La cireulairê autrichienne. — En voici le texte
Vienne» 3 octobre 1908.
Pour aseurer le développement pacifique des territoires situés au sud de la frontière de la tnonarchie, le traité de Berlin confia à VAutriche'Hon»
230 SU&OPS OBIBNTALS
signée du baron d'Aerenthal, ministre commun des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie, qui exposait les raisons pour
grie V administration de la Bosnie et de l'Herxégovine avec en plus le droit de garnison dans le sandjak de Nùtn-Bazar^ en réservant aux gouverne* ments d^Autriche^Bongrie et de Turquie de s'entendre à ce sujet. Cette entente fut amenée par la convention de Constantinople signée le 21 avril 1879, qui prévoyait la présence simultanée de garnisons aastro' hongroises et ottomanes dans certaines localités du sandjak. \
Le but visé par cette coopération amicale de troues austro-hongroises et ottomanes a été pleinement atteint. Nous avons réussi à maintenir l'ordre et à assurer la paix de FEurop9f qu'une conflagration dans ces parages aurait pu facilement mettre en danger.
PepuiSf la situation a subi un changement radical, la Turquie, alors affaiblie par les suites d'une guerre sanglante^ et imptdssante à assurer à elle seule l'ordre et la Iranquilliti dans le sasidjak^ s'est recueillie pen^ dant les trente années qui suivirent la signature de la convention de Cons^ tantinople.
Le meuttetna^t politique surtout qui s'y manifeste A V heure qu'il est, sous les auspices de S. M' h sultan, laisse entrevoir une affirmation de Vidée de VBtat ottoman^ et par là, une eonsolidaii&n des bases de Fempirê wiime,
j^ns ces çiroonstaskpos, lo çi^kinel de Vi$nn$ se plqU A espérer que le gouvernement ottoman réussira, sans autre appui, à maintenir l'ordre dans le sandjak et à remplir seul dans ces contrées la tâche qui y incombait, jusqu'à présent, à la coopération des deux gouvemements%
Aussi le gouvememont impérial et royal n*&4-U pas héeiié à informer la Sublime Porte qu'il renmçail à faire valoir à l'avenir les droits ^ue la convention de Constantinople lui a conférés par rapport au sandjak de Novi-Bazar.
Quant aux troupes impériales et royales, le gouvememeni ottoman m été également informé qu'elles ont reçu tordre tVéeatmer les looetHtée ek elleê tiennent garnison.
Par ce fait de haute importance, le cabinet de Vienne n*sntend pas seu lement donner au gouvernement impérial ottoman une preuve éclatante de sa confiance et de ses sentiments sincèrement amicaux, U oppose par là, en même temps, le démenti le phts formel aux hmiês qui lui prêtaient dee emU^xtians égoistes et des convoitiess ierriterialee,
Bn portant à la connaissance du gouvernement impérial ottoman son intention de ne plus faire appel aux dispositions de la convention de Constantinople, en tant qu'elles se rapportent au sandjak de hovi-Bazar, le cabinet de Vienne crut nécessaire de préciser en même temps sa manière de voir quant aux autres questions spécifiées dan$ cette même convention,
La mission que le traité de Berlin lui a confiée en Bosnie et en Herségo» vine, l'Autriche-Hongrie l'a remplie pour le bien de ces populations et dans Vintérét même de Vempire ottoman.
En effet, seule la situation créée en Bosnie et en Herségoeinepar le trusté de Berlin et maintenue à fétat de stabilité par l'Autriche-Hongrie, a permis à la Turquie de concentrer ses forces pour la sauvegarde de V intégrité territoriale de Vempire.
