TRAITS DB VIENNE
(7 octobre 1879)
Considérant que Leurs Majestés l'Empereur d Autriche et Roi de Hongrie et TEmpereur d'Allemagne et Roi de Prusse doivent
i. Le traité austro-aUemand a été publié le 3 février 1888, en même temps à Berlin par le Reichaarueiger, et à Vienne par VAbendpast ; le texte en était précédé de la note suivante :
Les gouvernements de la Monarchie austro-hongroise et de rÂUemagne ont trouvé bon de publier le traité d'alliance conclu entre eux le 7 octobre 1879, poor faire cesser les doutes qu'on élevait de divers côtés sur le but absolument défensif de cet accord, doutes qu'on a exploités sous Tin* fluence de mobiles divers.
Les deux gouvernements alliés sont guidés dans leur politique par le désh* du maintien de la paix, et ils travaillent, dans la mesure du possible, à ce qu'elle ne soit point troublée. Ils sont convaincus que la codnalssance du texte de leur traité d'alliance fera disparaître tous les doutes . existant à ce sujet et ils Ont résolu pour cette raison de te publier.
estimer comme leur devoir inéluctable desouveraind de veiller en tontes circonstances à la sécurité de leurs empires et à la tranquillité de leurs peuples;
Considérant que les deux monarques seront à même, par une alliance solide des deux empires, dans le genre de celle qui existait précédemment, d'accomplir plus facilement et plus efficacement ce devoir ;
Considérant, enfin, qu'un accord intime entre TAutriche* Hongre et TAIlemagne ne peut menacer personne, mais est plutôt de nature à consolider la paix européenne créée par les stipulations du traité de Berlin;
Leurs Majestés TEmpereur d'Autriche et Roi de Hongrie et l'Empereur d'Allemagne, se promettant solennellement de ne jamais donner une tendance agressive quelconque à leur accord purement défensif, ont résolu de conclure une alliance de paix et de protection réciproque.
Dans ce but, L.L. M.M. ont nommé comme leurs plénipo* tentiaires :
Pour S. M. l'Empereur d'Autriche et Roi de Hongrie, son conseiller intime réel le ministre de la Maison impériale et des Affaires étrangères, le feld- maréchal lieutenant Julius, comte Andrassy, etc.
Pour S. M. l'Empereur d'Allemagne, son ambassadeur et plénipotentiaire extraordinaire, le lieutenant général prince Henri Vil, Reuss, etc., etc.
Qui tous deux se sont mis en rapport, aujourd'hui, à Vienne, et après échange de leurs pouvoirs dûment reconnus bons et suffisants, ont arrêté ce qui suit :
Article pbeiiikb. — - Si, contrairement à ce qu'il y a lieu d'espérer, et contrairement au sincère désir des deux hautes parties contractantes, l'un des deux empires venait à être attaqué par la Russie, les deux hautes parties contractantes sont tenues de se prêter réciproquement secours avec la totalité de la puissance militaire de leur empire, et par suite, de ne conclure la paix que conjointement et d'accord.
Art. 3. — Si l'une des deux hautes parties contractantes venait à être attaquée par une autre puissance, l'autre haute partie
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contractante s'engage par le présent acte, non seulement à ne pas soutenir Fagresseur contre son haut allié, mais, tout au moins, d'observer une neutralité bienveillante à Tégard de la partie contractante. Si toutefois» dans le cas précité, la puissance attaquante était soutenue par la Russie, soit sous forme de coopération active, soit par des mesures militaires qui menaceraient la puissance attaquée, alors Tobligation d'assistance réciproque avec toutes les forces militaires, obligation stipulée dans l'article premier de ce traité, entrerait immédia* tement en vigueur, et les opérations de guerre des deux hautes parties contractantes seraient aussi, dans cette circonstance, conduites conjointement jusqu'à la conclusion de la paix.
Art. 3. — Ce traité, en conformité de son caractère paciitque, et pour éviter toute fausse interprétation, sera tenu secret par les deux hautes parties contractantes. Il ne pour* rait être communiqué à une troisième puissance qu'à la connaissance des deux parties, et après entente spéciale entre elles.
