‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 46 sur 188 · Louis XV, en pied, d'après Le Moine, in-fol. — LouiS XV · texte numérisé non relu

Louis XV, en pied, d'après Le Moine, in-fol. — LouiS XV

a cheval , d'après Le Moine ; in-fol.

11. Louis, Dauphin, d'après Restout, mi. — Dupuis sculp., confecit Romanet ; petit in-fol. [Galerie française). — Ménard (Léon), d'après Cochin. — Parrocel , profil , terminé sur une eau-forte de Cochin; in-4.

18. Wou VERM.\NS , piclor Batavus, dans un cadre orné. — A Paris, chezHuquier; in-fol.

It). Portraits gravés pour le fonds d'Odieuvre : Louis XIII. — Poussin.

— Ruyter. — Cassini. — Rollin. — Gros de Boze. — D'Aguesseau

— J . Languet de Gergy. — Montesqxiieu. — Thomas Koulikan.

— Gaspard Duchange.

DURET (Pierre-Jean).

C(ïL élève do Le Bas est bien oublié maintenant. 11 a pourtant gravé un certain nombre de tableaux, principalement des paysages d'après Vernet.

3* et 4" Vues cV Italie d'après JosephVernet; 2 pièces en largeur.

Fête sur le Tibre, d'après le même, grande pièce en largeur. L'eau-forte est attribuée à Moreau.

La Pèche au fanal, d'après le même, en largeur.

Vue d'une rade d'Italie et Vue d'un vieux fort en Italie , d'après le même.

LAiTivée des pêcheurs , d'après le môme , en largeur.

Vente du poisson sur un port de mer, d'après le même, en largeur.

i^'' et 2" Clairs de lune, d'après An. Van der Neer, 2 pièces en largeur.

Le Chat et les Moineaux, pour les Fables de la Fontaine , d'Oudry.

Et des planches d'après Lantara , Zingg , Wouvermans , Ruysdaël , etc.

DURUISSEAU (Antoine

Huber a beau dire que Duruisseau est un des artistes qui se sont le plus distingués dans la gravure coloriée, nous nous refuserons absolument à lui accorder le titre honorable de graveur. Il y a aussi loin de Duruisseau à un véritable graveur que d'un écrivain public à Madame de Sévigné.

C'était plutôt une sorte de commis , exécutant des planches au lavis ou en couleur pour les architectes. Élévation de la maison de M. de Witt en Hollande , ou bien Plan , coupe et élévation de la terrasse exécutée sur la maison M. d'Etienne et recouverte de ciment de son invention : A Paris , chés le graveur rue de Loursine , m,aison du Palais-Royal vis-à vis les dames Cordelières.

Il a reproduit en manière de crayon des Cahiers de principes du dessin d'après Parizcau et Le Barbier ; et en couleur , des Cahiers de principes d'architecture d'après Delafosse.

Pendant la Révolution nous le voyons signer une Liberté , grand in-fol., d'après Le Barbier , c'est tout ce qu'on peut imaginer de plus triste !

DUVIVIER (Jean

Jean Duvivier, graveur en médailles , né à Liège en 1687 , reçu à T Académie en 1718 , mort à Paris en 1761 a laissé quelques estampes , Bartholet Flamaël, peintre liégeois , Pierre Desgouyes dit Cesomus , avocat au Parlement , la Cuisinière flamande vidant une poule, d'après Van Heuvel , et d'après le môme un Christ mis au tombeau et une Tentation de Saint- Antoine , « où Ton voit le saint , rejettant les sollici-

» tations d'une m avec des ailes do chauve-souris

» qui lui montre une courtisane bien parée. »

Un bel en-tête pour in-folio , avec les armes de la maison d'Orléans sur un écusson ailé , 1743.

Figure du pantographe perfectionné par C. Langlois ingénieur du roi, dessiné et gravé par Duvivier, 1744 , in-4. C'est un parallélogramme de réduction ; on promène une pointe sur les contours du dessin à reproduire , cette pointe est reliée par le parallélogramme à une autre pointe qui exécute des mouvements correspondants mais de moindre amplitude , et retrace ainsi le modèle , dans la proportion voulue. Voilà un pantograplie qui nous fait l'effet d'être le véritable père du physionotrace de Chrétien.

EARLOM (Richard).

