‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 93 sur 193 · SIM ON ET · texte numérisé non relu

SIM ON ET

« Monsieur Baudouin , faites-moi le plaisir de me dire » en quel lieu du monde cette scène s'est passée ? » Certes , ce n'est pas en France ; jamais on n'y a vu » une jeune fille bien née , bien élevée , à moitié nue , » un genou sur le lit , sollicitée par un époux en pré- » sence de ses femmes qui la tiraillent... La petite » mine chiffonnée de la mariée, l'action ardente et peu » touchante du jeune époux , ces indignes créatures » qui entourent la couche , tout me représente un » mauvais lieu. Je ne vois qu'une courtisane qui s'est » mal trouvée des caresses d'un petit libertin et qui » redoute les mômes périls, sur lesquels quelques-unes » de ses malheureuses compagnes la rassurent. Il ne » manque là qu'une vieille. » Il nous semble que s'il y a une imagination déréglée en ceci, c'est plutôt celle de Diderot que celle de Baudouin. Le grand argument du critique , c'est qu'il préférerait voir ce sujet traité par Greuze , qui , pour sûr, aurait choisi l'instant précédent, celui où un père, une mère envoient leur fille à son époux. Il se délecte à l'idée de la tendresse , de l'honnêteté , de la délicatesse que son ami aurait déployées , et de la vaiiété d'expressions qu'auraient montrées les frères , les sœurs , les parents , les amis , les amies ! « Quel pathétique n'y aurait-il pas mis ! » Ce raisonnement n'est pas concluant : acceptant les œuvres des artistes comme ils nous les donnent, nous estimons qu'il est heureux d'avoir le Couché de la mariée par Baudouin et non par Greuze , précisément parce que celui-ci , qui n'aurait pas manqué d'y introduire le grand vieillard à longs cheveux et la vieille mère larmoyante , en eût fait tout autre chose ; et quant à l'idée de Diderot, qui veut faire intervenir ici m. 86

les frères , les sœurs et la ribambelle des parents , des amis , des amies , et pousser tout ce monde au pathétique parce qu'il s'agit de remettre une jeune fille à son époux , cette idée , disons-nous , est plus près du grotesque que du sublime et frise le vaudeville.

Vous croyez peut-être que c'est fini ? Loin de là. Tout à coup Diderot , pris d'une sainte indignation , enfle la voix et s'écrie : « Artistes, si vous êtes jaloux » de la durée de vos ouvrages , je vous conseille de » vous en tenir aux sujets honnêtes. Tout ce qui » prêche la dépravation aux hommes est fait pour être » détruit. » Là-dessus , une interminable tirade : la probité par ci, l'honnêteté par là ; quelle compensation y a-t-il entre un beau tableau , une belle statue et la corruption d'un cœur innocent ? 11 suffit d'une estampe malhonnête entrevue par hasard pour faire rêver ma fille et la perdre. . . , etc. , etc.

Ces déclamations outrées , cette colère à froid ne trompent personne, et quand Diderot, enchanté au fond de trouver un prétexte honnête de s'étendre complaisamment sur les estampes de Jules Romain pour l'Arétin , sur le groupe du Satyre et de la Chèvre, sur le petit Priape d'Herculanum , sur le désir qui doit fatalement venir à tout homme de bien de détruire , de mettre en pièces ces chefs-d'œuvre corrupteurs , en arrive à conclure que « les incriptions infâmes dont la » Vénus aux belles fesses est sans cesse barbouillée » dans les bosquets de Versailles , tant d'actions dis- » solues avouées dans ces inscriptions , tant d'insultes » faites par la débauche même à ses propres idoles , » insultes qui marquent des imaginations perdues , un » mélange inexplicable de corruption et de barbarie ,

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