CAR. S
burin. Il faut citer aussi le portrait du généalogiste Pierre d'Hozier , ceux des peintres Boucher et Cliardin et de la femme de ce dernier , Marguerite Pouget , de l'éditeur Prault , et surtout la grande estampe de Marie Leczinska.
Deux portraits de Laurent Cars sont célèbres , et à
» plus riches qui soient sorties des mains de 1 eminent artiste que nous » avons perdu naguères.
a II nous faut pourtant adresser quelques critiques à l'heureux pro- » priétaire de tant de merveilles , trouver le défaut de sa cuirasse et i> faire un peu d'ombre à ce tableau enchanteur. Ce bibliophile délicat » nous semble s'être tenu à certaine distance du XVIIIe siècle et de ses a gracieuses productions. C'est un procès de tendance que nous lui n faisons, car dans ce genre comme dans les autres, les objets qu'il peut o montrer le laissent presque sans rivaux. Néanmoins, il est certain que « l'amateur sérieux, l'élève de Potier et de Brunet, a souvent considéré « dédaigneusement les gentilles folies signées Eisen , Moreau et Maril- « lier. Cette froideur, excusable pour les poésies souvent insipides « qu'elles décorent, s'explique d'autant moins qu'il possède plusieurs des » séries de dessins originaux dues à ces artistes, et des plus importantes : » quoi qu'il en soit , les lacunes auxquelles nous faisons allusion seront » promptement comblées, et l'on peut facilement se consoler, dans ce bril- « lant parterre de fleurs magnifiques, de l'absence de quelques bleuets, ■> Ajoutons que notre XVIIIe siècle est , malgré les préférences du propriétaire , grandement représenté dans cette bibliothèque ; il suffira de citer les dessins de Boucher pour Molière , d'après lesquels ont été exécutées les belles gravures de Cars et Chedel ; la plus grande partie des dessins de Gravelot pour le Decameron de Boccace; ceux des Baisers , par Eisen ; des Fables de Dorât , du Cabinet des Fées , des Voyages imaginaires et des Œuvres de l'abbé Prévost, par Marillier ; des Œuvres de Racine, par de Sève; des Contes de Voltaire, par Monnet ; des Œuvres de Voltaire suite de Renouard), par Moreau ; et enfin l'incomparable suite des Œuvres de Jean-Jacques Rousseau, in-4, la plus belle série qui existe en fait de dessins de Moreau, depuis l'anéantissement de ceux du Voltaire de Kehl , et la dispersion du Monument du Costume.
Voilà ce que peut offrir, en fait d'illustrations, un amateur un peu froid peut-être pour le XVIIIe siècle. Que les plus ardents fanatiques de la vignette en montrent autant !
310 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE
juste titre, ceux de la danseuse Camargo, d'après Lancret , et de Melle Clairon dans le rôle de Mèdèe. C'est sur l'ordre du roi , qui désirait l'offrir à l'actrice, que ce grand portrait fut exécuté d'après la peinture de Carie Vanloo et c'est Cars qui fut chargé de le graver. 11 s'en acquitta à merveille , comme on peut le voir, pour tout ce qui est costume et accessoires , mais il ne put arriver à réussir la tête ; on vint alors supplier de terminer cette planche le graveur Wille, qui rapporte en détail l'entrevue : « 2 février 1763. » Melle Clairon, accompagnée de M. Cochin, vint chez » moi. Ils firent tous deux ce qui est possible pour m'en- » gager à faire le portrait de cette fameuse actrice dans » la grande planche que grave M. Cars, d'après M. Vanloo » où elle est représentée en Médée et dont la tête a » déjà été effacée quatre fois. Je me suis défendu » longtemps malgré les discours séduisants et les éloges » de l'un et l'autre. La planche resta chez moi, mais le » lendemain , j'allai chez M. Cochin lui représenter » qu'il m'était impossible de faire la tête à cause de ma » vue trop courte pour pouvoir atteindre au haut de » cette planche, et le résultat fut que je lui envoyai la » planche au retour de chez moi. »
Le portrait fut alors confié à Beauvarlet, qui le termina à la satisfaction générale , et les deux artistes le signèrent. Nous avons vu au cabinet des estampes une des épreuves d'essai de ce portrait. La tête légèrement gravée au pointillé d'eau-forte, alors que tout le reste est terminé, ne nous semble pas, à cause de la préoccupation du graveur de conserver la ressemblance , avoir le degré de fureur nécessaire au masque de Médée : ce serait d'après
une note manuscrite anciemie,l'état de la planche auquel Cochin aurait touché lorsque Gars eut renoncé à la finir. Quant au portrait de la Ca?nargo , d'après Lancret , la danseuse est représentée esquissant gracieusement un pas dans un paysage peuplé de jeunes musiciens. Cette jolie estampe est ornée de ces vers :
Fidèle aux lois de la cadence, Je forme au gré de l'art les pas les plus hardis;
Originale dans ma danse, Je puis le disputer aux Datons, aux Blondis.