L'un des maîtres de la gravure en manière noire , l'anglais Richard Earlom, est né en 1728 dans le comté de Soramerset. Le genre dans lequel il a brillé a des qualités de douceur, de moelleux, des profondeurs dans les ombres qui conviennent aux effets de lumière, mais il a le défaut de manquer de fermeté et d'être peu susceptible dun travail varié , libre et spirituel.

Secondé par le fameux éditeur Boydell qui a publié presque toutes ses planches , Earlom a produit , de 1760 à 1800 , un nombre considérable de manières noires remarquables d'après des tableaux précieux qui se trouvaient dans les grandes collections anglaises.

Jacob enfouissant les idoles de Lahan , d'après Séb. Bourdon , planche très avancée à l'eau-forte , ce qui est une exception dans son œuvre ; Jacoh luttant avec Vange et David vainqueur de Goliath, d'après deux tableaux de Salvator Rosa ; Venus et Adonis , d'après le Poussin; la Mort d'Abel, d'après André Sacchi ; Énée portant son père Anchise, d'après le Tintoret ; Sainte Famille , d'après le Guerchin ; V Amour captif, d'après Guido Reni.

Marché aux fruits qX Marché aux herbes ; Marché

EARLOM. im

au poisson et Marché au gibier, d'après Sneyders , à l'eau-forte et à la manière noire. Le prix de ces estampes était d'une guinée chacune.

L'Office, d'après Martin de Vos. Prix : une guinée. — Boydell ajoute dans son catalogue que le lévrier qui montre les dents au chat est un vrai chef-d'œuvre.

Vénus sur les ondes, le Jugement dePâ7ns, d'après Luca Giordano. — Vénus au bain , d'après Van Dyck (1773). — Le Sauveur du monde, d après Carlo Dolci (1769). — Les Marchands juifs, d'après Quintin Matzis (1770). — Sainte Famille , d'après Rubens (1771). — Présentation de. l" enfant Jésus au temple , d'après Rembrandt (1771).

Marie-Magdeleine aux pieds de Jésus , d'après Rubens ( 1777J : « Voici un chef-d'œuvre , s'écrie » Boydell , fini de la meilleure manière. Il entre dans » ce tableau quatorze figures de la grandeur naturelle, » parmi lesquelles celle de la Madeleine est particu- » lièrement bien colorée. » Prix : une guinée.

Fleurs et Fruits d'après Van Huysura. Le Cabinet des Estampes de Paris possède les préparations à l'eauforte de ces deux pièces merveilleuses : « Ces deux » estampes se font admirer par tous ceux qui aiment » les gravures bien finies : elles sont très artistemeut » travaillées et l'on peut dire hardiment qu'elles -» surpassent tout ce que l'on a encore vu dans ce » genre, » (Boydell).

Si?néon et f enfant Jésus, d'après Guido Reni.

Bethsahée a^nenant Abisaag à David , d'après Van Der Werf. Prix : une guinée et demie.

Méléagre et Atalante, d'après un carton de Rubens apporté des Flandres à Londres par le général Wade.

La Continence de Scipion, d'après le Poussin.

Les Nymphes de Diane endormies , d'après Rubens (1784). L'original est au château de Windsor.

Entrevue d'Auguste et de Cléopàtre, d'après R. Mengs (1784).

Triomphe de Mardochée, d'après Van den Eckout.

Plus un grand nombre de planches d'après des peintres anglais , West , Wright ( la Forge , estampe d'un très grand effet), Romney, etc. . .

Pendant qu'il exécutait à la manière noire toutes ces estampes d'après les maîtres , Richard Earlom ne néghgeait pas l'actualité. Sa belle pièce de The royal Academy of art , d'après Zoffani , montre rassemblés les principaux professeurs de l'Académie. The Exhibition of the royal Academy , d'après la peinture de Ch. Brandoin . est encore une estampe curieuse , ainsi que The Inside of the Panthéon in Oxfoy^d Road ; elles ont été gravées toutes deux en 1772.

Earlom a gravé . d'après Zoffani , la famille de son souverain , Georges III , la Reine et leurs enfants (1770), pièce qui n'est pas une des moins bonnes parmi ses nombreux portraits. La manière noire se prête en etièt parfaitement à la reproduction des traits , en permettant de sacrifier et de laisser facilement dans l'ombre tout le reste, pour concentrer la lumière sur la figure. Earlom a gravé de la sorte Tliomas Chaloner, le Comte d'Aremberg (1783) et le Duc de Richmond , par Van Dyck (1773) , la Femtne de Rubens , le Fils de Rubens et sa nourrice , Renibrandt , la Fontne de Rembrandt ; puis des portraits de ses contemporains . Elliott et Washington d'après Reynolds , Nelson , Glocester , Astley , S. Barrington , etc . . .

