‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 166 sur 188 · GIRARDET · texte numérisé non relu

GIRARDET

Girardet a gravé une certaine quantité d'illustrations de livres ; on trouve son nom dans V Histoire de France de Moreau , et aussi sur une vignette , la Première enfance , d'après Moreau , dans cette petite édition de Paul et Virginie de 1789, pour laquelle les bibliophiles font aujourd'hui des folies. (La suite incomplète des eaux-fortes , c'est-à-dire trois pièces sur quatre, a été vendue plus de 2000 fr. en 1879).

Didot employa Girardet à la gravure des dessins de Percier en forme de têtes de page, pour les Œuvres d'Horace, an VIll , les Fables de La Fontaine, an X , et les Œuvres de Boileau. Froid dessinateur et graveur plus froid encore, dira-t-on. Assurément, on ne peut pourtant méconnaître , une fois admis le goût du temps pour le style néo-grec , que Percier n'ait fait montre dans ces illustrations d'un réel talent. Un reçu que nous avons sous les yeux nous apprend que quatre des vignettes à^Horace furent payées à Girardet 700 francs , en dix à-compte.

On retrouve Girardet dans le grand Racine de Didot. Une très belle vignette est celle de Régulus, qu'il grava d'après Moreau , pour les Œuvres de Montesquieu, de Plassan, 1796, in-4. Enfin Renouard lui fit graver quelques sujets d'après Moreau, pour ses illustrations de Gessner, de Voltaire , de Télémaque et de Molière.

Les préparations des vignettes de Girardet sont curieuses et ne ressemblent en rien aux eaux-fortes de ses habiles confrères. Ce sont des esquisses au trait , sur lesquelles quelques accessoires seuls sont travaillés au hasard et sans ensemble. Cette manière de graver est parfaitement illogique, du reste

Girardet a travaillé pour le grand ouvrage de la Description de V Egypte.

Sous l'Empire, il fut « un des plus fermes graveurs » du Musée Rohillard et Laurent, tant pour les statues » et camées que pour les tableaux des grands maîtres. » le Centaure et le Gladiateur , d'après l'antique , r Apothéose d'Auguste, d'après le camée de la S^®-Ghapelle ; la Transfiguration, d'après Raphaël ; r Enlèvement des Sabines , d'après N. Poussin. Son chefd'œuvre est assurément la Cène , d'après Philippe de Champagne , estampe d'un burin très serré , et dont l'exécution a été excessivement soignée.

On doit encore à Girardet une vue de la cérémonie du Champ de Mai. 11 termine son œuvre sous la Restauration en gravant , sur ses propres dessins , de petites vignettes assez fines, la Rosière et autres, et sur ceux de Desenne une petite suite pour Racine ; un cartouche pour Brevet d'officier de la garde nationale ; enfin , il commença une estampe de la Mort du Duc de Berry qui fut achevée par Pigeot.

Ce graveur si froid devait être d'un caractère fort jovial , s'il faut en croire ces vers qui accompagnent un petit portrait de Girardet , dessiné par lui-même , et gravé par Adam , et où notre graveur a pourtant la mine fort allongée, avec ses énormes lunettes :

De la Grèce et de V Italie Il sçut multiplier les sublimes trésors,

Et descendit aux sombres bords Couronné par les Arts, Bacchus et la Folie.

Les GIRAUD.

Le Manuel d'Huber et celui de Le Blanc ont passé sous silence le nom des frères Giraud,

Nous n'en serons point étonnés en ce qui concerne E. A. GiRADD l'aîné, car il a très peu produit. Il fut l'un de ces « graveurs les moins chers » que Restif se faisait gloire d'employer exclusivement pour l'illustration de ses romans ; sa signature se trouve , dans les Contemporaines , sur les figures des Petites i7iarchandes du boulevard , de la Belle imagère, de la Maréchale et de la Gouverneuse ; — dans la Dernière Aventu7'e d'un homme de quarante-cinq ans, sur un des deux frontispices ; — dans les Françaises enfin sur deux vignettes, la Mère d'une famille nombreuse et la Mère aux méchants enfants. Mais presque toutes les illustrations des Contanpoi^aines et des Françaises sont anonymes, et il est permis de supposer que Giraud l'aîné a gravé d'autres pièces que celles que nous indiquons ici.

