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La Malheureuse Famille Calas, la mère, les deux tilles

le fils, son ami le jeune Lavaysse, et la vieille servante Jeanne Viguère. — Estampe gravée par Delafosse, in-fol. en largeur.

Cette estampe bien connue, ornait l'alcôve de Voltaire, s'il faut en croire le Déjeuner de Ferney, pièce gravée par Masquelier et Née, d'après Denon.

33. Pas de deux tiré du second acte de l'opéra de Sylvie, p&r D.\UBERVAL

et M elle Allart. — Gravé par Tilliard ; in-fol. en largeur.

34. La Bouquetière, petite pièce in-8 , gravée par Carmontelle

d'après Boucber.

35. L'Imbécile d'Argentan , profil d'un jeune paysan atteint de créti-

nisme, gravé par Châtelain ; in-8.

36. Deux espèces de déguisements de bal masqué intitulés : Projet d'un

habillement d'homme, — et Projet d'un habillement de femme à la grecque qui ferait bien de l'honneur au goût. — In-8 , non signé.

CARRÉE (Antoine).

On doit à cet élève de Janinet et de B. L. Prévost , d'après lequel il a gravé plusieurs morceaux : le Bon Enfant, la Bonne Fille; quelques portraits en couleur pour les Costumes et annales des grands Tlièâtres de Paris (1787) entre autres celui de Gardel le jeune.

Carrée a gravé au lavis , d'après le dessin de B. L. Prévost , le portrait de Jacques-François Cher eau. Le petit-fils des graveurs François et Jacques Ghéreau est représenté assis dans un cabinet orné de portraits encadrés et regardant une estampe avec le sérieux d'un connaisseur.

On signale encore une Etude de Bienheureux gravée à la sanguine qui n'est autre que le portrait de Louis XVI, et une Étude de grand homme pour la quelle il s'est servi de la tête du Premier Consul (an IX).

Carrée a encore gravé d'après Chéry , Julien , Freudenberger, Bouilliard. On a de lui des Principes de dessin, Cahiers de menuiserie d'après de La Londe (8 pièces) et une Vue perspective de la Fontaine des Innocents (1790) in-fol. en largeur.

CARS (Laurent).

Le remarquable graveur des figures de Molière dessinées par François Boucher, Laurent Cars, était le petit-fils d'un peintre de peu de notoriété , Jean Cars et de Marie Firens , fille du graveur bien connu de ce nom. Son père Jean-François Cars , graveur à Lyon, vint au commencement du XVIIIe siècle s'établir à Paris. Où et à quelle date est né son fils Laurent ? Mariette, généralement bien informé, le fait naître à Paris en 1699 , mais presque tous les biographes lui donnent Lyon comme patrie, tout en hésitant entre les dates de 1699 et 1703. Pour nous , Laurent Cars est né en 1699 , puisque dans son acte d'inhumation du 15 avril 1771 , ses trois neveux Quillau déclarent qu'il était âgé d'environ 72 ans. Enfin nous le croyons né à Lyon et non à Paris , à cause de ce fait qu'un portrait de Louis XIV, signé /. F. Cars del. et sculp. Lugd. est daté de 1701. Or Jean-François Cars travaillant encore à Lyon à cette date et la date de 1699 étant établie pour la naissance de son fils, il est vraisemblable que c'est dans cette ville que Laurent Cars est venu au monde. Ce portrait nous fixe également sur l'arrivée à Paris de Cars le père, qui doit être placée à la fin de

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1701, car il est à vendre à cette date, chez son auteur, rue de la Savonnerie (près des Gobelins).

Jean -François Cars avait , comme graveur de Lyon , exécuté beaucoup de portraits de personnages de la région , principalement d'ecclésiastiques. Ceux du jeune Prince de Dombes , du Baron de Flèchères, de l'archevêque de Lyon Neufville de Villeroi , et de celui de Besançon François de Grammont, en font foi. Il s'efforce alors de marcher sur les traces d'Edelinck et de Nanteuil, mais il leur est fort inférieur et son outil n'a , ni dans les chairs ni dans les étoffes , la légèreté et l'habileté des remarquables graveurs ses contemporains. Quand il vint se fixer à Paris , il produisit encore quelques portraits , mais ceux-là beaucoup plus habiles et plus largement traités; ceux du Cardinal de Polignac d'après Rigaud et de Poncet de la Rivière , évêque d'Angers (1722) marquent l'apogée de son talent.