EARLOM. 109

Nous voici arrivés à l'un des principaux et non pas des moins intéressants travaux de notre artiste, au Liber veritoiis , Lihro di verita , ou Livre de vérité , comme on voudra l'appeler. Le grand paysagiste Claude Lorrain avait l'habitude , quand il peignait un tableau , d'en conserver dans un album un croquis, et de l'accompagner de notes sur le prix , l'acquéreur, etc.. Cet inestimable recueil composé de 200 dessins que le peintre avait baptisé Lihro di verita arriva entre les mains des ducs de Devonshire et se conserve encore actuellement dans leur château de Chatsworth. Ce sont ces merveilleux dessins d'un style incomparable qui ont été gravés en fac-similé . au lavis, par Richard Earlom * de 1774 à 1777 avec un succès vraiment étonnant. L'habile graveur a remarquablement reproduit la simplicité et la grandeur des lignes, le calme et la poésie de ces paysages de la campagne romaine , de ces ruines, de ces marines, de ces scènes agrestes animées de personnages et d'animaux. Le tirage au bistre qui imite l'encre jaunie , leur donne une chaleur qui ajoute encore à l'illusion.

Enfin signalons comme une des dernières œuvres du graveur la reproduction de cette humoristique fantaisie bien britannique , le Mariage à la 7node , d'après les tableaux de William Hogarth. Earlom a gravé ces scènes de la vie anglaise de 1795 à 1798, époque où elles ont été éditées par Boydell. Ces dates renversent celle de 1794, donnée; par Le Blanc comme l'année de la mort du graveur. Nous pensons qu'il a dû mourir vers 1800.

1 Et non Robert Earlom , comme le dit Joubert qui prétend à tort que c'est un autre Earlom qui a gravé le Liber verltatis.

EBERTS (Johann-Heindrich).

Les travaux d'Eberts , graveur - amateur , ne dépassent pas le niveau d'une honnête médiocrité , mais les iconophiles lui doivent pourtant une certaine reconnaissance, car il a été pour ainsi dire l'inventeur du Monument du costume. A Paris , il était banquier Place des Victoires , avec son associé Papelier, en même temps que directeur des chariots de poste de l'Empire à Strasbourg. Ses goûts le portaient vers les arts , les choses élégantes . et c'est lui qui a imaginé les sujets de la première série de douze estampes dans les trois suites destinées à servir à l'histoire des mœurs et des costumes français au XVIIF siècle , sujets que l'esprit lourd de Freudeberg n'aurait pas inventés , mais qu'une fois trouvés , le dessinateur bernois traçait agi'éablement au bistre. C'est ainsi que s'explique le monogramme /. H. E. inv. qui précède le nom de PYeudeberg. De plus c'était lui qui faisait les avances et chez lui qu'on souscrivait.

Eberts était l'ami intime de Wille, et par sa position, son factotum et son commissionnau^e pour tous les envois d'estampes et d'argent en Allemagne : « Mon » ami Eberts revient de voyage après quinze mois

EBERTS. m

» d'absence , uote-t-il dans son Journal en 1759, et je » l'ai embrassé avec ravissement. »

S'agit-il d'envoyer des estampes et des dessins au collectionneur Winckler de Leipsig , des médailles à M'" de Lippert , des estampes au baron de Dahlberg , à Hagedorn . ou à Ustéri , les bureaux d'Eberts sont là pour les expédier sûrement? De son côté, le banquier ne manquait jamais d'adresser au graveur vers le jour de l'an, un petit baril de sauerkraut, dont M'"® Wille raflblait.

Eberts était d'ailleurs en relation avec beaucoup d'artistes. Wille mentionne, en 1765, qu'il dîne chez le banquier en compagnie de Choffard , de Flipart , de Roslin , de Chardin et de Vien. A-t-il donc reçu quelques leçons du grand graveur? Toujours est-il qu'une pièce in-4 , d'après le dessin de Wille et intitulée le Pucelage , est dédiée à M"" Wille par son ami et serviteur J. H. E***. Le pendant qu'il intitule Jeannette , d'après le dessin de Boucher , est dédié à ce peintre et signé des mêmes initiales. Décidément le banquier strasbourgeois était modeste.

