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» dernier eut la main coupée lorsqu'il étoit sur le » point de lui lâcher un coup de pistolet. Ce sujet » traité par mon fils est un des meilleurs tableaux » qu'il aura fait. Je le graverai dans une certaine » grandeur et après l'avoir terminé, je renonce aux » grandes pièces comme trop incommode à un homme » qui a la vue aussi basse que moi.
» Conservez-moi l'amitié dont s'est toujours glorifié » celui qui vous a des obligations et qui est enchanté » lorsque l'occasion se présente de pouvoir vous » assurer qu'il sera constament et de la manière la » plus distinguée de
» Monsieur le Baron
» Le très humble et très obéissant serviteur,
» Wille.
» Paris le 2 aoust 1784. » *
On lit d'autre part dans son Jownal. le 9 août 1784: « Mon fils m'a livré le tableau composé de quatre » figures que je lui avais commandé et représentant » le May^èchal des logis, etc. Ce tableau est beau et » bon et je me propose de le graver aussi bien qu'il » me sera possible. J'en fus si content qu'outre le >-» payement de 1600 livres que je lui ai fait, je lui fis » présent d'un cachet d'or que j'avais acheté et fait » graver à son chiffre exprès. »
Malgré tous ses soins le graveur, qui eut six ans la planche sur le chantier puisqu'il ne la fit paraître qu'en 1790 , n'a pu modifier le caractère théâtral et froid , malgré la violence de l'action , de cette
* Copie d'une lettre rie la collection Boillj, communiquée par M. J. GuiÔrey.
gauche et quasi -grotesque composition. C'était la médiocrité de la peinture qu'il n'avait pu vaincre, et ses efforts n'avaient abouti qu'à un travail d'une régularité insupportable.
« Novembre 1790 : Mon imprimeur m'a rendu toute » l'impression que je lui ay fait faire de ma nouvelle » planche représentant le Maréchal des logis, planche » que j'avois commencée en 1784 et dont le travail fut » quelquefois interrompu par des malheurs et accidents » imprévus et indépendaunuent m'a coûté un travail » immense, surtout le paysage tout gravé au burin, » m'a emporté un temps très infini , si bien que je me » propose de n'en jamais faire un second. Il faut des » bornes à tout. » Pauvre vieux Wille !
Le graveur avait obtenu du roi de Prusse la permission de lui dédier cette estampe, et comptait la lui présenter lui-même et profiter de l'occasion pour revoir son pays. 11 dut, nous ne savons pour quels motifs, renoncer à ce projet et se contenter d'envoyer dans de belles bordures, au premier ministre de Hertzberg, les épreuves de son estampe, avec prière de les mettre sous les yeux de Sa Majesté. Plus tard, Wille recevait en récompense une médaille d'or de la pai^t du roi et la patente de membre de l'Académie de Berlin.
Mais le temps n'était plus à la gravure de fantaisie , à la reproduction soignée d'un tableau de maître, mais à celle des scènes d'actualités, à la représentation des grandes journées. Les visites de personnages étrangers se faisaient également plus rares dans ces temps de passion politique. Wille assiste aux prodromes de la Révolution et ne paraît pas y être resté indifférent, d'autant que son fils Pierre-Alexandre avait été nommé
cominandant-chef du bataillon des Cordeliers. Il assiste de ses fenêtres à l'incendie du corps de garde du Pont- Neuf par le peuple ; il voit au Palais- Royal, le 14 juillet, les têtes du gouverneur De Launay et du prévôt des marchands au bout des piques , et va visiter la Bastille les jours suivants : « le dedans fait horreur à voir ! » Il assiste dans l'église des Cordeliers à la bénédiction des drapeaux des compagnies bourgeoises et il y entend parler Danton ; regarde partir la foule pour Versailles le 5 octobre ; accompagné de Baader, il voit ramener le roi ; de bon matin , le jour de la fête de la Fédération , il se donne la satisfaction de gravir les marches de l'autel de la patrie ; enfin le 21 janvier 1793, trop incommodé pour sortir, il voit passer de ses fenêtres les bataillons qui se rendent à la place ci-devant Louis XV — Pas un mot de regret d'ailleurs. 11 est vrai que, le 15 juillet suivant , l'ex-graveur du Roi va voir dans l'église des Cordeliers le corps de « l'infortuné et malheureux Marat , » si indignement assassiné. »
Mais n'insistons pas sur ces détails étrangers à la gravure : disons seulement encore que Wille assista aux séances orageuses de l'ancienne Académie si âpre à soutenir ses prérogatives contre les novateurs introduits dans son sein, et qu'il relate ces discussions avec force détails. Ce n'est pas la partie la moins intéressante de son Journal, qui finit par la mention du sacrifice qu'il dut faire de ses patentes des Académies de Paris, de Rouen, d'Augsbourg, de Berhn, de Vienne, de Dresde, etc.. sur l'autel de l'Égalité.
Jean-Georges Wille mourut en 1807.
C'est à Charles Le Blanc, l'auteur du Manuel de
VAmateur d'estampes, qu'est dû le Catalogue de Vœuvre de J.-G. Wille, publié en 1747 à Leipsig , et contenant 170 articles.
Le portrait de Wille a été gravé : par Muller d'après Greuze, in-fol.; par Bause, d'après Halin ; par P. -G. Ingouf, profil d'après Wille fils; par Rode, d'après Schmidt, petit ovale; parKauke, d'après le précédent; par l'abbé de Saint-Non , montrant une estampe à un apprenti (1771).
Avant de donner un catalogue de ses estampes et de ses portraits , nous ferons comme pour l'œuvre de Schmidt cette remarque générale : que si toutes les pièces de Wille, ou peu s'en faut, sont signalées comme existant avant la lettre, les épreuves de cette qualité sont d'une rareté si exceptionnelle qu'il ne faut point compter en rencontrer beaucoup dans sa carrière de collectionneur. On sera donc forcé de s'en tenir, en général, à de belles épreuves avec la lettre.
ESTAMPES
1 . La Mort de Marc-Antoine , d'après P. Battoni , 1778 ; in-fol. en
largeur.
2. Agar présentée à Abraham par Sara, d'après Dietrich, 1775 ; in-fol.
en largeur.