La Bosnie et tHerségovine sont an*ivées aujourd'hui — grâce au travail assidu de Vadminislration austro^hongroise ^ à un haut degré de culture matérielle et intellectuelle: le moment parait donc venu de couronner Vœuvre entreprise en octroyant à ces provinces les bienfaits d'un régime
QTrATRIÂMS CRISB t3i
lesquelles son gouvernement s'était décidé à cette modification partielle et unilatérale du traité de Berlin '.
autonùmê et constitutionnel ardemment désire par la pofndation entière. Le ffouvernement impérial ei rvyal doit cependant, peur rëélieer cee intenêione généreueest régler d^une façon précùe la eUuation de ces deux promnces et pourvoir à une garantie efficace contre les dangers qui pourraient menacer la stabilité du régime éiaÔli en f87S. Le cabinet de Vienne se voit donc devant Fimpérieuse nécessité de s*affranchir de» réserves contenues dans la connenlton de Cenetantinople et de repremdre quant à la Bœnie et à VBerzégomna son entière liberté éTaction*
Le gouvernement austro-hongrois a eu soin d*informer la Sublime Porte, par V intermédiaire de Vambassade impériale et royale à ConstantinopUj du point de vue ci-dessus exposé ; il a en mime temps exprimé Vespoir que lee relations entre les deux paye, délivrées de Vineertitude de ks situatk>n en Bosnie»Eenégovine et dans le sandjak, ne feront que gagner en présente de l'état de ckoses bien défini et normal que nous voulons établir.
Veuillez, monsieur V ambassadeur, porter ce qui précède à la connaissance du gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, et laissez sur demande copie de la présente dépêche entre les mains de monsieur le minisire de$ A/faire» étrmngèeee.
Btseevez, etc.
1. Proclamation de V Empereur François-Joseph. — Cette communication fat suivie, dès le lendemain, de la proclamation suivante adressée par le souverain austro-hongrois aux populations des provinces annexéeSt et insérées au Journal officiel de Vienne en même temps que les rescrite relatifs à l'annexion :
Ifous, François-Joseph I*% empereur d'Autriche, roi de Bohème et roi apostolique de Hongrie, aux habitants de la Bosnie et de l'Herzégovine :
Lorsque, il y a une génération, nos troupes passèrent les frontières de vos pays, vous receviez l'assurance qu'elles venaient non pas en ennemis mais bien comme amis, dans la ferme volonté de porter remède aux maux dont votre patrie était si durement atteinte depuis des années.
Cette promesse, donnée à un moment grave, a été loyalement tenue, notre gouvernement a cherché constamment à conduire le pays dans une légalité tranquille et au moyen d'une activité ininterrompue vers on plus heureux avenir.
A notre grande joie nous constatons que la semence éparpillée dans les siUons d'un sol troublé a richement fleuri. Vous-mêmes vous devez trouver avantageux que Tordre et la sécurité aient remplacé la violence et l'oppression, que le commerce et la circulation prennent des proportions toujours plus importantes, que l'influence moralisatrice d'une instruction améliorée se soit exercée, et que sous la protection d'une administration en ordre, chacun puisse bénéficier des fruits de son travail.
Nous avons tous pour devoir sérieux de marcher sans cesse de l'avant dans cette voie.
Ayant devant nos yeux ce but, nous estimons que te moment est venu pour donner aux habitants des deux pays une nouvelle preuve de notre confiance en leur maturité politique.
Afin de faire parvenir la Bosnie et THerzôgovine à un niveau plus élevé de la vie politique, nous avons décidé d'accorder aux deux pays des ins< titutions constitutionnelles, en tenant compte des conditions actuefles t des intérêts généraux, de façon à créer une base légale par la représentation de leurs souhaits et de leurs besoins.
231 KUROPI OBIKHTALI
L'initiative austro-hongroise devait en quelque sorte aecian*' cher les événements. La Bulgarie entra en scène pour exiger la dissolution des derniers liens de vassalité qui la rattachaient au Sultan. La veille même du jour où fut remise aux puissances la circulaire d'Aerentbal, c'est-à-dire le lundi 5 octobre, Tindépen* dance bulgare était déclarée à Tirnovo, l'ancienne capitale. A onze heures du matin, au milieu des ovations, le prince Ferdi* nand était proclamé Tsar des Bulgares. Ce double événement n'était d*ailleurs plus une surprise. Prévu depuis prés d'une semaine, il était annoncé explicitement depuis quarante-huit heures. Le gouvernement bulgare s'y était préparé quelques semaines auparavant en saisissant la ligne des chemins de fer orientaux qui traverse la Roumélie, en dépit des protestations de la Porte. 11 semble même à peu'^près acquis, bien que le fait ait été nié, que la proclamation de Tirnovo ne se produisit pas sans l'acquiescement préalable, formel ou tacite, du cabinet de Vienne.