Ce portrait ainsi qu'un autre de Melle Salle, par de Larmessin, avaient tenté les contrefacteurs et d'assez médiocres reproductions en furent faites. Le conseil privé du roi , sur la demande de Nicolas Lancret, l'auteur des peintures, décida que les estampes contrefaites chez les nommés Sirois (beau-père de Gersaint) , Limosin , Gaultrot et Radigues , tous marchands-imagers seraient confisquées au profit du peintre et condamna les copistes à une petite amende (9 juillet 1731).
Cars fut un des artistes choisis par Cochin pour graver les dessins d'Oudry dans l'édition des Fables de La Fontaine de 1755. Nous relevons son nom au dessous des illustrations des fables ci-après : le Lion et le Chasseur, VAne portant des Reliques , le Meunier, son Fils et VAne , le Cierge, la Perdrix, VEnfouisseur et son Compère, V Araignée et V Hirondelle , il figure encore sur deux des meilleures pièces du même livre VHymènée et V Amour et les Poissons et le Berger qui joue de la flûte, compositions dans le goût de Boucher et très-remarquablement gravées.
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Gars a aussi collaboré quelque peu à la gravure des peintures de Lebrun pour la Galerie de Versailles , entreprise dirigée par J. B. Massé. Nous relevons six pièces dans son œuvre , destinées à cet ouvrage , dont une commencée par Liotard a été terminée par lui. Dans les deux plus importantes , la Guerre contre T Espagne et la Paix d Aix-la-Chapelle , se trouve la figure de Louis XIV.
Il faut encore rappeler de Laurent Gars quelques grandes pièces gravées d'après De Troy , peintre pour lequel il a travaillé; Bethsabêe au bain, Suzanne et les Vieillards, ï 'Evanouissement d 'Esther. Lesplancbes gravées de ces deux compositions se retrouvent à la vente après décès du peintre (1764). La première fut adjugée pour 292 et la seconde pour 306 livres.
Le tableau de Chardin représentant une Dame qui joue de la serinette à son serin , et qui appartenait à Abel Poisson, marquis de Marigny a aussi été gravé par notre artiste.
Gars a été un excellent maître et il a formé quelques bons élèves , Flipart , Beauvarlet , Saint- Aubin , Claude Jardinier, Cbedel, Pasquier, etc., mais il eut le tort d'abandonner de bonne beure ses travaux de gravure pour ne s'occuper presqu'exclusivement que du commerce des estampes ; c'est ce qui explique le nombre relativement restreint de pièces qui composent son œuvre. Il a laissé la réputation d'un homme d'esprit. Sa conversation, assure Gaucher , était fort intéressante et il fut très-regretté de ses amis « dont il faisait les délices. »
Les portraits qui ont été faits de lui ne contredisent pas cette assertion. Tous les amateurs connaissent
l'énergique portrait du graveur, exécuté par Miger d'après le pastel de Peronneau. La physionomie un peu tourmentée mais intelligente et fine est également bien rendue dans le profil de Cochin, gravé par Augustin de Saint-Aubin.
Laurent Gars est mort le 14 avril 1771.
Indiquons brièvement les pièces les plus intéressantes de son œuvre.
ESTAMPES