‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 94 sur 193 · SIMONET. 6(W · texte numérisé non relu

SIMONET. 6(W

» instruisent assez de l'impression pernicieuse de ces » sortes d'ouvrages », quand il déclare solennellement que cela n'arriverait pas si l'on rencontrait dans ces bosquets « les statues de Turenne ou de Catinat », il ne fait aucune dupe, et chacun se dit que cet accès de vertu effrénée est de la comédie pure , qu'une pareille sortie au sujet de l'inoffensif Couché de la mariée est hors de saison , que Diderot n'en pense pas un traître mot , et que l'auteur des Bijoux indiscrets est ici singulièrement tartuffe pour un athée.

La violence même de l'attaque prouve que la gouache de Baudouin avait un réel mérite et obtenait un succès considérable. Actuellement, le Couché de la mariée est considéré , à juste titre , comme une des plus agréables , peut-être même comme la plus agréable estampe de l'école française * .

Simonet, avons-nous dit, l'a signée; mais, répétonsle , c'est véritablement Moreau le jeune qui l'a gravée,

1 Tout récemment , un collectionneur d'autographes bien connu a perpétré une petite brochure tout exprès pour anathématiser le Couché de la mariée et le goût des estampes de l'école française, qu'il appelle *' un funeste produit de l'enseignement clérical •>. Quelles étranges choses la rage de mettre la politique partout ne fait-elle pas dire! Franchement , on ne s'attendait point à rencontrer le cléricalisme en cette affaire. Ainsi , l'on ne pourra collectionner les estampes du XVI II*^ siècle sans être considéré ipso facto comme un élève des Jésuites 1 Si Voltaire eût connu cette situation , quel joli chapitre pour Candide !

Le piquant de l'histoire, c'est que cette charge à fond de train contre les gravures du XVIII'' siècle a été motivée par le prix exorbitant obtenu en vente publique par une eau-forte du portrait de M""*' Du Barry gravé par Gaucher. Or, l'auteur de la brochure possédait lui-même \^au risque de passer pour clérical à ses propres yeux) la seconde eau-forte jusqu'à présent connue de ce fameux petit portrait , et il sut très bien , avant d'écrire sa brochure indignée, céder cette épreuve. ... à un prix tout aussi extraordinaire que celui qui l'avait si fort mis en colère

comme le Modèle honnête : Simonet n'a fait qu'accentuer l'eau-forte de Moreau par une reprise générale au burin , son travail respecte et laisse parfaitement deviner celui de l'aqua-fortiste. On ne peut que louer Simonet de cette délicatesse de main. Elle dut plaire surtout à Moreau, et c'est évidemment à cette occasion qu'il se lia avec Simonet , et que depuis il lui confia travaux sur travaux, comme on le verra en jetant un coup-d'œil sur le catalogue qui suit. On remarquera notannnent , que ce fut Simonet qui grava le morceau de réception de Moreau à l'Académie, Tullie faisant passer son char sur le corps de son père, composition froide et ennuyeuse s'il en fut, du reste.

Les qualités de Simonet sont celles de toute cette remarquable école de graveurs : légèreté unie à la fermeté, clarté , correction du dessin , respect absolu du modèle à traduire. Si le modèle est inachevé ou peu fait, les graveurs le rectifient, le complètent et le mettent au point avec un goût incroyable. Si , au contraire , les dessins sont très finis , ce qui est le cas pour ceux de Moreau , la reproduction est d'une fidélité pour ainsi dire mathématique , ligne pour ligne , point pour point , le graveur ne change ni une mèche de cheveux , ni une feuille. Bien des fois , nous avons fait le rapprochement des dessins originaux et des gravures, le résultat nous a toujours étonnés. Ajoutons que Simonet faisait lui-même ses eaux-fortes.

Simonet a tenu ferme le burin jusqu'à un âge très avancé et fut un des graveurs les plus employés par Renouard. Né en 1742 , il avait plus de soixante-dix ans quand il signa les vignettes de Moreau pour Corneille, en 1813.

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