‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 54 sur 141 · DART0L0ZZ · texte numérisé non relu

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gravure et prévenir les contrefaçons. Une première Impulsion fut donnée à cette partie de l'art par des français qui s'établirent à Londres, tels que Baron , François Aliamet , et quelques élèves de Le Bas.

« Cependant de riches amateurs , ne pouvant se » dissimuler la supériorité de la France dans les arts , » et impatients de s'affranchir de l'espèce de tribut » qu'ils lui payaient , avaient déjà déterminé plusieurs » de leursjeunes compatriotes à venir étudier à Paris.

» Ils formèrent à Londres une Société particulière » pour l'encouragement des arts , des manufactures et » du commerce , qui distribua fréquemment des prix » en argent ou en médailles aux jeunes dessinateurs et » sculpteurs , aux graveurs au burin , à l'eau-forte ou » aux graveurs en médailles. On rappella de Paris les » élèves anglais qui s'étaient perfectionnés dans » les ateliers de Lebas , les Thomas Major, les Ingram, » les Ryland , les Robert Strange. Le goût des arts » commençait à être bien marqué en Angleterre vers » la fin du règne de George II ; il y devint plus vif et » presque général sous son successeur George III qui, » à son avènement , en 1760, montra de la prédilection » pour tous les talents qui pouvaient ajouter à la gloire » du nom anglais. Il réunit les meilleurs peintres et » artistes anglais, qui avaient étudié en Italie et en » France, R.eynolds , West, Brown, Strange, » Ryland et autres , il les accueillit avec familiarité et » libéralité , il appela des talents étrangers déjà » estimés , Zucarelli , Gipriani , Bartolozzi , Angelica »KauiIman, Loutherbourg. L'Académie Royale lut ^> l'ondée, et installée, le 2 janvier 17G9, sous laprési- » dence do Reynolds.

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» Quand les Anglais crurent leurs arts assez perfec- » tionnés , qu'ils se virent un nombre de graveurs » formés par les Ryland , les Strange , les Byrne et » les Vivarès , et que l'émulation de ces artistes fut » animée par les talents de Cipriani et de Bartolozzi , » ils s'occupèrent des plus vastes entreprises de la » gravure. Le gouvernement accorda des primes pour » ce genre d'exportation , et chargea les estampes » françaises de droits énormes. Des souscriptions » s'organisèrent pour des gravures patriotiques , la » mort du général Wolf , le combat de la Hogue , les » voyages de Cook et de Bank. Cet enthousiasme » s'éleva au plus haut degré lorsqu'il fut question de » graver l'estampe de la mort de Lord Chatham , » grand adversaire de la prospérité de la France. La » souscription monta d'abord à 90,000 francs pour en » commencer la gravure , confiée à Bartolozzi en » 1778 , et les souscripteurs ayant retiré leurs exem- » plaires , le produit de la planche lui fut , dit-on , » abandonné en grande partie. De pareils élans sont » bien faits pour exalter l'art et stimuler un artiste... »

Si nous reproduisons les lignes qui précèdent avec complaisance, c'est qu'elles sont empruntées à un Essai sur la gravure , placé en tête du Dictionnaire de Basan , et dû précisément à la plume d'un des plus célèbres graveurs d'illustrations, Chofïard. Nous trouvons là une occasion toute naturelle de faire connaissance avec le style de cet ornemaniste sans égal, lorsque , exaspéré « par ces efforts d'une astucieuse » rivalité » (il écrit au commencement de ce siècle , ne l'oublions pas), il s'exclame :

