‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 29 sur 188 · DUHAMEL (A.-B · texte numérisé non relu

DUHAMEL (A.-B

Cet élève d'Augustin de Saint-Aubin , né en 1736, a gravé : V Occasion favorable , d'après Quéverdo ; quelques vignettes pour les Deux Chasseurs et la Lai- Hère , le Huron, Lucile , le Déserteur, les Amants désespérés ou la comtesse cTOlinval, pour les Œuvres de Regnard illustrées par Borel , pour le Rousseau édition de Poinçot, laPucelle deMonsiau, \e Nouveau Testament, Ch^esset in-18 de Moreau. Sa meilleure pièce est une vignette de Moreau , Psyché soutenue sur les eaux par les Naïades , dans l'édition in-4 de Psyché, Didot , an III.

Il a travaillé pour la Galerie des modes et costumes français, d'Esnauts et RapiUy. Les portraits du Comte et de la Comtesse de Provence y sont signés de lui.

Portrait in-4 de Senac, médecin du roi, dont les contemporains ont dépeint le caractère en termes peu flatteurs , disant qu'il ne croyait pas à la médecine et qu'il avait la réputation d'un « grand fripon ».

Portraits de Bernard de la Monnoye , in-8, d'après Devosge, de Didet^ol d'après Greuze , de Henri IV d'après Marillier, de David Hu^ne d'après Gochin.

DUMONT LE ROMAIN (Jacques).

Duraont, appelé le Romain à cause de son long séjour à Rome et pour le distinguer des autres artistes du même nom , a parfois traduit à l'eau-forte ses peintures, et cela avec une certaine désinvolture artistique. On cite de lui : Agar dans le désetH et Glaucus et Sylla (1726) ; le Joueur de Musette et la Savoyarde, qui ont été terminées au burin par DauUé ; un frontispice pour une Semaine sainte à l'usage de la maison d'Orléans ; l'eau-forte, d'après Servandoni , de la Vue du feu d'artifice tiré en la rivière le 21 janvier 1730 pour la naissance du Dauphin.

Dumont le Romain passait pour avoir son franc parler à l'Académie, dont il était membre depuis 1728. Son caractère caustique et sauvage n'était pas fait pour la société. On le craignait et le fuyait. C'est lui qui dit un jour en pleine séance , comme on venait de refuser

le graveur Le Bas : « f -lui un porte-crayon au c. . ,

et il dessinera encore mieux que vous. »

On lui attribue quelques figures satyriques, comme l'Archevêqîie de Paris de Vintitnille lançant l'excom,munication aux personnes lisant les Nouvelles ecclésiastiques.

DUNKER (Balthazar-Antoine).

Dunker, fils d'un pasteur protestant , est né à Saalbourg, dans la Poméranie suédoise. Il eut pour premier guide son grand-père, homme instruit et aimant les arts, qui le conduisit au paysagiste Jean-Philippe Hackert. Quand ce peintre vint en France pour y rendre nombre de sites pittoresques de nos provinces, il emmena avec lui Dunker et le présenta à Wille , toujours dévoué aux jeunes Allemands. A cette époque, Dunker voulait étudier la peinture ; Wille le recommanda à Vien , qu'il quitta bientôt pour entrer chez Noël Halle. La ruine de ses parents l'obligea plus tard à abandonner ses études de peinture historique pour trouver dans la gravure à l'eau-forte, pour laquelle il avait du goût, les ressources qui lui étaient nécessaires. Huquier lui édita pour son début un Recueil de petites figures gravées d'après les dessins des maîtres, sortes de pochades sans importance, dont l'éditeur dut même retoucher le frontispice, de l'invention de Dunker. Son Livre de différents sujets de figures et d^ animaux d'après Henri Roos , qu'il fit ensuite , est déjà très supérieur.

Basan vit ces essais et devina l'aquafortiste qui lui

était nécessaire pour mettre en train sa grande entreprise de la gravure de la Galerie du duc de Choiseul. C'est à Dunker que revient l'honneur d'avoir gravé , de 1770 à 1772 , un grand nombre de planches pour ce recueil, une quarantaine environ, sans compter plusieurs qui ne sont pas signées mais où l'on reconnaît sa manière. Il n'a pas gravé moins de six tableaux de P. Breughels , quatre tabagies ou intérieurs d'Ostade, trois paysages ou chasses de Wouwermans, le Vieil apolhicaire, la Consultation et la Marchande de volailles de Gérard Dow , la Leçon de musique de Metzu , des animaux de P. Potter et de Karel du Jardin , des ruines de Breemberg et de Poelemburg , des tableaux de Mieris. Grâce à sa grande facilité , on le chargeait aussi de commencer des planches que terminaient au burin d'autres graveurs.