Vu les dispositions exprimées par l'empereur Alexandre à l'entrevue d'Alexandrowo, les deux parties contractantes nourrissent l'espoir que les préparatifs de la Russie ne deviendront pas, en réalité, menaçants peureux; pour cette raison, il n'y a actuellement aucun motif à communication.
Mais si, contre toute attente, cet espoir était rendu vain, les deux parties contractantes reconnaîtraient comme un devoir de loyauté d'informer au moins confidentiellement l'empereur Alexandre qu'elles devront considérer conune dirigée contre elles deux toute attaque dirigée contre Tune d'entre elles.
En foi de quoi, les plénipotentiaires ont signé de leur propre main ce traité, et y ont apposé leurs sceaux.
Fait à Vienne, le 7 octobre 1879^
Signé : Amdrasst, Prince Hekry VIE db Rbuss.
1. Le texte da traité au8tr<MLllemand a été renda public par la volonté do prince de Bismarck.
Le Chancelier, quelques mois après la crise du Septennat qui avait inquiété la France et la Russie, avait désiré alors intimider le Gouvernenent russe dont la fidélité lui inspirait des inquiétude-s. La divulgation de
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ce pacte causa une assez vive émotion et contribua, on ne saurait le nier, à préparer ralliance franco-nisse.
En s*attachant à FAIlemagne. on 4879, l'Autriche-Hongrie avait souhaité trouver un appui éventuel contre la Russie exaspérée par le traité de Berlin et quelque peu menaçante. Le prince de Bismarck avait vu, quant à lui, dans cette entente « défensive », un moyen de préservation particulière contre son voisin de l'Est, après la dissolution de Talliance des trois Empires.
La double alliance austro-allemande s*est transformée, moins de trois ans plus tard, en Triple Alliance par l'accession de ritalie au système allemand. Le texte du traité initial constituant la c Triplice », comme d'ailleurs les modiflcations qui ont pu. depuis lors, y être apportées, sont restées et sont encore secrètes. On ignore même exactement la durée des périodes du traité et par conséquent les dates précises où il a été renouvelé. D'après Topinion généralement admise, résultant de certaines déclarations des Puissances intéressées, la Triple Alliance est analogue an traité du 7 octobre 1879 et elle a un caractère purement défensif, en instituant une garantie territoriale réciproque. Chacun des contractants so serait engagé à contribuer à la défense de celui des autres alliés qui serait l'objet d'une agression étrangère.
Les causes profondes et occasionnelles de l'entrée de l'Italie dans la politique austro-allemande ont été trop souvent développées pour qu'il soit besoin de les rappeler longuement (désir de Tllalie de sortir de TIsolement, craintes d'un mouvement en faveur du Pape, intérêt dynastique et enfin expédition française en Tunisie que le prince de Bismarck sut exploiter contre nous).
Le traité de la Triple Alliance a été négocié à Vienne en février 1882, par le comte Kalnoky, le prince de Reuss et le comte de Robilant, ambassadeurs d'Allemagne et d'Italie auprès de l'empereur François-Joseph. Il a été signé le 20 mai, pour une durée de cinq ans. La première prorogation négociée par le comte de Robilant a été effectuée à Berlin en mars 1887, reportant, selon toute apparence, l'échéance de l'accord au 20 mai 1892. C'est en Juin 1891 que la deuxième prorogation est intervenue sous le ministère du marquis di Rudinl, H. de Gaprivi étant chancelier de l'Empire allemand. On s'accorde à croire que, cette fois, la durée de la convention a été portée à douze ans, chacune des Parties contractantes ayant la faculté d'en sortir à la fin des six premières années. Aucune d'entre elles n'a profité de cette faculté en 1897, et le terme de la Triplice est resté fixé au 20 mai 1903. Le troisième renouvellement formel de ce pacte, qui a perdu beaucoup de son importance mondiale par le rétablis^ sèment de cordiales relations entre la France et l'Italie, par ralliance ; franco-russe, Tentente cordiale franco-anglaise et le rapprochement angio* ' russe, a eu lieu à Berlin le 28 Juin 1902, dans les mêmes conditions de durée qu'en Juin 1891. On est ainsi amené à penser, sans pouvoir toutefois rien affirmer, que la prochaine échéance de la Triplice serait le 20 mai 1915. (M. H.)