FAY
Il a dessiné et gravé . avec assez de propreté . dit Basai! , plusieurs cahiers de boîtes et autres bijoux à l'usage des ouvriers de ce genre.
Cahiers d'ornements d'après Prieur . 12 cahiers de 6 pièces chacun . à Paris, chez Mondhare.
Prieur, dont il est question ici , gravait également à l'eau-forte ou à la manière du crayon , en 1783 . des Suites de Vases d'après ses propres dessins. Ces cahiers composés de 4 pièces sont dédiés au chevaher de Crussol , brigadier des armées du Roi . par L. Prieur, ciseleur du Roy, enclos du Temple. Prieur gravait aussi des Suites de frises et orne/uents.
Mais ceci nous parait être à peine du domaine de l'art , et il nous semble que nous n'avons pas à nous occuper de ces travaux industriels, pas plus, par exemple , que nous ne citons les graveurs en lettres.
FERTÉ (D.-P.-J. Papillon de la).
Voici le plus infortuné type de graveur : le graveur guillotiné.
Denis-Pierre-Jean Papillon de la Ferté , né à Ghâ-
I on s -sur-Marne en 1727 , fut longtemps intendant des Menus-Plaisirs du Roi. C'était à la fois un artiste et un savant , qui fit imprimer des travaux d'une certaine importance : Extraits de différents ouvrages publiés sur la vie des peintres , 1776 ; Éléments de géographie et système de Copertiic, 1783; Éléments d'architecture , de fortificatiotis et de navigation , 1787 ; Leçons élémentaii'es de mathématiques , 1789.
II fut nommé membre de l'Académie des sciences de Cliâlons et de la Société des antiquaires de Cassel.
Papillon de la Ferté avait un tout petit talent de graveur, et son œuvre ne mérite guère qu'on s'y arrête :
Suite de paysages , de 1756.
Divers paysages gravés par M. de la Ferté. intendant des menus-plaisirs du Roy, 1758, 46 pièces.
Paysages , études d'animaux , etc.
La Fidélité, petite pièce éditée par Martinet.
Vue du petit château de Chois y-le-Roi.
128 LES GRAVEURS DU XYIIl* SIÈCLE.
Vue du Port-Mahon, petite pièce en largeur, dédiée à Monseigneur le Duc de Fronsac , 1761.
Une grande planche représentant une agglomération de diverses estampes et de cartes de géographie , de médailles du règne de Louis XV, de paysages, etc.: tous ces sujets groupés sur une seule feuille , forment une planche in-fol. dédiée au roi. Enfin , des Costumes de théâtre, ce qui n'a rien que de très naturel de la part d'un intendant des Menus.
Papillon de la Ferté, détenu au Luxembourg et impliqué dans la soi-disant révolte des prisons , fut jugé par le Tribunal révolutionnaire le 19 messidor an II (7 juillet 1794). Ce jour-là la fournée fut de soixante condamnés « convaincus de s'être rendus les ennemis » du peuple en conspirant contre sa liberté et sa sûreté, » en provoquant, par la révolte des prisons , l'assas- » sinat et la dissolution de la représentation nationale, » etc. » Parmi les compagnons de supplice de l'ancien intendant des Menus, on remarque Latour du Pin Ghambly, ex-colonel des grenadiers royaux ; Potier de Gesvres , ex-duc et pair , d'Hénin , ex-prince , excapitaine des ci-devant gardes de l'infâme d'Artois ; Nicolaï, premier président de la ci-devant chambre des compies ; des prêtres, des nobles, des journalistes, des employés; un épicier de Passy, Royer ; un enfant , Basset-La marelle , fils du président du grand conseil, âgé de dix-huit ans , et une femme, C. S. Bouflers, ci-devant comtesse , femme de Boisgelin.
Papillon de la Ferté mourait âgé de soixante-sepl ans. Moreau le jeune a dessiné et gravé , en 1770 , son portrait de profil , in-4.
FESSARD (Etienne).
