Rousseau (J.-B.), d'après Aved
En 1808, les neuf portraits ont été vendus 80 fr. à la vente d'Augustin de Saint-Aubin.
Dans ces dernières années , plusieurs collections des neuf portraits de Grateloup, chaque série comprenant quelques épreuves avant la lettre, ont été vendues aux enchères de 1,000 à 1,200 fr.
Le plus bel œuvre de Grateloup qui ait été formé appartenait à M. Lecauchois- Féraud , intendant miUtaire, qui a si malheureusement péri dans le naufrage du paquebot le Général Abbatucci. Il le tenait de la famille même du graveur. Cet œuvre, comprenant les neuf portraits en vingt états, plus trois pièces du D'' de Grateloup, fut vendu en 1869 et adjugé 5,200 fr. au libraire Fontaine, qui l'inséra dans un exemplaire des Œuvres de Voltaire , coté au catalogue de sa librairie 35,000 fr., et qui appartient aujourd'hui à M. le Prince Alexandre Bibesco.
GRAYELOT (Hubert-François).
Hubert Bourguignon, dit Gravelot, est né à Paris le 25 mars 1699. 11 était le fils d'un tailleur et le frère cadet du géographe d'Anville. Il reçut une bonne éducation. Le goût des voyages et des aventures l'entraîna sur sa vingtième année à Saint-Domingue. Quand il revint il avait trente ans et se mit sérieusement au travail pour rattraper le temps perdu et profiter des excellents conseils de Restout et de Boucher. En 1732, il passa en Angleterre où le graveur Dubosc appelait beaucoup déjeunes artistes pour l'aider dans la gravure des Cérémonies religieuses de tous les peuples , qu'il avait entreprise d'après les dessins de B. Picart. L'adresse de Gravelot à Londres était King slreet Covent garden, ai gold cup.
Dès son arrivée, il fut occupé de nombreux travaux d'illustration , mais nous ne nous occuperons ici que de ses pièces gravées. Encore sommes-nous bien loin de connaître tout ce qu'il a dû faire pendant un séjour de quinze ans en Angleterre. Ses douze vignettes in-12 pour une nouvelle édition de l'Asirèe d'Honoré d'Urfé (1733) sont médiocres. Douze autres vignettes de même format , pour une collection de Romans anglais, sont
GRAVELOT. 35i
très supérieures aux premières, trèsjolies et paraissent dater de l'époque où il illustra Tora-Jones. — Trois entête de pages pour une Histoire Romaine, dont la Mort de César et la Mort de Cicéron. — Face et revers de deux Médailles frappées à Voccasion du mariage du Prince de Galles et de la Princesse Augusta. H. Gravelot inv. et sculp. — Face et revers d'une autre médaille , représentant d'un côté une adoration des mages et de l'autre une bibliothèque (1737). — Curieuse pièce de Griffonms, où l'on voit sur une même planche un joli Étui rocaille , un chasseur mettant en joue, un fond de boîtier de montre , des têtes d'hommes , de femmes et de chiens. — Dédicace avec armoiries , aux Trois Lions.... et la devise: Je Servirai. — Encadrement, d'après C. PYederick. — Lettres ornées pour un ouvrage. — Gul-de-lampe semblant représenter Ps^c/ie e^ r Amour. — Jeunes gens et Jeunes filles dans un atelier de peintre , petite pièce carrée fort jolie , reproduite par M. Duplessis dans son Histoire de la Gravure.
Enfin le travail le plus important de gravure que Gravelot ait fait est une illustration toute entière des Shakespeare Plays , gravée avec beaucoup d'expression dans les physionomies , d'après les compositions de Hayman.
Ce n'est certainement pas tout ce que l'aimable artiste a gravé. Nous laissons à M. Emmanuel Bocher le soin de compléter cette liste dans le catalogue raisonné qu'il prépare de l'œuvre de Gravelot.