Ismène et Daphnis , in-4 en largeur, est encore gravé d'après Boucher, ainsi que la plus jolie pièce d'Eberts , le Tribut de la reconnaissance , allégorie dédiée au baron deDietrich, seigneur de Reichshofen.

Les affaires du directeur des postes entre l'Allemagne et la France allaient-elles moins bien en 1788 ? Probablement, si nous nous fions à cette note de Wille toujours prudent : •< Répondu par nego à M'' Eberts » à Strasbourg qui voulait m'emprunter une somme » considérable. »

ÉCH^RD (Charles

Échard travaillait dans la seconde partie du XYIir' siècle , à Paris , où il pastichait les maîtres de l'École des Pays-Bas. Il fut nommé en 1783 associé de l'Académie. On a de lui :

Titres pour des morceaux de musique : Six duo pour deux violons , mcllés de petits airs variés , dédiés à TYiadame la cotntesse de Gihertès, composés par M. Bertheaumc ; — Deux sonates pour le violon , dédiées à Messieurs Taillepied de Bondy ; — Deux concerto pour le violon , dédiés à Monsieur Lemière, de la musique du Roy ; etc.

Un Cahier de paysages, Chéreau exe, in-4 en largeur.

Un cahier de Six feuilles d'anhnaux, d'après H. Roos, chez Basan et Poignant, in-4 ; un autre in-fol.

Un Cahier de ruines et de paysages d'après nature dessinés et gravés par C. Échard.

Difiérentes Têtes d'étude d'après Visscher. etc., gravées en 1782 et 1784.

ÉDELINCK (NiGOLAS-ÉTIENNE -1680-1767.

Huitième entant et élève de Gérard Édelinck , Nicolas-Etienne Edelinck, né en 1680, mort en 1767 , appai'tient par ses traditions à l'Ecole du XVIP siècle.

Il voyagea et grava en Italie dans sa jeunesse. Il a travaillé au célèbre recueil de Grozat. Citons parmi ses portraits : Houdart de la Moite , d'après Ranc ; le régent Philippe d.' Orléans, à cheval; Gérard Edelinck , d'après Tortebat ; Newton , d'après Pesne.

M""^ de Sèvigné , petit portrait in-8 dont les premières épreuves , avant le trait d'union , sont fort recherchées des bibliophiles.

Adrien Baillet , le bibliothécaire de Lamoignon ; Guillaumon, marchand tapissier (1721), neveu du graveur, gr. in-foL; le Duc Max. Ein. de Bavière, d'après de Maingaud , grand in-fol.

Un très médiocre Recueil de portraits des Rois de France , gravé avec Fessard pour Odieuvre.

Quelques vignettes religieuses d'après Vleughels.

Ve7''tumne et Pomone , estampe d'après Ranc.

EICHLER (Mathias-Gottfried

Eichler est né à Erlangen d'une famille d'artistes d'Augsbourg. Il fut élève de son père , du peintre Rugendas, deThelot et de Gille Verhaelst. Il voyagea, alla à Mannheim où il fut reçu de l'Académie de cette ville, à Baie où il travailla sous la direction de Gh. de Méchel à la Galerie de Dusseldorf, et à Berne où il séjourna assez longtemps , et collabora à YHeptaîïiéron de la Reine de Navarre (1780-81). Il a gravé dans ce livre le frontispice, et seize des petites vignettes dues à l'imagination originale de Dunker.

Il a également gravé à Berne, d'après les dessins à l'aquarelle de Freudenberger, un P'' cahier des differens habillements de la ville de Berne , en 6 pièces et la Petite famille suisse.

Eichler a aussi collaboré au Musée Français.

Il a gravé de nombreux paysages, Vues de Livourne, 4 pi. — Vues d'Augsbourg , 2 pi. — Vues d'Ancône, 2 pi. — Vues de la Villa d'Horace, 10 pi.

Portrait de Salomon Gessner, d'après Graff, in-fol.

Eichler est mort à Augsbourg en 1818.

EISEN (Charles

Charles Eisen, dont il est inutile de rappeler ici les travaux comme dessinateur, a gravé , au début de sa carrière , quelques pièces à l'eau-forte d'une pointe facile, mais sans grande originalité cependant. Prosper de Baudicour signale de lui neuf pièces auxquelles nous allons joindre quelques autres qu'il ne paraît pas avoir connues.

IjŒ Vierge allaitant V enfant Jésus . petite pièce in-18, avec la signature C. Eisen. f.