Élève d'Edme Jeaiirat , Fessard a monlré une certaine facilité , mais sa tendance à s'imposer, ses demandes incessantes, sa prétention de se réserver pour lui seul la gravure de tous les tableaux du Cabinet du roi , la sécheresse de son burin , l'entreprise à demi avortée de ses Fables de La Fontaine, le font jouir d'un assez piètre renom. Son meilleur ouvrage est
encore son élève Augustin de Saint- Aubin. Mais
c'est une physionomie curieuse à étudier et c'est pour cela que nous lui consacrons une notice un peu hors de proportion avec son talent.
Le Ménage savoyard , d'après Pierre , est une estampe assez mauvaise pour que l'on puisse la supposer de son début , ainsi qu'une pièce un peu vive d'après Chardin. C'est un jeune valet allumant une bougie pendant qu'une jolie femme attend , un bâton de cire d'Espagne à la main :
Hâte-toi donc Frontain , vois ta jeune maîtresse Sa tendre impatience éclate dans ses yeux
Deux estampes , d'après Bouchardon , dédiées au comte de Tessin ambassadeur de Suède à Paris, Vénus
châtiant V Amour avec des roses , et Vénus retenant r Amour prêt à s'envoler, gravées à l'eaii-forte par G*** (le Comte de Caylus), sont terminées au burin par Etienne Fessard et doivent être rangées dans ses premières productions ainsi que le Triomphe de Bacchus du même Bouchardon. Ases débuts il grave aussi de nombreuses vignettes.
C'est à partir de 1750 que date le moment de grande production de Fessard. Citons, d'après Pierre, Herminie cachée sous les armes de Clorinde (1751) , estampe dédiée au duc de Chartres. On trouve des travaux de lui dans la Galerie de Dresde (1753) : la Vierge , Saint Jean-Baptiste et Saint François , d'après un des plus beaux tableaux du Corrège , une Vierge et Enfant-Jésus, d'après Titien , et d'autres planches d'après Féti et Scarcello. Mais ce qu'il a fait de plus considérable est la reproduction en gravure des Peintures de la chapelle de r Hospice des Enfants- T7^ouvés de Paris , d'après Natoire , en 15 planches qu'il exécuta de 1752 à 1759 , et qui sont importantes au moins par leur dimension.
Ces divers travaux firent agréer Fessard à l'Académie le 26 mai 1753. Il fut chargé de graver pour sa réception les portraits de Galloche et de Restent, qu'il n'exécuta vraisemblablement pas, car nous n'en découvrons aucune trace, et ne fut jamais reçu académicien.
Fessard est une nature de courtisan. Il sait se glisser auprès des grands et se faire bien venir de ceux qui peuvent lui être utiles. Il dédie une planche d'après Bouchei- , des Bergers à la fontaine , au comte de Villeneuve-Vence (1756), une Allégorie marithne, au duc de Mortemart {chez Fessard , rue aux Fers , à
FESSARI) ^Etienne). 131
la couronné). Mais il se faufile surtout auprès du marquis de Marigny et de sa sœur la marquise de Porapadour, grands distributeurs tous deux de commandes et de faveurs royales. N'est-ce pas un fait tristement caractéristique , de voir des artistes de valeur se mettre à trois pour faire le portrait des petites chiennes de la favorite, Inès et Mimi, sous les noms de la Fidélité et de la Constance (1755) , Huefc pour les peindre , Fessard et Augustin de Saint-Aubin pour les graver ?
Au moins , pour les peintures du salon du château de Bellevue , la flatterie est d'un ordre plus relevé. Cai'le Van Loo fut chargé de décorer les trumeaux de cette résidence et choisit des allégories d'enfants pour représenter les Beaux-Arts. La Peinture est une petite fille relevant ses voiles pendant qu'un autre enfant s'occupe à la peindre. Dans la Sculpture, un tout jeune sculpteur termine le buste de Louis XV. Des enfants déploient une vue du château dans f Architecture, et la jeune musicienne qui est au clavecin nous montre dans la Musique le profil de la belle marquise. La châtelaine résolut de multiplier ces peintures en les faisant graver par Fessard , qui s'est convenablement acquitté de cet ouvrage (1756).