Quoi qu'il en soit des pourparlers diplomatiques antérieurement poursuivis, ou des ententes secrètes intervenues, deux importantes
Vous aurez désormaiB^une voix lorsque des décisions seront prises relativement aux affaires de votre patrie qui possédera d'ailleurs tot^ours, ' comme dans le passé, une administration indépendante.
Mais la condition préliminaire et indispensable à l'établissement de cette Constitution provinciale consista en la création préalable d'une situation Juridique précise et dépourvue de toute ambiguïté pour les deux pays.
Pour ce motif, et dans le souvenir des liens qui existaient Jadis entre nos glorieux ancêtres sur le tr6ne hongrois et ces pays, nous portons sur la Bosnie et l'Herzégovine les droits de notre suzeraineté, et c'est notre volonté que l'ordre delà succession de notre maison soit établi également pour ces pays.
Les habitants des deux pays partagent donc tous les avantages que peut offrir une confirmation durable des rapports actuels. Le nouveau régime constituera une garantie que la civilisation et le bien-être seront solidement établis chez vous.
Habitants de la Bosnie et de l'Herzégovine, parmi les soins dont est entouré notre trône, le soin de veiller au maintien de vos intérêts matériels et à la satisfaction de vos besoins spirituels ne sera pas dans l'avenir, soyez-en sûrs, la dernière de nos préoccupations.
La haute idée des droits d'égalité pour tous devant la loi ; une part dans les mesures législatives et dans l'administration des affaires provinciales ; une protection égale pour toutes les reUgions et pour les idiosynîrasies de langue et de race : de tous ces droits vous bénéficierez en pleine «nesurp. La liberté de l'Individu et le bien-être de la collectivité seront les buts que poursuivra le gouvernement dans les deux pays.
Vous vous montrerez assurément dignes de la confiance que l'on a en vous en faisant preuve d'affection et de fidélité pour nous et pour notre maison. C'est ainsi que nous espérons que la noble harmonie entre prince et peuple, le gage le plus cher de tout progrès politique, nous accompa* gnera tot^ours sur notre chemin commun.
QUATBlilB CBI8B 233
atteintes au traité de Berlin étaient consommées, dés le 7 octobre, sans l'assentiment préalable des signataires de cet acte.
L'Autriche-Hongrie avait exprimé son intention de changer en Térltable propriété, la possession avec mandat d'administrer que lui avaient accordée les autres puissances, et la Bulgarie prétendait cesser de faire désormais partie, à quelque titre que ce fût, de l'empire ottoman. L'une et l'autre» leurs réserves appelées, mobilisaient leurs forces et se déclaraient prêtes à défendre leur acte les armes à la main, et à exiger la reconnaissance du nouvel état de fait.
Les protestations ne s^étaient pas fait attendre. Dès le 6 octobre, les ambassadeurs ottomans auprès des gouvernements signataires de l'acte de Berlin apportaient à leur tour la note énergique par laquelle la Turquie s'élevait contrôla double violation de cet acte, au moment où leur pays se trouvait précisément affaibli par une révolution et un effort vers la liberté dont toute l'Europe devait être bénéficiaire.
' La Serbie et le Monténégro, dont les espérances nationales se trouvaient ruinées par la proclamation d'annexion de la Bosnie» Herzégovine, firent entendre à leur tour, auprès des cabinets inté* ressés, une énergique protestation. 11 n'est pas jusqu'à la Crète ^ qui ne se rappelât à l'attention des puissances. L'assemblée légis* lative de l'Ile proclama son annexion à la Grèce.