On a dit que Dunker, en exécutant ces travaux, avait un peu compté sur la protection ultérieure de M. de Choiseul , dont la disgrâce fut pour lui une déception. Toujours est-il qu'il accepta l'offre que lui faisait Christian de Méchel , qui était venu à Paris suivre la vente du duc , de l'emmener à Bâle pour l'aider dans ses travaux , et spécialement dans le catalogue figuré de la Galerie de Dusseldorf.

« M. de Méchel, rapporte Wille (juin 1772) , ayant » ein^ôlé icy pour son entreprise de la Galerie de » Dusseldorf, MM. Dunker, Guttenberg et Rousseau, » soupa mardi passé chez nous avec MM. Dunker, » Freudeberg et Baader. Après le souper, MM. de » Méchel et Dunker prirent congé. Le lendemain, 3 » de ce mois, ils sont partis en chaise de poste. »

Malheureusement Christian de Méchel paraît avoir

DUNKER. 69

été d'un caractère bien difficile. Rousseau ne peut rester avec lui que vingt-quatre heures ; Dunker, sans doute plus endurant, travailla quelque temps, dessinant beaucoup dans les environs de la ville et envoyant à son ancien maître force dessins en présent , comme cette vue du château de Wurtemberg que Wille fit encadrer et placer dans son cabinet de travail. Enfin notre graveur, fort mécontent de M. de Méchel et de la ville de Bâle, partit pour Berne où il devait retrouver Freudeberg , et descendit chez le paysagiste Aberli. Il comptait n'y faire qu'un court séjour et revenir à Paris où l'attendaient de nombreux travaux , mais l'accueil aimable des artistes et des amateurs de la ville l'engagèrent à y séjourner davantage ; l'amour l'y fixa définitivement. Wille nous apprend son mariage célébré en 1774 et nous donne son adresse, in cler Keslergasse, chez les demoiselles Konig.

Nous extrayons d'une lettre datée de Berne le 13 janvier 1776, et adressée à son ancien maître, les passages suivants qui peindront le caractère et le bonheur conjugal de l'artiste :

« Monsieur et très cher ami , j'ai reçu votre lettre » du 6 de ce mois, qui m'a fait un plaisir inexprimable. » Ainsi donc vous ne m'avez point oublié ; je ne suis » point effacé de la mémoire de mes anciens amis ; je » suis même quelquefois le sujet de leur entretien : » En voilà assez pour me faire revivre, pour faire cir- » culer mon sang avec plus de rapidité. . . .

» Un des articles contenus dans votre lettre a été » exécuté d'abord , c'est d'avoir embrassé ma femme » de votre part en lui recommandant bien de se figurer » que ce n'est pas moi qui l'embrasse pour le présent,

» mais un ancien ami à qui j'ai beaucoup d'obligations » et qui ajoute encore à ses bontés de vouloir bien » s'intéresser à notre commun bonheur... si d'ailleurs, » Monsieur , nous venons un jour à Paris , il faudra » qu'elle vous rende votre salut , et vous passerez par » là quoique vous en fassiez Je vous assure. La pauvre » femme est encore dans l'affliction ; elle ne peut ou- » blier notre fille qui est morte il y a quelque temps , » quoique je fasse de mon mieux pour la consoler, car » je suis assez de l'avis de ce philosophe qui pleuroit » les enfants quand ils arrivoient dans cette vallée de » misère et qui se réjouissoit quand ils la quittoient.

» Venons maintenant aux desseins que vous m'avez » commandés. Je vous promets de les faire et pour le » prix que vous avez marqué et pour la grandeur » approchant. Il est vrai cependant que je ne fais ici la » paire de cette grandeur à moins de trois louis et » que des desseins deux fois plus grands m'ont été » payés jusqu'à huit louis la paire ; mais je ne veux » point traiter rigoureusement Messieurs les Parisiens. » Ils sçavent du moins distinguer ce qu'il y a de bon » dans un ouvrage et en faire du cas ; cela mérite des » égards et je ne veux pas leur en manquer. D'ailleurs » je ne puis m'empêcher de regarder Paris comme » ma seconde patrie , y étant venu si jeune.

» Je me trouverois assez bien dans ce pays si le » guignon qui me poursuit partout n'étoit cause qu'il » faut que j'achète un droit de bourgeoisie dans une » des petites villes de ce canton , chose qui ne me » coûtera pas moins de cinquante louis et pour lesquels » je n'aurai pourtant que la liberté de rester ici. Vous » avouerez, Monsieur, qu'il faut faire bien des desseins

DUNKER. li

» pour former cinquante louis et pour vivre en même » temps; aussi la dureté de cette condition me fait » encore balancer sur ce que je dois faire. . . il est » vrai pourtant que si je deviens jamais citoyen de » quelque ville ici , je serai inséré dans le catalogue » des vies des peintres et graveurs suisses ; de plus » ma triste figure sera au commencement de mon his- » toire , entourée de toutes les espèces de feuilles » possibles. Cela n'est pas à mépriser, mais cela vaut-

