‹ Les grands timidesChapitre 88 sur 88 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

farouche est un des traits, non pas seulement les plus curieux, les plus ressortants, mais les plus fonciers de son caractère.

Si les timides forment une famille d'esprits, le trait qui les rassemble, celui sous lequel il est permis de grouper des physionomies aussi originales et aussi diverses que Rousseau, Chateaubriand, Benjamin Constant, Stendhal et Mérimée, c'est l'aspiration au vrai dans l'ordre humain, c'est la tendance au réalisme psycholog-ique, c'est la résolution bien arrêtée d'aller jusqu'au fond de l'àme humaine, d'en mettre à nu les faiblesses, c'est l'acceptation totale, sans réserves, de l'expérience intime. Cette expérience, chacun la traduit et l'interprète à sa manière : les uns, comme Rousseau, sous forme de dissertation, de tirades oratoires, de maximes, les autres, comme Stendhal, sous forme de notations brèves et sèches, d'analyses ; tous commentent le même texte, développent le même thème : l'infirmité du vouloir. Tous, par divers moyens, poursuivent le même but : la vérité psychologique, la plus étendue, la plus complète et la plus rigoureuse. Exclus de l'action, ils se tournent vers la pensée : là est leur voie ; là ils trouvent l'emploi de leurs dons naturels, et leurs défauts se chang-ent en qualités : comme par exemple le besoin de franchise totale et absolue. C'est par là que leur témoig-nage acquiert une exceptionnelle valeur et que la timidité ne peut être mieux étudiée que d'après eux, ou plutôt en eux et par eux.

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