WATSON
fîls, la Duchesse de Cumberland, Lady Scarsdale et son fils, la Comtesse de Seston , la Duchesse de Buccleugh et Lady Marie Scott , la Marquise de Tavistock, Mistress Abington, en Thalie, Mistress Haie , Harri Woodward , etc., etc.
Lady Fortescue , Miss Lascelles avec un lévrier, Suzanne 0' Brian , d'après Cotes.
Miss Jones , Miss Smith, d'après Hamilton.
Miss Elliot, en Junon, d'après Kettle.
Lady Erskine, d'après Allen Ramsay, etc., etc.
Un beau et rare portrait in-4 de la Marquise de Pompadour, d'après Boucher.
III. Caroline Watson , née à Londres vers 1760 , s'adonna à la gravure pointillée.
Benjamin West, in-4.
William Woollett, in-4 (1785).
Mistress Drummond et ses enfants.
Garrick , apothéose de Shakespeare.
H. R. H. princess Sophia, jolie tête d'enfant sous un chapeau de paille ; H. R. S. princess Mary.
Le Prince Serge et la Princesse Barbara Gagarin avec le prince Nicholas leur fils, d'après J. Reynolds, in-4 (1785), etc., etc.
WATTEAU (Antoine).
Watteau a malheureusement bien peu gravé.
Figures de modes en dix pièces, in-12, y compris le titre qui porte : dessinées et gravées à Veau-forte par Watteau et terminées au burin par Thomassin le fils.
Acteurs de la Comédie italienne, estampe qui porte au bas : peint et gravé à Veau-forte par Watteau et retouché au burin par Simonneau Vaine, et dont le premier état est introuvable.
U Indifférent , pièce dont on ne connaît jusqu'ici qu'une épreuve à l'eau-forte * . On l'avait d'abord prise pour une préparation de la planche du graveur Scotin, mais M. Duplessis a constaté une différence de dimension sensible entre cette eau-forte et la gravure de Scotin II y aurait donc eu deux planches , et l'eauforte, jusqu'à présent unique, pourrait être attribuée à Watteau. — Enfin l'eau-forte de Recrue allant rejoindre le regimbent serait aussi de la main de Watteau. L'estampe est terminée par Thomassin.
1 Elle se trouve dans la collection de M. le baron Edmond de Rothschild, et M. Duplessis l'a fait reproduii-e dans son Histoire de la gravure.
WEIROTTER (Franz-Edmund).
L'agréable paysagiste Weirotter est né à Inspruck, en 1730. Il arriva jeune à Vienne, partit pour Ratisbonne, puis se rendit à Mayence où il travailla quelque temps pour l'électeur comte d'Ostein. Enfin à peine débarqué à Paris il fit connaissance de Wille qui lui fut fort utile en lui connnandant des paysages, car il était sans ressources, et en l'attirant dans ses excursions. Dès l'automne de 1761, ils s'en vont dans la direction de Vernon, et Weii'otter dessine sans doute alors ces Vues de la Seine, six petites planches que Wille lui achète quatre louis d'or, toutes gravées.
Le maître continue à s'intéresser à son élève et ami, et lui achète des dessins et des tableaux^ : « 8 mars » 1763. M'' Weirotter, peintre allemand, qui grave » d'une manière spirituelle le paysage, me remit une » suite de 12 pièces qu'il a gravées et qu'il m'a dé- » diées. Ils sont charmants et m'ont fait plaisir. »
Enfin Weirotter part pour l'Italie où, selon Mariette, il suivait Watelet. Wille, qui l'aimait, lui consacre à son départ une page émue qui est une véritable notice biographique, et nous ne pouvons mieux faire que de la reproduire : « 18 octobre 1763. Vint dîner chez
» nous M"" Weirotter. Après le repas il prit congé de » nous en versant des larmes en abondance ; il m'a ^ prié de lui conserver mon amitié, me répétant cent » fois que je luiavois servi de père pendant les quatre » années qu'il a resté à Paris, et dont il me remercia » beaucoup, de même que ma femme. Il m'a laissé les » estampes de ses propres planches, qu'il a gravées » avec tant d'esprit , pour les débiter pendant son » séjour en Italie et en Allemagne, où il compte des- » siner et peindre beaucoup pendant une couple » d'années. Je lui ay remis trois estampes de moi pour » les remettre à M'' Winckelmann à Rome. Je fus sa » première connoissance lorsqu'il vint à Paris. Il ne » savoit rien de la langue françoise et sa bourse étoit » vuide ; mais je m'intéressai pour lui et lui rendis » service de toutes manières, car je le trouvois né » pour la peinture et comme le paysage étoit la par- » tie qu'il avoit adoptée , je lui prêtai nombre de » desseins que j'avois fait d'après nature pour les » copier. Il réussit à merveille et depuis il a dessiné » d'après nature, selon mes conseils, avec acharne- » ment. Il grava sa première planche à l'eau-forte » dans ma maison ; il en fit six que possède M"" Joul- » lain marchand d'estampes. Depuis il a toujours été » fort attaché à ce genre de gravure et son œuvre » monte actuellement à une centaine de pièces que » je possède toutes tant eaux -fortes que finies, » excepté une ...»
Wille ajoute que presque toutes ces pièces, petites et grandes, qui sont en effet pleines de goût , ont été gravées d'après les propres dessins de Weirotter, tels que la suite de dix-huit Paysages dessinés à Lagny-
WEIROTTER. 656
sur-Marne , dédiée à son ami J. Schmiitzer, et les six Vues d'après nature, dédiées à M. de Peters,
Paysages de dimensions restreintes et très étroits, suite de 18 pièces ; Vues d'Italie , prises à Tivoli , Frascati , Viterbe , in-8 ; trois autres suites de Vues d Italie: 12 Vues des envi?^ons de Paris, petites pièces in-16 ; Vues de Vernonnet , deux grandes et belles pièces dédiées à Loutherbourg ; des Vues de la Seine dédiées à Boucher et dont Wille était l'éditeur ; Vue de Hollande ; 12 Vues de Normandie, et autres.
Et tout cela , ruines . bouquets d'arbres, bords ombragés de rivières, fabriques pittoresques, églises, est habilement enlevé sans lourdeur, à l'eau-forte, d'une pointe facile et gaie : le site est généralement bien choisi et peuplé de petites figures amusantes.
Diverses suites intéressantes ont été habilement gravées par Weirotter d'après d'autres dessins que les siens, les Douze Mois de Vannée, d'après Molyn, pièces d'un goût hollandais, qui furent éditées par Huquier ; Chute d'eau et Pont rustique , d'après Dietricy, dédiées à son ami Adrien Zingg ; Fontaine près de Meulan et Ruines de Vahhaye de St-Maur, d'après les dessins de Wille, qui nous a conservé le récit de l'excursion où fiu-ent faits les dessins.
Éruption du Vésuve , grande pièce d'après J. Vernet.
Les Quatre Saisons, d'après Van Goyen.
Weirotter a en outre gravé très finement à l'eauforte deux i)ièces in-4, d'après des tableaux de J. Vernet qui appartenaient à M. Le Bailly de Breteuil, ambassadeur à Rome. Elles furent dédiées à Watelet et à Marguerite Le Comte et gravées à Rome en 1764,
A la même époque Weirotter collaborait au petit livre composé par les élèves de l'Académie de France en l'honneur de Watelet et de Marguerite Lecomte.
Winckelmann, auquel Weirotter avait été recommandé par Wille, fait mention de lui dans ses lettres à ce dernier : « M*" Weirotter m'a fait présent de ses » ouvrages que je place parmi les meilleures produc- » tiens en ce genre. Quoique pendant le premier mois » de son séjour à Rome, il ait paru ne pas attacher » une grande importance à mon amitîé, peut-être à » l'imitation des jeunes français, je pourrai néanmoins » lui être utile en plusieurs occasions et je lui prou- » verai toujours mon zèle et mon estime. Ce jeune » artiste fera honneur à sa patrie. »
Il est à remarquer que Wille et Huber se sont rencontrés pour apprécier le caractère de Weirotter. D'après le premier il était vif, poli, souple en toute occasion, mais on l'accusait de n'être pas des plus sincères : « Et qui peut être sans quelques petits défauts?» ajoutait-il. « Pour moi, je l'aime ! » Huber, étudiant ses œuvres, lui trouvait plus d'un rapport avec S. Rosa : « Faut-il qu'il ait eu tant de ressemblance » avec lui pour les travers de l'esprit et du cœur ! »
Schmutzer a gravé en 1771 , in-4 , un portrait assez agréable de son ami. C'est lui qui , sur la recommandation de Wille, fit venir en 1767 Weirotter à Vienne comme professeur à l'Académie de gravure dont il était directeur.
Weirotter mourut à Vienne, où il avait fait un bon mariage, quatre ans plus tard, le 11 mai 1771.
WEISBRODT (Charles).
Le très habile préparateur à l'eau-forte Weisbrodt naquit à Hambourg en 1754. En souvenir des services de son père, employé dans sa maison, la comtesse de Bentinck, qui se piquait de goût pour les arts, le faisait voyager à ses frais afin de recevoir les leçons des maîtres. « 11 paroît joli garçon », dit Wille à qui il était recommandé par cette dame. Le graveur l'adopta comme élève et lui donna immédiatement de l'occupation. 11 le mit aussi en relation avec son vieil ami Basan , qui avait alors besoin de graveurs habiles et peu exigeants pour l'exécution du Cabinet Choiseul. Weisbrodt a préparé à l'eau-forte plusieurs planches d'après Murillo, Rembrandt, Lenain, pour ce recueil ainsi que pour le Cabinet Poullain. Les plus jolies pièces de ce genre se trouvent peut-être dans le Catalogue Neyman (1776) ; ce sont des reproductions de dessins de Van de Velde et autres.
