GESSNER
» dans mes études et d'associer à mon premier maître » des artistes dont le goût différent du sien avaient ce- » pendant comme lui le naturel et la vérité pour objet. » Swanevelt et Berghem présidèrent tour à tour mes » travaux ; semblable à l'abeille, je cherchai du miel » sur plusieurs fleurs ; je consultai , j'imitai et reve- » nant à la nature partout oii je trouvai un arbre , un » tronc, un feuillage qui attirait mon regard, j'en » faisais des esquisses plus ou moins terminées. Par » ce procédé, je joignis à la facilité, l'idée du caractère » et je me formais une manière qui me devenait plus » personnelle. Il est vrai qu'un premier penchant me » ramenait souvent à mon premier guide : je retournais » à Waterloo lorsqu'il s'agissait de la disposition des » arbres , mais Berghem et Salvator Rosa obtenaient » la préférence , lorsqu'il s'agissait de disposer des » terrasses et de caractériser des roches et Le Lorrain » m'instruisait du beau choix des sites et du bel accord » des fonds. J'appris en l'étudiant à imiter les cam- » pagnes verdoyantes, les doux lointains et ces dégra- » dations admirables par l'artifice caché de leurs » nuances. Enfin j'eus recours à Wouvermans pour » ces fuyans légers et suaves éclairés par une lumière » modérée et revêtus d'un tendre gazon »
IS Œuvre complet de Salomon Gessner a été réuni en 338 pièces (Zurich , 1802) , 2 volumes in-folio.
Guil. Kolbe a gravé en 25 planches gr. in-fol. une Collection des Tableaux ou gouaches et des dessins de S. Gessner, Zurich, à la librairie de Gessner, 1811.
L'auteur du Manuel des curieux, Huber, que nous aimons à citer souvent, fut particulièrement lié avec Gessner ; aussi , emporté par le souvenir de cette
amitié, se livre-t-il à un éloge singulièrement chaleureux : « Gessner, dit-il , simple amateur, n'a dû ses » talents pittoresques qu'à son génie , n'y ayant em- » ployé que ses heures de loisir. Cependant on trouve » dans ses paysages la perfection d'un maître exercé, » soit pour le goût dans le maniement de son outil , » soit pour l'inteUigence dans la composition de ses » sujets. Dans sa Lettre sur le paysage il nous trace » la marche de ses études... les jeunes artistes ne » sauraient trop méditer ses préceptes , ne sauraient » trop suivre ses conseils.... Rien de plus ingénieu- » sèment pensé , rien de plus ingénieusement touché » que les grands et les petits sujets dont il a décoré » ses Idylles.
» Envisagé comme artiste , Gessner a été des plus » laborieux ; ses peintures à la gouache sont très » recherchées des connaisseurs, mais Gessner n'a pas » moins brillé dans le monde par ses vertus sociales » que par son génie dans les lettres et les arts.... »
EtHuber, sentant que cette admiration sans réserve, que ce débordement d'enthousiasme est au fond bien loin d'être justifié, s'empresse d'ajouter : « .... Mais » je m'aperçois qu'entraîné par la nature de mon » sujet cette notice tient déjà plus de l'éloge que de
» l'exposé historique L'on me pardonnera cet
» écart en faveur de mes liaisons avec l'artiste et de » l'amitié dont il me comblait. Ses amis savent de quel » prix elle était , cette amitié dont le souvenir m'est » encore si doux. »
GEYSER (Ghristian-Gottlieb).
Christian Geyser, né à Goerlitz en Lusace, en 1742, commença par étudier le droit, qu'il abandonna ensuite pour la gravure.
Il a reproduit plusieurs tableaux de Wouvermans , de Bray, Ferg , Diétrich , les Enfants de Netscher, d'après ce peintre ; des Paysages de Pynacker ; la Statue équestre de Pierre le Grand d'après Falconet ; la Statue de V électeur Frédéinc Auguste , à Leipsick ; la Toile de la salle de spectacle de Leipsick, d'après son beau-père Œser, travail fait , dit Huber, « con amore », et V Amour vendu à V encan.
Illustrations pour le Virgile de Heyne (Leipsik , 1800) , pour V Histoire de Var^t chez les anciens., de Winckelmann , traduite par Huber (1802) ; des almanachs ; enfin un nombre considérable de copies de suites de vignettes de Chodowiecki , dont Geyser s'était parfaitement approprié la manière, etc.
Comme portraits : Daniel Chodowiecki, d'après Zingg , in-8. — Michel Ruber, d'après Graff, in-8. — Ch. Gott. Heyne, d'après Tischbein , in-8. — Raphaël Mengs, d'après lui-même, in-8. — Gellert. Wieland , Klopstock, Riehter, le T^rince He7iri de Prusse, Gœthe.
GHENDT (Emmanuel De).