Un peu plus tard Fessard gravait V Amour désay^mè par Vénus d'après Boucher, en le dédiant encore à Madame de Pompadour. Se croyant alors en droit de prétendre à tout, il ne demandait rien moins au marquis de Marigny que d'obtenu' le privilège pour lui seul de graver les tableaux du Cabinet du roi. Si l'idée était bonne et ne pouvait manquer de servir à la réputation et aux intérêts de Fessard , la demande était osée.
Ces peintures en effet, choisies entre toutes pour leur mérite et leur beauté , formaient , sans compter les nombreuses acquisitions nouvelles , ce qu'on appelait la collection de Louis XIV. Jusqu'alors les directeurs des bâtiments n'avaient accordé que rarement l'autorisation de les graver et toujours à des artistes d'un mérite reconnu, tant à cause des risques que le prêt pouvait leur faire subir, qu'afin de ne pas en priver le roi et de ne pas donner lieu à de médiocres interprétations.
M. de Marigny donc , devant les sollicitations incessantes de Fessard , priait Cocliin , son inspirateur et son conseil habituel , de lui donner son avis sur le talent du graveur et sur l'opportunité qu'il y aurait à lui accorder sa demande. Cochin lui répondait fort sensément le 6 juillet 175G, en ces termes qui nous donneront la mesure exacte de l'estime dont Fessard iouissait auprès de ses confrères :
« Monsieur , on ne peut qu'applaudir à la beauté du » projet de M"" Fessard et souhaitter que ses talents y » puissent répondre.... Je crois cependant , Monsieur, » qu'il est nécessaire de mettre quelque restriction à » la vaste étendue de son projet , afin de ne point dé- » courager les graveurs d'un talent distingué en leur » donnant lieu de croire que vous leur préférés un » artiste qu'ils regardent comme d'un talent inférieur » au leur. Ils ont toujours été persuadés que c'étoit » une grâce très difficile à obtenir que celle d'era- » prunter les tableaux du Roy, et il est certain que » les plus capables auroient souvent demandé cette » faveur, s'ils avoient cru pouvoir l'espérer. Il est » vray que pour la gloire du cabinet du Roy et pour
FESSARl) Etienne I. 433
» ravaiicement de l'art de la gravure (qui' est porté » beaucoup plus loin en France qu'en aucun autre » pays) , il seroit à souhaiter que vous accordassiés » cette grâce aux gens de méritte qui pourroient » vous la demander et qui justifieroieiit de leur » capacité en vous présentant de leurs ouvrages qui » vous parussent dignes de cet honneur.
» C'est pourquoy je crois , Monsieur, que s'il vous » plaist de lui accorder cette grâce, il est bon que ce » ne soit d'abord que pour un très petit nombre de » tableaux , vous réservant de lui continuer cette » faveur si les ouvrages qu'il produira en ce genre » ont le bonheur de vous être agréables. Qu'en même » temps pour ne point mortifier ceux qui peuvent » prétendre avec justice à plus de capacité que lui, » vous déclariés publiquement que ce n'est point un » privilège exclusif que vous lui accordés , et que » vous estes disposé à faire la même grâce à tout autre » graveur qui s'en montrera plus , ou au moins égale- » ment digne.
» J'ajouteray que lorsque dans les tableaux du Boy, » il se trouvera quelque tableau de peintre actuelk;- » ment vivant , M'' Fessard ou tout autre graveur sera » préallablement muni d'un plein consentement du » peintre qui aura fait l'original. 11 est juste qu'un au- » teur ne soit traduit que par l'artiste qui lui parois t » convenable. Cet inconvénient s'est trouvé lorsque » M"" Fessard a obtenu de graver les tableaux de Belle- » viie sans le consentement des auteurs, qui souhai- » toient de les voir exécuter par des graveurs en qui » ils avoient plus de confiance. C'est ce qui a fait » tomber ce projet par la répugnance qu'ils ont eu à