« Il ne faut pourtant pas croire que les Anglais aient

» réussi à égaler nos artistes dans la peinture d'his- » toire ni dans la gravure de ce genre , ils se sont bien » servis de nos maîtres , ils se sont heureusement » étayés de quelques talents étrangers , ils sont parve- » nus à créer des talents parmi eux , mais ils n'ont pu » ravir la flamme du génie qui vivifie tous les arts en » France. A les entendre, ils ont toujours eu sur nous » l'avantage de consacrer plus particulièrement les arts » à la gloire et à la prospérité nationale. Mais nous » pouvons faire voir que de ce côté-là, nous les avons » encore devancés. Le génie de nos premiers artistes » fut consacré autant à honorer les grands hommes de » la France qu'à orner les premières productions de » son goût naissant. »

Et notre Choffard , s'échaufïant de plus en plus , termine par cette déclaration très-caractéristique :

« On a vu de tous temps les beaux-arts se réunir à » l'urbanité française pour couronner les grands » talents, soit militaires , soit pacifiques. Le Français » aime à mêler les myrthes aux lauriers ; on le voit » élever des trophées à des héros , et contempler avec » intérêt chez la moderne Aspasie les plus illustres » contemporains de l'auteur du Misanthrope applau- » dissant à ce chef-d'œuvre dramatique. »

Pour parler plus simplement que Chofiard , quelque talent qu'ait eu Bartolozzi , le mérite de ses procédés sommaires a été beaucoup surfait, ses estampes notamment , sont monotones , médiocres et très-inférieures à celles des burinistes anglais formés par Le Bas , Wille ou Ravenet , mais il faut bien reconnaître la vive impulsion qu'il a donnée à l'art de la gravure en Angleterre , dans les dernières années du xvm(' siècle,

et l'influence qu'il a exercée par contre-coup sur notre art national. Soit nécessité de subir le joug de la mode , soit désir de montrer qu'ils savaient égaler les Anglais , nombre de graveurs s'adonnèrent au pointillé , qui fut très-pratiqué à l'époque de la Révolution par les Copia, les Roger, les Gazenave, les Chaponnier, etc., etc. La manière pointillée se termine de nos jours par les petits portraits d'Hopwood. C'est la fin de ce genre , secondaire il est vrai , mais que l'école de Bartolozzi a fait briller momentanément d'un vif éclat.

Membre de l'Académie Royale , graveur en titre du Roi d'Angleterre, Bartolozzi, était arrivé à la célébrité. 11 était accablé de travaux , qu'on lui payait à grands prix. De nombreux élèves venaient se former auprès de lui. Les amateurs , collectionnant son œuvre , s'arrachaient ses productions ; l'un d'entre eux, s'attachant à réunir ses épreuves dans différents états , payait des prix « extravagants » pour avoir une estampe inachevée ; sa plus grande joie était d'obtenir « un portrait avant la figure ». Le nom de ce collectionneur mérite d'être conservé ; il s'appelait Baker ; nos modernes amateurs d'emix fortes pures se reconnaîtront en lui.

Un recueil de l'œuvre de Bartolozzi fut vendu 1,000 1. st. Si l'on tient compte de la valeur relative de l'argent , on trouve que cette somme représente de 50,000 à 75,000 fr. de notre monnaie.

En 1806 , appelé par le Roi de Portugal , Bartolozzi vint se fixer à Lisbonne, où il mourut en 1813. Infatigable , il gravait encore à l'âge de 82 ans , une grande planche du Massacre des Innocents et commençait ,

à 85 ans , un Saint Jérôme , d'après Le Corrège , que Muller a terminé en 1821.

Parcourons rapidement son œuvre considérable , renvoyant pour des nomenclatures plus étendues à Le Blanc qui , dans son Manuel , a donné une liste de sept cents pièces à l'article Bartolozzi.

