LA CONFÉRENCE D'ALGÉSIRAS
Questionné le 12 avril 1904 au Reîchstag sur la situation faite à TAUemagne par Taccord franco-anglais signé quatre jours plus t6t^ le chancelier de Bûlow avait fait la réponse suivante :
« Au point de vue des intérêts allemands nous n'avons rien à objecter
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à cette convention,.. Nous n'avons aucun motif de craindre que nos intérêts économiques au Maroc soient mis à Vécart ou reçoivent U9i^ atteinte du fait dune puissance quelconque. »
Biais Topinion publique allemande ne tarda pas à considérer raccord franco-anglais, quelques semaines à peine après sa publication, au point de vue des intérêts commerciaux, comme une exclusion de rAllemagne du Maroc, au point de vue de la politique générale, comme un encerclement de TEmpire allemand.
La conclusion d'un emprunt fait par le Maghzen à des banques françaises S la volonté manifestée par le gouvernement français d'obtenir au Maroc des réformes qui missent fin à Tanarchie, furent représentées comme une /unin/lcattoti de l'Empire marocain, comme une violation de la Convention de Madrid.
En dépit des assurances de M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères, que l'accord franco-anglais ne menaçait en rien le principe de la porte ouverte, le Gouvernement allemand donna pour instruction à ses agents diplomatique et consulaires au Maroc, d'ignorer cet accord, et d'informer les fonctionnaires cbérifiens et le Sultan lui-même de cette ignorance voulue.
Dès lors, les événements devaient changer d'aspect et se précipiter.
A l'automne 1904, le Maghzen manifeste déjà sa résistance à mettre en application les réformes promises. Fort de l'appui du Parlement ', le Gouvernement français donne l'ordre à son ministre à Tanger de se rendre auprès du Sultan pour l'amener à modifier son attitude. M. Saint-René Taillandier se met, le
11 janvier 1905, en route pour Fez, où il arrive le 26. Mais le sultan demande à recueillir l'avis des notables, puis, informé de la nouvelle position prise par l'Allemagne, accentue sa résistance, fait traîner les pourparlers en longueur, et, le 27 mai seulement,
1. Lr PRiMiEn EMPRUNT MiRocAiif. — Le contfat fat signé à Fez le
12 juin 1904 par les ministres des Finances et des Affaires étrangères marocains et par le représentant des banques.
L'article premier stipulait que l'emprunt serait de 62.500.000 francs et recevrait la dénomination de : Emprunt 5 p. 100 1904 gagé par le produit de» Douane» de» port» de V Empire du Maroc.
Les articles 11 et 12 déterminaient les conditions dans lesquelles ce droit de gage devrait s^exercer, et donnaient aux porteurs des titres le droit de se faire représenter au Maroc par un aèrent placé, ainsi que ses délégués, « sous la protection de la Légation de France ».
Un second emprunt de 101 millions a été fait, dans des conditions semblables, au commencement de 1910, par Tintcrmédiaire de la Banque d'Eta: du Maroc, créée par l'acte d'Algésiras, avec le concours des financiers do tous les États signataires, mais avec prédominance de Télément français.
2. L'accord franco-anglais avait été approuvé le 12 novembre par b, Chambre des députés, et le 7 décembre par le Sénat.
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Ben Sliman, son ministre des Affaires étrangères, déclare en son nom qu'il ne pourra répondre aux propositions françaises f qu'après qu'une conférence des ministres des puissances se sera réunie à Tanger ». L'arrivée d'une mission allemande, conduite par H. deTattenbach, avait amené le sultan à formuler cette réponse. La question des réformes économiques et politiques, du ter^ rain franco-marocain, sur lequel l'avait circonscrite les accords de la France avec l'Angleterre et avec l'Espagne, était transportée sur le terrain mtematianaL
Quelques semaines plus tôt, à la fin du mois de mars, le bruit s'était répandu, bientôt confirmé, que l'empereur Guillaume II se rendait à Tanger. M. de Bûlow, interpellé au Heichstag par MM. Bebcl et de Kardoff, avait expliqué dans les termes suivants le changement d'attitude du gouvernement allemand :
« Indépendamment de la question territoriale, dit-il, et ir^dépendamment de la visite, il y a la question de savoir si nous avons à protéger au Maroc des intérêts économiques allemands. Or» nous en avons. Au Maroc comme en Chine, nous avons un intérêt primordial au maintien de la • porte ouverte », c'est-à-dire à Végalité de traitement de tous les peuples faisant le commerce.
a Bismarck a dit un jour : a On ne peut pas en vouloir à un État, « s'il intervient pour des intérêts qu'on peut prouver. On ne pourrait « en vouloir qu*à celui qui, malicieusement, se mêle à une affaire sans a intérêt qui puisse être prouvé, »
« Ce n'est pas notre cas au Maroc.