134 LES GRAVEURS DU XYIIIt^ SIÈCLE.
» conduire des ouvrages dont ils n'espéroient pas de » satisfaction. La même chose seroit encore arrivée » si vous eussiés accordé le consentement pour ceux » de M'' Vernet qui auroit manqué de confiance dans » les talents du graveur. D'ailleurs si cette permission » se peut obtenir , M'' Vernet étoit dans le dessein de » vous la demander quelque jour, pour les faire gra- » ver en s'associant avec les plus habiles graveurs » qu'il pourroit trouver. J'aurois bien souhaitté de » pouvoir vous faire un plus grand éloge de M''Fessard » qui a cependant du talent , mais les talents sont » grands ou moindres par comparaison. Je vous dois » la vérité et la justice dans l'apprétiation de leur » valeur relative. C'est la mesure de la considération » qui leur est diie. Je suis avec un profond respect... » etc. Cochin.* »
Tous les termes de cette lettre portent et ne sont pas précisément à l'éloge de Fessard. Ainsi pour les peintures du château de Bellevue , il avait obtenu de les graver sans l'aveu de Carie Van Loo qui aurait préféré un autre interprète. Enfin notre artiste aurait cherché à se faire donner à graver la série des Ports de France de Vernet. Mais Cochin qui avait déjà jeté son dévolu sur ce travail , veillait au grain , heureusement pour nous, car il vaut mieux avoir eu cette série par Le Bas et Cochin que par Fessard.
Le directeur des bâtiments suivit le conseil qui lui était donné et n'octroya qu'avec prudence l'autorisation solhcitée. Il lui permit de graver la Ker -messe ou Fête flamande par Rubens, grande planche pleine de
1 Cette lettre , acquise à la vente Benjamin Fillon , fait partie de la collection de ^L Portails.
FESSAKD (ETIENNE;. 435
inouveiiient que le graveur dédia naturellement au roi ; il fit faire l'eau-forte en 1759 par son élève Sainl- Aubin , et ne la termina au burin qu'en 1762.
Pour le consoler apparemment , Marigny lui avait donné à graver un tableau de sa propre collection , Jupiter elAnthiope de Carie Yan Loo. On peut penser si le graveur s'y appliqua. 11 grava vers la même époque, la Musique champêtre deLancret, le Bal de Saint-Cloud , d'après Lavallée - Poussin ; la bonne société y allait alors danser et se divertir, ce qui est un peu diftérent de la fête actuelle. 11 dédia la pièce, assez jolie, au jeune duc de Chartres, qui se montrait déjà le grand amateur de fêtes et de spectacles qu'il devait être par la suite.
Plaçons ici les grandes planches que notre graveuiexécuta d'après les tableaux mythologiques de Jean- François de Troy. Jupiter et Léda, Jupiter et Calisto, et la Naissance de Vénus, ainsi que sa Lumière du 7nonde ou Adoration des bergers, tableau religieux de Boucher, que le graveur présenta à l'Académie en 1761 .
Fessard eut souvent des démêlés avec ses contemporains. Wille rapporte en 1760 qu'il avait été demandé au grand conseil , en compagnie de Gochin , pour estimer un portrait du roi commandé à Fessard par un pariicidier, qui était en procès avec lui. Une autre fois , Fessard plaide contre l'habile orfèvre Germain . l'auteur des fameux chandeliers d'or de Louis XV. pour des épreuves d'eau-forle qu'il prétend garder, (^iette fois l'Académie semble donner raison à son agréé ainsi qu'on en jugera par ce passage de ses procèsverbaux :
« 24 juillet 1761. Sur ce qui a été exposé à l'Aca-
» demie que le s"" Fessard graveur, l'un des agréés en » icelle , est en procès au grand conseil avec le » s"" Germain orfèvre du Roy, le quel prétend l'obliger » à lui rendre deux épreuves à l'eau-forte de deux » planches gravées d'après les desseins du feu s'' Ger- » main son père, que le s"" Fessard avoit commencées , » et ce au préjudice du droit qu'ont les graveurs de » conserver non-seulement leurs épreuves d'eau-forte » mais même un nombre de celles qu'ils tirent de » leurs planches lorsqu'elles sont achevées , et que » le dit s'" Fessard requiert l'Académie de vouloir » bien certifier l'usage à cet égard , l'Académie , la » matière mise en délibération, atteste que l'usage » établi de tout temps est que les épreuves qui se » tirent dans le courant de l'ouvrage et notamment » la première ébauche que l'on nomme eau-forie , ne » sont jamais remises au propriétaire de la planche à » moins qu'il n'y ait une convention expresse du con- » traire , ces sortes d'épreuves étant informes et » pouvant exposer la réputation de l'auteur.