Toutefois sa grande affaire était l'exploitation d'un fonds de gravures de thèses , dont il s'occupa jusqu'à la fin de sa vie l. C'était alors l'usage , quand on concourait pour obtenir les diplômes de docteur en théologie , jurisprudence , littérature, etc., de présenter les sujets sur lesquels roulaient les thèses dans des compositions allégoriques magnifiquement gravées et les plus grands peintres comme les graveurs les plus habiles ne dédaignaient pas d'associer leurs noms à celui du candidat. C'est ainsi que pour la Questio Thcologica soutenue par Armand, prince de

* II existe un Catalogue des sujets de Thèses formant le fonds général de M. Cars. Paris, 1T71, in-8.

Rohan-Ventadour , un des beaux spécimens du genre, la composition est de Le Moyne et la gravure de Laurent Cars , qui a donné une grande tournure aux figures de l'Étude et de la Religion.

Cars le père prenait beaucoup d'aides et d'élèves pour cette besogne et c'est dans ce milieu que grandit le jeune Laurent. Pourtant on le destinait à la peinture et on le fit même entrer chez le peintre du roi Christophe ; il y faisait de rapides progrès , mais son goût le portait de préférence vers la gravure, qu'il avait vu pratiquer dès son enfance , et c'est elle enfin qu'il choisit. Il s'y était préparé par de fortes études : « Étant tout jeune encore, rapporte Gaucher *, il » dessina d'après nature à l'Académie de Saint-Luc, se » mit sur le rang , chaque fois qu'il y eut concours » pour les médailles et remporta la première : mais » plusieurs années s'étant écoulées sans qu'on en » distribuât aucune et cette académie ayant un trop » grand nombre de couronnes à décerner , décida que » tous ceux qui avaient gagné le premier prix concour- » roient ensemble et qu'un seul vainqueur le rempor- » teroit. Cars rentra dans la lice et triompha de ses » rivaux. »

Ses débuts dans la gravure d'estampes furent ceux d'un maître. Le peintre Le Moyne, qui se trouvait être l'ami de sa famille , et dont il avait reçu les leçons à son retour d'un voyage en Italie, fait en 1723 avec le receveur général des finances Berger , avait exécuté , inspiré sans doute par les souvenirs de l'école bolonaise, un tableau représentant le sujet d'Hercule filant

1 Dictionnaire des artistes de l'abbé de Fontenai (1*776).

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auprès cVOmphale. Désirant le faire reproduire pour en offrir l'épreuve de dédicace à son compagnon de voyage , il s'adressa à Laurent Gars , qui grava d'un faire large et facile , cet agréable sujet qui rappelle les compositions analogues du Guide et l'estampe fut dédiée Studioso et perito artium œstimatori , François Berger.

Laurent Cars grava aussi, vers la même époque , d'après un tableau inspiré dans le même voyage à Le Moyne , une toute charmante Iris entrant au bain i , au bas de laquelle est inscrit cet avertissement :

Craignez pour votre cœur le plaisir de vos yeux.

Andromède délivrée par Persée , tableau du même maître, peint sous les mêmes préoccupations de l'école italienne , est gravée avec plus de facilité encore et d'habileté. C'est du reste une partie importante de l'œuvre de Laurent Cars que sa reproduction des tableaux du précurseur et du maître de Boucher et c'est sous la direction même du peintre qu'elle fut exécutée. François Le Moyne est un des vrais initiateurs de l'art du XVIIIe siècle ; mélange de grâce et de réalisme, il ne choisit pas toujours ses types au point de vue de la distinction et de l'idéal , mais si ses figures d'hommes sont souvent lourdes et communes , ses types de

1 Les tableaux de Le Moyne , Hercule et Omphale et Iris sortant du bain, furent vendus 1,600 livres à la vente Gaillard de Gagny (1782). — Ils atteignirent , ainsi que d'autres du même peintre , des prix beaucoup plus élevés et que l'on croit fictifs , à une vente faite sous le nom de la Reynière en 1792 , et reparurent après le décès de cet amateur en n9~ L'Andromède délivrée par Persée, qui s'y vendit encore 1,200 livres, ne se vend plus, à la vente de Sainte-Foix en 1811, que 280 francs.