De retour à Paris, Gravelot se consacra à l'illustration des livres , et l'on sait avec quel talent. Il faisait aussi de petits vers et donnait des leçons de dessin.
GREEN (Valentin).
Valentin Green , célèbre graveur en manière noire, né dans le Warwicksliire en 1739 , partage avec Earlom et Mac-Ardell l'honneur d'avoir donné plus de variété et de souplesse au procédé du mezzo-tinto. Ses deux pièces du Départ de Régulus et du Serment d'Annibal Xi7Qi-73), d'après B. West, sont célèbres en Angleterre, ainsi que sa Descente de croix d'après le tableau de Rubens (1790) , et le Monument élevé à William Pitt à Westminster (1784).
Nous considérons ses portraits comme supérieurs à ses autres travaux. Green a réellement rendu avec une grande adresse la majestueuse noblesse des personnages peints par Van Dyck , la diaplianéité des ladies , au teint pétri de lait et de roses par Angelica Kauflïuann et Reynolds.
Voici ses principaux portraits : le sien d'abord , Valentin Green d'après Abbott.
Henry d'Anvers Comte de Danhy, George Gordon Marquis de Huntly, Sir Thomas Warthon, tous trois d'après Van Dyck.
Green a beaucoup gravé d'après Reynolds et il le dispute pour l'habileté à une foule d'artistes en manière
GREEN. 3o3
noire qui arrivent tous à un résultat satisfaisant , ce qui prouve la facilité du procédé : Corbutt , Dunkarton , Faber, Fislier, Houston , Dickinson , Mac- Ardell , John Jones , Purcell , Spooner , Spilsbury , Smith , Ward , Watson, etc. . .
Green a donc gravé d'après Reynolds , Sa Grâce le Duc de Bedford, ses frères John et Willimn Russel et leur sœur miss Vernon , jolie réunion d'adolescents. — Lady Caroline Hoicard. — Sir WiUia'tn Chambers , trésorier de l'Académie royale.
— La Comtesse d'Aylesford. — Miss Campbell. — Lady E. Compton. — Lord Balkeith. — Lady Delme.
— La Duchesse de Devonshire. — Lady Halliday.
— La Comtesse de Harrington. — Lady Manners.
— La Duchesse de Ruiland. — La Comtesse de Salishury. — Georgina Spencer. — Lady Talbot. — La Vicomtesse de Townshend. — Les Trois filles du Comte de Waldgrave.
D'après Benjamin West , le portrait de West luimême avec son fils. — Sir Joshua Reynolds. — La Reine Charlotte. — Le Prince Williaîn - Henry d'Angleterre. — Les Princes et Princesses de la Fa^nille royale d'Angleterre. — Robert et Thomas Drum,mond. — Le Prince de Galles et son frère.
Garrick et m^iss Pritchard , d'après Zofîani. — Ga?'rick embrassant le buste de Shakespeare, d'après Gainsborough.
Plus de nombreux portraits d'après Gosway , Romney , P. Falconnet , Galze , etc
Green fut nommé en 1774 l'un des six associés graveurs de l'Académie royale d'Angleterre. Il mourut en 1813.
GREUZE (Jean-Baptiste
Une seule pièce peut être attribuée avec certitude à Greuze, la Jeune Savoyarde. Elle est signée d'un G et on en connaît des épreuves avec sa signature autographe. La Tète de jeune femme vue de troisquarts, placée au début de son œuvre au Cabinet des Estampes, ne lui est qu'attribuée. On prétend aussi que le premier travail d'un Vieillard au bonnet fourré , imité de Rembrandt . serait de Greuze , et que de Marcenay qui l'a signé . le fit disparaître en le terminant.