Aucun conflit armé ne devait pourtant sortir de cette agitation. Les deux gouvernements austro-hongrois et bulgare avaient bien choisi leur heure. L'Allemagne, en tant qu'alliée de TAutriche, et qu'elle eût ou non connu à l'avance l'annexion — point d'histoire qui sera peut-être un jour élucidé — l'Allemagne, le fait accompli, était réduite à approuver*. L'Italie, embarrassée dans les liens de la Triple-Alliance, ne pouvait intervenir sérieusement et efficacement. La France avait également trop peu d'intérêts réels lésés par le changement, théorique au fond, survenu dans les Balkans, pour pousser à une conflagration dont le maintien d'un état de droit pur» le respect de la forme extérieure d'un traité, auraient été la cause et le but. Quelle que fût ia profondeur de son mécontentement, l'Angleterre, de son côté, n'eut pas d'autre raison de s'abstenir. Il lui suffisait d'ailleurs, à défaut de mieux, que Tintégrité réelle, territoriale, de Tempire ottoman ne fût pas atteinte.
i. Voir au chapitre suivant.
2. Le cabinet de Berlin aurait cependant ajouté, en donnant son acquiescement» que cet asqaiescement ne devait pas être considéré conune une approbation à une plus grande extension territoriale de l'Aotriche-Hongrie dans l'avenir. « Fa»i$ pour la BotnU'Hertégoww, mmit pat plu» hin, b telle aurait été la formule allemande.
234 suMPE oniiirrAUi
Restait la Russie. C'était éridemment Ia puiêfianee le plus pro* fondement touchée. L'indépendanee bulgare proclamée sans elle^ les populations serbes de la Bosnie«flerzégovifie passant sons la souveraineté austro^hongroise, c'était la fin de «on r61e de protectrice des SlaTes des Balkans. Et certes^ riodigaaiion Ait profonde dans tout le monde russe, et s'exprima en termes violents contre rAutriche et contre son heureux ministre des Affaires étrangères. Mais que faire t Affaiblie par la guerre eontre le Japon, en plein travail de réorganisation , l'armée dn Tsar ne pouvait appuyer la diplomatie. La mobilisation russe se trouvait compromise par l'état d^esprit de la Pologne, dont la population, au dire des rapports les plus dignes de foi, aurait accueilli en libératrice lea armées autrichiennes.
Une autre considération, que les organes autrichiens faisaient valoir avec insistance, tendait eBCore à paralyser la protestation et l'intervention éventuelles de la Russie. Gesoi^aaes soutenaient que la Russie avait donné son assentiment anticipé à l'annexion de la Bosnie, qu'en vertu d'un accord secret coaclu immédiatement après le Congrès de Berlin, eonfirmé ei étendu à Murzsteg en 1897 par les souverains des deux paya, la Ruasie avait donné carte blanche en Bosnie Herzigovine à La double monarchie, obte nant pour elle une latitude anaiogue en Bulgarie et sur le Danube. Quelle part de vérité historique y a-tril dans cette allégation t C'est ce qu'il est encore à peu prèa impossible de préciser^.
M. Isvolski, ministre russe des Affaires étrangèreSj au cours des explications qu'il donna à ce sujet à la Douma» dans la séance du 115 décembre 1906, tout en soutenant qu'une clause quelconque du traité de Berlin ne pouvait être modifiée aaos l'assentiment unanime des signataires, reconnut eependaj&t que la Russie
1. accord mcret awtro-turc. — Cette question est d'ailleurs d'une particulière complexité. L'Autriche soutient encore qu'en droit, il lui suffit de rôgler le différend relatif à la Bosnie, seule h seule avec la Turquie. Et a l'appui de sa thèse, elle exhibe l'accord secret solvant, qui prouve, ditelle qu'il s'agit bien d'une querelle à deux :
Sur le dénr €xpanmé par lea plénipQtmktiwres 0ttamanêt ou aoai de Uur gouvenumentf Ua pUnipoUntiairea aiuiro-hongroiâ déclarent, au nom du QQUvememenl de S. M. J. et R, Apostolique, que le$ droits de souveraineté de S. M. 1. le sultan eur tes provinces de Bosnie et ctHerxégemne ne sttbi" ront aucune atteinte par le fait dont il est question dans Varticle relatif auxdites provinces du traité à signer aujourd'hui ; que Voccupalion stra ^tmsidétée comme provisoire et qu^une entente préalable sur les détails de faeaupation ee fera immédiatemeni après la clôture du congrès entre les deus goummemênts.
