LA DOCTRINE DE MONRQE
La doctrine de Monroè est trop connue, elle a été trop souvent invoquée depuis près d'un siècle, pour qu'il soit nécessaire d'en essayer un nouvel exposé. Pourtant le texte lui-même où elle est contenue est peu connu. C'est un message adressé, le 2 décembre 18S3, par James Monroë, Président de la République des États- Unis, aux deux chambres du Congrès américain. Le Président» après avoir traité plusieurs questions d'ordre intérieur, aborde les affaires de l'Amérique du Sud, alors en révolte contre l'Espagne, et, à propos de l'intervention de l'Europe, formule la doctrine célèbre à laquelle il a attaché son nom.
MESSAGE DE MONROE (1 Décembre 1819.)
« Concitoyens du Sénat et de la Chambre des Rcpré«
Il avait été dit, au commencement de la dernière session que l'Espagne et le Portugal faisaient de grands efforts pour améliorer le sort du peuple et que cette noble tâche paraissait conduite avec une modération extraordinaire, il est à peu près superflu de remarquer que le résultat a été fort différent de celui qu'on espérait alors. Nous avons toujours suivi avec curiosité et avec intérêt les événements qui ont eu lieu dans
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celte partie du globe avec laquelle nous avons tant de relations, à laquelle nous devons notre origine. Les Citoyens des Etats- Unis sont animés des sentiments les plus tendres pour la liberté et le bonheur de leurs frères de l'autre côté de l'Atlantique. Nous ne nous sommes jamais mêlés dans les guerres qu'ont entreprises les puissances européennes pour des débats particuliers ; telle est notre politique. Ce n'est que lorsqu'on attaque ou qu'on menace sérieusement nos droits que nous nous regardons comme offensés ou que nous nous préparons à nous défendre.
Nous avons des rapports plus immédiats avec les mouvements de cette hémisphère ; le motif en est bien clair pour tout observateur impartial et éclairé. Le système politique des puissances alliées est essentiellement différent à cet égard du système politique de l'Amérique. Cette différence vient de celle qui existe entre leurs gouvernements respectifis et noire gouvernement, ce gouvernement conquis au prix de tant de sang et de tant d'or, mûri par la sagesse de nos Citoyens les plus éclairés et sous lequel nous avons joui d'une félicité sans exemple ; toute notre nation est dévouée à sa défense.
Nous devons cependant à notre bonne foi et aux relations amicales qui existent entre les puissances alliées et les États- Unis de déclarer que nous considérerions toute tentative de leur part d'étendre leur système à quelque partie de cet hémisphère comme dangereuse pour notre tranquillité et notre sûreté. Quant aux colonies existantes ou aux dépendances des Puissances européennes, nous ne sommes pas intervenus et nous n'interviendrons pas dans leurs affaires. Mais quant aux gouvernements qui ont déclaré leur indépendance, qui l'ont maintenue et dont nous avons reconnu l'indépendance d'après de graves réflexions et des principes de justice, nous ne pourrions voir l'intervention d'un pouvoir européen quelconque dans le but de les opprimer ou de contrarier en aucune manière leur destinée, que comme la manifestation d'une disposition ennemie (unfriendly) envers les États-Unis. Dans la guerre entre ces nouveaux Gouvernements et l'Espagne nous avons déclaré notre neutralité à l'époque de leur reconnaissance et