La collaboration du grand artiste est peut-être moins douteuse en ce qui touche les fameuses estampes qui se gravaient sous sa direction d'après ses tableaux les plus importants. Les critiques du temps nous apprennent d'ailleurs que Greuze retouchait quand il le jugeait bon., le travail des Flipart, des GaiUard , des Le Vasseur et des Massard , ses associés ; et de fait , quand on examine l'estampe de V Accordée de Village par exemple, l'on croit apercevoir distinctement dans les têtes, nous l'avons dit à propos de Flipart, les accents de pointe sèche du maître. Mais cela n'est qu'une hypothèse.
GRIGNION (Charles
Chaiies Grignion est un graveur d'origine française. Le Manuel de Le Blanc le fait naître en 1712 k Londres, où il a travaillé jusqu'en 1777. On a de lui entre autres pièces :
Garrick dans le y^ùle de Richard III , gravé avec Hogarth , 1745. — h' Election d'un membre du Parlement, quatre feuilles d'après Hogarth, par Grignion, La Cave et Aveline , 1755-58 , etc., etc.
Suite de douze figures dans le costume anglais , d'après Gravelot , gravées avec Major et Truchy ; et de nombreuses vignettes ou frontispices pour des ouvrages anglais, tels que Poetical works of Milton , Edimbourg, 1777, in-18. — Poetical works ofPrior, 1777, in-18. ~ Shakespeare, Londres, 1783, in-12. — Shenstone, Edimbourg, 1778, in-18. — Spenser, 1778, in-18. — Poetical works of Swift, 1778. — Thomson, 1777. — Trials for adultery , histoire des divorces, formant un choix de procès en adultère, fornication, cruauté, impuissance, depuis 1760 jusqu'au temps présent, Londres, 1781, 7 vol. in-8. — Horace, Birmingham, 1762, in-12. — Virgile. Londres, 1750, in-8. — Young, Edimbourg , 1777.
GUCHT (Jean Van Der).
Ce dessinateur et graveur au burin est né à Londres en 1697. Il apprit le dessin de Louis Ghéron , et la gravure de son père Michel Van der Gucht.
Nous le citons ici parce qu'on lui doit, ainsi qu'à son père et à son frère Gérard , une certaine quantité de frontispices , vignettes et ornements de livres , notamment :
The Dramatick loot^ks of John Dryden , Londres, 1762, 6 vol. in-12. Portrait et 28 figures d'après Gravelot.
Don Sébastian , tragédie . Londres , in-12. Frontispice d'après Gravelot.
The loorhs of Shahespeaf^e , Londres , Hitcli, 1762, 8 vol. in-12. Portrait dessiné par Van der Gucht , et 36 figures de Gravelot gravées par Van der Gucht, etc., etc.
GUERIN (Christophe).
Christophe Guérin , professeur de dessin et conservateur du musée à Strasbourg ^ gravait avec un certain talent mais d'une manière un peu sèche.
Le Comte de Caglïostro, d'après nature, 1781 , in-4 ovale. — Mon père, dédié à ses amis, in-4. — François- Xavier Richter, maître de chapelle, entouré d'enfants de chœur, jolie pièce publiée en 1785, à Strasbourg, chez l'auteur, à la Monnaie. — Herculi Colmariensi, portrait de Stockmayer, bateher et officier municipal.
— Dumas , Hérault , Foissey , commissaires du roi dans les départements du Rhin , médaillon rond. — Liberté-Egalité , Guérin fecit, in-fol. — Mothier de la Fayette. — Custine, général français , 1793, in-4.
— Luckner, ovale in-8. / — Treilhard , Bonnier, Roberjeot, plénipotentiaires au congrès de Rastadt.
Guérin a composé et gravé une suite de quatre jolies figures pour l'Homme des champs ou les Géorgiques françaises, de Delille, Râle, 1800 , in-12 , reproduites in-8 dans l'édition de Strasbourg , 1802.
1 II ne faut pas le confondre avec Jean-Urbain Guérin , peintre , également de Strasbourg , et dont les miniatures ont été gravées par Fiesinger, Elisabeth Herhan , etc.
Les GUTTENBERG.