Les productions de Bartolozzi peuvent se classer en quatre groupes :

I. — Les estampes forment la principale partie de l'œuvre. Ce sont pour la plupart de grandes pièces de mythologie ou de théologie chrétienne et des allégories, d'après les Carrache , le Guerchin , Gipriani et Angelica Kauffmann. C'est dans ces pièces surtout qu'on sent la pauvreté et la faiblesse du procédé ! Quelle monotonie ! Beaucoup de pièces ne dépassent pas le format in-4 et même in-8, une Madone, d'après Carlo Dolci , Cornélie, mère des Gracques, en couleur; la Muse comique et la Muse tragique, 2 p. — des Bacchanales d'enfants , Venus et les Grâces , le Triomphe de la beauté et de V amour, le Sacrifice à V amour , Vénus et Adonis , le Premier baiser de V amour, Psyché au bain , Jupiter et Junon , TJw libéral fair, le Jugement de Paris, la Religion, l'Humilité, V Adoration, la Foi, V Espérance, la Prudence, V Harmonie, la Musique, les Beaux- Arts, la Beauté, V Histoire, la Paix nourrice des arts. Hamlet et sa mère , Roméo et Juliette, la Mort de Cora ; Danton et Délia , Céladon et Amelia , Sophia et Olivia , Renaud et Armide, la Mort de Clorinde , les Amusements de VÊté, enfant couché avec sa poupée.

Tout cela est très-médiocre et affadissant.

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IL — Les portraits de grand et de petit format tiennent une place importante dans l'œuvre qu'ils contribuent puissamment à relever. Citons , par exemple, Lord Chatham, William Pitt, le Comte Camclen, le Comte Chesterfield, Sir Henry Clinton, Lord Heathfeald , Lord Longboroug , Lady Apsley , les Princesses Marie, Sophie et Amélie, G. Lansdown, Van der Noot , la Duchesse de Devonshire , la Rosalba , d'après elle-même , Angelica Kauffmann , la Comtesse Spencer , la Duchesse de Kingston, dans le costume d'Iphigénie qu'elle portait à un bal masqué en 1749 ; un très-remarquable portrait de V Archiduchesse Marie-Christine , sœur de Marie-Antoinette , édité à Vienne par Artaria , — deux profils connus sous le nom de la Beauté de Si-James , la Beauté de St-Gilles ; — les actrices Elisabeth Farren et Bellamy, les musiciens Giardini, Bach et Haendel, les cantatrices Borghi et Allegranti, l'éditeur d'estampes Vicira, le peintre Richard Cosway et Madame Cosway , et, d'après les Cosway, M iss Eyre,Mistress Harding , Elisabeth Merry , Miss Ponsomby , Harriet vicomtesse Bulkeley , et Mistress Abington, actrice en renom, couronnant le buste de Shakespeare. Ces derniers portraits font particulièrement bien apprécier l'expression ravissante que le graveur donne aux têtes de femmes , l'air vif et distingué des physionomies, le charmerépandu dans ces productions; Ton a dit que si le Corrège avait mérité le surnom de peintre des grâces , Bartolozzi pouvait en être nommé le graveur.

III. — Les vignettes de Bartolozzi sont très-peu nombreuses ; un titre pour des Sonates , de C. Bach ,

quelques culs de lampe et têtes de pages pour des ouvrages anglais , notamment pour une édition in-fol. des Saisons, de Thompson, une dizaine de pièces d'après Loutherbourg et Moreau pour Shakespeare , d'après Cipriani pour Métastase, et les figures dos chants 1, 2, 10, 11, 19, 24, 35, 3G, 40 et 43 de VArioste de Baskerville.

Une remarque à faire au sujet de ces dernières vignettes, c'est qu'on ne peut les rencontrer à l'état d'eau-forte, et même, sauf la première, avant la lettre. L'exemplaire de Renouard , que nous avons entre les mains , ne les contient qu'avec la lettre , (quoi qu'en dise le Catalogue de la Bibliothèque d'un amateur) , tandis que toutes les autres figures y sont doublées de leur avant lettre et de leur eau-forte. Dans cet exemplaire, nous avons trouvé, en regard de la figure du chant 43, une note manuscrite assez curieuse. « Bartolozzi , surchargé de travaux , était toujours en retard pour la livraison de ses planches. Un jour , Cipriani entra chez lui , comme il gravait précisément cette figure, il l'accabla de reproches sur sa lenteur ut son inexactitude, et s'emporta jusqu'à l'appeler Asino pollrone : Bartolozzi ne répondit rien , et, sans lever la tête, inscrivit les mots sur la planche, au milieu du tombeau. » Ils y figurent en effet.