Puisque nous parlons de Restif , rappelons à titre de curiosité le mouvement bibliographique auquel les œuvres de ce romancier étrange donnèrent lieu il y a quelques années. Le livre de M. Charles Monselet

avait commencé à appeler sur elles l'attention des collectionneurs ; un des libraires les plus considérables de Paris pressentit la vogue qu'elles allaient avoir : bien mieux il la créa pour ainsi dire de toutes pièces , en pourchassant, en « soutenant» dans les ventes tous les exemplaires qui venaient à se présenter ; ces exemplaires étaient soigneusement accumulés dans les caves de sa librairie. Survint , en 1875 , la publication de l'importante Bibliographie et Iconographie de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne, par le bibliophile Jacob. En style de librairie, cela s'appelait « mettre le feu aux Restif ». On commença à s'arracher les productions de l'auteur des Idées singulières, les pires comme les passables : alors on vit sur les catalogues les Œuvres de Nicolas-Edme Restif de la Bretonne, 212 parties en 154 volumes, cotées 20,000 francs en reliure pleine, ou simplement 10,000 francs en demi- reliure. Les ouvrages séparés étaient à l'avenant. Il n'est pas un bibliophile qui ne s'en souvienne encore.

Une fois cette frénésie passée , les « Restif » cessèrent d'être soutenus dans les ventes, et commencèrent à « baisser » fortement : il n'est guère permis de supposer qu'ils reprennent jamais une valeur qu'ils n'ont due qu'à la spéculation et à l'engouement. On recherchera encore comme spécimen , comme singularité, un bel exemplaire du Pai/san et de la Paysanne pervertie, ou des Nuits de Paris, ou peut-être même des Contemporaines, des Françaises , de Monsieur Nicolas , à' Ingénue Saxancour ; mais qui voudra s'affubler à l'avenir de deux cents volumes imprimés avec des têtes de clous sur du papier à chandelle,

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de la Famille vertueuse, du Pied de Fanchette, du Nouvel Abailard , du Pornographe , du Mimograghe , du Gynographe , de V Andrographe , du Tlies'inographe, etc., etc.?

Pour en revenir à Giraud l'aîné , disons qu'on le retrouve encore pour quelques rares figures dans l'illustration des Œuvres badines du Comte de Caylus, d'après Marillier, des Romans et Contes de La Place, d'après Borel, des Nouvelles françaises de d'Ussieux , dans les Égarements d'un philosophe ou la vie du chevalier de Saint-Albin, par Saint-Clair, 1789 ; dans le Rousseau de Poinçot, les Voyages imaginaires, la Bible de Marillier, les Mémoires de Frédéric de Trenck , et dans Faublas.

Antoine-Cosme Giraud le jeune , né à Paris en 1760 , et que Basan nous dit être élève de Lingée , est un graveur d'une certaine importance , et qui sut se faire une spécialité très marquée comme préparateur à l'eau-forte.

De même que son frère il travailla pour Restif , et signa plusieurs des figures de la Paysanne pervertie [Ursule reçue par sa mÀre , Vr^sule cédant son fils , la Négresse et V Italien , Ursule et Edmond escrocs escroqués) , et des étranges illustrations des Conte'tnporaines [la Courtisane vertueuse , les Trois jolies Bâtardes , la Belle bourgeoise et la jolie servante , la Fille entretenue et la fille de joie).

Mais, répétons-le, terminer les gravures n'était point le fait de Giraud le jeune, il excellait au contraire à les commencer à l'eau-forte, d'une pointe claire et précise qui rappelle le faire de Pauquet. La rareté des épreuves

d'eau-forte pure ne permet pas d'énumérer d'une façon précise tous les ouvrages auxquels Giraud le jeune a collaboré, mais il est hors de doute que le nombre en est considérable.

C'est ainsi qu'on a eu recours à lui pour la Galerie du Palais-Royal , le Gessner in-4 de Le Barbier et le Gessner in-8 de Monnet, pour la Religieuse de Le Barbier, pour le Rousseau publié par Poinçot , les Après-Soupers de société, ouvrage de Billardon de Sauvigny, les Romans de La Place de Borel, la Bible de Marillier, le Virgile de Zocchi , le Nouveau Testament , les Satires de Juvènal , les Entretiens de Phocion , la Vie d'Antonin et les Géorgiques de Moreau, ainsi que pour le ^etit Précis de la Révolution de Rabaud-Saint-E tienne. Giraud le jeune a exécuté aussi pour une Histoire des religions de Stanislas de Laulnaye, ouvrage resté inachevé, de grandes planches assez curieuses , la Procession en Vhonneur de la déesse Isis , et une autre Procession égyptienne. « Une Isis, aux mamelles gonflées , assise sur un char » massif sous un dais tendu par un sphynx colossal , » s'avance , escortée par une multitude guerrière et » idolâtre, au milieu d'un paysage très accidenté. Le » mouvement savant , les attributs bariolés , les ex- » pressions étudiées dans toute cette multitude ont un ■» effet théâtral, et le dessinateur ne fait que reproduire » sous cet appareil les Fêtes nationales de l'an II. »

C'est Renouvier qui écrit ces lignes. Ce que c'est pourtant que la passion politique ! Renouvier d'ordinaire si sensé , si mesuré dans ses jugements , croit entrevoir dans une Procession dPsis une allusion aux fêtes républicaines ; il n'en est pas autrement sûr,

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