Emmanuel De Ghendt est par excellence le type du graveur de vignettes. Pendant sa longue et laborieuse carrière , c'est-à-dire pendant cinquante ans, de 1765 époque à laquelle il commence à produire, jusqu'en 1815, il s'est consacré tout entier à ces petites pièces qu'il gravait avec une légèreté et un éclat extraordinaires.
De Ghendt , dont le talent est si français, est né à Gand , en 1749, selon Basan. Mais cette date est peutêtre inexacte , cai^ De Ghendt signait déjà de bonnes pièces en 1766 et il devait avoir plus de dix-sept ans. Quoiqu'il en soit , c'est sous la direction d'Aliamet qu'il vint se former à Paris, et ses progrès furent rapides ; il est bien probable même que , parmi les vignettes et culs -de -lampe signés d'Aliamet. bon nombre sont de la main de son élève , au moins pour l'eau-forte. Dans la suite de figures pour Pyginalion , d'après Eisen, on retrouve même à la fois la signature de Ghendt et l'indication Aliamet direxit.
De Ghendt jugea qu'avec la vignette il avait trouvé sa voie ; il s'y adonna , et ce fut définitivement. Une seule fois, il se haussa jusqu'à l'estampe dans une
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suite des Quatre pay^ties du Jour, d'après Baudouin.
C'est d'abord ^eM«/m. Une jeune femme est endormie profondément les bras passés au-dessus de sa tête; cette belle dormeuse est à peu près nue, et un jeune garçon qui est là , tout curieux , voudrait bien la contempler , mais un abbé cherche à lui cacher ce spectacle avec le pan de son manteau.
Le Midi nous montre la dormeuse du matin , encore assoupie , mais cette fois-ci dans un jardin , une main égarée sous sa robe; elle est à demi-pâmée, une jambe en l'air, son pied balançant son petit soulier.
Est-ce encore , dans le Soir, la sempiternelle dormeuse? Toujours est-il qu'elle va se mettre au lit, et l'estampe nous la montre précisément à l'instant où elle est nue , juste à point un indiscret entr'ouvre la porte pour regarder, et c'est à peine si la servante a le temps de cacher sa maîtresse avec l'étoôé de la portière.
Enfin la Nuit. Cette fois , notre jeune femme n'est pas couchée ; elle est dans un pai^c, assise sur le gazon, au clair de lune, et peu disposée, croyons-nous, à dormir. Son amant lui entoure la taille de ses deux mains... Voilà décidément des personnages qui s'entendent à employer les quatre parties du jour... et de la nuit. Mais ne sont-ils pas un peu gascons, et ne se vantent-ils pas ?
A part cette suite, De Ghendt , disons-nous, se cantonna exclusivement dans la gravure des illustrations, tentant à peine l'ex-libris et n'essayant pas même un seul portrait. Il débuta à l'époque où les petits poèmes, les épitres en vers , les héroïdes faisaient rage. Pour faire avaler ces pulibcations insipides , on les accom-
pagnait d'une sauce composée habituellement d'un frontispice . d'un petit sujet formant en-tête de page , pour solliciter l'indulgence du lecteur, et d'un culde-lampe , apparemment pour fléchir sa colère. Dorât était le grand fabricant de ces opuscules , Eisen et Marinier les illustraient , De Ghendt fut un des graveurs qu'ils employèrent le plus souvent. Il faut croire qu'on fut fort satisfait de lui , car lorsque Dorât publia ses deux volumes de Fables , pour lesquels Marinier composa une illustration qui est un délicieux chef-d'œuvre d'esprit et de goût, De Ghendt reçut mission de graver un grand nombre de sujets, et les deux titres.
De Ghendt excellait d'ailleurs à graver les titres , et ceux qu'il nous a laissés sont généralement des pièces élégantes , comme ceux de Mes Nowi^eaux Torts, des Idylles de Saint-Cyr, des Mélanges de Dorât. Nous savons bien qu'à travers le travail du graveur c'est le dessinateur que nous jugeons, car assurément l'élégance de ces petites compositions tient au dessinateur, à Marillier, mais c'est un grand mérite au graveur de ne pas avoir dénaturé, appesanti l'original en l'interprétant , et nous ne devons pas le méconnaître.
La grêle des pubhcations illustrées continue. Après Dorât , c'est Du Rozoi qui se met de la partie. Son poëme des Sens contient, outre les vignettes, un très beau titre de Marillier gravé par De Ghendt. « C'est » un terrible poëte que M. Du Rozoi, écrit Grimm, » son poëme est imprimé avec un faste, une élégance, » des estampes, des vignettes, mais voilà tout ce qu'on » y trouve de bon. M. Dorât dit plaisamment : De
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» quoi se mêle ce faquin d'imiter notre luxe ? » La seule vue d'une vignette, d'ailleurs, suffit pour exaspérer Grimm , et nous serions tentés , forgeant tout exprès pour lui un mot barbare, de le qualifier d'iconophobe.
