E. — LES PROGRÈS DU JAPON
Les succès militaires du Japon, dans la campagne de 1995, furent une révélation. Les avantages^ que le gouvernement japonais entendait en tirer, et que Ton connut par la publication du traité de Shîmonoseki, amenèrent Tintervention de l'Europe.
1. Trailé d& Shimonoieki, — > Voici les deux clauses du traité qui 6numéraient ces avantages :
AancLB FasHiBB. — La Chine rêe&nnaU d'une façon irrévocable Cindé" pendance de la Corée, et eupprime désormaU tout triant et toute eérémo» nie de vaualiti de la part de la Corée.
Art. 2. — La CMne abandonne à perpétuité au Japon ea souveraineié sur les terrriloires ci-dessous avec Us forteresses, arsenaux et autres propriétés de l'Etat se trouvant dans ces localités :
a) La parti» sud de la province de Feung-Tien, comprise dans la ligne de démarcation suivante ; de la rivière Yalou Jusqu*à l^embouchure du fleuve Au-ping, comprenant Peung-Houang-Tch'engtHahtcheng, Ying^K^eau, t'usqu'à ^embouchure de Leao-Bâ et lee autres vUÛs ; là oU le fleuve forme limite, la ligne de démarcation sera le milieu du fleuve ;
Les tUs qui se trouvent tUms le milieu de Leao-Tong et qui dévendent de la province de Peung^Tien ;
b) Vile de Formose on totalité et les îles adjacentes ;
c) Les Pescadores, c'est-à-dire les îles situées par le 119 et le ISO* de Iongitude est {Qreenwich), et t3 et 24 de latitude nord,
{Traduction de la légation de France à Tokyo.)
LIS PROOBiS D0 lAPON 481
Des négociations s'ouvrirent entre les trois cabinets de Paris, Berlin et Saint-Pétersbourg» négociations au sujet desquelles aucun document officiel n'a jamais été publié, mais qui furent conduites avec une rapidité et un esprit de décision qu'on n'a pas accoutumé de rencontrer souvent en diplomatie. Les escadres allemande, française et russe croisèrent dans les mers de Chine, presqu'en vue du Japon.
Le Japon abandonna la partie du territoire chinois qu'il s'était fait céder. Les îles Pescadores furent neutralisées. II ne conserva que Formose, et l'avantage de voir acceptée la reconnaissance de rindépendance de la Corée. Mais il obtint une augmentation considérable de l'indemnité de guerre, qui fut portée à 800 millions de taêls et payées en deux chèques sur la Banque d'Angleterre. Cette somme devait l'aider à compléter son armement militaire et naval, et à prendre, dix ans plus tard, l'éclatante revanche que Ton sait.
La grande guerre mandchourienne, terminée par le traité de Porlsmouth, consacra définitivement le protectorat japonais sur la Corée (annexée depuis lors), et substitua le Japon, pour la majeure [partie du réseau ferré manchourien, aux droits de la Russie. Cette situation s'est consolidée, depuis cette époque, par une série d'accords avec diverses puissances mais surtout avec la Chine, pour ce qui concerne l'occupation de Port-Arthur et l'exploitation des chemins de fer, et enfin avec la Russie.
Mais au point de vue de la position respective des puissances, la victoire du Japon, eut encore, à cinq ans d'intervalles, deux conséquences aussi inattendues qu'importantes :
Ce fut d'abord l'alliance anglo-japonaise, du 12 août 1905, conclue avant même le traité de Portsmouth, et divulguée seulemenun mois et demi plus tard. Ce fut enfin, le 4 juillet 1910, la récon ciliation avec la Russie.
Ce dernier événement est, pour la période contemporaine, un des plus importants de la politique extrême-orientale. Tout en mettant fin à une rivalité devenue sans objet, il rend à la Russie sa liberté d'action en Mongolie. 11 a même cette conséquence importante pour la politique européenne, de « débarrasser i, c'est le mot qu'on a employé, le gouvernement russe de toute préoccupation immédiate sur le Pacifique.
1 . « Vaillance » russo- japonaise. — L'accord da 4 Juillet 1010 a été le résultat de négociations qui ont duré plus d'un an, et dont l'historique peut se résumer ainsi :
Après l'échec de la politique russe dans les Balkans, il se forma, à SaintrPétersbourg, on parti important qui se déclara hautement partisan d'une réconciliation sincère avec le Japon. Ce parti comptait, dit-on, dans ses rangs M. Isvolsky, ministre des Affaires étrangères, et M. Ko-
ALDIN. 31
48t Asii
L'ALLIANCE ANGLO-IAPONAISB
TRAITA DB L0IfDRB8
(12 Août 1905. *)
Les gouvernements de la Grande-Breiagiie et du Japon, désireux de remplacer l'accord conclu entre eux, le 30 janvier 190S, par de nouvelles stipulations, ont accepté d*un commun accord, les articles suivants qui ont pour but :
a) Le raffermissement {consolidation) et le maintien de la paix générale dans les régions de l'Asie orientale et <ies Indes ;
b) Le maintien des intérêts conunuas de toates les puissances en Chine, en assurant Tindépendance et l'intégrité de l'empire chinois et le principe de Tégalité {equal opportunities) pour le commerce et pour Findustrie de toutes les nations en Chine ;
c) Le maintien des droits territoriaux des hautes parties contractantes dans les régions de l'Asie orientale et des Indes, et la défense de leurs intérêts spéciaux dans lesdîtes régions.
Article prbiubb. — H est convenu que, toutes les fois que la
kovUeff, ministre des Finances, qui auraient, avant de se diriger dans cette voie, cherché dans un rapprochement avec la Chine, une autre formule pour consolidar la ^nation de leur paya en ExMme^Meiit.
Mais nne enquête approfondie aurait montré rtnaaitô de ce pn^t Les rapporta des agents russes les plus compétents, envoyés à Pékin, tout en rendant hommage à Teffort fait par les Chinois pour organiser leur» corps d'armée du nord-est, présentèrent cette œuvre de réorganisation comme imparfaite et Tannée chinoise comme incapable, pour longtemps encore, d'apporter un concours «tile à une ann^ rusée. La sHuation politique intérieure de la Chine ne permettrait pas non plus de compter sur la solidité d'une alliance. On aurait résumé les conclusions de cette enquête, dans le monde diplomatique russe, par cette formule: « La Chine est un corps sans muscle et sans léte. »
Le gouvernement russe ae retourna donc en octobre 4999, dn côté du Japon- M. Kokovtxeff fut envoyé en Mandchoufie, où il devait se rencontrer avec le prince Ito, le Bismarck JapaniM. L'assassinat du prince Ito. le 26 octobre, au moment môme où il allait se rencontrer avec M. Kokovtxeff, retarda les pourparlers qui durèrent plusieurs mois encore, pour aboutir le 4 Juillet au traité de 8aint-PéterskK)urg. La proposition de M. Rnox, secrétaire d'Etat américain, de neutraliser les chemins de fer •chinois et roandchouriens, dont la réalisation aurait compromis les intérêts spéciaux de la Russie et du Japon, contribua, dans une large mesure, A héter la conclusion de raccord.
i. Communiqué le 25 septembre suivant par le Foreign-Office.