Wille en même temps faisait travailler Weisbrodt. Il lui confiait les eaux-fortes de deux gouaches de Wagner, l'eau forte du Matin d'après Dieiricy, et des eaux-fortes d'après des tableaux de Berghem, le Gué par exemple, que Daudet terminait au burin. Ces tra-
vaux sont datés de 1774 à 1779 ; Weisbrodt exécutait encore des préparations à l'eau-forte de planches pour le Voyage à Naples de Saint-Non, le Voyage pittoresque de la Grèce de Ghoiseul-Gouffler (eauxfortes de la Place publique de Cos, d'après Hilair, de la belle Halte de voyageurs dans la Carie, terminée par H. Gutenberg, et de la Vue de la Tour St-Nicolas à Rhodes, d'après le dessin de Choiseul-Gouffier).
Après un séjour d'une dizaine d'années à Paris, Weisbrodt retourna à Hambourg retrouver sa protectrice. Il partageait son temps entre cette ville et le château de Doorwerth dans la Gueldre. C'est là que la comtesse de Bentinck faisait venir par l'entremise de Wille des cuivres d'un mètre de hauteur pour les faire graver par son artiste ordinaire. Sachant qu'au fond Weisbrodt aurait voulu revenir à Paris, d'autant qu'il y avait conservé un logement, et désireux luimême de revoir celui qu'il considérait comme un de ses meilleurs amis, Wille avertissait cette dame qu'il y avait bien pour huit à dix ans de travail pour un graveur dans les quatre planches pour lesquelles il lui adressait ces cuivres. Rien n'y fit et en 1793, plus de huit ans après, Wille écrivait encore à Weisbrodt pour se plaindre de ne pas recevoir de ses nouvelles.
Aussi Daudet qui avait besoin de Weisbrodt, dont il estimait tout particulièrement le travail, pour lui préparer ses planches, lui envoyait-il jusqu'à Hambourg ses cuivres et les dessins ou tableaux originaux à reproduire. C'est ainsi par exemple que fut gravé le beau dessin de Berghem représentant un Troupeau d'ânes au passage d'un gué, qui a été terminé au
WEISBRODT. 669
burin par Daudet. Il en fut de même pour plusieurs tableaux de la galerie du comte de Vence. Signalons encore comme dus à la collaboration de Daudet et de Weisbrodt, l''^et 2^' Vues deMeissen. Deux paysages avec animaux , le Midy et le Soir, sont gravés avec Dequevauviller, et un beau Paysage de Pynacker, avec Le Bas.
Weisbrodt d'ailleurs avait dessiné des compositions dans le goût des maîtres boUandais, particulièrement dans celui de Berghera, et les gravait. On cite de lui, datés de Hambourg , Villageois conduisant des bestiaux (1780), et Villageoise allaitant son enfant (1781).
Bien que Weisbrodt ait été habile pour les préparations à l'eau-forte, Huber remarque que ses débuts faisaient attendre davantage de ses talents.
WILLE (Jean-George
En France , tout l'honneur des arts au XVIIP siècle n'est pas uniquement dû à nos nationaux. Si nous avons beaucoup exporté de talents pendant cette période, l'étranger aussi nous a envoyé quelques-uns de ses enfants les mieux doués ; ils se sont formés chez nous, s'y sont établis, y ont vécu et y ont exercé parfois une grande influence. Au nombre de ces artistes étrangers devenus français d'adoption, il faut au premier rang placer Wille. Par son talent, par l'école qu'il a tenue et dont l'enseignement continuait les traditions de la grande gravure, par ses nombreuses et importantes relations , il garde une place à part et prépondérante dans l'histoire de l'art dont nous nous occupons.
Remarquons toutefois que, formé par l'influence des maîtres français, académicien et professeur en France, naturalisé français, marié à une française, ayant vécu à Paris tout près de soixante-dix ans , cosmopolite de relations, au demeurant badaud parisien comme pas un, Wille n'a conservé d'allemand que la naissance et peut-être le caractère ; au point de vue de l'art , il appartient exclusivement à la France.
Le Journal de Wille , écrit au jour le jour et dont une partie a été heureusement retrouvée et publiée par M. G. Duplessis, nous a initiés à Texistence de l'artiste et au détail de ses travaux. On peut y suivre pendant de longues années l'emploi du temps du graveur , entrer dans l'intimité de sa maison , cette hospitalière maison du quai des Grands-Augustins , à côté de l'hôtel d'Auvergne , le voir auprès de ses élèves pensionnaires, connaître les joies et les douleurs de sa famille , apprécier ses nombreux amis , le surprendre dans ses divers travaux, dans ses nombreux achats de collectionneur, pénétrer enfin dans les mille détails de sa vie. Aussi la publication de ce journal a-t-elle été une bonne fortune pour tous ceux qu'intéresse l'histoire de l'art jusque dans ses moindres particularités.
D'après des Mémoires écrits par Jean -Georges Wille pour son fils, et qui ont été réunis à son Journal, il naquit à Konigsberg , dans le landgraviat de Hesse- Darmstadt, le 5 novembre 1715. ou plutôt aux environs de cette ville. dansleBieberthal. Sonpèreétait un petit propriétaire rural et Jean-Georges était l'aîné de sept enfants. Comme presque tous ceux qui doivent devenir ar-tistes, Wille montra de bonne heure d'heureuses dispositions pour le dessin : « A l'âge de deux ou trois » ans, mon bonheur suprême étoit d'être , un crayon » blanc à la main , couché sur le plancher de la salle. » J'y dessinois des oiseaux, des arbres et autres objets. » Malheur à celui qui eût eu la témérité de marcher » sur mes productions. »
Un peu plus tard, un capucin-quêteur de Wetzlar lui donna des images qu'il se mit à copier, et lui montra les tableaux du couvent. 11 essayait aussi de
composer des dessins sur les sujets de la Bible et des romans de chevalerie ; enfin il fut placé, sur ses instances, chez un peintre de Gladebach nommé Kuhn , qui lui donna ses premières leçons. Le hasard voulut que le futur graveur s'essayât de bonne heure sur le cuivre , ce qui le porta à entrer chez des arquebusiers pour apprendre à manier le burin en gravant sur les armes des ornements. Enfin le désir de voir du pays autant que celui de se perfectionner, lui fit prendre la résolution de se diriger vers la France à travers l'Allemagne.
Wille a raconté très agréablement, quoiqu'un peu à l'allemande, ce voyage de jeunesse qui devait être décisif pour lui , entrepris avec un apprenti de son âge, et dont les souvenirs, à quatre-vingt-huit ans qu'il les écrivait , étaient aussi présents et aussi vifs qu'au premier jour. C'est à Strasbourg qu'il rencontra pour la première fois , dans l'auberge où il était descendu , Schmidt , jeune graveur déjà habile et dont il allait devenir l'ami. Schmidt allait à Paris avec l'ingénieur Helle , le même qui , avec Glomy, devait écrire le catalogue de l'œuvre de Rembrandt. Ils firent route ensemble.
Arrivé dans la capitale, après avoir satisfait sa première curiosité , le jeune homme dut songer à trouver des moyens d'existence. Il hésitait encore entre la gravure et la peinture, et souvent allait voir Schmidt qui avait trouvé à s'occuper chez le graveur de Larmessin en travaillant à la suite des contes de La Fontaine. Est-ce son ami qui lui en donna l'idée? Toujours est-il qu'il alla trouver, dans son magnifique hôtel , le célèbre peintre Largillière qui l'accueillit
bien et lui prêta une de ses peintures à copier. Mais il fallait vivre , et pour subsister Wille dut encore s'occuper chez les arquebusiers et les horlogers à quelques menus travaux de gravure. Enfin , l'heureuse idée lui vint de graver un portrait quelconque et de le porter quai de l'Ecole chez le marchand d'estampes Odieuvre qui racolait partout de jeunes graveurs à bon compte pour sa collection de portraits. — « Ça n'est pas » mauvais , dit celui-ci. A propos, je fais dessiner » en ce moment , d'après des médailles , les profils » de tous les rois de France, et d'après ces dessins, je » les fais graver par d'habiles gens ; mais je ne puis » donner en conscience que vingt francs par planche. » Voyez si vous voulez m'en graver et dites-moi fran- » chement si ce prix vous convient. — Je répondis » qu'il me convenoit. — Bon , s'écria-t-il ! J'aime que » l'on soit juste et qu'on me rende justice également, » — et au même moment il me remit deux de ces des- » sins , en me recommandant d'en faire surtout une » gravure bien profonde. »
Wille , en effet , exécuta quelques-uns de ces portraits , Chïldéric , Clovis, Bagdberi, Charlemagne , Louis-le-Bébonnaire, Charles-le-Gros, Hugues-Capet (16 pièces), tous bien médiocres.... Si la paie n'était pas chère, le travail ne valait guère mieux. Mais laissons-le raconter lui même ses rapports avec Odieuvre, la page est amusante :
« Je retourne chez moi avec ces dessins et en moins » de trois semaines la gravure en étoit faite. Je porte » aussitôt les planches chez Odieuvre qui les examina » à travers l'enveloppe et les épreuves que j'avois » ajoutées ; il les posa dans un portefeuille en me
» disant : — Je ne suis pas absolument mécontent de » votre besogne ; il faut que vous soyez complètement » satisfait de moi , car je veux vous payer et vous » faire voir que j'encourage les artistes. — Au même » moment il ouvre son tiroir où ne trouvant pas assez » d'argent pour faire la somme requise , il cria à sa » femme qui étoit vieille, sourde et courbée, et balayoit » la cuisine : — Ma poule ! n'as-tu pas quelque argent » dans les poches de ton tablier, car je veux payer ce » jeune homme qui travaille pour la boutique? — Oui, » mon ange , et elle mit sur le comptoir ce qu'elle » avoit , dont il me paya en gémissant et disant tou- » jours : — Hélas ! que l'argent s'en va prompte- » ment ! »
Malgré ses gémissements, Odieuvre continuait à lui donner des profils à graver et Wille à les expédier. 11 n'en aurait pas vu la fin, si Schmidt qui demeurait rue Galande, ne l'avait averti que la chambre voisine de la sienne allait être libre par suite du départ de leur compatriote Ekhard pour l'Angleterre. Outre l'agrément de se trouver auprès de son ami Schmidt, Wille trouva dans cette chambre des copies très soignées de peintures de Largilhère que son prédécesseur y avait laissées. Il entreprit aussitôt de graver l'une d'elles , un portrait de Largillière dans le format des planches d'Odieuvre , puis en plus grand le portrait de M"^ de Largillière. Il reçut force encouragements du peintre auquel il avait été porter deux épreuves , et résolut alors de soumettre aussi son travail au grand Hyacinthe Rigaud , en se faisant présenter à lui par son ami Schmidt, qui travaillait déjà pour ce dernier. Ce fut une heureuse inspiration.
