LEGRAND
quelle fermeté dans le coup de crayon ! Comme il vous campe une petite femme en un tour de main ! Et des rondeurs, et des fossettes, et des cambrures ! Il en met partout, et partout c'est à sa place ! 11 faut voir comme ses Parisiennes se penchent savamment pour ne rien laisser perdre à l'œil des trésors de leur corsage ; et comme elles retroussent leur jupe pour exhiber leurs jambes; et comme leurs costumes de bain . ou leurs maillots de théâtre moulent effrontément leur. . . . tournure !
» Et ses légendes! En voilà de l'esprit parisien
» L'adultère, la prostitution , le proxénétisme et les amours faciles de tout genre s'y livrent à des ébats libres et désopilants.
>■> Quant à la Vie Parisienne , il est bien difficile de décrire décemment tout ce qu'elle offre chaque semaine , depuis de longues années, à la curiosité blasée des boulevardiers parisiens. Son thème favori, c'est le costume et les allures de la femme , considérés au point de vue le plus intime. Parmi les numéros les plus célèbres — et réimprimés — il faut citer une page de croquis sur la manière dont elles mettent leurs bas , oii se combinent, de la façon la plus réjouissante, toutes les attitudes fécondes en entrebàilleiTients indiscrets; et ce n'est pas toujours la jarretière qui trace la limite du champ offert à l'œil du spectateur. Une page sur la manière dont elles se baignent , dans des baignoires qui semblent de cristal. Une page sur la manière de mettre leur chemise , qui n'inspire guère d'autre préoccupation que celle de la leur ôter
» Vous avez vu. Messieurs, vous avez lu les spirituelles légendes qui ponctuent les gestes incertains et soulignent les intentions tendres. Ces journaux-là ont leur entrée partout. Et à bon droit. Car, pour être inspirés d'un art un peu superficiel , ils n'en sont pas moins d'intéressants reflets de nos mœurs contemporaines.
» C'est à ce titre que je vous les signale. Non pas pour attirer sur eux votre réprobation, mais pour vous faire convenir avec moi que la lecture courante et la contemplation de ces gaietés hebdomadaires sont de nature à inspirer des idées larges sur la moralité dont le parquet se contente dans les journaux dits de famille.
» Vous les regardiez d'un œil accoutumé à de pareils objets , rompu depuis longtemps déjà au spectacle des vitrines des photographes et des kiosques de journaux , à
la marche descendante du décolletage mondain et à la marche ascendante des jupes des danseuses fidèlement reproduites dans les vignettes des illustrations périodiques; vous vous êtes familiarisés progressivement avec ces gravelures, et vous ne trouviez pas que cela fût pendahle.
y Et vous aviez raison, vous jugiez comme nous, comme ceux qui vous entourent. Vous jugiez comme la foule qui se presse et circule dans les rues ; comme ce « tout le monde » enfin qui compose la génération de la fin du dix-neuvième siècle, lequel rit des audaces libertines ou brutales du crayon et de la plume plus volontiers qu'elle ne s'en émeut et qu'elle ne s'en scandalise »
Voilk, je pense, un tableau assez « fin de siècle »! — La « grrrande épidémie de pornographie », comme dit Robida!
La Cour fut d'un autre avis que le Tribunal : gérant, dessinateurs et imprimeur du Courrier furent condamnés , et leur pourvoi en cassation fut rejeté. Mais, — ô variabilité des jugements humains ! — au moment où les magistrats donnaient à Legrand de la prison, le gouvernement donnait à Rops la croix de la Légion d'Honneur.
LEGRIP (Frédéric), de Rouen, 1817-1871, peintre , élève de Langlois de Pont-de-l' Arche. — Souvenirs de Voyage , cahier de petites eauxfortes (Vignères, 1853). — Poriraits inédits d'Artistes français, (texte par M. de Chennevières, 1864), (^).
LEGROS (Jean-Louis). — Portraits lithographies : le sien, marqué S. J. L. G., d'après Isabey, in- 8 (Motte) : Le Prince Eugène : Isabey, 1818; Jouy, 1819; Bodmer,Le Bue de Choiseul , 1827.
(1) Sur une épreuve d'un petit profil de Saint-Yves 1717-1804 , eauforte signée G D, nous trouvons cette dédicace manuscrite : A mon maître et excellent ami F. Legrip : Georges Duplcssis.
— Gravures : Paysage, 1810, in-8 ; Amour arrosant un lys, 1814, in -8; VdbM Grégoire^ in-S.
LEGROS (Alphonse), peintre et graveur, est né à Dijon le 8 mai 1837, dans une condition des plus modestes. Il apprit le dessin à l'école des arts de Dijon , vint à Paris en 1851 , et entra d'abord dans l'atelier du peintre-décorateur Gambon, puis à l'école municipale de dessin et en 1855 à l'École des Beaux-Arts. Il débuta au Salon de 1857 ; en même temps, il se mettait à l'eau-forte, pour laquelle il eut depuis une passion constante, et qui tient dans son œuvre autant de place que la peinture. Comme presque toutes les eaux-fortes de ce temps-là, celles de Legros furent peu répandues dans le public ; elles étaient tirées à très petit nombre : les artistes, nous l'avons déjà remarqué, gravaient alors pour eux, et non pour les éditeurs.
