Canova , d'après Appiani , 1810; in-4 en couleur
39. Portraits et planches pour Collection des portraits des grands
hommes, femmes illustres et sujets mémorables de la France : Duguay-Trouin , le maréchal de Belle-Ile , D'Assas , Forbin , Montcalm , comte de Vaux, Fontenelle, etc.
(1) C'est ici le lieu de signaler deux petites pièces rarissimes, gravées en couleur dans le genre de Sergent , mais anonymes ;
Louis XVI, coiFFé DU BONNET ROUGE, in-18 rond , finement gravé, avec la
légende : Louis X YI , Roi des Français, Couvert du Bonnet de la Liberté. La même pièce, mais d'un dessin un peu différent, gravure moins fine. Légende : Louis XVI , Roi des Français, Couvert du Bonnet de la Liberté que ta Nation lui présenta le 20 Juin 7792. — Rue de la Bucherie n" 26.
SÉRY (Paul-Ponge -Antoine ROBERT DE).
Ce peintre-graveur nous paraît devoir être rangé dans la classe des amateurs . bien qu'il ait peint des tableaux pour les couvents et que la mission dont le chargea Grozat de diriger la publication du second volume du recueil connu sous le nom de Cabinel Crozat, concurremment avec le comte de Caylus, n'ait peut-être pas été absolument gratuite.
Quoi qu'il en soit, on trouve dans la deuxième partie du recueil parue en 1729, un certain nombre de reproductions de Périno del Vaga , Raphaël , Bagnacavallo, Baglioni , Passari , avec cette mention : gravé à Veau-forte par P. P. A. Robert, peintre de Mgr le Cardinal de Rohan , et en bois sous sa conduite par N. Le Sueur.
Robert de Séry est l'auteur d'un excellent petit portrait à l'eau-forte. Joseph Villey^mè « qui a excellé à sculpter les crucifix ». On doit regretter qu'il ne se soit pas appliqué plus souvent au genre du portrait.
Les SIMON.
Sans parler de Pierre Simon , élève de Nanteuil , graveur de portraits du XVIP siècle , nous trouvons trois graveurs du nom de Simon :
Jean Simon , né en Normandie vers 1670 , qui pratiqua d'abord en France la gravure au burin , s'établit en Angleterre et adopta le procédé de la manière noire. Kneller lui fit graver quelques-uns de ses portraits. Il mourut à Londres en 1755.
Pierre Simon le jeune , dessinateur et graveur au pointillé, d'origine française, a gravé, vers 1785, deux scènes de Tom Jones, d'après Downman, et Credulous lady and Astrologer. C'est lui qui fut, croyons-nous, le maître de Jean Godefroy. Plusieurs estampes de Pierre Simon , gravées au pointillé , ont été publiées en France au commencement du XIX'' siècle et portent la mention déposé à la Direction impériale.
Un troisième Simon , né à Paris vers 1759 , et mort vers 1817 , est , avec Goiny, le graveur de la suite de figures très médiocres qui ornent les Fables de La Fontaine en 6 volumes, in-12, de 1787, édition connue des bibliophiles sous la déjioraination elliptique de Fables de Simon et Coiny.
SIMONET (Jean-Baptiste).
Il est vraiment regrettable que les renseignements biographiques sur Jean-Baptiste Simonet fassent complètement défaut , car cet artiste est , parmi les graveurs de vignettes, un des plus vaillants : dès 1767, il fait partie de la remarquable phalange des graveurs des Métamorphoses d^ Ovide , et un demi-siècle plus tard nous allons retrouver encore le vieux Simonet reportant sur le cuivre , d'une main toujours ferme , les dernières illustrations échappées à Moreau septuagénaire.
Et non-seulement il fut l'un des plus infatigables , mais aussi l'un des plus habiles, témoin ses nombreuses vignettes d'après Moreau , son dessinateur de prédilection, et ses estampes d'après Baudouin, dont il fut, avec Ponce et Nicolas de Launay, un des graveurs préférés.
Le Danger du tête-à-tête , peint à la gouache par Baudouin , gravé par Simonet , est une des plus agréables parmi ces estampes aux titres émoustillants, aux sujets légèrement risqués , que Diderot , dans ses jours d'austérité , déclarait propres au boudoir d'une petite maîtresse , à la petite maison d'un petit maître ,
et faites pour de petits abbés, de petits robins, de gros financiers ou d'autres personnages « sans mœurs ni goût ». Il est vrai que, dans l'espèce , la gouache originale a appartenu à M"'" Testard, danseuse à l'Opéra, mais, franchement, il s'en faut que la donnée de cette composition ait été de nature à ajouter à la corruption d'une société qui n'avait plus grand chose à apprendre sur ce chapitre : une chambre élégamment meublée ; point d'autre lumière que les reflets d'un bon feu flambant dans la cheminée ; dans le mystère de cette demi-obscurité, une jeune femme écartant de la main un adorateur à genoux qui la supplie de n'être point cruelle. Et c'est tout. Ya-t-il là de quoi pousser les hauts cris ? Quoi qu'il en soit, au point de vue de l'art du graveur, il faut admirer la légèreté de main de Simonet et le talent particulier avec lequel il a su rendre le piquant effet d'éclairage cherché par Baudouin.