Après avoir longuement considéré les deux épreuves, le peintre lui adressa quelques paroles d'encouragement. S'enhardissant de cet accueil, notre jeune artiste lui avoua qu'il s'estimerait heureux de trouver l'occasion de graver un seul de ses portraits , même à ses dépens : « Votre courage à entreprendre et l'amour que » vous faites paraître de votre ai^t, lui répondit Rigaud, » me font également plaisir. Je veux vous être utile. » Voici le portrait du maréchal de Belle-Isle sur ce » chevalet, auquel je dois retoucher quelque chose... » Venez me voir dans huit jours. En attendant, je » tâcherai d'obtenir de M. le Duc la permission de » vous remettre son portrait, afin que vous l'exé- » cutiez soigneusement en gravure. Ce seigneur ne » doit-il pas en être flatté ? Au reste , laissez-moi » faire. Je conduirai le tout à votre avantage, soyez-en » persuadé. »
Wille partit ravi , chantant des actions de grâces à son protecteur. Au bout de huit jours il se rendit chez lui , et du plus loin que Rigaud l'aperçut , il lui cria qu'il avait la permission du maréchal de lui remettre son portrait. Déjà l'ardent graveur « empoignait » le tableau pour l'enlever, quand le peintre lui dit : « Dou- » cernent ! La vivacité est bonne, mais un peu de pa- » tience l'est aussi. Voici mon valet de chambre qui » apporte le café , nous le prendrons ensemble si vous » le voulez bien.... » Et avec une bonté toute paterternelle, le grand peintre lui parla de sa jeunesse , de ses efforts à lui aussi , de la nature qu'il avait étudiée avec passion , lui disant combien il s'intéressait aux jeunes gens dont il reconnaissait l'ardeur au travail , surtout lorsque , comme lui . ils étaient isolés , loin m. 43
de leur famille ; ajoutant qu'il voulait lui servir de père et il tint parole.
Après avoir fait le dessin du portrait, Wille en commença la gravure « avec autant de chaleur que de prudence » : pour subvenir aux frais , il vendit à Odieuvre son portrait de Largillière que celui-ci lui paya comptant , à la condition de faire au même prix ceux de Cromivell et du Prince cV Anhalt-Desmu. Ce portrait de Largillière, daté de 1738, est plus soigné que tous les autres faits pour Odieuvre. Enfin , Wille put se livrer tout entier à l'exécution du portrait du Maréchal de Belle-Isle , qui fut son premier ouvrage magistral. Dans cette planche importante, le jeune graveur conduit déjà son burin avec une singulière vigueur, coupant le cuivre en larges tailles qui sont comme la caractéristique de sa manière. Ce fut aussi la première affaire brillante du graveur et son premier succès pécuniaire. Rigaud qui s'intéressait , comme il l'avait promis , au jeune artiste et qui l'avait guidé de ses conseils, fut content de ce travail et engagea Wille à porter lui-même une épreuve au maréchal. Celui-ci le reçut avec politesse, tint l'estampe à diverses reprises dans ses mains et, le complimentant sur un talent si précoce, l'invita à se présenter à son trésorier. M. de La Monce tira fort honnêtement de son coffre-fort six cents livres pour la planche, plus trois cents livres pour un cent d'épreuves , ce dont Wille fut extrêmement satisfait.
Dans cette même année 1743, Wille achevait également le portrait à' Elisabeth de Gouy, femme de Rigaud , gravure évidemment exécutée sous les yeux du peintre et traitée avec une recherche toute particulière.
C'est dans ces travaux que s'écoulaient les insoucieuses années de sa jeunesse ; c'était le temps où l'on faisait bombance avec Schmidt au Panier fleu^n, quand on avait reçu quelque subside de la famille ou les vingtquatre livres d'un portrait fait pour Odieuvre ; le temps où Wille se payait sa première épée montée en argent et où il paradait dans sa veste de soie de Lyon ; le temps joyeux où il s'en allait avec P?'eisler, alors à la solde de Gars, et dont notre graveur nous a laissé un joli et fort rare portrait , dessiner sur les hauteurs de Ménilmontant et boire du vin du crû ; où Diderot prêtait ses livres à son voisin Wille , et où l'on cuisinait tant bien que mal sa modeste pitance dans un galetas, jusqu'au moment où Schmidt ayant été nommé de l'Académie dut déménager pour prendre un logement plus convenable : « Pour ce qui me regardoit , » raconte Wille , je m'estimois heureux, j'étois jeune, » d'une santé parfaite , actif et rempli du désir de me » rendre habile dans mon art. Je travaillois tantôt » pour Odieuvre qui payoit peu , mais payoit ; tantôt » je m'occupois à finir le portrait du duc de Belle-Isle, » dont, pour de bonnes raisons, la réussite m'importoit » beaucoup et me tenoit au cœur ...»
A cette époque, Wille fit la connaissance de Daullé. Nous avons déjà dit ailleurs que cet artiste, surchargé de besogne , vint prier Wille de l'aider ; lorsqu'il fut assuré de son concours , il lui envoya les deux tableaux représentant le Prétendant Charles-Edouard et le Duc d'Yorck, son frère. En peu de temps Wille eut exécuté les travaux qui lui étaient demandés : « Cette gravure n'étoit ni belle, ni bonne, selon moi, » ce n'étoit que la besogne d'un jeune homme qui
» savoit se juger lui-même , mais qui espéroit faire » mieux dans la suite. Je dois observer ici que » M. Daullé s'étoit réservé la gravure des têtes de ces » princes et , les ayant finies , il mit son nom sur des » planches ainsi fagotées.... »
Wille s'était remis à ses travaux quand Daullé , charmé de son habileté et qui aimait beaucoup les moyens expéditifs , vint lui demander encore de travailler au portrait du savant Maupertuis , tout habillé de fourrures comme un habitant delà Laponie d'oii il revenait. 11 accepta et Daullé fut aussi content de ce travail que son collaborateur l'était peu. Apparemment Wille trouvait-il , et avec raison, que les accessoires jouent dans cette estampe un rôle trop prédominant.
Les travaux des deux graveurs se confondent encore dans d'autres planches ; ainsi le beau portrait de l'évêque de Metz , Claude de Saint-Simon , signé de Daullé et daté de 1744 , passe pour être, sauf la tête, l'œuvre absolue de Wille.
Notre graveur s'était assez tard affranchi d'Odieuvre, à qui il avait encore vendu le portrait du philosophe Wolf, et pour lequel il avait accepté de faire, un peu à la diable, U faut le dire, ceux de Cromwell et de Madeleine de Scudèry ; mais quant au portrait de Frédéric II , roi de Prusse . il avait refusé, cette fois, les vingt-quatre livres d'Odieuvre et était allé porter la planche, pour quarante livres , à Petit , l'éditeur de la suite de Desrochers. Wille étant désormais un graveur lancé , couru , peut choisir ses travaux , et c'est pendant la période de dix années qui va suivre, de 1744 à 1755, qu'il produira ses plus beaux portraits, morceaux superbes qui le mettront hors de pair.
Le portrait in-fol. de Frédéric II , d'après Pesne , est fort vigoureux ; celui du Maréchal duc de ViJleroy , d'après Chevalier , offre encore la régularité de travail comme aussi la sécheresse que l'on a souvent reprochée à Wille , bien qu'il soit déjà de 1744.
Le Maurice de Saxe, (1745) est d'une allure toute martiale et d'une ampleur magnifique. Encore un chef-d'œuvre inspiré par les peintures de Rigaud !
A signaler à cette époque le joh petit médaillon de Pope, fait pour être placé dans les ornements du titre de son Essai sur rHomme ; le petit médaillon de Berregard , gentilhomme danois . pour la dédicace d'un ouvrage sur les hommes illustres du Danemark , et aussi le portrait de Tycho Hofman, l'auteur du livre : ce sont deux petits chefs-d'œuvre dans la manière caressée. Puis viennent : les portraits du Cardinal de Tencin , archevêque de Lyon ; du célèbre médecin François Quesnay (1747). représenté dans l'intimité de son cabinet , portrait dont l'exécution est d'une froideur qui confine à l'ennui ; de Woldemar de Lowendal (1749), dont les ornements furent dessinés par Gravelot. Le Prince de Galles, peint par Tocqué en 1748 et gravé par Wille la même année , est d'une belle et large manière ; le portrait de Berryer rend à merveille la sévère tenue d'un lieutenant de police ; le Jérôme d'Erlach est d'une solidité toute tudesque ; le Jean de Boullongne, contrôleur général des finances, est. au contraire, d'une facture recherchée et précieuse qui fait le plus grand honneur à Wille : mais rien de tout cela n'approche de l'élégant portrait du Comte de Saint-Florentin, gravé en 1751 sur la commande de la ville de Marseille. L'exécution en est souple etlumi-
neuse et rend merveilleusement la peinture si claire de Tocqué. On y doit admirer la beauté des tailles , leur velouté , la brillante exécution des accessoires , enfin la chaleur générale de la facture , qui font de cette planche l'un des plus admirables ouvrages du graveur.