Garl Guttenberg . né en 1744 , est un excellent artiste venu tout exprès de Nuremberg à Paris pour profiter des excellentes leçons du « papa Wille » dont il devint l'ami. Celui-ci l'employait dans le principe , à cause de son beau coup de burin , à graver la lettre au bas de ses estampes. « J'ai fait graver, dit-il en » 1774 , la lettre au bas de ma nouvelle planche » ( la Sœur de la bonne femme de Normandie ) , par » M"" Guttenberg mon graveur de lettre ordinaire » quoiqu'il n'en fasse pas profession. »
Wille lui procure aussi quelques travaux ; il lui fait terminer en 1770 les 3^ et 4" Vues du Mein , commencées à l'eau-forte par Dunker, et le recommande à Basan qui l'emploie à la gravure de sa (r«/er/e rfe Choiseul. Puis c'est le Petit boudeur d'après Greuze, et l'Écrivain public d'après Wille fils.
En juin 1772, tenté comme beaucoup d'au très jeunes graveurs par les brillantes propositions de Christian de Méchel , nous le voyons partir pour Bâle. Un an après, fatigué de la Galerie de Dusseldorf et de son éditeur. Cari Guttenberg revient à Paris , fort mécontent. Heureusement, il y trouve quelques bons travaux.
Voici venir le moment oîi il va être chargé de collaborer avec son frère au Monument du Costume , recueil pour lequel il a gravé le Rendez-vous pour Marly, d'après Moreau. Avec de très bons yeux , on peut aussi déchiffrer la signature de C. Guttenberg sur la planche de N'ayez pas peur ma tonne arnie , dans la suite réduite in-12.
Vues des environs de Florence, d'après Wagner.
Vues des environs de Munich, d'après Kobell.
Planches pour les Figures de l'Histoire de France, d'après Moreau , etc.
L'Invocation à l'A^nour, Théolon pinx.; in-fol.
L'Écrivain public, d'après Wille fils.
Monument érigé à Genève à J.-J. Rousseau ; in-fol.
Guillaume Tell, d'après Fuessli.
La Troupe ambulante, J.-F. Meyer pinx.
La Mort du général Wol/f, d'après B. West.
Cari Guttenberg est activement employé, ainsi que sou frère , à la gravure des planches du Voyage à Naples de Saint - Non , où il termine souvent des planches commencées à l'eau-forte par Duplessi-Beriaux. Le travail des deux frères, très semblable, se confond volontiers , et l'on ne sait souvent auquel attribuer les planches signées Guttenberg tout court.
Cari et Henri ont été fort employés aussi à travailler à la Galerie du Palais-Royal. Enfin Cari Guttenberg a gravé une bonne partie des vignettes de Freudeberg pour l'Heptaméron , et d'Eisen pour les Époux malheureux de Baculard d'Arnaud.
Guttenberg est l'un des assidus compagnons de Wille dans ses promenades. En 1784 , il assiste avec sa femme , son frère et son maître , à la tentative