Quelques amateurs recueillaient les eaux-fortes de Legros, et il s'en forma six collections complètes : celles de MM. Seymour Haden, Jonidès, Thibaudeau et Howard, à Londres, de MM. Burty et Malassis à Paris.
Mais en dehors des artistes et dessinateurs éprouvés, le public français demeura , — et est toujours demeuré, — particulièrement fermé aux eaux-fortes de Legros.
D'abord faute de les connaître , puisqu'elles n'étaient pas dans la circulation. Puis, Legros
avait quitté la France dès 1863 pour se fixer en Angleterre. Enfin, et c'est la raison capitale, l'aspect de son œuvre gravé , pris en bloc , n'est rien moins que plaisant. Il est invariablement sévère, austère, sombre; simple et rude dans l'exécution jusqu'à l'outrance: on y sent même une afifectation d'archaïsme, et dans les sujets modernes une sorte de maladresse voulue 0. Legros est un triste: sa place était bien dans le pays du spleen et les Anglais ont vite pris pour lui un goût très-vif; il a professé la gravure à l'eau-forte à l'école de South-Kensington, et 0QQ,M'^éhV UniversUy Collège la chaire d'enseignement d'art fondée par Slade. Dernièrement, il s'est fait naturaliser anglais.
L'ensemble des eaux-fortes de Legros, parcourues d'une haleine, n'est donc pas pour charmer et pour sembler varié. Il parait qu'en Angleterre on a surnommé notre graveur Alceste, à cause de « son dédain viril pour tout ce qui est trop facilement agréable wf). Mais il serait injuste de ne pas
(') Aborder les portraits d'hommes du xix'' siècle, et leur donner irrésistiblement l'aspect d'hommes du xv*', ce n'est pas là, pour le coup, de la modernité.
(2) Rapport à l'Académie de Dijon , par Henri Chabeuf : juillet 1888. Cette Académie a décerne à Legros une médaille d'or. Le graveur n'a pas oublié sa ville natale : il a envoyé au musée de Dijon une belle collection de ses eaux-fortes. L'œuvre Aj la Bibliothèque Nationale commence à se développer ; il est à désirer qu'il soit poussé au complet. La collection la plus complète connue des eaux-fortes de Legros appartient actuellement à \L T. G. Arthur, de Glasgow.
Sur Legros voyez encore des articles parus dans VArt , et dans la
appliquer à Legros la règle commune et d'épiloguer sur les pièces secondaires, essais, morceaux mal venus (^) , tètes d'études exécutées au cours devant les élèves , pièces improvisées qui sont en si grand nombre dans l'œuvre de presque tous les eaufortistes. Mais marchez droit aux pièces capitales et dans cet œuvre vous allez trouver une série de morceaux d'un grand caractère, aujourd'hui classés dans les collections : le portrait du Cardinal Manning qui rend si robustement Taspect ascétique du modèle; les sombres intérieurs d'église , d'un cachet si étrange : Procession dans une église espagnole, Le Caveau de St- Médard, Les Donneurs d'eau bénite, Les Chantres espagnols, Le Moine à V orgue] et mieux encore les sujets rustiques et les paysages : Le Mouton retrouvé , La Mort du Vagabond , Soleil levant , Le Coup de vent ^ la très grande et énergique planche des Bïtcherons , une autre planche d'un
Gazette des Beaux-Arts. Un bon point â ce dernier article (1""^ aviil 1876) qui est de Gueullette : le mot «sincère» dont nous abusons tant , n'y figure pas !
Monsieur Legros au Salon de 1874, par Poulet- Malassis, avec trois eaux-fortes; Baur, in-4.
Four Mas ter s of Etching , par Fréd. Wedmore. Fine-Art Society ,1883. gd. in-4.
(') Par exemple : La Communion dans l'église St-Médard (N" 54) La Promenade du Convalescent (68), La Baigneuse ((39), Le Mendiant (70). Les Vagabonds de Montrougei^l), Paysanne se lavant les pieds (72), L'Ambulance (124). La Veillée mortuaire (N" 125, c'est presque une caricature). Le Géographe {Vi4), etc.
puissant effet dans sa simplicité, La Charrue, etc. Si l'on veut connaître dans son dénombrement complet l'œuvre d'Alphonse Legros, nous renvoyons au très bon catalogue raisonné qui en a été publié par Poulet-Malassis et Thibaudeau , f) et dont nous conservons le numérotage, qui est suivi dans les ventes. Ce catalogue s'arrêtait en 1877 à 168 pièces. Mais les planches parues depuis portent présentement l'œuvre à 258 pièces.