» il cinquante louis ? »

Dunker se décida vraisemblablement à acheter son droit de bourgeoisie , car c'est de Berne qu'il a désormais daté ses productions à l'eau-forte : en 1775, quelques figures pour les Poésies de Haller, son portrait , son tombeau , et de petits paysages pour sa Description des Alpes ; en 1776 , les figures des Œuvres morales de Gellert ; puis il entreprit avec son ami Freudeberg , comme lui fixé à Berne , plusieurs ouvrages dont le plus important est VHeptaméron ou les Contes de la Reine de Navarre (1780-81). C'est Freudeberg, plus habitué à grouper les figures , qui se chargea de dessiner les vignettes principales , et à Danker fut dévolue la tâche de retracer allégoriquement , en tête des pages et dans les culs-de-lampe , le sujet de chaque conte. Ce n'est pas le style ni la beauté qu'il faut chercher dans ces petites grivoiseries, presque toutes gravées par lui-même (quelques-unes seulement l'ont été par Eichler) , mais la gaîté y pétille et une sorte d'esprit burlesque n'y fait pas défaut. Dunker a de l'ingéniosité. Le reproche qu'on pourrait lui adresser est d'être un peu noir, défaut qui vient de ce que l'artiste faisait

fortement mordre ses planches. Mais en somme ce livre est lourd, et l'on voit trop qu'il n'a pas été conçu par des artistes parisiens.

Ces mêmes qualités et ces mêmes défauts se font remarquer dans les sujets de mœurs et de coutumes parisiennes avant la Révolution (1787) qui lui furent inspirés tous par le Tableau de Paris de Mercier, qui venait de paraître et obtenait un grand succès.

Les travers de la société et du peuple y sont retracés avec une verve incontestable , mais peu indulgente pour la ville où il avait longtemps reçu l'hospitalité , et il a certainement vu trop en laid , au physique et au moral , sa population. Ces eaux-fortes, au nombre de 96, d'un parti pris accentué de clair et d'ombre, sont des caricatures , et ne peuvent être prises au sérieux comme document.

C'est que l'artiste, en effet, avait l'esprit tourné vers la caricature ; il l'a bien prouvé en gravant , pour le Courrier moral et politique de Berne (1798-1800) , un certain nombre de planches politiques coloriées qui ne manquent pas de verve.

Dunker a encore gravé diverses Vues d'Italie, d'après J. Ph. Hackert , des Vues des environs de Thoune , des vignettes pour les Poésies Relvétiennes de Bridel (Lausanne, 1782) ; pour les Causes finales de Salchli (Berne , 1784) ; pour Laure (1787) ; les Œuvres morales et badines de Cazotte (1788) , la Franciade, deVernes (1789), un frontispice pour les Fables de Phèdre (Berne, 1792) ; et , dans un Traité des ptnncipes du paysage, six planches à l'eau-forte.

Dunker est mort à Berne en 1807.

Les DUPIN.

PiERRE Ddpin , né en 1718, fut un graveur médiocre ; il a passé une partie de sa vie , dit Basau , à retoucher des thèses et autres pièces de ce genre. On a de lui quelques estampes : VA^nour ynal accompagné, les Enfants de Sylène , la Vivandière , Départ pour les isles , Spectacle fr^ançois, d'après Watteau ; la Ménagère, le Pardon, d'après Chardin, signées P. Dupin Vaîné, ce qui semble indiquer l'existence d'un frère, également graveur ; le Chat au fromage , d'après Chardin, est signé Dupin tout court; Savoyarde et ses deux enfants, d"après Halle ; le Bain, le Nourrisson, d'après Dumonchel ; V Amant indiscret , la Femme commode, d'après Lancret ; la Jeunesse indAfféreyite, d'après Lahyre ; Diane au bain , d'après Jeaurat.

Il a fourni quelques portraits au fonds d'Odieuvre : le sculpteur Desjardins , Édelinck , Girardon , Le Brun , S. Le Clerc , La Fontaine , H. de la Motte , Th. Corneille , Claude , ministre de Charenton , Simonneau , le Duc de Vendôme , le Cardinal de Polignac, le Cardinal de Rohan, Maurice de Saxe , Fontenelle , etc.

Portrait de Nicolas de Fer, géographe , in-fol.

Son fils, N. DuPiN, né à Paris en 1753, élève d'Augustin de Saint-Aubin , s'adonna à la gravure du portrait, et fut, avec Le Beau, un des graveurs le plus souvent employés par Esnauts et Rapilly.

Indiquons les principaux portraits gravés par Dupin fils , en admettant que dans la collection d'Esnauts et Rapilly, les planches portant la signature Dupin soient de la même main que celles signées Dupin fils.

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