femmes, quoique maniérés , ont de la grâce et de la souplesse , et puis il a jeté sur tout cela une couleur harmonieuse et fondue qui faisait un heureux contraste avec le dur aspect des peintures du siècle précédent. Ces harmonies de couleur sont bien difficilement rendues par la gravure , aussi faut-il savoir gré à Laurent Gars, d'avoir conservé le mieux possible à son modèle ses qualités maîtresses , tout en gardant cette liberté d'interprétation qui lui est propre. « Ses plan- » ches, ainsi que l'aiort justement écrit Lempereur *, ne » sentent point la sujétion d'un graveur copiste , mais » elles semblent l'ouvrage d'un même artiste qui aurait » conçu et exécuté le sujet. »

On peut appliquer cette appréciation très-juste au Cèphale enlevé par V Aurore , d'après la belle composition du même Le Moyne et au sujet bien connu de Watteau , les Fêtes Vénitiennes 2, où le graveur a rendu à miracle la finesse des types et la facilité des attitudes du maître de Valenciemies. Mais combien ne sera-t-elle pas exacte pour caractériser l'un des meilleurs et des plus importants ouvrages de Laurent Cars, les figures des Comédies de Molière , d'après les dessins de François Boucher (1734).

Cette belle suite de 32 estampes, que par une inexplicable omission, le principal manuel de l'amateur d'estampes de notre époque a passée sous silence , est gravée de ce faire large et simple qui caractérise le

1 Dictionnaire manuscrit des artistes, au Cabinet des Estampes.

2 Le tableau de Watteau, les Fêtes vénitiennes, se vendit 2,615 livres à la vente Julienne (nOT); 3,000 livres vente Randon de Boisset (1TO), et seulement 399 livres vente Closs (1812). L'École française n'était pas en faveur !

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talent du graveur, et se trouve être l'un de ses meilleurs ouvrages. Le style mâle et hardi de Laurent Cars, son burin large et expressif à la fois étaient bien faits pour séduire les peintres ou les dessinateurs dont il avait à interpréter les œuvres. Les dessins de Boucher spécialement, si spirituellement mais si largement crayonnés, ont trouvé en lui leur véritable traducteur, respectueux de l'esprit et de l'intention du maître. Les pièces de Y Ecole des Maris , des Précieuses Ridicules , de la Critique de V Ecole des Femmes, du Sicilien, de Tartuffe , du Bourgeois Gentilhomme , peuvent être comptées parmi les plus réussies. Il est à remarquer aussi combien l'expression de chaque physionomie s'y trouve rendue d'une façon juste et suivant l'intention du dessinateur et même, on pourrait dire, suivant l'esprit de Molière. Le graveur a eu l'heureuse idée , bien que ce fût peu l'usage alors , de faire tirer quelques épreuves de chacune des planches lorsque son travail n'était pas terminé , et se trouvait à l'état d'eau-forte (terme impropre ici puisque les estampes terminées sont gravées presque uniquement à l'eau-forte) et ces précieuses épreuves dont quelques suites sont parvenues jusqu'à nous (collections Rœderer, J. de Rothschild * ) , montrent encore mieux la hardiesse savante et l'habile interprétation du graveur. Il est

1 La collection de M. James-Edouard de Rothschild n'est pas seulement ce qu'on appelle un Cabinet , un choix de quelques beaux livres ; c'est une véritable Bibliothèque, un de ces vastes ensembles dont aucune partie n'a été négligée , quelque chose comme la symphonie du livre exécutée par quelques milliers d'instrumentistes , nous voulons dire de volumes. Pour continuer ce parallèle musical , on comparerait le XVe siècle et le XVIe à Y introduction ; les majestueux classiques du grand siècle à Vadagio ; le XVIIIe, venant ensuite apporter sa note vive

juste d'ajouter toutefois que tout l'honneur ne lui en revient pas tout entier, car plusieurs de ces épreuves d'essai portent le nom de Chedel.

C'est le 31 décembre 1733 , à l'âge de trente-deux ans , que Laurent Gars fut reçu à l'Académie Royale, sur le portrait du sculpteur Michel Anguier et sur celui du peintre Sébastien Bourdon, d'après Rigaud, planche

et gaie, correspondrait au menuet et au scherzo; enfin les livres du XIXe siècle feraient naturellement l'office de finale.

Dans l'hôtel de l'avenue de Friedland , deux salons , décorés d'anciennes boiseries de style Louis XIV, sont entièrement occupés par des bibliothèques qui renferment une des collections les plus riches et les plus choisies qui soient.

