‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 167 sur 188 · GIRAUD · texte numérisé non relu

GIRAUD

n'importe ; aussitôt cette estampe devient pour lui l'allégorie « la plus grandiose » qu'ait faite Moreau. « Et encore, dit-il , je ne sais quel dessinateur aurait » été assez grand pour traiter ce sujet , il suffira de » l'indiquer pour qu'on devine combien Moreau était » insuffisant. » Insuffisant pour traiter une Procession d'isis, le dessinateur du Sacre, du Feu d'artifice, de la Plaine des Sablons !

Moreau commença une série de planches pour un Anacharsis qui ne parut point. Giraud le jeune en grava les eaux-fortes et elles ne furent point terminées. Cette série comprend quatre pièces en largeur et deux en hauteur, in-4. Enfin on retrouve Giraud le jeune au commencement du XIX® siècle dans YOvide de Villenave.

Le 14 Juillet 1790 , Fédération des Français , estampe in-fol. carré, exécutée sous la direction de Ponce.

Dans la collection Béhague se trouvaient deux estampes in-fol. faisant pendant , préparées à Teauforte, et qui sont les pièces les plus intéressantes de l'œuvre de Giraud le jeune. Le catalogue les décrit ainsi : 1. Dans un riche intérieur deux jeunes femmes sont couchées sur un lit , l'une d'elle fouette l'autre avec des roses ; Borel inv. et del., A. Giraud le jeune aqua-forti. — 2. Dans un riche intérieur, une jeune femme en chemise prend un bain de pieds ; elle est surprise par une autre jeune femme qui, déguisée sous des habits d'homme lui apporte une lettre ; Borel invenit et delineavit , A. C. Giraud le jeune aquaforti , 1789. Ces deux pièces ont été vendues 1,260 fr. en 1877 et 910 fr. seulement en 1881.

GODEFROY (François;

Le 16 octobre 1773, Louis XV chassait dans la forêt de Fontainebleau. Un cerf vivement poursuivi se précipita sur un paysan qui se trouva sur son passage et le blessa grièvement, La femme de ce paysan , aussitôt prévenue , accourut et donna les marques d'un profond désespoir. Cette scène émut tous les assistants. Sur ces entrefaites arrivent des valets qui annoncent que la vie du blessé n'est pas en danger. La Dauphine, qui assistait à la chasse avec Madame de Beaumont et la vicomtesse de Ghoiseul , s'élance de sa calèche , suivie du Dauphin, et à travers les vignes, vole rejoindre la malheureuse femme, la calme, lui donne le contenu de sa bourse , la fait monter dans sa propre voiture avec son fils, sa sœur et sa cousine : « Un mot de la » princesse de Beauvau peint à merveille la part » principale et décisive prise par la Dauphine à cette » scène de douleur et de bienfaisance , et cet enthou- » siasme de charité avec lequel elle courait en plein » soleil dans les vignes, suivie lentement d'un époux » aussi bon mais bien moins vif qu'elle : Madame la » Dauphine, dit-elle , suivait la nature , M. le Dauphin » suivait Madame la Dauphine. » (M. de Lescure).

GODEFROY (François). 329

Ce trait de charité de Marie -Antoinette , au fond bien simple et bien naturel , fit une vive impression ; la gravure se chargea de le célébrer, et Moreau le jeune en fit le sujet d'une délicieuse petite estampe , V Exemple dliumanitè donné par Madame la Dauphine, qui a été gravée par Fi-ançois Godefroy ^ , élève de Descamps puis de Le Bas.

A vrai dire , le mérite n'en revient pas à ce graveur seul , car l'eau-forte de cette remarquable pièce est signée de Martini.

De même que Godefroy se recommande aux amateurs d'estampes -çb-Y Y Exemple d'huTnayiiiè, de même il se recommande aux bibliophiles par la gravure des illustrations de Lefèvre pour trois des ouvrages de la collection Bleuet, Primerose, Zélomir, et Ollivier. Mais là encore , on ne peut admettre que ce soit lui qui ait entièrement gravé ces petites figures, et il est bien difficile de ne pas reconnaître dans les eaux-fortes la main de Coiny.

Quoi qu'il fasse , Godefroy se borne à terminer : « Reçu du citoyen Didot la somme de sept cents » livres pour avoir fini une estampe représentant le » Songe d'Énée. A Paris le 25juillet 1793. — Godefroy » — « Reçu du citoyen Didot la somme de sept cents » livres pour avoir fini une estampe représentant la » septième églogue de Virgile, à Paris le quart idi 4 » Fructidor l'an deux delà république. — Godefroy. »

L'œuvre de Godefroy est , en somme, peu saillant ; il comprend un certain nombre de pièces éparpillées dans divers ouvrages et n'offre aucune homogénéité.

1 Moreau en a fait aussi le sujet d'une vignette. Voyez catalogue de Duclos.

Godefroy (de Goyfor) était de ce voyage au Havre dont nous avons parlé dans l'article Gaucher. Il mourut le 28 avril 1819. 11 était président de l'Athénée des arts , membre correspondant de l'Académie de Rouen et de la Société d'Émulation de la même ville. Un nombre considérable d'amis, presque tous artistes, suivit le convoi de cet homme de bien. Ponce au nom de l'Athénée, et de Sève, président de la Société des arts graphiques , prononcèrent des discours sur sa tombe.

L'éloge de François Godefro}^ fut prononcé par Le Carpentier à la séance publique de la Société d'Emulation de Rouen tenue le 9 juin 1819. On ne peut rien imaginer de plus franchement burlesque que cet éloge, dont M. Hédou a bien voulu nous communiquer le texte ; c'est boursouflé et naïf. Voici le début : « M. François » Godefroy reçut le jour en l'année 1743 , dans la » commune de Boiguillaume. Issu d'une ancienne » famille de cultivateurs , le jeune Godefroy parut » être destiné par la nature à parcourir une toute » autre carrière que celle de ses ancêtres, et il se livra » à l'étude du dessin... ». On confie à Godefroy la gravure d'un grand tableau de Le Prince, les Nappes d'eau, et bientôt « l'on voit paraître une eau-forte » pleine de finesse et d'esprit, dans laquelle le graveur » semble s'être identifié avec la manière large et » agréable du peintre , et il produit une gravure ter- » minée , je dirais presqu'un second tableau qui ne » le cède en rien à celui qu'il a traduit. »

Le Carpentier nous déclare ensuite qu'il va nous faire, « avec le flambeau de la vérité » , le portrait de son ami. Il nous montre Godefroy, aimable , doux,

GODEFROY (François). 331

bienveillant , passionné pour son art et pour Têtude , utilisant ses loisirs à suivre les cours publics « des » plus célèbres professeurs de la capitale », causeur agréable, homme d'esprit. Et le bon Le Carpentier reprend de plus belle : « Son attachement pour son » art qui lui laissait peu de loisir à s'occuper de ses » affaires, joint à un penchant naturel à se procurer » une société , l'engagea dans les liens du mariage ; » il eut le bon esprit de faire choix d'une épouse qui » a fait son bonheur, et qui , par ses soins multipliés » a su prolonger son existence frêle et délicate » jusqu'au moment terrible où elle a eu la douleur de » s'en séparer pour jamais ! ï-

Le fils de François Godefroy , Baptiste, dit Adrien Godefroy, né en 1777, fut son élève et exerça aussi la profession de graveur. Il s'adonna avec succès , sous la Restauration , à la confection des caricatures.

ESTAMPES

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