Anoràsst, Casolti» HatvxrU.
Berlin, le 18 Juillet 1878.
QUATmÉUB OUSB 38S
a'avaît pas la droit de faire eatendre unç prateatation iaolée ^ Quoi qu'il an soit da cette polémique, la criae ne devait entrat- Der, en dépit dea notea violentes échangées, deamohiliaationa, du boycottage dea marchandisea autrichiennea en Turquie, aucun conflit armé. Turca, Bulgarea, Serbes, Monténégrins, devaient s'apaiser successivement, et accepter tour à tour le fait accompli. Le as février 1909, après de longs et difficiles pourparlers, les deux gouvernements austro^hongrois et turc parvenaient à se mettre d'accord. La Turquie reconnaissait l'annexion ; TAutriche* Hongrie s'engageait à, évacuer le Sandjak de Novi-Bazar, qu'elle occupait militairement en vertu du traité du 21 avril 1879.
Maia les.puiasances signataires du traité de Berlin allaient-elles à leur tour consentir à accepter les modifications demandées t Près de cinq semaines s'écoulèrent encore dans l'incertitude* L'intervention de l'Allemagne devait être décisive. Au milieu de mars, le comte de Pourtalès, ambassadeur de cette puissance à Saint-Pétersl)ourg, fit, au nom de son gouvernement une démarche auprès du cabinet russe pour engager ce dernier : i^ à s'asaocier aux autres puissancea pour donner aux Serbes des conseils de modération ;
1. Déclarations db M. Isyolset.— Voici, d'après le journal Le Temps^ la partie du discours de M. Isvolski qui u*aite cette question :
Ceum qui réûlaiMnt de moi un$ prût^station 4nêrgigym contre ranntooion croient énidemmeni que le ministre ruese dee affaires étrangères peut agir dans eetis question en faisant abstr^action de certaines situations politiques et des engagements pris préalablement. Malheureusement ii n*en est ptis ainsi. Le voile qui recouvrait le passé est un peu soulevé maintenant, du fait d*un$ indi$eréUo/i étrangère.
Le ministre ne conteste pasTautheniiolté dea documenta publiés au sujet de la coDventioB de Budapest» conclue en 1877, et de la déclaration de Berlin de im.
Ce sera à l'histoire de porter un jugement eut ees documents, maie c'est au ministre aetuet de compter a»$e eust et aussi avec une eérie de conven* lions diplomatiques ultérieures, et de ne pas provoquer les conséquences dangereuses que pourrstit avoir pour la Russie une protestation de ce genre.
Mais si la thtssie n'a pas, juridiquement, le droit de protester seulCf elle a du moins le droit et même le devoir de rappeler l'acte international qui régit le statut de ta Boenie-Herzégovine^ à savoir le traité de Berline Bien que ce traité ait anéanti, pour une bonne moitié, les résultats que la Russie avait obtenus en faveur des peuples slavee, elle n'y a pas touché pendant trente ans. Mais puisque maintenant tune des puissancss signataires e'eet décidée à provoquer la modification d'un article de ce traité désavantageux pour elle, si la Russie ne peut pas Vempéeher, elle a du moins ^obligation morale de signaler les autres articlee du traité de Berlin qui sont désavaU' tageux et constituent une gêne, non seulement pour la RussiSt mais aussi et surtout pour lee États balkaniques et pour la Turquie. La question ainsi soulevée par la Ruesie, à laquelle se sont Jointes la majorité des puisean. ces, mens tout naturellement à Vidée d'une conférence.
