‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 48 sur 188 · FESSARD (ETIENNE · texte numérisé non relu

FESSARD (ETIENNE

de figurer aux salons qu'elle organisait pour y exposer les travaux de ses membres , mais non pas cependant sans subir une sorte d'examen d'un comité avant d"y être admis. Il faut croire que ce que présentait Fessard était bien mauvais (ses Fables de La Fontaine peut-être) et que ses collègues étaient bien exaspérés contre lui, car il avait été refusé. Grande colère du graveur ! Il écrit aussitôt au directeur des bâtiments, qui avait la haute main sur l'Académie. M. de Marigny lui répondait, le 20 septembre 1771 : « L'usage a toujours été , Monsieur, que les ouvra- » ges présentés par les académiciens pour le Sallon » n'y fussent exposés qu'ensuite du jugement rlu » comité nommé pour les examiner. Il est fâcheux » pour vous qu'il ne vous ait pas été favorable , mais » je n'ai pas jugé à propos de déroger deux fois de » suite et en faveur de la même personne à une règle » si sagement établie n'ayant surtout point devant les » yeux les pièces de comparaison pour juger si le » comité a été trop sévère ou partial envers eux.

» Vous m'annoncez que vous allez donner votre » démission de la place de dessinateur et graveur de » la bibliothèque du Roy pour ne tenir plus qu'à moy. » Vous avez tort si cette place vous est avantageuse. » Je n'ai jamais trouvé mauvais qu'un artiste occupât » (les places relatives aux arts quoique étrangères aux » Bâtimens du Roy et ce sacrifice que vous ferés de

>i point assés ignorant pour lui croire des talens el pour ne pas sentir ' que si , par malheur, il étoit besoin d'entretenir quelque planche usée " du Cabinet du Roy, le pauvre Fessard ne pouvoit que la gâter davan- ■> toge, mais c'etoit son protégé qui avoit toujours été à ses ordres. Il > faloit qu'on aperçut son crédit, 'i

» cette place, ne multipliera point les occasions qui ne » se sont pas encore présentées de remplir vos vues » pour un logement. * »

Pour les portraits, Fessard avait aussi la prétention de les graver, et cela mieux que personne, mais il eut encore des déboires à ce sujet. Il ne fallait pas être grand clerc pour satisfaire Odieuvre , pour l'officine duquel il a fait un certain nombre de planches, mais il s'attira à propos d'un certain portrait de Voltaire qu'il désirait exécuter le désagrément , que la lettre suivante explique , de se voir préférer un confrère. Il écrit au grand homme , encore jeune alors, pour se plaindre :

« A Monsieur de Voltaire, à Vassy (Champagne).

» A peine ai-je sçeu graver , Monsieur , que mon » ambition a été d'avoir l'honneur de faire votre » portrait ; ce désir qui s'est toujours nouri , m'avoit » fait trouver les moyens de conoître Monsieur l'abbé » Moussinot. Enfin sans entrer dans un détail plus » long , j'étois parvenu au point heureux après lequel » j'aspirois depuis si longtemps : Il étoit décidé que » j'aurois l'honneur de vous graver votre portrait » original, et j'étois party comme vous le scavés » mieux que personne dans cette intention. Je m'en » étois fait une fête parmy tous mes amis ; je l'avois » annoncé , il me sembloit même que je ne pouvois » pas échouer dans cette noble entreprise ; j'avois » trop d'inclination pour y être malheureux. Sur ce » tondement j'avois même avancé à Monsieur Mous- » sinot que si le portrait n'étoit pas au point où on * devoit le désirer , que je n'en demandois rien et

1 Correspondance du Directeur des Bâtiments (Archives nationales)

FESSARD (Etienne). 143

» même j'avois ajouté que je ne voulois dans cette » illustre occasion travailler que pour l'honneur. > J'étois, je le répète , au comble de la joye ; mais » qu'elle est suivie d'amertume et de chagrin ! J'ap- » prens . Monsieur, par Monsieur de La Tour, qu'on a » changé d'idée sur mon compte et qu'on veut donner » le portrait désiré depuis si longtemps à graver à » un autre. Je m'adresse à vous, Monsieur, je suis au » désespoir si on me fait cette injustice après une » parolle donnée et l'avoir publié à tout le monde ; » que dii'a le public , ne pensera-t'on pas que je n'en » étois pas digne ou mes ennemis ne diront-ils pas » que j'ay manqué ce portrait ; mais s'il est décidé » absolument par envie ou pour l'aire plaisir à un » autre que je n'auray pas eu l'honneur, du moins » ordonnés, Monsieur, que j'y travaille aussy, cela se » peut sans déranger les projets arrêtés en permet- » tant que je le fasse pour compte , de la grandeur » des hommes illustres de M*" Perault. Le public y » trouvera son compte parce qu'il y a beaucoup de » personnes qui seroient ravies de l'avoir de manière » à pouvoir l'encadrer dans leurs cabinets. Pardonnes, » Monsieur, si je m'adresse à vous, sans avoir l'hon- » neur d'être connu de vous, mais votre réputation de » bonté et de politesse pour les artistes m'ont donné » cette confiance. J'ai l'honneur — Fessard.

» De Paris ce 30 aoust 1735.

» Mon adresse est rue St-Denis au grand St-Louis , » chez un miroitier près du Sépulchre à Paris. * »

Quel insupportable quémandeur que ce Fessard !

^ Cette lettre inédite nous a été communiquée par M. J. J. Guiffrey.

En résumé, Etienne Fessard est un graveur qui a beaucoup travaillé, beaucoup intrigué, qui s'est beaucoup remué et a fait souvent parler de lui , mais d'un talent fort inférieur à son ambition et à ses prétentions.

11 mourut le 1" mai 1777.

ESTAMPES

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