360 LES GRAVEURS DU XVIIie SIECLE.
manquée d'aérostation de Janinet. Quand il s'agit d'aller dessiner du côté de Palaiseau , il est toujours prêt et part en avant avec Freudeberg ou Baader. Wille a raconté avec assez d'agrément , malgré sa lourdeur native , ces promenades pleines d'incidents comiques. Nous détachons quelques passages du récit d'une de ces excursions, faite en août 1784 :
« Ayant résolu , car il faisait assez beau , de partir » pour Montcerf, pour y dessiner les ruines du château » de Becoiseau qu'on m'avait vanté , je partis effecti- » vement avec les voitures publiques et très commodes » de Corbeil, ayant avec moi M. M. Guttenberg. Klau- » ber et Preisler. Arrivés dans cette ville , nous y » trouvâmes mon neveu de Villepesle, qui voulut nous » envoyer, en partant à cheval avant nous, son cabrio- » let pour nous mener chez lui ; mais nous aimâmes » mieux y aller à pied. Ensuite étant arrivés , mon » neveu nous donna un dîner splendide , nous obligea » de rester à souper de même et coucher dans sa » maison. Le lendemain de bon matin , son cabriolet » avec deux chevaux étant prêt , nous partîmes fort » satisfaits de sa réception pour Montcerf. Nous avions » sept bonnes lieues à faire. Nous passâmes une partie » de la forêt de Gressy et arrivâmes près de Montcerf » vers les onze heures. Becoiseau se trouva à notre » droite , et sans songer que nous avions faim , nous » descendîmes et parcourûmes ses ruines de toutes » parts , qui sont excellentes à faire nombre de des- » seins. Après cela nous entrâmes dans Montcerf situé » sur la hauteur et le traversâmes à pied. Gomme les » voyageurs se montrent rarement dans ce pays , qui » est une espèce de sauvagerie sans aucune grande
» route, les habitants accoururent , moitié consternés, » moi fié admirant notre accoutrement parisien qui les » frappa. Nous allâmes loger à la Chasse Royale, seul » cabaret de l'endroit : il y avait , chose remarquable , » des lits dans deux chambres, mais faits de joncs de » marais , et des oreillers remplis de sable et de » coquilles d'œufs. Les vitres aux croisées manquaient » en grande partie , mais notre hôte qui portait une » culotte plus fendue par derrière que par devant , y » colla du papier brouillard avec de la fiente de vache » nouvellement pondue , ce qui était aussi utile qu'a- » gréable à la vue ...»
Wille raconte ensuite que la cuisine est tellement primitive en cet endroit qu'ils sont obligés de « mettre » la main à la pâte : M"" Klauber allait traire les vaches » pour une soupe au lait. M'' Preisler avait le départe- » ment des pommes de terre . qu'il avait proprement » réduites en marmelade , y compris leur enveloppe. » Pour moi je m'étais chargé de faire bouillir les hari- » cots dans un chaudron qu'un Auvergnat raccommoda >■> préalablement en ma présence ; mais les haricots » sur un feu trop violent et n'ayant pas assez d'eau > s'attachèrent au fond si bien que , craignant pour » mon honneur en fait de cuisine , je courus de tous ^> côtés et ne trouvai pour les détacher qu'une espèce ^> de pelle de bois destinée à charger du fumier dans » l'occasion. Et pendant tout ce temps où chacun devait » avoir son occupation, M"" Guttenberg fumait sa pipe.
» Tout bien considéré , pendant les huit jours que » nous passâmes à Montcerf , il ne nous manqua rien » excepté ce que nous désirions. . . »
Wille trace le portrait de ses hôtes et décrit le
retour à Paris en charrette , avec la petite note sentimentale qui ne manque jamais :
« Tout ce qui me fît plaisir était que ma femme » n'était pas encore couchée , car comme c'était la » veille de la Saint Louis , sa fête , elle avait eu du » monde à souper. Elle fût surprise et encliantée de » me revoir ; nous nous embrassâmes tendrement. » Heureusement pour gens pas mal affamés , nous » trouvâmes encore quelques restes du repas que nos » deux pensionnaires, M. M. Klauber et Preisler, man- » gèrent avec moi avec bien du plaisir. M'' Guttenberg » nous avait quittés à la porte pour coucher chez lui » avec sa femme, comme de raison. »
C'est à Wille que G. Guttenberg dut la commande du portrait de H. de Nicolay. Il est bien probable que la commande du portrait en buste de Catherine II lui vint de la même manière.