Saint Jérôme, petite pièce in-16, signée C. Eisen fe.

Saint Eloy prêchant, pièce in-8 , signée Charles Eisen pinx. et sculp. , avec cette mention que le tableau se trouvait dans l'église du St-Esprit à Paris.

La Madeleine , dans un paysage dont la gravure est due à Sébastien Leclerc. Voici l'histoire de cette pièce in-12. Elle fut exécutée par Le Clerc pour un M. Potier qui y fit placer Saint Claude son patron et n'en fit tirer que quelques épreuves, après quoi , il fit effacer le Saint Claude. A la mort de Séb. Le Clerc , voulant utiliser sa planche , il demanda à Eisen de graver une Madeleine pénitente sur la partie effacée. Enfin , à la mort de Potier, on efi'aça encore une fois la

Madeleine et Cochin grava à sa place un Saint Pierre, au bas duquel il fit placer ces vers :

Le Clerc de ce chef-d'œuvre eut la gloire et la peine , Saint Claude y fut placé par son savant burin , Eysen l'en délogea pour une Madeleine Et saint Pierre à son tour y fut mis par Cochin.

L'Amour ramoneur , représente l'Amour recommandant aux fiDettes de bien garder leur cheminée dans des vers qui avaient déjà servi pour une pièce analogue de Coypel.

Hercule aux pieds (TOmphale , signé C. Eis. f.

L Amour jardinier ou V Automne, représenté par un enfant couché auprès de fruits et de légumes, signé Eisen : on connaît trois états de cette pièce . à l'eauforte pure , terminée , et enfin avec l'indication page 203, du Dictionnaire des graveurs de Basan.

L'Exercice , un officier accompagné d'un tambour fait faire l'exercice à trois gardes-françaises , vignette in-8 , au trait , signée C Eisen inv. et f. 1754.

Adresse du S*" Magny , grand écusson autour duquel jouent des amours. Sur l'écusson l'adresse de ce marchand d'instruments d'optique et de physique. Inventé et gravé à Veau-forte par C. Eisen. — Terminé au burin par J. Ingra,m.

Ici s'arrête la liste donnée par Baudicour.

Bibliothèque de M^ la Dauphine. N° 1. Signé C" Eisen invenit scupsit (sic) 1770. Très jolie vignette petit in-8, faite pour servir de frontispice à la première partie du catalogue de la bibhothèque de la Dauphine parMoreau, historiographe de France, et représentant Marie-Antoinette entourée des Grâces et recevant

EISEN. Ul

un volume des mains de la Muse de l'histoire. Les épreuves avant la lettre sont fort estimées. Il y a un état postérieur avec changement de légende : Toutes les Grâces sont sœurs.

Les Trois Grâces , jolie pièce gr. in-8, uniquement à l'eau -forte, signée Carolus Eisen aquâ regalisculp. 1777 . Sur le socle cette citation d'Horace : Gratiœ décentes alterno terram quatiant pede , et une inscription latine au bas indiquant que l'original se trouve à Bruxelles dans la maison du comte de Cuypers.

Enfin nous trouvons dans l'un des premiers travaux d'Eisen (son Œuvre suivie, contenant différents sujets de décorations et d'ornements , vases , tombeaux , niches, fontaines), plusieurs pièces signées C. Eis. f. : celle où se trouvent un moutardier rocaille, une figure du Temps et un écusson pour un archevêque ; celle qui représente un riche brûle-pai^fum ; celle où se trouve le groupe d'Hercule étouffant Antée , deux cartouches sur une même feuille et plusieurs autres non signées nous paraissent incontestablement de la pointe de notre artiste. Il a collaboré là avec de Longueil et Delafosse qui ont gravé le reste.

Le père de Charles Eisen , François Eisen , peintre de sujets de genre , né à Bruxelles en 1700 , mort à Paris en 1777, a gravé quatre pièces de Tabagies , et pendant qu'il était encore à Bruxelles , une pièce d'après Rubens, Jésus-Christ donnant les clefs à saint Pierre, d'après un tableau de l'égUse Sainte-Gudule.

