‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 82 sur 188 · FRAGONARD · texte numérisé non relu

FRAGONARD

de Bacchanales, exécutées en 1763, voluptueuses fictions écloses sous ses doigts habiles et aussi grassement que finement gravées. Ce sont deux satyres faisant un siège de leurs bras nerveux à la nymphe qui les enjambe « avec un écart de volupté », ou bien c'est l'un d'eux qui se retourne pour embrasser la nymphe qui le chevauche ; dans les autres , les mêmes figures mythologiques dansent pour égayer des faunins ou les font se lutiner entre eux , fantaisies charmantes gravées pour le grand plaisir des yeux et qu'encadrent des touffes de lierre et de roseaux : « Ne dirait-on pas » de divines terre-cuites tombées dans l'herbe du socle » d'un Priape, ou plutôt ne font-elles pas penser à des » pierres gravées ramassées par le peintre français » dans la grotte des nymphes où se baignait Ghloé ? »

A son retour en France, préoccupé de peinture , accablé de commandes, Fragonard n'a plus guère le temps de faire mordre ses eaux-fortes. Ce n'est que lorsqu'il s'agit de guider les essais de sa belle-sœur Marguerite Gérard , de retoucher ses planches ou de lui donner des modèles. Ainsi cette pièce si colorée, Mosieur Fanfan jouant avec Mosicur Polichinelle et compagnie, qu'on a souvent attribuée à la jeune femme, et qui est le portrait du jeune Evariste Fragonard enfant, est gravée avec une telle maestria et une si grande intensité dévie, que le travail de l'élève dispai^aît absolument pour laisser vibrer le morceau de maître : « Doux travail en commun auquel l'artiste » apportait ses retouches et donnait parfois tout son » talent ; planche que l'élève croyait avoir faite et que » le maître lui faisait signer pour l'en convaincre. »

Une très grande pièce , caprice heureux d'un talent n. 14

flans sa floraison ( 1778 ) , est signée de la main du spirituel artiste : V Armoire , Tune de ces amusantes grivoiseries dont le XVIIP siècle était si friand et que l'artiste aura dessinée évidemment sur la commande expresse de quelque amateur égrillard. Les parents mènent grand bruit en constatant la douleur de leur fille et le dégât causé par le jeune garçon trouvé si penaud dans l'armoire. 11 y a dans la manière dont le drôle tient son chapeau une intention bien libre, mais quelle étonnante virtuosité dans l'exécution ! quelle heureuse distribution de lumière , quelle vérité d'expression et quelle malice !

ESTAMPES

1. BACCHANALES, imitant des bas-reliefs; 4 p. iu-4 en largeur.

2. L'ARMOIRE, estampe à l'eau-forte ; grand in-fol. en largeur.

1"' état : Avant la lettre.

2« état : Avant l'adresse de Naudet.

3« état : Avec l'adresse, à Paris chez Naudet il'^ d'Estampes, Port au bled.— An milieu , le titre L'Armoire.

V Armoire a été plusieurs fois copiée : par Guyot, par les Campion , par R de Launay le jeune. La copie de Guyot est découverte et obscène.

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