11 faut se trouver en présence de la magnifique effigie de Jean-Baptiste Massé pour avouer qu'il y a un autre portrait du même artiste à mettre à l'égal du précédent. C'est la même aisance dans le maniement de l'outil , la même gravure harmonieuse de tons , le même aspect magnifique. Ces deux portraits , marquant l'apogée du talent de Wille , doivent être placés sur une même ligne. Il est impossible d'interpréter avec plus d'aisance une peinture , de mieux en respecter le sentiment et l'ordonnance, de mieux rendre les efiets de lumière et les intentions du peintre ! « Quelque soin qu'il apportât à l'exécution maté- » rielle , Wille ne se laissait pas absorber alors par » sa rare habileté de praticien. La physionomie du » personnage était exprimée avec précision , et si » les vêtements et les accessoires portaient quel- » quefois , par leur exécution trop brillante et trop » soignée , un préjudice réel aux parties les plus » importantes du portrait, jamais au point de vu e ex- » clusif du métier, artiste ne montra une expérience » aussi consommée des ressources dont dispose le » graveur. * » C'est par excès d'habileté qu'il pèche plutôt que par l'excès contraire.
Tout l'art, tout le soin précieux, toute l'application
' De la Gravure de portrait en France, par M. Duplessis (18T5).
dont Wille était capable ont été consacrés à l'exécution du beau portrait d'Abel Poisson , Marquis de Marigny, qui est daté de 1761 et qui fut fait pour la réception du graveur à rAcadémie. Le marquis de Marigny vint avec Cochin, son aller ego, au printemps de 1761 , voir son portrait chez Wille : il en fut , comme on le pense, très satisfait. L'Académie reçut le graveur sur cette estampe, le 24 juillet, et au Salon qui suivit, Wille nous apprend que le public « en parut content »,
Ce fut le dernier ouvrage de Wille dans le genre du portrait. Le graveur dit quelque part dans son Journal qu'il fut obligé, à cause de sa courte vue, d'abandonner les grandes planches. Est-ce bien la vraie raison et n'est-ce pas plutôt son goût de plus en plus accentué pour les agréables tableaux de l'école allemande qu'il commandait à ses amis ou les fines peintures hollandaises qu'il acquérait à grands frais dans les ventes ? Toujours est-il qu'il refusa les portraits qu'on lui proposait de toutes parts à graver, indiquant invariablement pour cette besogne ses élèves ou son beau-frère Chevillet , et qu'il se consacra à la reproduction de tableaux de genre. Il avait déjà depuis quelques années entremêlé la nature de ses travaux. Sans parler de sa suite de Retires et Lansquenets d'après Parrocel. il avait été sollicité par Massé de collaborer à son grand ouvrage de la Galerie de Versailles. Wille apporta dans la gravure des planches qui lui furent confiées toute son habileté, toute sa science de buriniste et se chargea de six des plus beaux morceaux du fameux recueil paru en
Ces pièces sont les suivantes : Jonction des deux mers , commencée par Desplaces et terminée par "Wille ; Établissement de V Hôtel-Royal des Invalides; r Ordre établi dans les finances ; Ornements de V angle qui termine la galerie vers le salon de la guerre , commencée par Aveline, et Ornements de V angle du côté du Jardin ; V Europe chrétienne en paix , cintre du salon , gravé par J. M. Liotard et fini par Wille.
En 1754, il «met au jour » comme il disait, la Mort de Cléopâtre, d'après le tableau de Netscher, prétexte inattendu à une de ces fameuses robes de satin où le peintre excellait et oii la régularité des travaux du burin de Wille a fait merveille ; le tableau, qui faisait partie de la galerie du maréchal de camp comte de Vence, se vendit 1800 livres à sa vente, en 1762. Il puise encore dans cette collection bien connue, la Dévideuse ou portrait de la mère de Gérard Dow (1755), et l'année suivante la Cuisinière hollandaise, de Metzu. Ce sont, on le voit, les petits maîtres hollandais, si fins et si précieux, qui obtiennent ses préférences : il en rend bien, d'ailleurs, les intentions et l'esprit.
On sait que Lempereur, échevin de la ville de Paris, était grand connaisseur en tableaux. Lui-même gravait en amateur quelques eaux-fortes d'après les maîtres. Wille lui emprunta deux tableaux qu'il grava, l'un de G. Dow, sous le nom de la Ménagère hollandaise, petite estampe où la régularité du procédé s'allie à une rare finesse d'exécution , et qu'il dédia à Lempereur fils, écuyer (1757) ; l'autre, de F. Mieris, sous celui de la Tricoteuse hollandaise, dédié à son
ami le banquier Eberts (1757) : c'est une estampe agréable autant par l'exécution que par le sujet.
Nous suivons, d'ailleurs, à leur date, dans son Journal , la trace de ses travaux : 3 juillet 1760 : « J'ay mis au jour ma Gazettière hollandoise que j'ay » gravée d'après un tableau de Terburg qui n'étoit » pas des meilleurs. Je l'ay dédiée à M. le Comte de » Boulbon, résidant à Marseille. »
Au mois de mai 1761 : « J'allay chez M. le chevalier » de Damery lui rendre le petit tableau de Netscher qu'il » m'avait prêté pour le graver ; mon estampe étant » finie et ayant pour titre le Petit Physicieyi, je l'ay » mis au jour ce jour-là. »
En août 1761 : « J'ay commencé le pendant de la » Dèvicleuse. C'est une vieille femme qui lit. Elle est » également peinte par G. Dow. » Au mois de juillet de l'année suivante, il en envoie douze épreuves à son ami Ustéri. négociant à Zurich, qui en avait la dédicace. Ce qui montrera quel succès obtenait ce genre de gravures, c'est que Wille relate qu'il a vendu plus de trois cents épreuves le même jour.
1®"" mars 1763 : « J'ay mis au jour le Jeune joueur » (ï instruments que j'ay gravé d'après Schalken. Je » l'ay dédié à mon ami M. de Mertz , négociant à » Nuremberg, amateur des beaux-arts. »
Dans le courant de ce mois de mars, après « la mise au jour » de cette estampe, Wille attaque au burin la planche bien connue des Musiciens ambulants, d'après Dietrich, dont il a gravé le fond à l'eau-forte. C'est une maîtresse pièce, qui peut passer même pour son chef-d'œuvre parmi ses reproductions de tableaux. On y trouve une grande recherche du rendu des
67i LES GRAVEURS DU XYIII» SIECLE.
physionomies, une incomparable virtuosité de burin , une exécution colorée et brillante , trop brillante même, au dire de quelques-uns. Mais Diderot était moins dégoûté que certains critiques modernes quand il s'écriait {Salon de 1765) que Wille « est le seul qui » sache allier la fermeté avec le moelleux du burin et » qu'il n'y a non plus que lui qui sache rendre les ^* » petites têtes. » Cette estampe capitale laisse bien
étudier les procédés et la belle méthode du graveur hessois. Elle est dédiée à Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, auquel Hagedorn fut chargé d'en présenter une épreuve encadrée d'une belle bordure « sculptée » à la grecque et dorée ».
Wille avait commandé à Dietrich (ou plutôt Dietricy comme il signait ordinairement), peintre de la cour de Saxe, dont il prisait extrêmement le talent , un pendant à son tableau des Musiciens. Il le reçut au commencement de janvier 1764 et se mit immédiatement au travail. Mais il ne poussa pas plus loin la planche des Offres réciproques qui ne fut terminée qu'en 1771. Auparavant se place l'Instruction paternelle de Terburg, tableau du cabinet de son ami le miniaturiste De Peters.
Il écrit le 9 juin 1764 :
« J'ay fait passer mon dessein que j'ay fait d'après » le tableau de Terburg sur la planche, etj'aycom- » mencé le même jour à tracer les contours. Je le » grave à rebours à cause de l'épée de l'offlcier qui » y est représentée. J'ay aussi gravé de cette ma- » nière mes Musiciens ambulants pour faire jouer le » violonneur avec la main droite. Je grave toutes les » pièces qui demandent à l'être ainsy, sans me jamais
» servir de miroir, comme font tous les autres gra- » veurs. C'est un équipage de moins autour de moi et » je me tire aussi bien d'affaire qu'eux. »
A propos de cette estampe et de VObservateur distrait d'après Miéris , Diderot écrit dans son Salon de 1767 : « Il faut saisir tout ce qui sortira du burin de » celui-ci. Il est habile et travaille d'après les habiles. » Il a excellé dans les grands morceaux et il est pré- » cieux dans les petits sujets ; Wille a le burin net et » d'une sûreté propre à l'artiste. » Le prince de Kaunitz , en relation depuis longtemps avec le graveur, l'engagea à dérlier son estampe à l'impératrice Marie- Thérèse. Peu de temps après il recevait une bague de « diamants brillants superbes » en même temps qu'une lettre remplie d'expressions flatteuses.
Voici sa réponse, dont nous avons retrouvé le brouillon :
« Au prince de Kaunitz-Rittberg, chancelier de la » Cour de L. M. Imp. et Roy. d'Autriche.