ELLUIN (François-Rolland

Le nom du graveur Elliiin appelle immédiatemenf à l'esprit celui du dessinateur Borel et donne aussi la vision des compositions quelquefois gracieuses, mais généralement par trop décolletées , dont il était le complaisant traducteur. C'est en grande partie pour satisfaire aux demandes de l'éditeur rémois Gazin que ces vignettes ont été dessinées et gravées. Bien qu'elles ne soient pas signées , on sait par tradition qu'Elluin en est le graveur et l'on n'a d'ailleurs qu'à ouvrir les Élégies de Tz^t^^^e, traduction de Mirabeau, illustrées de vignettes signées par les deux artistes (Borel et Elluin) , et qui sont l'un de leurs rares ouvrages avouables , pour reconnaître aussitôt les mêmes types et la même exécution.

Elluin est donc bien le graveur des illustrations de cette littérature pornographique qu'appelait et semblait autoriser la licence des mœurs à la fin du XVIIP' siècle. Les fantaisies lubriques de Gervaise de La Touche, d'Andréa de Nerciat , de Sénac de Meilhan trouvèrent en lui un complaisant traducteur, et non sans talent. Cette littérature malsaine ne peut trouver grâce aux yeux des bibhophiles que par le mérite artistique de

ELLUIN. 119

ses gravures. On ne peut refuser aux ouvrages illustrés par Borel et Elluin une certaine valeur et c'est à ce titre que nous en reproduisons la liste :

IVommi of pleasur (sic) ou la fille de joie , par M"" Gléland , contenant les mémoires de M"^ Fanny écrits par elle-même. Londres (Paris, Gazin), 1776, 2 vol. in-18. — 15 figures libres.

La F.... manie, poëme lubrique, suivi de plusieurs pièces du même genre , par Senac de Meilhan . Londres (Cazin), 1780, in-18. — 1 frontispice et 8 figures. Le frontispice et les 6 premières figures sont de Borel et Elluin (Cohen).

La Tentation de S'- Antoine, ornée de figures et de musique . par Sedaine. Londres (Cazin), 1782 , in-8 et in-18. 1 frontispice et 8 figures « dont deux ou trois un peu libres. » (Cohen).

Fèlicia ou Mes fredaines . i)ar Andréa de Nerciat. Londres (Paris. Cazin), 1782, 4 vol. in-18. — 24 figures libres.

Mémoires de Saturnin , écrits par lui-même . ouvrage connu aussi sous le nom de Portier des Chartreux , par Gervaise de La Touche. Londres (Paris , Cazin), 1787, 2 vol. in-12. — 24 figures libres. « La dernière n'est pas libre », s'écrie Cohen, avec regret, semble-t-il. On trouve de ce livre des exemplaires en grand papier.

Le Meursius français ou Entretien galant d'Aloysia. Cythère (Paris, Cazin), 1782, 2 vol. in-18. — Frontispice et 12 figures libres.

Parapilla, par Bordes (Paris, Cazin), 1782, in-18. — Frontispice et 5 figures libres, attribués à Marillier.

Thérèse philosophe (histoire sous une autre forme

120 LES GRAVEURS DU XVIir SIÈCLE.

du Père Girard et de la belle Cadière) par de Montigny. Londres (Paris, Cazin), 1785, 2 vol. in-18. —20 figures libres.

LArètin français, par un membre de l'académie des dames , Londres (Paris), 1787 , 1 vol. in-18. — Un frontispice et 17 figures libres. Illustrations des meilleures d'Elluin et que Cohen qualifie A' admirables. Il en existe des exemplaires en grand papier. Cet ouvrage doit être suivi des Épices de Vénus , avec une figure.

Cantiques et Pots-Pourris. Londres (Paris, Cazin), 1789, 6 part, en un vol. in-18. — 6 figures.

Nous disions tout-à-l'heure que les figures qui commentent les passages les plus vifs de ces ouvrages ne sont pas sans mérite, et que ce sont elles qui font quelquefois accepter des bibliophiles des productions littéraires peu avouables. N'exagérons rien cependant; la touche d'Elluin est lourde, sans entrain , pourrait-on dire, même dans les épreuves de choix comme celles qui ornent les exemplaires de M. H*** *. Quant aux dessins de Borel , ils sont non point spirituellement libres, mais froidement obscènes, ce qui les place très au-dessous de la suite de Gravelot pour Boccace , par exemple , ou de celle de

1 Cohen cite bien souvent la bibliothèque spéciale (on poiurait même dire exclusive) de M. H*"^*. C'est une petite collection des livres dont nous parlons ici , très bien choisis du reste au point de vue du bibliophile ; leur état et la qualité des épreuves ne laissent rien à désirer, comme, par exemple, les Liaisons dangereuses de 1T96, avec les dessins originaux. L'un de ces volumes est revêtu d'une reliure sur les plats de laquelle ont été fantastiquement groupés des ornements et des symboles qui ne le cèdent en rien aux amulettes de Pompeï , et cela , s'il vous plaît, en mosaïque. Cette étrange priapée , étant signée en toutes

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Marinier pour la Pucelle, et les fait impitoyablement écarter de presque toutes les bibliothèques. Un degré plus bas, nous tomberions immédiatement dans les ignominies au rabais gravées en 1797 pour Justine et Juliette ., du marquis de Sade.

