le généreux, le sensible Carrier Dépeupla dans huit jours une vaste contrée, Fusillant et noyant les hommes par millier. Ce proconsul de moderne fabrique Fut en son temps si bon républicain Qu'il prétendit fonder sa république Sur les débris du genre humain.

On vent sauver Carrier. — On veut faire le procès ila tribunal révolutionnaire. — Peuple prends garde à toi, par Caius-Gracchus Babeuf, rédacteur du journal de la Liberté de la Presse.

Extraits de ce petit fascicule :

Fallait-il pour sauver la patrie, 28 noyades à Nantes ; dont une de 600 enfants?

Fallait-il les mariages républicains, où les jeunes filles et les jeunes garçons, attachés nuds deuxpar deux,'étaient assommés à coups de sabre sur la tête et de suite précipités dans la Loire ?

Dépositions de Phelippes et de Bouvier.

Fallait-il faire périr dans les prisons de Nantes d'inanition, d'infecfection et de misère 10.000 citoyens et So.ooo avec les fusillades et les noyades?

Dêposilion de Phelippes, 25 vendémiaire.

Fallail-il les sabrades sur la place du Département qui ont occupé 3oo hommes pendant 6 semaines à recombler les fosses de ceux qui ont péri par ce genre de supplice ?

Déposition de Laennec.

Fallait-il que Carrier couchât avec 3 belles femmes et les fît noyer ensuite?

Déposition de Phelippes du 27.

Fallait-il faire fusiller des détachements d'infanterie et de cavelerie de l'armée des rebelles qui étaient venus se rendre volontairement ?

Déposition de Renaudot.

^ Fallait-il noyer ou fusiller encore 5oo enfants dont le plus âgé n'avait pas i4 ans et que Carrier appelait « des vipères qu'il fallait étouffer »?

Fallait-il noyer 3o à [\o femmes enceintes de 8 mois et 8 mois et demi et offrir aux yeux effrayés des cadavres d'enfants encore palpitants ei jettes dans des baquets remplis d'excréments?

Dépos. de Thomas.

Fallait-il faire périr dans une nuit par étouffement causé par l'infection et le défaut d'air, 5o à 60 personnes dans une galiote dont on ferma exprès les panneaux pour opérer la suffocation?

Dépos. de la femme Puchotte.

(1) Bib. nationale, LB 41 1423.

CARRIEH A NANTES SiS

Fallait-il, après une fusillade de femmes, faire un tas de leurs cadavres et par une plaisanterie révoltante appeler cela une montagne?

Dép. de Delamarre.

Fallait-il arracher le fruit à des femmes prêtes d'accoucher, le porter au bout d'une bayohnette et le jeter ensuite à l'eau?

Dép. de Coron.

Fallait-il insinuer cette horrible doctrine pour les soldats de la Compagnie Marat (jue chacun d'eux « devait se rendre capable de boire un verre de sang » ?

Dép. de Coron.

Fallait-il établir le geôlier de la maison d'arrêt seul juge des détenus?

F'allait-il permettre que les généraux se proclamassent hautement les bouchers de la Convention?

Dép. de Forget.

Fallait-il que Carrier lui-même donnât un ordre spécial pour guillotiner les C jeunes sœurs Lamettrie ?

Dép. de Jeanne Laillet.

Fallait-il que Carrier professât ouvertement son exécrable jurisprudence par ces mots affreux :

« Bah, bah! vous autres juges, il vous faut cent preuves, cent témoins pour guillotiner un homme. F. ..les moi dans la rivière, vous aurez plutôt fait » ?

Dép. de Lavigne.

Fallait-il que des malheureux que l'on conduisait aux noyades dans une gabare passassent leurs bras à travers les ouvertures des sabords [)Our faire des signes d'imploration de miséricorde ?

Fallait-il qu'on abattît à coups de sabre les bras de ces victimes qui demandaient grâce à leurs bourreaux ?

Dép. de Tabouret.

Fallait-il que Carrier dît en pleine Société populaire de Nantes « qu'il fallait jouer à la boule avec la tête de tous les Nantais » !

Dép. de Moutier.

En épigraphe : Néron, son mentor, désirait que le genre humain n'eût qu'une tête pour pouvoir l'anéantir d'un seul coup. Le genre humain ne devrait-il pas désirer que Néron et Carrier eussent mille têtes pour être capables de souffrir mille morts (i)?

Dernier coup porté aux hommes de sany. Lebou assis sur des cercueils, portant un crâne pour couronne et pour sceptre un ossement, tendant la main à son ami Carrier.

Société populaire de Sainl-Otner.

jS brumaire an III.

Exterminez, grand Dieu, de la terre où nous sommes Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes (2).

Mahomet, VoLTAmE.

(1) Bib. nationale LB H. 1W3.

(2) Archives nationales. Procès do Carrier et de l»obou.

5i6 APPENDICES

Carrier aux Enfers.