G. Guttenberg a aussi gravé un portrait de Paul Jones, d'après Notté. Le graveur demeurait alors rue iS'* Hyacinthe , la 2^ porte après la Place S^-Michel. G'est sans doute dans ce logement qu'il lui arriva le désagrément d'être dévalisé , ainsi que le rapporte Wille à la date du 16 mai 1785 : « Ayant su que M'^ et » M*" Guttenberg avaient été volés le jour précédent » qui étoit le 1^'' jour de la Pentecôte , je courus chez » eux pour les consoler efficacement. L'argent comp- » tant , une épée en argent , un gobelet , des bas de » soye , tout était emporté et l'avait été en plein jour » pendant qu'ils étaient à la promenade. Une médaille » d'argent que j'avais prêtée à M' Guttenberg fut éga- » lement volée. Quel coquin de voleur! »
Garl Guttenberg a mis son nom au bas de quelques
pièces de circonstance : Allégorie fiur le compley^endu de Necker ; Révolte excitée par l'impôt du thé en Amérique : les épreuves avec le coq sont plus rares , parce que le graveui' fut forcé de supprimer cet emblème ; mais la pièce la plus curieuse est la Suppression des ordres m,onastiques dans toutes les villes de la domination de l'Empereur, d'après C, de France, grand in-folio.
Notre graveur, fatigué par le travail . éprouva le besoin de se distraire ; il alla à Londres. « Ces jours- » ci , écrit Wille en mai 1787, M"" Guttenberg est parti » pour l'Angleterre. Depuis longtemps il avoit envie » de voir Londres. Je lui ai donné une lettre de » recommandation pour M"" Byrne. M'' Guttenberg est » plus heureux que moi de pouvoir s'absenter ainsi. » Depuis nombre d'années j'ai désiré faire cette » excursion sans pouvoir l'effectuer. »
Puis arrive la maladie, dont son vieux maître suit avec anxiété les progrès. En avril 1788 , il relate que Guttenberg souffre horriblement aux mâchoires vers les deux oreilles. La souffrance augmente au commencement de 1789 et Wille envoie souvent savoir de ses nouvelles : « 1'' avril. J'apprends aujourd'hui que » M"" C. Guttenberg va un peu mieux. Sa maladie étoit » des plus terribles. J'ayété le voir plusieurs fois avec » mon fils et nous désespérions presque de lui. »
Il semble se remettre en effet, et ils peuvent encore aller ensemble visiter la démolition de la Bastille qui marche grand train; mais l'artiste est condamné, car bientôt nous lisons la note suivante dans \eJow7ial de Wille : « 20 may 1790 : mourut M"" Garl Guttenberg, bon » graveur et beaucoup de mes amis ; je fus sa première
» connaissance lorsqu'il arriva à Paris. Il étoit natit » de Nuremberg. 11 avoit de l'esprit , étoit instruit , et » son caractère étoit ferme et décidé. Si je ne me » trompe il avoit 49 ans. Il laisse une veuve très bonne » femme. Gomme il étoit protestant , il fut enterré le » 21 dans leur cimetière et nombre d'artistes furent à » son enterrement. M'Gams, aumônier de l'ambassade » de Suède , prononça l'oraison funèbre en françois , » car le nombre des assistants françois étoit plus grand ^> que celui des allemands. L'ouvrage le plus considé- » rable qu'il a fait est la Suppression des couvents » par Joseph II. Je le regretterai toujours , car il » m'étoit fort attaché. »
La veuve de Guttenberg se remaria avec le graveur Klauber.
Henri Guttenberg, frère cadet du précédent, né en 1745, vint à Paris appelé par son frère , et guidé par lui et vraisemblablement aussi par Wille , arriva à graver avec beaucoup de correction et de netteté.
Il a exécuté, pour la suite du Monument duCostmne, deux pièces d'après Moreau le jeune, la Rencontre au Bois de Boulogne et la Course des chenaux.
Aglaê saur^èe, Nanette effrayée, d'après Vernet.
Une estampe gravée d'après Lavreince, le Mercure de France ,' in-fol. en largeur, représente Beaumarchais lisant dans le Mercure l'extrait de Figaro, 1784.
Une pièce d'après Baudouin : Perrette [Voilà la petite laitière) , in-8.