François-Rolland Elluin. né à Abbeville le 5 mai 1745 1, était le parent du graveur Beauvarlet, l'une des gloires de cette ville. Il vint le rejoindre à Paris et se trouvait encore en 17G9 demeurer chez lui , ainsi qu'il en est fait mention à l'enterrement de la première femme de son maître auquel il assistait en qualité d'élève

lettres du nom d'un artiste incomparable , est digne de figurer dans un musée. . . secret.

La même signature se retrouve sur une reliure de maroquin noir, doublé de noir : sur ce champ funèbre se déroulent des guirlandes de fleurs qui semblent attirer un essaim de petits papillons. Mais en regardant de près', vous vous apercevez que fleurs et papillons sont tout simplement. ... ; n'insistons pas. Vous êtes en présence de la sombre et méphistophélique création de M. H**''', la i' reliure aux fleurs du mal ' (!)

M. H*** est Anglais.

1 Voici l'acte de naissance , ou mieux de baptême . inédit jusqu'ici , d'EUuin , et que M. Delignières , d' Abbeville , nous a gracieusement communiqué ainsi que d'autres renseignements :

v Paroisse de St-Nicolas en St-Wulfrau.

> Le cinquième de may mil sept cent quarante-cinq , est né sur les -' neuf heures du matin , et le lendemain a été baptisé par nous prêtre ■1 chanoine de l'église royale de St-Wulfran de la ville d'Abbeville et ■■ curé de la paroisse St-Nicolas , François-Rolland , fils légitime du •' S"" Claude Hubert Elluin , bourgeois et marchand de cette ditte ville, • et de délie Monique MoUion, son épouse ; le parrein a été le S"" Rolland

> Elluin , receveur des terres et seigneurie de Dompvast et d'Hallen- '^ court , son père-grand , et marreine délie Marie Brunet , veuve du -' S'' Antoine Mollion , aussy bourgeois et marchand , sa mère grande ,

> qui ont signé avec nous le présent acte, — Fait aud. Abbeville, le dit " jour sixième des dits mois et an. — RoUan Elluin , Marie Brunet

Y^e Mollion , Lavernier p. "

et d'ami. Il était donc à bonne école. Maintenant quelle foi doit-on ajouter à cette histoire lancée par le bibliophile Bérard que le jeune EUuin aurait commencé par être coiffeur et qu'étant très joli garçon, il aurait, tout en coiffant et récoltant les faveurs que les demi-mondaines du temps voulaient bien lui accorder, colporté nombre d'ouvrages légers ; qu'enfin l'idée lui serait venue , devant la réussite de ce petit commerce , d'en créer de nouveaux et que s'entendant avec Borel, il aurait, dans ce but, appris la gravure ?

Bien que nous soyons loin de nous porter garants de la vertu de notre jeune graveur, nous aimons mieux croire l'histoire apocryphe et admettre qu'il vint à Paris tout simplement pour apprendre la gravure , chez son compatriote Beauvarlet, et qu'il essaya môme des estampes sérieuses, telles que ia Bergère attentive d'après Boucher, les Enfants surpris d'après un dessin de Greuze (se vendait chez Beauvarlet), le Bon ménage. d'après Letellier , Artémise d'après L. Giordano , avant d'être mis en relation avec Borel et l'éditeur sans scrupules Cazin.

EUuin a dû d'ailleurs être lancé de bonne heure dans le monde de la galanterie et des théâtres. Une bonne partie de son œuvre consiste en portraits d'acteurs et d'actrices. Ces portraits , pour la plupart de format in-4" . dans des cadres ornés de fleurs et d'attributs . sont sans grande habileté ni valeur artistique :

François - René Mole , dans Béverley . d'après Le Clerc , in-fol. ;

Henri-Louis Lekain . d'après J. Bertaux ;

Jcayi-Louis La Rueite, d'après Le Clerc ;

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Marie-Thérèse Villette , femme La Ruette , de la Comédie italienne, d'après Le Clerc :

Rosalie Duplant, de l'Académie royale de musique ;

Marie Dumesnil , de la Comédie française , dans le rôle d'Athalie ;

Angélique Droiiin, femme Préville, de la Comédie française, d'après le dessin de Simonet, in-fol., en pied.