L'un des bourreaux du genre humain Vient de tomber au fond du noir abîme Au pied du tribunal où le mensonge en vain Chercherait à cacher, à pallier le crime. Là Carrier ne ment plus ; il avoue en tremblant L'énormité des maux que son bras tout sanglant Vient de faire endurer aux habitants de Loire. Il se juge lui-même : « Hélas, dit-il, la gloire, La récompense due à mes forfaits nombreux C'est d'aller partager les tourmens et les feux Qui dévorent ici les Mandrin, les Cartouche, Raffiat et Brinvilliers ; bien plus coupable qu'eux Un monstre tel que moi doit se trouver heureux De s'unir à leur sort. — Minos, d'un ton farouche, Improuve cet arrêt : La volonté des dieux Pourrait-elle, dit-il, nous venir par ta bouche? Non, Carrier, tu n'es pas au rang des scélérats Qu'ainsi punit la divine justice.

Va, dirige tes pas Vers ces beaux lieux qu'habitent ici-bas

Les ennemis du vice.

Vas te placer parmi les gens de bien.

L'auditoire à ces mots, murmure, s'interroge. Quel jugement ! Minos assurément déroge A sa sagesse optique ; y comprenez-vous rien ? Quoi l'Elysée aura dans son enceinte pure L'exécrable Carrier! Les ombres de Codrus, De Solon, de Trajan, de Socrate, Titus, De Turenne, Bayard, l'honneur de la nature. Sans cesse auront aux yeux ce spectre dégoûtant! Comme sur terre, ici n'est-il plus qu'injustice? Minos arrête là ce murmure insolent :

Nous croyez-vous, dit-il, des juges si novices En jugemens où règne la rigueur?

Pars à l'instant. Carrier, sois témoin du bonheur Dont le sage s'enivre au séjour des délices; Invisible pour tous, voir, entendre toujours Célébrer les vertus et détester les vices. Tel est le prix de tes coupables jours, Choisi parle destin entre tous les supplices.

{Almanach des gens de bien pour ijy5 (vieux style). Paris, chez Picard, an III.)

Épitaphe de Carrier.

Homme qui que tu sois, méchant ou généreux. Japonais ou Lapon, de la Chine ou de Rome, Bénis le ciel. Ici pourrit le tronc hideux De l'ennemi de l'homme Tremblez, sujets de Lucifer, Carrier voudra noyer l'enfer!

(Almanach des gens de bien pour ijgo (vieux style). Paris, chez Picard, an III.

Complaintes qui se vendaient pendant le procès de Carrier.

(i"> Air de la romance de Gabrielle de Vergy.)

Tout est lug-ubre dans l'histoire Que nous allons vous raconter Les fais sont vrais, ils sont notoires, Aucun ne peut les contester.

Jamais la justice sévère N'eut à punir autant d'horreurs ; Aux larmes de la France entière, Peuple sensible, ouvrez vos cœurs.

L'instrument qui tranche les têtes, Pour son objet parut trop lent; Carrier ordonne qu'on apprête Un plus meurtrier instrument.

C'est un bateau à coulisse, Qui semble ferme sur les eaux.

Mais par un secret artifice, Il s'ouvre et descend dans les flots.

Vers cette machine fatale

Quatre cents enfants sont conduits ;

Une férocité brutale

Les dépouille de leurs habits.

Chaque jour un nouveau carnage Leur présente un plaisir nouveau- Hommes et femmes de tout âge Sont renfermés dans le bateau, Et pour insulter la nature.

r„8 APPENDICES

Là, les deux sexes confondus, L'un à l'autre se montraient nus.

A Nantes, précédé de ses lâches complices, Le féroce Carrier proclame la Terreur.

Les éléments pour lui deviennent des bourreaux. Vieillards, femmes et enfants, expirent dans les eaux.

L'un à l'autre enchaînés, nus, d'effroi palpitants, Les sexes confondus roulent dans les abîmes.

{Les Crimes des Terroristes, par le citoyen Granger, artiste du Théâtre italien : in-8 de 8 p. Paris, imp. Forget, an III.)

Dans un récit de vers de quatre pages, imprimerie Franklin,intitulé :La grande aventure de Carrier aux en/ers, on raconte que Carrier, descendu aux enfers, a peine à s'orienter ; il tombe dans le Styx!

L'équilibre manquant, notre homme s'en fut boire Dans le fleuve fatal ; il cria très lon«»'temps Sans qu'on vînt le tirer de l'infernale Loire ; Le noyeur se noyait quand ses piteux accents, Prolongées par l'écho de la région noire. Eveillèrent enfin l'austère nautonier.

Caron lui demande le prix de son passag-e, mais Carrier a tout perdu dans le maudit bourbier, et il répond à Caron :

Attendez un instant, s'il vous plaît, je vous jure Que dans peu vous verrez paraître Bachelier, Il soldera pour moi ; ce n'est pas imposture, Il est du Comité rhonnète trésorier.

— En ce cas, dit Caron, sans te faire une injure, Je vais te reposer dans ton g'îte premier.

Bibl. du British. Muséum, Cité par M. A Lailié, Noyades, pRg'es 78 et suivantes.

Avant-propos i

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