PHELIPPES ÏRONJOLLY ET LE COMITÉ
tclligence et du courag'e(i). Tliomas était bien le patriote honorable qu'il aurait fallu, mais de plus il était désintéressé et il n'y avait pas en lui l'étoffe d'un dénonciateur au service d'un Comité qu'il méprisait. Il a raconté lui-même (2) les propositions qui lui furent faites, quand, le 7 prairial, il se rendit au Comité pour exposer l'état cruel des détenus de l'hôpital révolutionnaire, dont une j^^rande partie périssaient faute de lits. Il fut d'abord bien accueilli — ce n'était pas l'habitude du Comité quand on venait lui parler secours ou réquisitions — et sa requête fut envoyée à la Commission de santé. Chaux ensuite, démasquant les batteries, lui dit qu'on lui accorderait tout ce qu'il voudrait, s'il consentait à faire une bonne dénonciation. Thomas fît la sourde oreille. .
N'ayant point trouvé le délateur de bonne volonté nécessaire, le Comité se chargea de la besogne et envoya une dénonciation à Bourbotte, mais sans la signer^ ce qui ne laissa pas d'étonner le Représentant, comme il est mentionné à la séance du Comité du dix prairial (3). Ce factum ne contient pas moins de dix chefs d'accusation, où l'on veut prouver les deux crimes principaux de Phelippes : Ancien royaliste, s'est occupé de fédéralisme. — Il appartient bien à Bachelier, ancien notaire du fief des évoques, compromis le 5 juillet, Girondin au club de la Halle, de faire un grief de ce passé à l'ancien président du tribunal révolutionnaire ! — Mais il est d'autres causes de dénonciations : Phelippes,'en opposition constante avec le Comité, a essayé de défendre les détenus des prisons contre ceux qui voulaient les noyer ou les fusiller en masse; il a traité de journées de deuil, de massacre exécrable les mesures révolutionnaires exercées contre des
(1) Voir chapitres VI ot VII.
l2) Bulletin VI, p. 264.
(3) Letlro du représentant IJourbotte concernant l'acte d'accusation contre Ptielippes TronjoHy, par laquelle il dit que c'est sans doute par erreur que les membres du Comilé n'ont point signé cet acte, car il pense que le Comité n'aurait pas voulu dire ce qu'il n'aurait pas osé signer. Dénonciation que M. Lallié croit être de l'écriture de Bachelier avec retouches de la main de GouUin et de Chaux. Registre des délibérations f» 8. Arch. départementales.
brigands ou des scélérats reconnus; « mesures nécessitées par les circonstances, arrêtées par les administrations réunies, sollicitées par l'opinion publi(pie, commandées enfin par la première des lois, le salut du Peuple, et autorisées par les représentants ».
Motifs plus graves encore au point de vue « sans-culotte » et qui dénotent sinon de la logique au moins de l'indépendance dans les idées de Plielippes : « Il a improuvé les journées salutaires des i*'' et 2 septembre en traitant de septembrisation les scènes qu'il réprouvait et pour lesquelles il poursuit les exécuteurs. » Enfin, après d'autres accusations dont la plus grave, sans nul doute, à leurs yeux est d'avoir, dans l'ordonnance du 7 nivôse, dépeint les membres du Comité comme des hommes de sang, comme des ennemis des lois, les dénonciateurs établissaientque, siPhelippes poursuivaitle Comité, c'était pour se venger de ce qu'il lui avait refusé un certificat de civisme. — Quelques jours après, nouvelle dénonciation divisée en 182 articles, et toujours sans signature (i).
Bourbotte en fait l'observation au Comité, lui écrit à ce sujet et n'obtient qu'une réponse verbale de deux de ses membres. Ne pouvant obtenir de ceux-ci la satisfaction écrite qu'il désire, il leur fait observer qu'une dénonciation n'a de force qu'autant qu'elle est signée des dénonciateurs... Il est probable que Goullin et consorts étaient persuadés de la vérité de cet axiome et que l'anonymat de leur délation était dicté par la prudence (2).
Cette dénonciation du reste, résumé d'une campagne de plusieurs mois, était le chant du cygne du Comité. Aucun arrêté n'avait prononcé sa dissolution, mais son autorité s'était évanouie depuis l'arrivée de Bô et de Bour-
(1) L'ordonnance du 7 nivôse avait pour but d'empêcher la violation des maisons de justice et d'arrêt, sans un décret de la Convention ou un ordre des représentants du peuple. —M. A. Lallié, le Sans-culotte Goullin, p. 119.
;r foi à ces le par des I rel'uscrait
de sisner sa dénonciation parce qu'il la jugeait lui-même" fondée. Bull, du Irib. révol., VII, 1.