Un fin connaisseur, délicat appréciateur des choses de la bibliophilie, a bien voulu jeter pour nous sur le papier se? impressions sur cette magnifique collection, et nous nous empressons de profiter de cette bonne fortune en lui laissant la parole :

« Commencée il y a vingt ans à peine , cette bibliothèque , composée » non-seulement de livres précieux , mais aussi d'excellents livres de >i travail , s'augmente avec rapidité. Ce qui la rend surtout remarquable,

* c'est le choix essentiellement délicat qui a présidé à sa formation , et » dont le propriétaire vigilant ne se départ jamais. Un ouvrage n'entre » ici qu'avec la plus grande difficulté ; on lui fait subir un examen >i minutieux , et s'il est jugé digne de la maison , le voilà catalogué. Il » est juste d'ajouter qu'il ne sortira plus, que le public des ventes ne le « reverra plus , et que seuls les amis bibliophiles pourront le toucher. » En revanche , il se trouvera bien casé et en bonne compagnie ; il « jouira de soins exceptionnels , on lui mettra même un abat-jour de a taffetas vert s'il a la vue un peu faible.

n Sans plaisanterie, M. de Rothschild , en véritable amateur, entoure •i sa collection d'une sollicitude qui devrait servir d'exemple. Les monu- » ments qu'il possède méritent les égards qu'il leur accorde , et cette » recherche de sa part ne l'empêche nullement de prodiguer ses trésors n aux personnes qui peuvent les apprécier. Oserons-nous soulever un

• instant le rideau qui défi-nd des rayons du soleil et des regards pro- >i fanes tant de vénérables volumes. Saluons d'abord , rangée en bon » ordre , toute la chevalerie errante ou pseudo-historique : en avant c brave Lancelof du Lac, étincelant Méliadus, vertueux La Tour, et toi

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énergique et originale. Il avait antérieurement gravé quelques autres portraits. Celui de l'évêque de Luçon Roger de Bussy-Rabutin , signé L. Cars filius ad vivumpinxit et sculpsit (1724), semble être un de ses premiers ouvrages en ce genre et montre qu'il tenait encore à cette date le pinceau en même temps que le

« aussi , cher Olivier de Castille ! Si tu es prisonnier, la bataille a été » rude , et ta rançon vaut celle d'un roi. Non loin de ces ancêtres fabu- » leux se déploie la phalange du XVIe siècle avec ses étonnantes séries » de plaquettes gothiques et de pièces uniques sur l'histoire de France. « Faut-il citer, parmi les grandes raretés littéraires, les parties originales o de Gargantua et de Pantagruel , le Marot de 1532 , la Louise Labié » de 1555 et sa cousine Pernette ? Nous n'irons pas plus loin , nous ne »■> qualifierons pas les merveilles qui foisonnent sur ces rayons ; il nous i semble aussi que les épithètes laudatives atténueraient la majesté ue « ces noms et de ces dates. Cependant nous ne pouvons passer sous n silence la réunion des pièces originales et des premières éditions col- » lectives de nos grands classiques français. Corneille, Molière, Racine 'i et Regnard tiennent là d'une façon imposante le rang qui leur est dû. » Les reliures, avons-nous besoin de le dire, sont en rapport avec les

* grands- 'rioins des auteurs et la rareté des ouvrages. Le Gascon s'est

• surpassé en reliant la Vie du Cardinal de Bérulle , dont l'ornemen- « tation au pointillé est féerique. Les Boyet , les Dusseuil , les Padeloup » et les Derôme sont représentés par leurs meilleurs ouvrages , égale- ■> ment parfaits dans un simple appareil ou dans leurs habits d'arlequin. « Ces harmonieuses mosaïques recouvrent d'ailleurs des livres du plus » haut intérêt : un splendide exemplaire , par exemple , de Daphnis et » Chloc de H18, avec les gravures du Régent de France Philippe •i d'Orléans. Un seul de ces livres serait l'honneur et la gloire de la « collection d'un bibliophile , M. de Rothschild a eu le goût intelligent >■> de les accaparer : qu'il en reçoive nos félicitations, d'autant que tout » à l'heure nous lui chercherons noise. Auparavant , nous tenons à ter- « miner ce qui touche à la reliure par cette dernière observation : Les « reliures modernes ne jurent pas trop avec les anciennes ; toutes sont " signées Trautz-Bauzonnet , c'est dire qu'elles unissent à un goût « délicat et soutenu dans le choix des couleurs et l'agencement des « dessins, une solidité et une exécution parfaites. On en compte environ n un millier, dont trois cents sont doublées et plusieurs incrustées de » maroquin de couleur. Ces trois cents reliures sont les plus belles et les

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