» L'Académie atteste en outre que les graveurs » sont eu droit de retenir et conserver un nombre » modéré d'épreuves de la planche lorsqu'elle est » achevée et ce jusqu'à concurrence de douze dans » l'usage ordinaire ; et même de plus lorsque l'ou- » vrage n'est pas de grande conséquence à moins » qu'il n'y ait pareillement convention à ce contraire » sans néanmoins que les dits graveurs puissent tirer » aucun profit des dittes épreuves, mais pour pouvoii' » les montrer ou donner, soit aux artistes dont le » suffrage établit leur réputation, soit à ceux qui sont » à portée d'employer leurs talents. »
FESSARD (Etienne). -137
Cependant notre graveur, avec sa personnalité remuante, n'avait pas abandonné son idée de graver les tableaux du roi qui pouvaient lui plaire et accablait de demandes le directeur des bâtiments. Il lui écrivait au mois d'août 1763, pour lui demander un tableau de Le Moine.
M. de Marigny chercJiant à échapper à cet importun lui répondait le 13 du même mois :
« J'ay reçu votre lettre , du 3 de ce mois, M', par » laquelle vous me demandés un ordre pour vous » faire délivrer le tableau de la Continence de Scipion » par M"" Le Moyne. Je suis .fâché de ne pouvoir >-> satisfaire à votre demande , j'avois pris des engage- » ments avec M'' Cars son élève et qui est en posses- » sion de graver de préférence ses ouvrages. Choi- » sissés d'autres sujets etje me porteray très volontiers » à vous les confier. »
Fessard ne se tient pas pour battu. 11 veut graver du Le Moine et s'adresse de nouveau quelques années plus tard au marquis ; celui-ci lui répondait encore par une sorte de fin de non-recevoir le 21 juin 1768 :
« J'ay reçu , M', la lettre par laquelle vous me » rappelés la demande que vous m'aviés déjà faite » d'autoriser M' Jeaurat à vous prêter le tableau de » r Apothéose d'Hercule par M' Le Moyne . pour le » graver. J'y trouve plusieurs inconvéniens qui ne » me permettent point d'y consentir. 11 ne m'est pas » possible de priver d'un morceau si précieux le » Cabinet du Roy , pendant un temps aussi considé- » rable que celuy qu'exigeroit l'ouvrage que vous » vous proposés et d'ailleurs ce tableau est à bien » des égards différent du plafond tel qu'il a été
» peint par IVf Le Moyne au salon d'Hercule en sorte » que sa gravure ne feroit que donner au public une » idée fausse de ce plafond tel qu'il existe. Si néan- » moins votre dessein n'étoit de donner cet ouvrage » que comme une première idée de ce plafond , je » consentirai volontiers à la gravure que vous voulés » en faire , mais à condition que vous viendrés en » faire le dessein au Cabinet du Roy, ou M"" Jeaurat » aura ordre de vous donner les facilités conve- » nables. ^ •»
Toujours à la recherche d'affaires lucratives. Fessard avait imaginé de publier une nouvelle édition des Fables de La Fontaine , entièrement gravée , texte et vignettes. Il s'était adressé à cet eff'et à un certain nombre d'artistes recommandables . mais comme il les payait très bon marché , les Monnet , les Loutherbourg et les Saint-Quentin lui en donnèrent pour son argent . et ce qu'il y a de mieux réussi dans ce livre en définitive, c'est le texte qui a été gravé par Drouet, très habile graveui- de lettres. Quant à la gravure des planches, une figure et un cul-de-lampe par fable , elle est entièrement de la main de Fessard et fort médiocre. Elle est faite sans charme , d'une manière expéditive, peu consciencieuse, et l'on sent que le graveur avait hâte d'en finir et à'aUraper, comme l'écrivait Grimm, ses contemporains.