» Le 9 août 1766. Monseigneur ,
» J'ai reçu par les soins de votre Altesse la bague >> dont Sa Majesté l'Impératrice-Reine a bien voulu » me gratifier. Rien ne pouvait être plus superbe et » plus digne de la munificence de cette généreuse et » indulgente princesse. Je la porterai comme une » marque d'honneur aussi longtemps que Dieu m'ac- » cordera mon existence et jamais je ne la pourrai » contempler sans en être touché et sans me rappeler » le plus heureux événement de ma vie que je ne » cesserai de publier avec cette effusion de cœur qui » seul sera la marque de gratitude dont je me sens » pénétré envers sa Majesté. J'ose même prier Votre
» Altesse de faire parvenir ce sentiment de reconnais- •-> sance jusqu'à cette grande princesse ! Mais Monsei- V gneur, que ne dois-je à votre Altesse qui, non seule- » ment a daigné me ménager l'accès du thrône, dans » mon éloignement, mais qui content de moi, y a bien » voulu protéger mes faibles talens et conduii^e le tout » à un terme si heureux, si avantageux et si honora- » ble pour moi ! Jamais, Monseigneur, cette action de » bienfaisance et de générosité ne sera effacé de ma » mémoire et cette sensibilité de mon âme sera » seule, j'en suis sur, le remerciment le plus agréable » que je dois lui offrir *. »
L'Observateur distrait (1766) avait été dédié au négociant Liénau, qui lui envoyait de Bordeaux de si bon vin de Grave ; le Concert de famille le fut au roi de Danemarck Christian VII. C'est une des plus belles pièces de l'œavre de Wille. L'exécution est savante et travaillée con amore , on peut le dire. Le tableau lui appartenait ; il l'avait eu à la dispersion de la collection de Jean de JuUienne, qui s'eflectua dans le salon du Louvre ;
Avril 1767 : « J'ai acheté à la vente du fameux » cabinet de M. de Jullienne un superbe tableau » de cinq figures , quatre hommes et une jeune » femme qui font de la musique. Ce tableau peint » par Schalken est un des plus beaux et des plus » considérables de ce maître, quoiqu'il n'ait que 21 » pouces de haut sur 17 de large. Je compte graver » ce bon tableau qui m'a coûté 2,500 livres trois » sols. »
1 Collection de feu E. Cotlenet.
Quelques jours après Wille commençait sa nouvelle planche. Son fils lui fit le trait et Daudet son élève en reporta le calque sur la planche. Il s'en occupa deux ans et ce n'est qu'à la fin de juin 1769 qu'il pouvait écrire sur son Journal : « M. Gutten- » berg a achevé l'inscription que j'ay fait mettre au » bas de ma nouvelle planche. Le titre est le Concert » de famille. Cette planche est la plus considérable » que j'aie faite. Elle m'a occupé deux ans et quatre » mois. Gela est presque un peu trop, mais aussi le » cuivre n'étoit pas trop bon ; au contraire, il étoit de » la plus mauvaise espèce et cela est très fâcheux. »
Vers 1770, Wille commença à travailler d'après les ouvrages de son fils. D'abord élève de Greuze et ensuite de Vien, Pierre-Alexandre Wille. formé par les leçons de ces hommes célèbres , encouragé et conseillé par son père qui l'avait fait dessiner d'après nature dès son jeune âge , ne put pourtant dépasser une honnête médiocrité ni se défaire d'une sorte de lourdeur native qui se retrouve dans ses dessins comme dans ses peintures. Nous avons souvent vu de lui d'importants dessins à la sanguine, très travaillés, mais auxquels il manquait toujours , ce semble, une fleur de grâce française ^ .
La Bonne femme de Normandie fut gravée par Wille père avec sa sagesse et sa régularité habituelles. Elle fut dédiée à son ami Meyer, négociant à
< Notons ici , en passant , que Wille fils a gravé assez lourdement le Petit Vaux-Hall, estampe in-fol. en hirt^eur.
Huber indique une Scène champêtre, essai d'eau-forte qui lui fut dédie par P. A. Wille, et dont il ne fut tiré qu'une épreuve.
Wille fils mourut vers 1815 dans une profonde détresse.
Hambourg; qui avait exprimé le désir d'avoir une dédicace. C'était à l'insu de tout le monde, paraît-il , que le graveur avait voulu reproduire le dessin de son fils, « de cette manière elle causa beaucoup de » surprise dans la maison lorsque je la montrai faite, » finie et prête à être mise au jour. »
Il lui donnait un pendant quelques années après dans la Sœur de la Bonne femme de Normandie : « Je l'ai achevé depuis peu, notait Wille, en mai » 1774, d'après le dessein que mon fils avoit réelle- » ment dessiné, d'après la sœur de la bonne femme , » et je l'ay dédié à M. De Besse, architecte-expert du » roy, qui est mon bon ami, »
La lettre suivante , légèrement dithyrambique, du graveur Gaucher, nous donnera la mesure de la flagornerie de ses contemporains :
« A Monsieur Wille , graveur du Roy, quay des » Augustins.
» Monsieur, il est bien satisfesant , pour un cœur » déUcatet sensible, de forcer le public, admirateur de » vos talens à partager ses éloges entre vous et Mon- » sieur votre fils. J'ay vu une épreuve de la nouvelle » planche que vous venés de graver et je n'ay point » été surpris de la sensation qu'elle m'a fait éprouver. » Rien n'étonne de votre part ! Vous avés acquis, » Monsieur, le droit de produire des chefs-d'œuvre. » Il me siérait mal de mêler mon suffrage avec celuy » des maîtres de l'art; j'admire et je me tais; je ne » peux cependant me refuser au plaisir de vous dire » ce que j'en pense; cette nouvelle production ajou- » terait à votre réputation, Monsieur , si quelque » chose pouvait l'augmenter.
» Qu'il est glorieux, pour Monsieur votre fils, de » voir les prémices de ses taleiis, dont il donne la » plus haute espérance, immortalisés par votre sça- » vaut burin ! Et que la surprise enchanteresse que >^ vous a dicté dans cette occasion l'amour paternel, » doit augmenter, s'il est possible, dans les cœurs de » votre aimable famille les sentimens si chers, si » purs, si tendres, que vous y avez fait naître et que » vous y perpétués à jamais.
» Envoyant la Bannie femme de Normandie, y ây » désiré d'en faire l'acquisition et j'ai commandé une » bordure pour elle ; je vous prie, Monsieur, de vou- » loir bien me faire l'amitié d'en choisir une belle » épreuve que vous aurés la bonté de remettre à la » fille et de luy en dire le prix ; je vous l'enverray ou » j'auray l'honneur de vous le porter moy-même et » de vous assurer de bouche des sentimens respec- » tueux et de la haute considération avec lesquels » j'ay l'honneur d'être très parfaitement... Votre » très humble, etc.
» Lundy matin, 11 juin 1770. Gaucher.
» Daignés permettre que Madame trouve icy les » assurances de mon profond respect et Monsieur » v^otre fils celles de mes très humbles civilités*. »
La postérité n'a pas ratifié l'admiration que professait Wille pour son modèle favori Diétrich : les compositions pseudo-historiques de ce peintre, ses scènes familières peintes avec mièvrerie sont bien inférieures aux petits chefs-d'œuvre des hoUandais. Quoi qu'il en
* Copie de cette lettre, qui a fait partie d'une des ventes Feuillet de Conches, nous a été communiquée par M. J. Guiffrey.
soit, Wille ne cessait de lui commander des tableaux pour lui et ses amis, et s'empressait d'en répandre la reproduction par toute l'Europe artiste. En août 1771, il termina, comme nous l'avons déjà dit tout-à-rheure, une nouvelle planche d'après ce peintre, qu'il intitula les Offres rècipi^oques ; c'est une marchande de gaufres ofl'rant sa marchandise contre argent à deux hommes du peuple, scène que l'on nommerait mieux à présent: Donnant, donnant. 111a dédia au prince Adam Czartoryski qui lui avait plus d'une fois rendu visite. Malgré de brillantes qualités de dessin et d'exécution, la régularité des tailles est réellement par trop accusée cette fois, et nuit à la satisfaction du regard. C'est au point que l'on dirait , en certaines parties, les paraphes moulés d'un maître d'écriture. Quant à son Agar présentée à Abraham par Sara, d'après le même Diétrich, tableau qu'il estimait singulièrement et qui faisait l'ornement de son cabinet, c'est une planche très travaillée mais loin d'être bonne. Wille evait fait venir de Londres un cuivre tout exprès pour ca travail. Sa vue baissait-elle, comme il s'en plaignait, ou le métal était-il réellement mauvais, toujours est-il, qu'ayant commencé le travail du burin , en mars 1773, il écrivait quelque temps après : « Je » viens d'abandonner la planche sur laquelle j'avais » commencé Sara et Ahrahain après plusieurs mois » de travail et cela uniquement à cause de la méchan- » ceté du cuivre. »
11 la reprit pourtant et la termina tant bien que mal en 1775; mais l'estampe est restée terne et brouillée.
Parmi les travaux de Wille , qui deviennent plus rares d'année en année, jusqu'au moment où il les
abandonne complètement pour ne s'occuper que du soin de ses collections, on trouve encore quelques planches sans importance : la Petite Écolière, d'après Schenau, la Maîtresse d'école, d'après P. A. Wille, dédiée au baron d'Alberg ; Bons Amis, d'après Ostade, dédié au baron de Thuramel ; le Repos de la Vierge, d'après Dietricy, dédié à M»' de Livry, évêque de Callinique, et la Mort de Marc-Antoine (1778), d'après Pompeo Battoni , grande pièce en largeur d'une régularité de tailles extrême et qu'on peut qualifier de désespérante. Elle est dédiée à Paul Petrowitz , grand duc de toutes les Russies. Quanta la peinture, c'était un cadeau de l'évêque Nicolas de Livry, en retour de la dédicace du Repos de la Vierge.