IV. — Les pièces de Bartolozzi les plus intéressantes pour les amateurs de vignettes sont sans contredit ses billets de bals et de concerts ; la plupart de ces petites compositions sont de Cipriani et les sujets en sont empruntés à la mythologie, Apollon, Apollon et Daphnè, Apollon et Mercure , Orphée et Eurydice, Vénus et les Grâces, Vénus Anadyomène , etc.

Nous en connaissons une quarantaine :

M. Fiervilles Bail, 3 sujets différents.

Sçavoir- Vivre. Masquerade, 18 mai 1775.

Tlie Bail at the Mansion House , 17 avril 1775 , Tlie right Hon. John Wilkes , Lord mayor.

Subs-Masq. Ranelagh, 14 juin 1776.

Wynstag Tlieatre , 1785.

Professional Concert. 1789 , first night , Hanover square.

Grand Professional Concert. 1791.

Concert ofancient vocal and instrumental music.

Puis des billets pour les représentations au bénéfice d'artistes italiens établis à Londres ; Borghi , Dragonetti , Savoia , Tenducci , Salpietro , Banti ; il en existe au moins dix au nom du violoniste compositeur Giardini, qui fît sa fortune en donnant des leçons et des concerts, la défît en prenant l'administration du Théâtre Italien , et alla mourir misérablement en Russie.

Citons encore une petite pièce , semblable à un exlibris , et portant le nom de Joshua Reynolds.

BASAN (Pierre-François,).

Transportons-nous par la pensée dans cet hôtel do la rue Serpente, si longtemps occupe par Basan et sa maison de commerce. On doit entrer, ce nous semble , dans une cour un peu triste et , après avoir monte quelques marches , on se trouve dans la haute boutique où se vendent, rangées dans de larges portefeuilles , toutes ces grandes estampes gravées par Basan lui-même ou par les nombreux graveurs attachés à son établissement. C'est mademoiselle Basan , c'est Grigny, son fils cadet, ou bien encore quelqu'apprenti graveur qui vous présentera au plus juste prix les figures des Métamorphoses d'Ovide, épreuves avant la lettre , choisies avec soin , ou bien quelqu'exemplaire du Cabinet Choiseul et de la Collection Poullain. Par côté se trouve la salle de vente où Basan met sur table les objets qui lui sont confiés , tableaux, estampes et curiosités. Montons au premier : voici l'atelier des élèves ou mieux des graveurs attachés à la maison et qui travaillent pour le maître , car Basan ne fait guère d'élèves; auprès est son atelier particulier, son cabinet où se trouvent disposées en bel ordre, dans une galerie que nous montre une petite estampe de

408 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE.

Choffard, toutes ses collections d'estampes, de tableaux et de dessins , dont les pièces préférées sont accrochées aux murs. Et puis c'est un va-et-vient continuel d acheteurs , de graveurs rapportant leurs planches ; vous coudoyez Dunker ou Weisbrod, Martini ouRomanet , qui viennent soumettre au grand éditeur leur travail, demander un conseil, et plus souvent un àcompte; un ami, Wille ou Choffard, qui arrive à la fin du jour faire un bout de causette ou voir les nouvelles acquisitions ; au milieu de tout cela, des correspondances arrivant de l'étranger, des envois à expédier par toute l'Europe, des catalogues à rédiger, des graveurs à diriger , des voyages auxquels il faut se préparer , du commerce à surveiller , des amateurs à conseiller et souvent à instruire ; et Basan « mélange de vivacité et de froideur » , trouve moyen de faire face à tout et sans rien négliger , de rédiger encore un Dictionnaire des Graveurs , bien sommaire du reste.