On doit également louer l'exécution de la Soirée des Thuileries , une des belles pièces de l'œuvre de Simonet. d'après une gouache de Baudouin qui appartenait à M. Boyer de Fonscolombe. Mais , cette fois , n'analysez pas de trop près les détails de la composition. La nuit , dans le jardin des Tuileries , un jeune homme assis sur un banc , et debout , près de lui, une jeune femme assez élégante. C'est fort bien. Mais les vêtements du monsieur ne sont point trop en ordre ; mais la dame remet son gant , mais elle est prête à accepter quelques louis qu'on lui tend d'un air dégagé. Précisément , un nuage passe sur la lune qui semble se voiler la face ; elle n'a pas tort , car ceci est trivial et d'un goût suspect.
L'estampe de Rose et Colas représente une scène de
SIMONET. o51
la comédie de Sedaine et Monsigny, au moment où Colas , apportant un bouquet , chante , en présence de Rose qui se cache , le fameux air : C'est ici que Rose respire.
Deux pièces célèbres signées du nom de Simonet sont le Modèle honnête et le Couche de la mariée , toujours d'après Baudouin, terminées par notre artiste sur des eaux-fortes de Moreau le jeune.
La gouache du Modèle honnête avait été exposée en 1769, et le sujet en avait paru plaisant : le public se portait en foule devant ce petit tableau , au haut duquel était écrite la devise Quid non cogit Egestas ? et s'amusait de voir cette jeune fille toute nue , effarouchée, devant ce peintre qui commence à esquisser ses traits sur la toile. C'était apparemment tout ce que voulait Baudouin. Mais , comme il y a des gens grincheux qui ne sont jamais contents. Bachauraont, dans son Salon de 1769, éprouve le besoin de disserter gravement sur les intentions du peintre : « On demande , » dit-il , l'' comment concilier la résistance du modèle » avec l'ouvrage déjà commencé sur une toile qui an- » nonce plusieurs heures de séance ? 2** quel rôle fait » la vieille qui embrasse et serre la jeune personne ? » Est-ce une matr(jne qui la force au rôle qui semble » lui répugner ? Est-ce sa mère qui la surprend . au » contraire, dans cette attitude, et voudrait la dérober » à ce métier infâme? L'humeur qu'on découvre dans » les replis de cette figure ignoble annonce-t-elle » sa douleur de trouver une fille dans une pareille » posture ? Ou l'auteur a-t-il voulu rendre une femme » méchante , fâchée que sa fille ne se prête pas à ses » vues ? Enfin qui concerne la devise ? Est-ce la mère.
» est-ce la fille ? Les regarde-t-elles toutes deux ? » Nouvel embarras. . . » Le Mercure de France n'y regardait pas de si près ; en annonçant la gravure, en juin 1772 , il déclare que la composition est des plus agréables et des plus ingénieuses, et ajoute : « On re- » marque surtout avec intérêt la louable répugnance » que témoigne à se voir nue au milieu de l'atelier où » la misère la conduit pour servir de modèle. » Naïf , le Mercure !
Si les tableaux de Greuze donnaient matière à force dissertations et faisaient couler des flots d'encre , les gouaches de Baudouin , on le voit , n'étaient pas sans provoquer aussi bien des discussions. Sous ce rapport, aucune n'a approché du Couché de la mariée. A peine peut-on dire que le sujet en soit léger. « La mariée, » dit le Mercure de France , est représentée dans le » moment que, soutenue par sa mère, elle va se mettre » au lit. Un reste de pudeur qu'elle fait paraître » semble donner un nouveau prix aux faveurs qu'elle » est prête à accorder. Son jeune époux s'est saisi » d'un de ses bras et , un genou en terre , lui jure un » amour éternel. Toute cette scène respire une vo- » lupté douce et pure. La chambre où elle se passe » est richement ornée. Des femmes qui s'empressent » de servir la mariée donnent du mouvement à la » composition » Donc, rien d'extraordinaire.
Eh bien , c'est à propos de ce petit tableau , sans autre prétention que celle d'amuser un instant, et dont l'élégance et l'agrément semblent lui avoir complètement échappé , que Diderot éprouve le besoin de monter sur ses grands chevaux , de chercher midi à quatorze heures , et de morigéner à tort et à travers :