S36 BUROPS OUBNTAUB
2^ à reconnaître l'accord austro-turc et la modification apportée par cet accord à l'article 25 du traité de Berlin. Quelle fut la nature de cette démarche t Pression amicale t Intimidation ou menace t Le gouvernement allemand protesta de ses bons sentiments à regard de la Russie, et il est difficile de donner une réponse certaine à cette question délicate.
Quoi qu'il en soit, dès cette époque, la crise était virtuellement terminée. Le 31 mars, la Serbie se soumit^. Huit jours plus tard le Monténégro en fit autant, le gouvernement autrichien acceptant la suppression des servitudes établies par rarticle29 du traité de Berlin. Le 10 avril, les ambassadeurs d'Allemagne. d'Italie et d'Angleterre à Vienne remirent au ministère autrichien des afiaires étrangères les actes par lesquels leurs gouvernements respectifs déclaraient consentir à la suppression de l'article 25 du traité de Berlin. Le lendemain, les ambassadeurs de France, de Russie et de Turquie firent une démarche semblable.
Les puissances n'avaient plus qu'à reconnaître l'indépendance bulgare. Les négociations entre la Turquie et la Bulgarie se poursuivaient lentement et laborieusement à Gonstantinople. Elles aboutirent pourtant au moment même où Abd-ui-Hamid, à la suite de son coup d'État malheureux du 13 avril, était renversé par le parti Union et Progrès.
Le 6/19 avril le délégué bulgare, M. Liaptchef, et Rifaat pacha, ministre ottoman des Affaires étrangères, signèrent les deux conventions qui réglaient les difficultés d'ordre administratif, relt-
1. La renonciation têrbe. — Voici le texte de la note remise à M. d'Acrcnthaï par M. Simitch, ministre de Serbie à Vienne :
Lt miniêlrê de Serbie eet chargé, en «e référani à la note précédente du gouvernement eerbe, remise au gouvernement austro'hongroie le 14 mare, et en vue de dîseiper tout malentendu ^ue cette note aurait jm faire naf/re, de faire au ministère des affaires étrangères auslro»hongrois les déclara^ tiens suivantes :
La Serine reconnaît qu*elle n*esl pas atteinte dans ses droits par Cétat de choses créé en Bosnie ; que, par suite, elle se conformera aux décisions que les puissances prendront au sujet de V article 25 du traité de Berlin.
La Serbie, écoutant les conseils des grandes puissances, s*engage à renon* cer à Vattitude de protestation et d'opposition qu'elle avait prise depuis octobre dernier au sujet de V annexion; elle s'engage, en outre, à modifier la direction de sa politique actuelle à l'égard de V Autriche-Hongrie et à vivre dorénavant avec cette puissance sur le pied de relations de bon voisinage.
Conformément à ces déclarations et confiante en les intentions pacifiques de V Autriche-Hongrie, la Serbie replacera son armée, en ce qui regarde son organisation, la répartition des troupes et Veffeclif, dans Vétat oii elle se trouvait au printempe de 1908. Elle désarmera et licenciera les corps de volontaires et les bandes et empêchera la formation de nouvea%ix corps irréguliers sur son territoire.
QUATRIÈMB CBISS 237
gieux ou financier pendantes entre les deux pays. Avant de signer, le délégué bulgare demanda aux ambassadeurs si leurs gouvernements agiraient avec le protocole turco-bulgare comme avec le protocole austro-turc, et reconnaîtraient Tindépendance de la Bulgarie avant ratification, comme ils avaient reconnu Tannexion de la Bosnie-Herzégovine. Les ambassadeurs répondirent que leurs gouvernements ne feraient aucune objection à la reconnais* sance de Tindépendance.
C'était la fin. Vingt-quatre heures plus tard, la Russie recon« naissait l'indépendance du nouveau royaume, en même tempu que la France et l'Angleterre. L*Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'Italie et la Turquie suivirent à peu de jours d'intervalle. La Russie avait fourni la rançon pécuniaire de cette indépendance en renonçant à une partie de l'indemnité de guerre que lui devait la Turquie en vertu du traité de San-Stefano et d'un accord du 2/14 mai 1882. La question de la Crète seule restait seule en suspens ^