Choffard nous l'a montré , dans le style allégorique de l'époque (1797), dans son cabinet , auprès de son vitrage dépoli de graveur, entouré de ses ouvrages, un tableau précieux de maître sur un chevalet , ayant à ses pieds un portefeuille d'estampes qu'un jeune apprenti lui présente pendant que Mercure, le dieu du commerce, lui montre au loin le port où il envoie les estampes destinées à tous les iconophiles de l'Europe. Voyons un peu quels sont ses travaux.

Pierre François Basan, né à Paris le 23 octobre 1723, de Pierre Claude Basan , marchand de vin de cette ville , et de Nicole Cherpisot , apporta en naissant d'heureuses dispositions pour les arts et trouva dans sa famille la facilité de les cultiver. Etienne Fessard, son

oncle maternel au second degré , lui donna les premières leçons du dessin et de la gravure. Il passa de cette école dans celle de Jean Daullé, les avis de ce maître et son assiduité au travail ajoutèrent à ses talents. C'est ainsi que Regnault-Delalande, chargé de la vente et de la rédaction du catalogue de feu Basan, débute dans la notice biographique qu'il lui consacre.

Il nous apprend aussi qu'ambitieux et désireux de parvenir vite , Basan , à l'âge où l'on commence à peine à se préoccuper de l'avenir , voulut acquérir un fonds de planches , comme un moyen d'arriver à la célébrité et à la fortune. Notre jeune artiste nous a dit de son côté , dans l'article de son Dictionnaire qui le concerne, que la vivacité de son caractère, incompatible avec la patience nécessaire au graveur, lui fit abandonner la pratique de son art pour se livrer au commerce.

Son activité et son intelligence , dans cette nouvelle carrière plus conforme à ses aptitudes , le firent distinguer de Mariette, cet incomparable amateur, qui lui prodigua les conseils et les preuves de son amitié et c'est dans « les recherches profondes de cet excellent » guide que le jeune Basan puisa les connaissances » nécessaires à son nouvel état. »

Le désir de s'instruire , de compléter ses connaissances par la vue des collections réunies dans les pays étrangers , le désir aussi de se créer des relations commerciales , lui firent parcourir la Flandre , la Hollande et l'Angleterre d'où , grâce à l'esprit observateur et à la sagacité dont il était doué , il rapporta une ample provision de connaissances et d'expérience. Il acheta des planches déjà gravées par les bons artistes,

en commanda aux jeunes gens qu'il entretenait chez lui , en grava lui-même , en signa un bien plus grand nombre et expédia les produits de Y Hôtel Serpente par toute l'Europe.

Le grand recueil d'estampes , connu sous le nom d' 'Œuvre de Basan, en six volumes in-folio , est le produit de ce travail collectif et incessant. Celui qu'on a appelé avec raison un entrepreneur de gravures trouva plus simple pourenvoversesproduitsà l'étranger de les réunir en volumes, et c'est ainsi que parut, vers J760, formé de pièces n'ayant aucun lien entre elles, un Recueil de cent Estampes de sujets agréables et paysages , gravées d'après les meilleurs maîtres des Pays-Bas et de V Ecole française par François Basan ou sous sa direction. Les maîtres sont Watteau, Téniers , Ostade, Boucher , les noms des graveurs qui reviennent le plus souvent , ceux de Sornique , Beauvarlet , F. Chéreau, Daullé , Le Veau , et les tableaux appartiennent au comte de Vence , au baron de Heinecken et à d'autres amateurs. Dans les planches qu'a signées Basan, le burin est habile et d'une pratique aisée, sans grande originalité cependant. Mais comment avoir la certitude que les planches sont bien de sa propre main ?