On l'a vu par les noms inscrits dans toutes ces dédicaces, les relations de Wille étaient nombreuses et choisies. Sa maison était, en effet, le rendez-vous des amateurs d'art, principalement des étrangers de distinction, qui tous, en arrivant à Paris , tenaient à honneur de rendre visite au graveur célèbre et d'admirer ses collections. Son Journal nous renseigne complètement Ik-dessus. A leur date sont mentionnées les visites d'amateurs français, du duc de Chevreuse, des chevaliers de Jaucourt, de la Tour-d'Aigue, de Damery, avec lequel il est intime et qui lui fait des présents jusqu'au jour où, ruiné, il est obligé de vendre sa collection de tableaux ; des MM, de Livry, ses amis intimes, l'un premier commis du comte de Saint-Florentin, et l'autre évêque inpartibus et abbé commandataire de Ste-Colombe, près de Sens ; du duc de La Vallière, du comte de Gramraont, accompagné de son gouverneur Cacault, du marquis de ni. 44
Gricourt, graveur-amateur, de M. de Longuerue, maire d'Amiens. Et puis c'est Mademoiselle Vigée, qui devait épouser bientôt le peintre-expert Lebrun, et jusqu'à Mademoiselle Clairon , "accompagnée de Gochin , qui veut son portrait en Médée de la main de Wille et qui se fait refuser.
Mais ce sont surtout les seigneurs étrangers qui affluent chez lui. Tour à tour, dans un espace d'une trentaine d'années, l'on voit frapper à la porte de ce troisième étage du quai des Grands-Augustins : le prince de Nassau , les princes de Schwarzemberg, l'électeur duc de Deux-Ponts, le comte de Briihl , « qui lui paraît bien aimable ». le prince d'Anhalt « qui reste une heure avec lui », les jeunes de Kaunitz, le baron de Dalberg, chanoine de Mayence et amateur de tableaux, le comte Podewils, le comte de Choteck, jeune autrichien qui aime les arts, toute la famille de Heinecken, les jeunes comtes de Reventlaw, le comte de Moltke, les comtes de Schulenbourg, de Zizendorf, de Harrach, de Lynar, de Waldener, de Dohna, de Salm , le prince Czartoryski , le prince Poniatowski, le prince Galitzin, le baron de Demidoff, le prince de Saxe-Weimar, « prince aimable , s'il en fut jamais », le comte de Reuss, le comte de Respani, le comte de Diesbach : tous seigneurs autriciiiens , prussiens, saxons, danois, russes, polonais, dont le graveur était très fier de recevoir les visites, notées toujours avec soin.
Souvent il conduisait ces nobles étrangers à l'Académie royale, ou bien leur faisait visiter les beaux cabinets d'alors, celui de M. de Julhenne ou celui de M. de la Live, les collections de tableaux de Blondel de Gagny
et de Randon de Boisset. Et puis c'étaient des gens moins titrés, mais tout aussi enthousiastes des arts et des productions du graveur qui venaient le voir : Bartsch, garde cUi cabinet d'estampes de l'empereur à Vienne, le chanoine Meyer, de Hambourg, et ses frères ; le grand éditeur de Londres Boydell , les graveurs anglais Smith et Byrne ; Grimm, qui lui proposait de graver la famille Galas, d'après Garmontelle : Gluck le musicien.
Sa correspondance n'était pas moins animée que sa maison. Ses relations d'amitié, ses relations d'affaires, la correspondance avec ses anciens disciples devenus ses amis, les commandes de tableaux, les envois d'estampes, les échanges de monnaies, — car Wille était numismate enragé, — les conseils qu'on lui demandait des quatre coins de l'Europe, tout cela lui prenait un temps précieux. Par exemple, il entretenait un échange constant de lettres avec son ami Vincent Liénau, négociant, originaire de Hambourg, et installé à Bordeaux, grand amateur d'estampes ; avec Ustéri de Zurich, à propos d'estampes et de monnaies ; avec le baron de Kessel, grand maître des cuisines de l'électeur de Saxe, avec M. de Lippert, curieux de Munich, avec le graveur-amateur et homme d'Etat de Hagedorn ; il montait en dessins et estampes la collection de l'évêque de Callinique, celle de Vinckler, banquier de Leipzig, dont la vente, par la suite, est restée classique ; il écrivait souvent au baron de Sandoz- RoUin, ministre de Prusse à Madrid, au prince de Kaunitz, àWinckelmann. qui lui adressait ses ouvrages, à la comtesse de Bentinck, au baron de Joursanvault, qui lui envoyait Prud'hon en le lui recommandant comme
un jeune peintre d'avenir. Il écrivait encore constamment à Fuessli , Fauteur de la Vie des peintres et graveurs, et à tant d'autres qu'il deviendrait fastidieux d'énnmérer.
La lettre inédite suivante adressée à l'un de ses amis, un des Livry, peut-être, et dont la date tombe dans la regrettable lacune de son Jouy^nal, donnera le ton de cette correspondance en même temps que des renseignements sur les ventes de tableaux en 1780 :
« Vous devez être étonné, Monsieur et noble ami, » démon silence ; mais nous étions absents : un de mes » neveux ayant acheté une terre seigneuriale à huit » lieues d'icy, et voulant faire voir son acquisition à V ses parents, je ne pouvois faire autrement que d'y » aller avec Madame Wille, et nous avons passé plus » de jours dans son manoir que nous ne devions faire ; » mais nous avons eu en récompense du tems perdu » bien du plaisir. Mon plaisir étant augmenté à notre » retour par un don gratuit que votre amitié inalté- » rable me fait accepter. Vous voullés donc, Monsieur » et noble ami que nous buvions éternellement à votre » santé ? Soit : c'est avec le plus grand plaisir du » monde et la reconnaissance la plus parfaite ! Je » partagerai selon vos instructions d'une manière » égale, avec mon fils, qui vous est singulièrement » attaché, ce vin qui doit être parfait puisqu'il n'y a » que vous qui en possédiez la clef. Qu'ils sont donc » malheureux les pauvres artistes, de ne posséder pour » faire sentir tant soit peu leur reconnaissance et par- » faite gratitude, que du papier ! Mon fils m'a remis, » vous priant de l'accepter, un dessin de sa façon, au » bistre, avec l'estampe qu'il a gravée lui-même, à la
"WILLE. 68ft
» pittoresque, d'après ce même dessin. J'y ai ajouté » un paysage colorié et fini comme Je n'en fais pas » souvent. Ce sont les ruines du château de Montfort- » l'Amaury. Je les ai dessinées l'année passée dans » mon excursion vers Dreux. J'espère que vous vou- » drez bien recevoir, avec la bonté que nous vous » connoissons, les dits dessins que je vais faire porter » au Coche, empaquetés entre deux cartons, nous » serions bien flattés s'ils pouvoient vous faire le » moindre plaisir !
» Vous me faites l'honneur de me parler de quel- » ques tableaux que vous voudriez placer honnête- » ment et selon leur mérite ; mais sincèrement et en » conscience je suis obligé de vous marquer que le » tems actuel n'est nullement favorable de les propo- » ser ni aux particuliers ni aux marchands, ceux-cy » en sont surchargés, et ceux-là où sont-ils devenus ? » Nos véritables amateurs , les de Julienne , Gagnât, » de Randon, de Gagny, prince de Conty et en der- » nier lieu , M. Poullain , sont morts, le duc de Choi- » seul , le comte de Baril et M. Lempereur ont vendu » leur cabinet dans le tems. Je les connaissois presque » tous particulièrement. Ils étoient remplis d'amour » et de feu lorsqu'on leur présentoit un beau tableau » etsçavoient le payer honnêtement, mais aujourd'hui » on remarque une froidure presque universelle et » plusieurs circonstances doivent en être la cause. Je » ne connois plus personne comme étoient ceux que » je viens de nômer. J'en ai bien entendu parler de » quelques nouveaux amateurs qui se sont mis sur les » rangs ; mais on m'assure que le tout va faiblement » et que les tableaux d'Italie se placent le plus diffici-
» lement étant déjà singulièrement tombés depuis la » mort du duc de Tallard. Comment faire , Monsieur » et noble ami ? le plus sage, selon moi , seroit de » garder vos tableaux jusqu'après la guerre. C'est en » pleine paix que les gens de goût et rich3s font des » acquisitions. Je possède moi-même un nombre as.sé » honete de tableaux et si la fantaisie me prenait » d'en faire jamais la vente, ça ne seroit certainement » pas à présont. Il auroit été consolant pour moi de » vous donner des nouvelles contraires à celles que » je vous donne, mais ma maxime est d'être vrai,
» Conservez-moi votre amitié et soyez sûr que per- » sonne ne vous sera plus attaché que celui qui est » véritablement. Monsieur et noble ami,
» Votre très humble et très obéissant serviteur,
» Wille.
» Paris, le 29 juin 1780. »*
Comme on peut le croire d'un homme à l'afiection aussi durable et aux relations aussi sûres, ses amis n'étaient pas négligés . Nous le voyons constamment correspondre avec Descamps à Rouen et Desfriches à Orléans, avec Schmidt resté jusqu'à la fin son plus vieil ami, avec Dunker à Berne, avec Christian de Méchel à Bâle, avec Schenau , auquel il s'intéressait vivement, avec Klauber, Preisler, Weisbrodt, Bause auquel il donnait des conseils, Schmutzer, etc.