Jeune Bacchante jouant des cymbales, très jolie pièce in-8, d'après une gouache de M"''' Le Sueur.
Rendez-vous de chasse de Henri IV, d'après Borel.
Henri Guttenberg a collaboré au Voyage à Naples de Saint-Non , à la Galerie du Palais-Royal ( notamment pour la dédicace, d'après Ghoffard) , à la Galerie de Florence , à la Galerie de Lebrun , au Musée Français de Laurent , à la Description de la Suisse de La Borde et Zurlauben.
Une des bonnes planches de Henri Guttenberg est son estampe des Dernières paroles de Jean-Jacques Rousseau , d'après le dessin de Moreau le jeune. C'est le 2 juillet 1778 que Tauteur des Confessions , se sentant mourir, disait en s'adressant à Thérèse : « Ma chère femme, rendez-moi le service d'ouvrb la » fenêtre afin que j'aie le bonheur de voir encore une » fois la verdure. Comme elle est belle ! que ce jour » est pur et serein. . . » etc.
Henri Guttenberg était à Rome à l'époque de la mort de son frère ; mais il se trouvait à Paris au plus mauvais moment de la Révolution, et le 18 février 1793, il écrivait à son compatriote Frauenholz, à Nuremberg : « Le papier que vous me demandez est » présentement fort difficile à se procurer, la cause » en est que la Nation fait un grand emploi de ce » papier pour l'impression des assignats ainsi que » d'une masse de journaux qui paraissent ici , mais »je ferai mon possible pour vous en envoyer 200 » feuilles par la dihgence prochaine. J'aurais bien » voulu résister à la crise le plus possible ; les troubles » et les agitations me rendent la tête froide. Si cela » continue , je m'en irai bientôt par Bâle et Munich à » Nuremberg où j'aurai le plaisir de vous voir. Je vous » prie de n'en parler à personne. . . Guttenberg. >^
Henri Guttenberg mourut à Nuremberg.
GUYOT (Laurent).
Guyot , s'il ne fut pas un artiste de premier ordre , ne mérite nullement l'oubli complet dans lequel l'a laissé le Manuel, comme le prouvera le catalogue que nous donnons plus loin. Né à Paris en 1756 . Laurent Guyot avait commencé par apprendre , sous la direction de Legrand et de Tilliard , la gravure au burin ; mais il n'y avait pas grande disposition et il n'a rien laissé que de très faible en ce genre , à part une assez jolie petite pièce d'après Moreau le jeune, en forme de dessus de boîte , représentant une scène des Trois Sultanes de Favai^t.
Il se toui'na vers un auti'e genre, la gravure au lavis et en couleur. Assurément . il fut loin d'égaler Janinet et Debucoui^t , et ne se sentit jamais de taille à entreprendre une grande estampe ; son effort le plus considérable consiste en reproductions de sujets galants de Fragonard , V Armoire, le Verrou , la Gimblette , qui ne dépassent pas le format in-4 ; il se sentit plus à l'aise en se cantonnant dans la fabrication , pour sa boutique de la rue St-Jacques, au Grand-Gessner, de petites pièces d'après Dutailly et autres , de sujets galants en dessus de tabatière , de paysages , d'ara-
besques. Il afi'ectionnait la forme ronde ou ovale ; les bibliophiles connaissent ses suites de Paul et Virginie in-8 et in-12 rond ; les médaillons ovales sur les événements de la Révolution française comptent au nombre des meilleures productions de ce graveur fécond; ses Cris et Costumes de Paris , d'après les dessins de Watteau de Lille , sont « le plus charmant » souvenir qu'ait pu garder la gravure du peintre des » habillements galants de la veille de la Révolution. » Guyot eut quelquefois l'idée malencontreuse de reprendre le burin et de graver ainsi des vignettes qui sont pitoyables. Il termina assez misérablement sa carrière par une grande quantité de planches au trait, notamment pour le Musée des Monuments français de Lenoir et Percier.