En 1762 , parut un second Recueil de cent cinquante Estampes diverses, parmi lesquelles un grand nombre sont gravées en Hollande et par des graveurs hollandais dont Basan avait acquis les planches ; auquel vinrent s'adjoindre successivement quatre autres Recueils de cent Estampes chacun , (le sixième daté de 1779) où nous retrouvons toujours des tableaux des maîtres hollandais si prisés alors , des séries de fêtes

antiques, inventées, peintes et gravées par Gillot , des travaux de Cochin d'après Restout et Chardin , d'Halbou d'après Eisen le père, les marines de J. Vernet gravées par Le Veau et Cathelin, et même les premiers essais de paysages du lyonnais de Boissieu.

On trouve encore la signature de Basan, dans la Vie des Peintres de Descamps où il aurait gravé entre autres les portraits dePierre de Laar et de Van Ostade. Il a signé également une cinquantaine de portraits de la suite d'Odieuvre , particulièrement des rois d'Angleterre , portraits fort ennuyenx du reste. Mais à notre point de vue deux pièces auxquelles nous devons plus particulièrement une mention sont doux estampes en largeur d'après Gabriel de Saint-Aubin : la Guinguette, Divertissement pantomine du TJiéâtre Italien , par le sieur de Hesse, et le Ballet dansé au Théâtre de V Opéra dans le Carnaval du Parnasse , acte IVe, gravé par F. Basan.

Entre temps Basan s'était occupé de créer quelques beaux livres, ce qui lui était facile avec les ressources artistiques qu'il possédait , et c'est son meilleur titre à notre reconnaissance. Il s'était associé à cet effet avec l'excellent graveur Noël Le Mire, déjà personnellement en relation avec les meilleurs dessinateurs de vignettes de son temps. C'est à Moreau, c'est à Bouclier , à Gravelot , à Eisen et à Monnet que Le Mire demanda des dessins pour une luxueuse édition des Métamorphoses d'Ovide que les deux associés voulaient publier et c'est à Choffard, le maître ornemaniste par excellence , qu'ils s'adressèrent pour toute la partie ornementale du livre. Enfin dans la pléiade de graveurs habitués à interpréter les artistes

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nommés ci-dessus, Le Mire, après avoir choisi les sujets qui lui convenaient le plus à graver, s'adjoignait ses amis et camarades de l'atelier Le Bas auxquels il reconnaissait le plus de talent ; à Augustin de Saint- Aubin il confiait les dessins de Boucher , à de Longueil , les meilleures compositions d'Eisen et Moreau. Du reste on retrouve dans ce beau livre presque tous les noms des bons graveurs de l'époque, Simonet, Rousseau, Baquoy, Née , Masquelier , Le Veau , Massard , de Ghendt ; enfin Basan lui-même y signe quelques planches , le Narcisse, et Y Arêthuse poursuivie par Alphée.

Certes il est peu de livres plus satisfaisants à l'œil et l'on peut dire plus réussis. Et pourtant Grimm, toujours maussade à l'égard des illustrations, augurait fort mal de cette entreprise. Reproduisons le passage de sa correspondance qui s'y rapporte et par lequel il nous donnera malgré sa mauvaise humeur quelques renseignements intéressants : « Le graveur Le Mire et Basan » marchand d'estampes, proposent au public parsous- » cription les Métamorphoses oV Ovide représentées en » une suite de cent quarante estampes in-4 , dédiées à » M. le duc de Chartres. La souscription sera ouverte » jusqu'au mois de juillet prochain. Les souscripteurs » paieront en quatre termes différents quatre louis ; ils » seront fournis pour le choix des épreuves suivant » 1 ordre du tableau, en sorte que les premiers en date » auront les premières épreuves ; ceux qui n'auront pas » souscrit paieront cinq louis et n'auront d'épreuves que » celles qui resteront après la fourniture des souscrip- » teurs. Quant au texte , on lira l'original d'un côté et » la traduction française de l'abbé Banier de l'autre. » Voilà qui s'annonce fort bien. Or je dis que cela ne

