‹ Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes (volume 3)Chapitre 81 sur 278 · LEGRAND · texte numérisé non relu

LEGRAND

14. Prostitution. — (Réduction à l'eau -forte du dessin qui a paru dans le Courrier français et a fait condamner ce journal.)

15. LE COURRIER FRANÇAIS , journal illustré . paraissant tous les samedis , 1883 et suiv.

Dessins de Willette ('), Forain (2), Legrand, Lunel, etc., d'une allure particulière, « ultra -moderniste », souvent amusants. Sujets généralement très risqués. Il est vrai que les hommes du xviii® siècle en ont vu autant , avec les estampes dites de l'Ecole française : les chemises enlevées , les carquois épuisés, les armoires, les gimblettes , les hasards heureux des escarpolettes, les repentirs tardifs, et mille autres grivoiseries dont se compose actuellement la collection d'estampes des amateurs les plus graves et les moins soupçonnables d'être des pornomanes Les hommes de 1830 en ont vu davantage , avec la lithographie libre. Le fond est toujours le même, la sauce seule change: il y a cent ans, on faisait grivois et joli, aujourd'hui on voit laid et on fait brutal. Autre différence, la publicité contemporaine est immense : rien ne se vend « sous le manteau » , tout s'expose publiquement aux kiosques. D'oii, un beau jour, poursuites correctionnelles contre le Courrier Fronçais , pour deux dessins qui n'étaient cependant pas d'une culpabilité caractérisée, car le tribunal prononça l'acquittement. Mais le ministère public en ayant appelé, l'affaire revint devant la chambre des appels de police correctionnelle.

Nous reproduisons ici un fragment de la plaidoirie de M* Rodrigues (qui est , à ses moments perdus, un icono-

(•) Willette a récemment quitté le Courrier Français pour fonder un petit journal illustré : Le Pierrot.

(2) Forain a également quitté le Courrier Français pour avoir son journal à lui : Le Fifre.

Forain, peintre, a gravé quelques eaux-fortes pour les Croquis parisiens, d'Huysmans. — Il exécute actuellement l'illustration de l'ouvrage suivant :

Le Café - Concert , par Guiches et H. Lavedan, publication de grand luxe, in-4 (Quantin), 12 bois hors texte et 100 bois dans le texte d'après Forain, par Florian, jeune homme qui grave sur bois avec talent, dans la manière de Lepère.

graphe plein (l'esprit ), défendant un des dessinateurs du Courrier. C'est une note toute trouvée sur les tendances actuelles du dessin de mœurs.

«Depuis une trentaine d'années, — disait le défenseur, — un courant irrésistible nous entraîne violemment vers des nouveautés auxquelles les écoles anciennes tentent vainement de résister. Un souci curieux d'analyse profonde et de figuration exacte s'est emparé d'une génération d'artistes. Il leur a plu d'emprunter leurs sujets et leurs modèles moins à l'imagination qu'à la réalité , et souvent , il faut le reconnaître, à la réalité laide et répugnante.

» Par les hommes de lettres le cœur humain a été mis à nu et disséqué avec un scalpel impitoyable; tous les morceaux en ont été jetés en pâture au public. Et s'il s'est trouvé des parties malades ou gangrenées, bien loin de les écarter, on s'est appliqué à les mettre en relief. Les frères de Concourt jadis donnèrent le branle ; d'autres suivirent , Zola, Daudet, Maupassant, Bourget, Mondes et bien d'autres nous ont lancés à leur suite dans un effroyable tourbillon de passions déchaînées.

» Le public ne s'est pas montré rebelle.

v> Et on chercherait vainement à se dissimuler que la passion dominante, celle qui s'étale avec les détails les plus soignés, les plus minutieux, les plus vrais, c'est la

sensualité amoureuse Les auteurs nous la distillent

avec un zèle minutieux. Dans V Assommoir, elle grouille de taudis en taudis. Dans Pot-Bouille , elle éclabousse tous les coins de la maison bourgeoise. Dans Nana , elle ruine tous les honneurs sur le lit de la courtisane. Dans Zo-Har se déroule la haletante épopée de l'inceste. Et dans V Assommoir comme dans Pot-Bouille , dans Nana , dans la Terre, dans Ger»?ma/,dans unePremière maltresse, dans Zo-Har, partout — naturellement , spontanément , comme les pâquerettes dans les prés — fleurissent l'adultère et la prostitution !

» Quant aux illustrations , il a bien fallu trouver, pour répondre au goût du public, autre chose que la fade imagerie et les tristes clichés toujours pareils qui assombrissaient les pages, délices de notre enfance.

» Le Journal Amusant^ la Vie Parisienne ont inauguré des allures plus vives et plus gaies, grâce aux Grévin et aux Marcelin.

» Quel charmant artiste que ce Grévin ! Quelle sûreté ,

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