Elluin ne se bornait pas à graver. Il vendait aussi des estampes, par exemple, la Belle Union , ovale en largeur, d'après le dessin de M'" Cheneau (sic) ; aucun nom de graveur ne s'y trouvant indiqué , on peut en attribuer l'exécution à Elluin.

L'estampe de Zémire et Azm\ dont la gouache originale était d'Ingouf l'aîné et la gravure d'ingouf le jeune , et qui était dédiée à Madame la marquise de Montesson, par son très humble serviteur Elluin, se vendait aussi à Paris chez Elluin , graveur, rwe des Noyers, 7naison de M. Surrugue la P''^ porte cochère à droite en entrant par la rue St-Jacqucs.

Rappelons Tassez bonne suite de vignettes pour les Élégies de Tibulle (Tours et Paris, an 111, 1795; — 11 figures gravées par Elluin d'après son compère Borel , et le portrait de Sophie de Ruffci/ pour laquelle Mirabeau traduisait ces poésies au donjon deVincennes, où il était enfermé.

On cite encore quelques autres planches d'Elluin d'après les dessinateurs du genre ultrà-;.;racieux :

Achève ton ouvrage , n'oublie pas la dernière , d'après Dugoure ;

L Offrande à fAfnour, du même ;

Un tendre engagement va plus loin quon ne pense , d'après Charlier ;

La Tendre Éducation, d'après Garesme :

Quelques portraits : D. L. Mully, oratoiien : Hou— bigani , prêtre, oratorien ; Louis le Blanc ;

Enfin un petit portrait tort rare de Madame L. M. C. E. de SioWerg. R. M. B. nnp. 17 apr. 1772, in-8. La figure est très soigneusement traitée , et le personnage est des plus intéressants. Louise-Marie-Caroline de Stolberg fut mariée au prétendant Charles- Eiouard, que la légende du portrait qualifie ici , par les initiales R. M. B., de roi de la Grande-Bretagne. Elle prit le nom de Comtesse d'Albany. Cette union , disproportionnée comme âge fut malheureuse. Après la mort de Charles -Edouard, en 1788, la cour de France fit à sa veuve une pension de 60,000 fr. Elle mourut à Florence dans sa soixante-douzième année ; ses mérites ont été célébrés par le poète Alfieri à qui elle avait voué un attachement durable et dont elle était parvenue . dit -on. à fixer le cœur volage et indomptable.

Elluin . en somme , sauf dan'^ quelques-unes de ses vignettes erotiques auxquelles il s'est particulièrement appliqué, comme à un ouvrage qui lui plaisait . n'a été qu'un graveur fort ordinaire. Bérard assure avon^ connu des gens qui l'avaient rencontré dans les premières années du siècle, bien cassé et bien usé par la débauche. Il se retii-a à Abbeville oii il est mort vers 1810.

FA VANNE (Jacques de).

Jacques de Favaiine, fils du peintre Henri de Favanne qui mourut recteur de l'Académie en 1752 , a gravé quelques pièces de peu d'importance : les Agréments de Vètc . VAïïiour paisible, le Galant Jardinier, d'après Watteau; les Amusements du petil-maître, la Belle complaisante, d'après Lancret, Làtone demande vengeance , d'après Lemoyne ; des figui'es pour Télèmaque d'après Gazes et Souville , et un portrait de P. /. F. Girard , ancien officier de marine.

Une estampe curieuse signée J. de Favanne inv. et sculp.. représente les Exercices , tours de force et de souplesse et autres chez Nicolet. Au son d'un maigre orchestre et devant un public élégant, des entants se disloquent à qui mieux mieux . des acrobates se groupent en pyramide humaine , d'autres exécutent le saut du tremplin par dessus douze hommes , ou font le « travail » à cheval en passant dans des cerceaux et dans des tonneaux : des équilibristes jonglent avec des chaises , des tables et des échelles. Au haut de l'estampe, l'ambitieuse devise Nec plus ultra... Et pourquoi pas, après tout? Fait-on autre chose aujourd'hui , à un samedi du Cirque?

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