« On l'a dit, les intérêts allemands au Maroc sont très importants, et nous avons à veiller à ce qu'ils restent traités sur un pied égal à ceux de toutes les autres puissances.
f Si M. Bebel pense que notre politique envers le Maroc a changé, je dois lui rappeler d'abord que le langage et l'attitude des diplomates et des politiciens se règlent diaprés les circonstances. Or, rien n'a changé dans les tendances de la politique allemande. Celui qui cherche un fait nouveau ne le trouvera pas dans la politique allemande.
a Mais si l'on tente de modifier la situation internationale du Maroc et de contrarier la « porte ouverte » dans son développement économique, nous devons ausei veiller plus qu'auparavant à ce que nos intérêts économiques ne soient pas en danger.
ff Nous nous mettrons là-dessus en relations tout d'abord avec le sultan du Maroc. »
Le 31 mars, l'empereur Guillaume II débarque à Tanger, Au représentant du sultan venu pour le saluer, il dit :
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« Cest au Sultan du Maroc, souverain indépendant, que je fais une visite, et f espère que sous sa haute souveraineté, un Maroc libre sera ouvert à la concurrence pacifique de toutes les nattons, sans monopole ni exdusion d*aucune sorte, »
Le même jour, à la tribune du Sénat, M. Delcassé s'explique une fois encore sur les raisons pour lesquelles la France maintenait son point de vue. Il renouvelle ces déclarations le 7 avril, à la Chambre des députés.
La presse allemande continue à. réclamer que la question marocaine soit soumise « aux puissances signataires de la Convention de Madrid ». M. Delcassé persiste à refuser.
Mais, à ce moment, des dissensions s'élèvent dans le cabinet présidé par M. Rouvier, lequel trouvait, parai tril, trop accentuée la politique du ministre des AfTaîres étrangères. Le 21 avril, M. Delcassé offre sa démission, qu'il retire après une entrevue avec M. Loubet, Président de la République.
Le 30 mai, le sultan Abd-el-Azis, après avoir reçu en de nombreuses audiences, M. de Tattenbach, ministre d'Allemagne, fait remettre aux représentants des puissances à Tanger une invitation à une conférence internationale. Cette invitation est déclinée immédiatement par le ministre d'Angleterre, sir Gerald Lowter.
Mais le désacord entre M. Rouvier et M. Delcassé s'aggrave, le Président du Conseil inclinant à accepter le principe de la conférence. Le 6 juin, le jour même où l'Allemagne fait une proposition officielle en ce sens, M. Delcassé donne sa démission au cours du Conseil des Ministres.
Le principe de la conférence ayant été admis par la Franee après la retraite de M. Delcassé, il ne restait plus qu'A Ttceepter officiellement. C'est ce qui fut fait le 8 juillet *■ par un échange de
1. Acceptation de la Conférence. — Voici le texte des lettres échangées à ce sujet :
« M. Rotivier, Président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères, à S, B. S. le prince RadoUn, ambassadettr d^AUenmgne à Paris.
a Paris, U 8 juillet 1905.
« Le Gouvernement de la République s'est convaincu^ par les conversations qui ont eu lieu entre les représentants des deux pays^ tant à Paris qu'a Rerlin, que le Gouvernement impérial ne poursuivrait, à la Conférence proposée par le sultan du Maroc, aucun but qui compromet les légitimes intérêts de la France dans ce pays ou qui fût contraire axix droits de la
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lettres entre M. Rouvier, qui avait pris rintérim du ministère des Affaires étrangères (il devait le 16 juillet s^installer définitivement au quai d^Orsay), et le prince Radolin, ambassadeur d'Allemagne.
On précisa dans une note circulaire le programme indiqué dans les lettres échangées entre le prince Rodolin et M. Rouvier, et chacune des puissances signataires de la Convention de Madrid reçut une invitation.
La conférence des signaj^ires du traité de Madrid proposée par le êultan, en vue d'élaborer un programme de réformes au Maroc, se réunit à Algésiras^ le 16 janvier 1906. L'accord s'établit le 6 avril, et le Jendemain fut signé rActe important, sorte de statut international de l'empire chérifien, que nous reproduisons.
France réntltant de ses traités ou arrangements et en harmonie avec les principes swnants :
« Souveraineté et indépendsmee du sultan ;
« Intégrité de son empire ;
a Liberté économique, sans aucune inégalité;
« Utilité de réformes de police et de réformes financières dont rintraduction serait réglée, pour une courte durée, par voie d'accord international ;
« Reconnaissance de la situation faite à la France au Maroc, par la contiguïté, sur une vaste étendue, de V Algérie et de l'empire chéri fien, et par les relations particulières qui en résultent entre les deux pays limitrophes, ainsi que par IHntérét spécial qui s'ensuit pour la France à ce que Vordre règne dans Vempire chérifien.
« En conséquence, le Gouvernement de la Bépublique laisse tomber ses objections premières contre la conférence ei accepte de s'u rendre. »
« Le prince RadoUn, ambassadeur tf Allemagne à Paris, à M. Rouvier, Président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères,
« Paris, le 8 juillet 1905.
« Le Gouvernement de la République acceptant de se rendre à la conférence proposée par le sultan du Maroc, la Gouoememeni impérial m*a chargé de vous confirmer ses déclarations verbales aua termes desquelles il ne poursuivra à la conférence aucun but qui compromette les légitimes intérêts de la France au Maroc, eu qui soii contraire aua droits da la France résultant de ses traités ou arrangements et en harmonie avec les principes suivants :
« Souveraineté et indépendance du sultan ;
« Intégrité de son empire ;
« Liberté économique, sans aucune inégalité ;
« Utilité de réformes de police et de réformes financières dont l'introduction serait réglée pour une courte durée, par voie d'accord international;
a Reconnaissance de la situation faite à la France au Maroc par la con tiguïté, sur une vaste étendue, de V Algérie et de Vempire chérifien, et par les relations particulières qui en résultent entre Us deux pays limitrophes, ainsi que par Vintérét spécial qui s'ensuit pour la France à ce que tordre règne dans l'emvire chérifien.
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