‹ Les grands timidesChapitre 28 sur 88 · Rêveries, 8» promenade · texte numérisé non relu

Rêveries, 8» promenade

éprouve, c'est encore une forme de la timidité.

Rousseau est donc un maladroit en affection, qui a conscience de sa maladresse et qui en souffre. Il n'a jamais su bien placer son amitié.

« Il passa sa vie à jeter son cœur dans ceux qu'il crut s'ouvrir pour le recevoir, à croire qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait et à se désabuser ' . »

Mot cruel, le plus profond, le plus vrai, qui ait été prononcé sur lui. En amitié, comme en amour, il n'a que des aventures de cœur. Il s'éprend du premier qui se rencontre sur son chemin, de Bâcle, de Venture, puis les oublie, dès qu'il les a quittés. Au fond de ces emballements il y a l'ennui d'un cœur vide ^, qui se remplit comme il peut et sans trop y regarder.

Mais la tendance à l'illusion n'est-elle pas après tout un don heureux ? Oui, quand l'illusion est complète ; mais la facilité avec laquelle Rousseau revient de ces engouements prouve combien ils sont superficiels, et il est permis de supposer que, pendant qu'ils durent, il a conscience de leur fragilité et se rend bien compte qu'ils ne valent pas une bonne et solide amitié. Les esprits faux ont le sentiment vague de leur fausseté et en éprouvent une inquiétude, un malaise. Au fond de la timidité de Rousseau est la conscience qu'il a de la misère de son cœur romanesque, fait pour être trompé et se tromper^

ia timidité est, dans l'ordre du sentiment, la

(La

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