Wille était lié avec une quantité d'autres artistes , avec Daullé, son premier maître , avec Cochin, son collègue à l'Académie, nommé en même temps que lui de l'Académie impériale de Vienne, avec l'abbé de
* Collection E. Cottenet.
Saint-Non, « toujours aimable à son ordinaire », qui lui adressait de Rome ses griffonnis. Il était l'ami de Massé, de Mengs , auquel il envoyait dans cette ville du carmin « le meilleur du monde » et des crayons rouges de Basan, du peintre Tocqué, de Chardin, auquel il achetait des natures mortes, de Roslin. qui lui proposait des portraits à graver, de Boissieu , auquel il prodiguait les encouragements , de Vivarès , graveur établi à Londres : « C'est un fort brave homme ; je l'aime ! ». Avec Mariette il faisait des affaires d'estampes, avec l'expert Lebrun des affaires de tableaux, avec Ryland, des affaires d'estampes pour le compte du roi. Il recommandait Ghoffard quand on lui demandait un bon graveur d'ornements et d'armoiries, Tardieu ou Chevillet pour les portraits, et servait aussi d'arbitre dans les contestations entre artistes ou amateui's : ainsi régla-t-il les différends entre Basan et Le Mire au sujet des Métamorphoses d'Ovide, entre Moreau et le chevalier de Mouradja, entre Cochin et le même Mouradja ; entre Lempereur et Miger, au sujet du portrait de Vien.
Wille professait une juste admiration pour le talent deGreuze et le lui prouva maintes fois en lui achetant des dessins , en lui demandant quelques-unes de ses têtes d'études, et en lui confiant son fils pour qu'il en fît un peintre. Ils allaient ensemble admirer au Luxembourg les peintures de Rubens et soupaient souvent l'un chez l'autre. Au jour de l'an , on envoyait Pierre- Alexandre porter à son maître une cafetière d'argent, ou bien l'on reconnaissait ses bons soins en lui offrant le recueil des portraits de Van Dyck , qui paraissait lui faire plaisir. On peut croire que le grand
peintre n'était pas en reste de politesses et de preuves d'amitié. Un jour que Wille avait été prié par la jolie Madame Greuze à venir un matin prendre le chocolat avec elle, quelle ne fut pas sa surprise quand Greuze, le faisant asseoir près de son chevalet commença son portrait : « L'ébauche en fut faite d'une manière » admirable et digne d'un Rubens ou d'un Van Dyck. » C'est ce portrait si ressemblant , fait en cinq séances et dont Greuze était resté satisfait , qui fut gravé par Muller : « Le 10 décembre 1763 , nous apprend » encore Wille, j'allay chercher mon portrait que ■» mon ami M. Greuze m'a fait d'une manière aussi » parfaite que généreuse , et comme ma femme et » toute ma maison ignoroient qu'il m'avoit peint , je » le fis paroître tout à coup. Cela fit le plus grand » effet du monde. Tous étoient surpris et contents au » suprême degré. Mon fils Frédéric s'écria, en sau- » tant selon son usage : Ah ! C'est mon papa ! C'est » mon papa ! Et mon fils aîné, revenant le soir du » couvent des Chartreux, où il dessine d'après les » tableaux de Le Sueur, ne le quitta pas pendant une » heure. Effectivement mon portrait est bien la meil- » leure chose que ce grand peintre a peut-être faite » jusqu'à présent. »
Et Wille ajoute qu'il alla le soir même porter à Madame Greuze une écuelle d'argent qui lui coûtait deux cents livres, Diderot qui connaissait bien l'artiste admirait aussi cette peinture : « Très beau portrait , » écrit-il ; c'est l'air brusque et dur de Wille ; c'est » sa raide encolure, c'est son œil petit, ardent, effaré, > ce sont ses joues couperosées. Comme cela est » coiffe ! que le dessin est beau 1 que la touche est
» flère ! quelles vérité et variété de tons ! et le velours, » et le jabot, et les manchettes ! »
Voilà bien l'homme bourru , mais bon , qui avait su se concilier de si solides affections. « Il était depuis » vingt-quatre ans mon ami », s'écriait le graveur à la mort de Daullé ; et à celle d'Ustéri : « Voilà trente » ans que je le connaissais », A la mort de Cochin : « Notre connaissance datait de cinquante-deux ans ! » ; et à la mort du gai Baader : « C'était un ami de » trente ans ! »
Le graveur, chez Wille, était doublé d'un collectionneur émérite, éclairé et passionné. Nous l'avons vu, dans son Journal, commander des tableaux à Dietrich, des gouaches à Wagner, des dessins à Greuze, des peintures à Roos, à Heilmann, des miniatures à De Peters, des dessins à Brandt, correspondre avec des numismates, et recevoir journellement en présent , en échange ou par achat , des monnaies d'or anciennes et modernes, envoyées par ses amis de Lippert , par ses anciens élèves Schmutzer, Klauber, Liénau, le baron de Kessel, par le médailleur Morikofer. Il suivait, en outre, toutes les ventes importantes où, par des achats bien choisis, il pouvait espérer enrichir sa collection de dessins ou de tableaux. Wille achète aux ventes de Remy des dessins de Greuze ; en 1761 , à la belle vente du comte de Vence, quelques tableaux pour lui, tout en remplissant les commissions de la margrave de Bade ; il assiste à la vente du trésorier de la marine De Selle, à la vente de Collin de Verraont, à celle de son ami Daullé ; il pousse des Terburg à celle de Gaillard de Gagny ; achète à la vente de Chauvelin le recueil de Crozat ;
à la vente après décès de Bouchardon, des estampes ; à celle de la Live, un magnifique dessin de Rubens. A la vente du comte de Sainte-Maure, par exception , il n'acquiert pas un seul tableau. « Il n'y en avait aucun, note-t-il, d'assez croustillant pour moi ». A la vente du sculpteur Slodtz, ce sont des dessins ; à celle de Madame de la Boissière, des Breemberg très finis. Il pousse jusqu'à 1,200 livres, à la vente du comte de Gaylus, mais sans pouvoir les obtenir, les dessins des cris de Paris par Bouchardon ; il suit encore la vente de Jullienne et en rapporte le beau Schalken qu'il a gravé et un Brauwer important. Les deux Berghem qu'il faisait graver par Daudet provenaient de la vente de Gaignat où nous le voyons pousser jusqu'à 3,000 livres un Mieris et jusqu'à 6,220 livres un Gérard Dow, qui lui échappent. De même, à la vente d'Huquier où tout se vendit « horriblement cher » , il poussa un dessin de Moucheron à 540 livres et un Ostade à 350.
Faut-il encore mentionner parmi ses achats, pour montrer la formation de sa collection, des eaux-fortes de Rembrandt à la vente Cayeux; un tableau de Boucher pour sa salle à manger, à l'inventaire de Baudouin ; le Repos de la Vierge, de Dietricy, qu'il a gravé , à la vente du duc de Ghoiseul ; le Couronnement d'épines, de Bolswert, à la vente Mariette ; un Poëlomburg, à la vente de l'Electeur de Cologne; nombre de dessins à la vente de Slodtz , . . . etc., etc. ?
Et puis l'heure fatale des réalisations arrive. Il y a longtemps qu'on a dit que tout collectionneur est doublé d'un spéculateur. Mais Wille doit-il être rangé dans cette catégorie? N'avait-il pas plutôt, ce qui arrive souvent, la satiété de ce qu'il possédait? N'avait-il pas
montré à toute l'Europe ses Terburg et ses Dietrich , épuisé pour eux les formules admiratives répétées jusqu'à l'écœurement? On se fatigue de tout. Toujours est-il qu'au mois d'octobre 1784, on trouve ceci dans son Journal :
« Comme j'ay enfin résolu de vendre tous les » tableaux qui composent mon cabinet de même que » les dessins que je possède en portefeuille, au nom- » bre d'environ quatre cents pièces, M. Basan destiné » à en faire la vente est venu tous ces jours-cy pour » prendre note des uns et des autres, notes néces- » saires pour composer le catalogue qui sera imprimé « tout de suite, car la vente doit avoir lieu au l*^"^ » décembre prochain. La défaite de toutes ces curio- » sites m'a fait quelque peine, mais enfin j'en ayjoui » depuis nombre d'années et il faut s'en consoler. Je » garde cependant tous les desseins de grands maîtres » encadrés dans mon cabinet de travail. »
Ce catalogue, fort rare, comprend 223 numéros et n'est désigné que par l'initiale W. La vente se fit le 6 décembre et jours suivants à l'hôtel de Bullion, dans la grande salle, et l'exposition eut lieu la veille, le dimanche 5. Wille écrit ce même jour :
« Je me rendis de grand matin à l'hôtel Bullion, » pour y voir pour la dernière fois mes tableaux et » mes desseins. Le tout y étoit distribué contre les » murs avec beaucoup de goût et d'intelligence, et » faisoit un effet merveilleux. J'avoue que cette vue » me causa quelque peine : je désirois presque que le » tout fût encore chez moi , ou du moins une partie, » c'est-à-dire les pièces tant en peinture qpi'en des- » seins que j'avois estimées et chéries le plus; mais
» enfin il n'y avoit pas à reculer. Lorsque l'affluence » des curieux, amateurs et artistes commença à faire » foule, je décampai seul. Mon fils qui m'a été fort » utile dans cette affaire, en vernissant singulière- » ment mes tableaux avant la vente, y étoit venu, » mais il y resta encore après moi. »
Wille faisait aussi vendre ses deux tables de granit oriental et une partie de ses porcelaines. Il ne donne pas d'autres détails sur sa vente, mais il est permis de supposer, le nombre des amateurs étant fort grand à cette époque , qu'elle réussit. On l'a vu , il avait conservé ses meilleurs dessins et la totalité de ses estampes. Après la mort de sa femme, Marie-Louise Deforge, qu'il avait épousée en 1747 et qu'il perdit en 1785, ce qui l'éprouva extrêmement : « Ce 29 d"oc- » tobre a été le jour le plus fatal et le plus malheureux » de ma vie ! etc.. », il se désintéressa de plus en plus de ce qui lui restait, et en décembre 1787 il vendait à l'hôtel Bullion la plus grande partie de sa collection d'estampes. «Sur bien des estampes, j'ay perdu, dit-il, » sur d'autres j'ay gagné, comme il arrive ordinai- » rement. »
Le vieil artiste s'occupe pourtant toujours de monnaies et médailles, car il a conservé cette sorte de collection comme celle lui tenant le plus à cœur, aussi à la vente considérable de l'ancien contrôleur de Boullongne acquiert-il encore quelques lots de médailles d'or et d'argent achetés de moitié avec le numismate Hauraont , et nous voyons qu'on lui en apportait de l'étranger, même au plus fort de la Révolution. Il est probable que cette collection ne fut dispersée qu'après sa mort.