Aussi ne néghgeait-il pas la publicité, et voici un extrait du curieux prospectus qu'il distribuait pour réchauffer la ferveur des amateurs : « La souscription » est l'ouvrage de l'amateur zélé pour la gloire de sa
f Correspondance du Directeur des Bâtiments; (Archives nationales,.
FESSARD (Etienne). 139
» patrie ; elle doit son origine au généreux dessein » qu'il a conçu de mettre un homme qui n'a que des » talens, seuls caractères du véritable artiste, en état » par ce moyen de faire et de porter à leur exécution » parfaite des entreprises dignes de sa nation.
» .... La modicité du prix plus encore que la difti- » culte de l'entreprise a fait dire qu'il n'étoit pas » possible que j'en vinsse à mon honneur. Ce reproche » ne peut que me faire plaisir. J'aime mieux qu'on me » sache gré d'avoir mis mon ouvrage à un prix où » tout le monde peut atteindre que de le voir confondu » avec ceux dont souvent le prix énorme fait toute » la beauté.
» On payera 96 liv. en totahté... quant aux per- » sonnes qui attendront la fin de l'ouvrage elles » payeront 144 livres. Je désirerois de tout mon » cœur pouvoir tenir mes premières promesses , mais » des motifs trop louables m'en empêchent et me forx> cent à cette augmentation. I/empressement du » public à se procurer mon ouvrage m'a fait naître » l'idée par pure reconnaissance d'y apporter plus de » soin s'il était possible et de le rendre en un mot » plus parfait en tout point. J'ose me flatter d'y avoir » réussit ...>■>
La postérité n'a pas ratifié le jugement trop favorable dont l'auteur se favorisait, et les vrais amateurs n'acceptent l'ouvrage du graveur que lorsqu'une élégante reliure de Derôme vient lui donner ce qu'on pourrait appeler un mérite extrinsèque. Quoi qu'il en soit , il commença à paraître en 1765 , illustré par Monnet , Loutherbourg , Le Prince , Huet et Ph . Caresme pour les premiers volumes, et se termina en
1775 par un sixième volume avec figures de Bardin. Fessard ne dut pas faire une mauvaise afiaire ; nous voyons même par le document suivant daté du 20 novembre 1774 , qu'il recevait du roi , pour chaque volume de ses Fables dédiées aux Enfants de France, une gratification de six cents livres :
« Le s"" Fessard graveur ordinaire du Cabinet du Roy » a entrepris de graver les Fables de La Fontaine » avec des estampes en 6 volumes in -8. Il en a donné » 5 volumes au public , le sixième est sur le point de » paroître. Il est dans l'usage de présenter un exem- » plaire de chaque volume aux princes et princesses » de la famille Royale , on lui a payé en conséquence » à titre d'indemnité une somme de six cents livres » sur le trésor royal lors de la distribution de chacun » des 5 premiers volumes. Il supplie Sa Majesté de lui » accorder la même somme de six cents livres pour » le sixième et dernier volume qu'il va présenter * . »
Et Louis XVI eut la bienveillance d'accorder la demande et de mettre le mot « bon » de sa main.
Cependant à force de quémander, de dédier et de se remuer, le graveur des Fables de La Fontaine avait réussi à obtenir quelques places et quelques récompenses. Il avait été nommé graveur de la bibliothèque du roi 2 : il était aussi de l'Académie de Parme. Enfin en sa qualité d'agréé à l'Académie, il avait la faculté
1 Cette pièce fait partie de la collection de M. Portails.
2 Suivant Cochin ( Mémoires inédits ) , le graveur Fessard était l'un des favoris du comte de Caylus : - Par l'ascendant qu'il avoit sur - M'' Bignon garde de la Bibliothèque du Roy, il y fit créer une place •< de graveur. Tous ses confrères rirent du choix de Fessard à cause de - la médiocrité connue du personnage, et M"" de Caylus lui-même n'éloit