Dialogues, II
insensible à l'expression des sentiments d'autrui. Il se laisse prendre aux impressions sensibles, en particulier aux attitudes, aux gestes, aux mouvements du visag-e : « facile et mou », il ne résiste point aux démonstrations d'amitié, « aux caresses qu'il croit sincères, et se laisse subjuguer, quand on sait s'y prendre, par les gens mêmes qu'il n'estime pas ' ». Cette facilité à l'attendrissement est d'ailleurs, il le reconnaît, superficielle, passagère et purement physique.
« Dominé par mes sens, quoi que je puisse faire, je n'ai jamais su résister à leurs impressions et, tant que l'objet agit sur eux, mon cœur ne cesse d'en être affecté ; mais ces affections passagères ne durent qu'autant que la sensation qui les cause '. ^>
La moindre apparence d'amour ou de haine « l'affecte violemment ». A la fin de sa vie, hanté d'idées noires, il voit partout des ennemis acharnés à sa perte; son imagination prend feu sur un indice, sur « quelque atteinte sensible : un geste, un regard sinistre que j'aperçois, un mot envenimé que j'entends, un malveillant que je rencontre, suffit, dit-il, pour me bouleverser ». Plus jeune, il subissait d'autres impressions, aussi peu fondées : un regard sympathique, un mot affectueux étaient interprétés par lui comme preuves d'amitié. Mais, quand on est de cette humeur, on ne peut s'empêcher de sentir, au moment même où on s'y abandonne, a fortiori par la suite, quand on en a vu les effets, tout ce qu'elle a de superficiel, de factice et de décevant. Or la défiance à l'égard des sentiments qu'on