Cette étude présenterait une lacune trop importante si nous n'envisagions pas Wille comme professeur de gravure. C'était au contraire un des titres dont il était le plus fier, et il avait raison de l'être. Se rappelant l'accueil qu'il avait reçu d'Hyacinthe Rigaud , il dut se promettre de ne pas rebuter les jeunes étrangers sans appui qui s'adresseraient à lui, et tint parole. Sa maison était toujours ouverte aux jeunes artistes, surtout aux allemands ses anciens compatriotes (cai* il avait obtenu en 1758 des lettres de naturalisation française) : aide, protection, secours, avances, leçons, commandes, ces jeunes gens trouvaient tout cela dans la maison hospitalière du quai des Grands-Augustins.
« L'honnête logis, l'aimable école d'art, la bonne » franc-maçonnerie allemande. Plaisante maison, la » maison de M. Wille ! Hospitalier marteau soulevé » quarante-trois ans par l'Allemagne et le Danemark » et la Russie ! Parcourez le Paris du XVIIP siècle et » vous ne trouverez ailleurs plus joyeuse hôtellerie » du travail et du gai compagnonnage, plus odorant » fumet de choucroute ! Et trouvez ailleurs belle » humeur semblable à la belle humeur de ces gros » garçons réjouis, les élèves de M. Wille, et dites » encore s'il est cheminées plus chargées et plus » encombrées pai* les jours de l'an que les cheminées » de M. Wille, et s'il est mains plus douces, plus » pieusement soigneuses pour les hôtes malades que » les mains de la femme de M. Wille V Et larmes de » reconnaissance pareilles aux larmes versées par les » vieux pensionnaires que délogent un à un, année » par année, les petits-enfants du grand-père Wille...
» Quel parfum d'artisanerie aisée s'échappe de là, » ainsi que des intérieurs dessinés par Chardin ! Et » quelle belle chose c'est, le bonheur et le bon sens » qui rient dans cette maison !
» L'hôtellerie bénévole est sous l'invocation du dieu » Terme. Qu'ils reviennent d'Allemagne ou d'Italie, » les habitués , les amis , les clients retrouvent la » même enseigne sur la porte, cet accueil joyeux de » Joseph, du vieux Joseph qui se réjouit des heureux » retours dans l'antichambre une minute avant son » maître. Rien n'est changé le seuil franchi : les clefs » des buffets, la clef de la cave à la ceinture , » Madame Wille est toujours la ménagère hollandaise » que Wille semble avoir épousée dans le tableau de » Terburg gravé par lui ; la bourse pleine a , comme » devant, de bons cordons qui font deux fois le tour » des écus ; mais nul des pensionnaires n'a pâti et » l'excellente face grasse et rouge des blonds alle- » mands montre qu'au logis, entre l'ordre et l'écono- » mie, l'aisance est toujours assise.* »
C'est dans cette maison si réputée, c'est dans cette excellente école que se sont formés une partie des bons graveurs de la seconde moitié du siècle et du commencement du nôtre : de nombreux compatriotes de Wille naturellement : Preisler, plutôt un contemporain et un ami qu'un disciple, Weisbrodt, Halm, les frères Guttenberg , Muller, Weirotter, Schmutzer de Vienne , Klauber, Chevillet qui devint le beaufrère de son maître; des italiens, Vangelisti, Gregori; des suisses comme Christian de Méchel, Huber, Zingg:
1 MM. de Goncourl : préface du Journal de Wille.
enfin beaucoup de jeunes artistes français , de Longiieil, Romanet, Daudet , Parizeau , Bourgeois de la Richardière, Dennel , Pierre-Alexandre Tardieu , Colibert ; et l'un des préférés, celui qui devait continuer intacte la tradition de la gravure classique enseignée par le maître, Bervic.
Non content de leur apprendre son art et de leur communiquer sa belle pratique du burin , Wille les suit dans la vie, les recommande, s'inquiète d'eux, leur écrit, les soutient de ses encouragements et de sa bourse. Sans compter qu'il les avait exercés au dessin en les faisant travailler d'après nature, dans ces promenades et excursions aux environs de Paris dont les détails amusants fourmillent dans son Journal. Quand revenait la belle saison, c'était une joie pour l'atelier de courir aux environs, professeur en tête, et là, de crayonner à force le paysage et les paysans. Dans un rayon fort étendu autour de Paris, pas un site qu'ils n'eussent visité, une ruine qu'ils n'eussent dessinée. Nous avons vu souvent de ces dessins largement touchés à la sanguine rapportés par Wille ou quelqu'un de ses élèves. Les environs si pittoresques de Lonjumeau et de Palaiseau étaient particulièrement explorés par eux ; tantôt la bande se dirigeait vers les ruines de l'abbaye Saint-Maur, tantôt vers la tour de Montlhéry ou du côté d'Arpajon. Sceauxles-Ghartreux avec son vieux château était aussi un de leurs buts favoris, ou bien la forêt de Mortcerf avec la rusticité de ses auberges. Que d'aventures; que de bonne humeur, surtout quand ce farceur de Baader était de la paiHie ! Et puis Us revenaient à la ville les cartons bourrés de croquis, trouvant bien souvent
venue à leur rencontre en voiture cette bonne Madame Wille qui recueillait les éclopés ; et après s'être ainsi retrempés dans l'air pur, maître et élèves reprenaient plus gaiement le lendemain les planches commencées.
Et que de bombances, de dîners et de soupers, où les pensionnaires avaient leur part, offerts aux amis, à la famille Desfriches, à Descamps, à Basan, aux anciens élèves quand ils partaient pour l'Allemagne chargés de commissions de toutes sortes, surtout quand on avait reçu les jambons ou les faisans de M. de Livry, les pâtés d'Amiens de M. Bourgeois, la sauerkraut de M. Eberts ou les paniers de vins d'Espagne de M. de Sandoz.
D'autres fois, on dinait chez les banquiers Papelier ou Eberts avec Flipart, Ghoffard et Chardin, ou bien chez M. de Damery, chez Blondel de Gagny, chez M. de Livry à Versailles, chez Basan dans son vieil hôtel delà rue Serpente, chez le graveur De Launay, qui offrait de vrais festins, sans compter les repas de noce et les baptêmes , et les dîners de grand apparat chez le directeur général des bâtiments et des arts, le comte d'Angiviller.
Ce qui avait fait la fortune de Wille en grande partie, c'était la vogue prodigieuse de ses planches et la vente considérable des épreuves. Loin de se borner à l'exploitation de ses estampes, il en avait commandé d'autres à ses élèves et les faisait exécuter sous ses yeux. Pour lui, peu à peu, il avait cessé de graver. Après des années d'interruption il reprit pourtant le burin, mais par dévouement paternel, on peut dire, et uniquement pour graver des tableaux de son fils. Deux compositions assez gracieuses de l'élève de
Greuze, les Délices maternelles et les Soins maternels, furent gravées en 1781 et 1784, et doivent représenter, suivant nous. Madame Alexandre Wille et son jeune fils qui n'a point vécu. On y retrouve toujours les mêmes qualités et les mêmes défauts. En 1779, il avait dédié le Sapeur des Gardes suisses au baron de Joursanvault, cet amateur beaunois qui lui envoyait de si bon vin deVolnay. Wille était depuis bien des années déjà en relations de bonne confraternité et de correspondance avec cet ami des arts, qui avait fondé chez lui une sorte de petit conservatoire où il hébergeait les jeunes talents près d'éclore. En lui envoyant des estampes, le graveur le renseignait sur un ouvrage qu'il se proposait de faire et qui devait être le dernier.
« Monsieur, en ce moment je fais mettre au coche » un petit rouleau en toile cirée contenant le pendant » des Délices maternelles sous ce titre : les Soins » maternels. J'y ai ajouté le Philosophe du temps » passé : de chacune deux épreuves dont une avant » la lettre que j'ose vous prier, Monsieur, d'accepter » avec indulgence et bonté et les ajouter aux précé- » dentés de mon œuvre.
» Actuellement, je fais mes dispositions pour quelque » chose de plus important où il y aura de l'action , du » mouvement et de l'expression , car je suis très las » des sujets paisibles et froids. Vous devés avoir lu , » Monsieur, dans les papiers publics qu'un maréchal » des logis quittant le service et passant pour s'en » retourner dans son pays par un bois où il entendit » les cris d'une fille que deux brigands venaient » d'attacher à un arbre, s'y rendit , la délivra et com- » battit l'un et l'autre avec une valeur extrême. Le