Puis vient Baculard d'Arnaud avec ses filandreuses Epreuves da sentiment : « D'Arnaud , écrit encore » Grimm , est devenu un des plus grands prédica- » teurs de vertu par la voie des romans à grands sen- » timents et à estampes ; il a beaucoup de vogue » parmi les couturières et les marchandes de modes , » et s'il peut mettre les femmes de chambre dans son » parti , je ne désespère pas de sa fortune. » Mais ici les vignettes , quelque gracieuses qu'elles soient , ne peuvent racheter la lourdeur de ce texte compacte , il y en a trop peu , l'illustration est trop raréfiée ; les ouvrages de d'Arnaud appartiennent à une catégorie malheureuse qu'on pourrait appeler les livres à figures sans figures.
Ce n'est pas tout , voici encore Malfilâtre avec son Narcisse dans Vile de Vénus , le marquis de Pezay avec ses Tableaux , Léonard avec ses Poésies pastorales, Mercier avec ses drames , Jenneval , le Faux ami , le Déserteur, Deslbntaines avec ses Bains de Diane, et tant d'autres. Et Eisen et Marillier dessinent toujours, et De Ghendt grave toujours !
Plus il va , plus il s'attache particuhèrement à Marillier, c'est ainsi que nous allons le retrouver dans presque toutes les illustrations exécutées par ce dessinateur : Œuvres de Rousseau édition de Cazin, Idylles de Berquin, Tangu et Félime, V Iliade, le Théâtre du Monde , les Voyages imaginaires ,
le Cabinet des Fées , les Œuvres de Tressan , les Œuvres badines du Comte de Caylus , YAlmanach des Grâces , Télémaque , et enfin la Bible pour laquelle De Ghendt a exécuté à lui seul plus de quarante pièces.
Si De Ghendt est le graveur de Marillier, comme Longueil est celui d'Eisen, il eut peu de relations avec Moreau, et l'on ne voit pas son nom dans les belles suites publiées par ce dessinateur dans la plus heureuse période de son talent. Il ne signe que deux pièces du Molière de Bret , et ce n'est que plus tard que De Ghendt grave d'après Moreau pour les suites publiées par Renouard , pour Gessner, Voltaire , Dejnoustier, Hamilton, Werther, Gresset. Télémaqice, Molière. On peut remarquer, dans deux vignettes pour Racine, celles des Plaideurs et d'Esther, que le vieux graveur est toujours vadlant, et qu'il est toujours un excellent préparateur à l'eau-lbrte.
De Ghendt est mort en 1815, et pour ainsi dire le burin à la main , car on le trouve encore dans le La Fontaine de Moreau publié en 1814.
De Ghendt a laissé quatre cents pièces, et il n'est pas de graveur d'illustrations dans l'œuvre duquel on puisse trouver plus facilement les éléments d'un choix heureux de jolis sujets, dignes de figurer dans une collection d'estampes , bien que destinés dans l'origine à des livres. Nous signalerons plus particulièrement ici :
D'après Eisen , la suite de Pygmalion et celle de la Décla^nation théâtrale , le titre de Narcisse dans Vile de Vénus, les vignettes des ikfomormewrs, le titre des Tableaux , ainsi qu'un ravissant cul-de-Iampe
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qu'on pourrait appeler rHeureucc Berger ; un jeune berger est étendu au pied d'un arbre, une jolie bergère s'avance, tenant des fleurs dans son tablier, elle en répand sur les habits du jeune homme : ce petit fleuron de quatre centimètres de haut est une délicieuse estampe.
D'après Marilher, les titres exécutés pour les œuvres de Dorât [Idylles de Saint~C>jr, Mélanges, Fables) , pour les Sens et les Bains de Diane , et plus tard pour Éînile et la Nouvelle Héloïse, dans le Rousseau de Poinçot. Sur ces derniers titres , le dessinateur a reproduit les principales scèoes de l'ouvrage dans une quantité de petits médaillons ; Marillier affectionnait ce genre de composition , il s'en est largement servi dans une suite d'estampes dont nous parlerons au chapitre du graveur Ponce.
Toujours d'après Marilher, un très joh titre, infiniment petit , pour les Noëls bourguignons ; une des vignettes pour le Rousseau de Cazin , le Premier baiser de l'amour, sujet charmant , qui a été traité par Gravelot, par Marillier, parMoreau, par Monsiau, par Prudhon ! Et les fleurons des Fables de Dorai ! Et le délicieux en-tête pour les Œuvres de d'Arnaud qui représente une Bouquetière ! Et cette petite pièce qui est peut-être la merveille de l'œuvre de DeGhendt, ce Pygmalion aux genoux de Galathée , qui est tout simplement un fleuron pour un Recueil de Contes en vers.
De Ghendt gravait lui-même les eaux-fortes de ses planches , avec un éclat et un brillant qui les rendent comparables à celles de Le Mire. Il les faisait même si bien qu'on lui confiait quelquefois le soin de