» sera pas bien. Toutes ces entreprises n'ont jamais » répondu à l'attente des amateurs. En dernier lieu, » M. Fessard les a encore attrapés avec les Fables de » La Fontaine indignement exécutées par ce graveur. » Ce que je sais c'est que dans toute cette foule immense » de dessins et de gravures qu'on a faits pour orner » différents ouvrages de poésie et d'imagination, il no » s'en trouve pas un seul qu'un amateur voulût avoir » dans son cabinet ou dans son portefeuille. Ces » entreprises, bien loin même de tourner au profit de » l'art , en hâtent la décadence et ne doivent pas être » encouragées. Il reste à ceux de nos graveurs, dont » le burin mérite quelqu'estime , un assez grand » nombre de beaux tableaux à nous transmettre par la » gravure; c'est à quoi ils doivent employer leur talent. » S'ils ne peuvent ou ne veulent se charger d'un tel » travail , qu'ils meurent do faim ou qu'ils fassent des » souliers, car, pour leurs images , je ne conseillerai » jamais à personne d'en donner une obole. »

On voit que Grimm était loin de l'admiration fanatique de nos contemporains pour les livres illustrés à l'époque où il écrivait. Basan oubliait évidemment d'attendrir le féroce critique d'art par le don d'un exemplaire.

Grimm avait raison pourtant, il faut en convenir, en ce qui regarde les Fables de La Fontaine de Fessard, mais il eut tort à l'égard de l'entreprise de Le Mire e1 Basan. Son conseil fut du reste peu suivi. Les graveurs ne firent point de souliers, ils firent les Métamorphoses d'Ovide, les Baisers et les Fables de Dorât, la Molière deBret, le Voltaire deKehl, huit à dix mille vignettes ou petits portraits qui font aujourd'hui les délie »s des amateurs.

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Ce livre des Métamorphoses faillit brouiller d'ailleurs les deux associés. Wille nous apprend, à la date du 12 août 1771 , c'est-à-dire peu de temps après l'achèvement du quatrième volume, qu'il dut intervenir entre eux pour les accorder : « M. Basan m'avait » invité pour être médiateur , avec trois autres , entre » lui et M. Le Mire , qui se sont séparés d'intérêts » dans leur entreprise des Métamorphoses d'Ovide. » M. Basan reste actuellement seul propriétaire en » donnant dix mille six cents livres et douze exem- » plaires complets à M. Le Mire et tout le monde » paroît content. » Excellent Wille , va !

Le duc de Choiseul avait du goût pour les arts et pour se délasser de la politique il acheta des tableaux, principalement des écoles flamande et hollandaise ; quelques toiles de G. Lorrain, Titien, Greuze, Vernet et Robert , y font seules exception.

C'est vers 1770, que Basan conçut l'idée de faire graver ces tableaux dont il avait dû faire acheter au grand ministre un bon nombre. C'est à son initiative dans l'exécution de cette idée assez neuve alors, et qui a été si imitée de nos jours, que nous devons cette suite d'estampes connue sous le nom de Cabinet Choiseul. Voici le début de la dédicace gravée au verso du titre qui porte la date de 1771 , bien qu'un certain nombre de planches n'aient été terminées qu'en 1772 :

« Monseigneur , lorsque vous m'ouvrîtes les trésors » de votre cabinet , je pris la liberté de vous proposer » d'en faire graver les tableaux dans une forme dont la » petitesse n'empêchât pas de reconnaître l'excellence » des maîtres qui les ont exécutés ; vous eûtes la bonté » d'applaudir à la nouveauté de cette idée et vous me

» permîtes de l'exécuter en me confiant les tableaux ; » j'ai mis tous mes soins à remplir mes engagements et » votre attente. J'ai composé ce volume d'un format » portatif.... etc. »

11 semble donc que si le duc de Choiseul n'avait pas commandé expressément à Basan la reproduction de sa galerie , il dut tout au moins contribuer pour une bonne partie aux frais de la gravure , tout en laissant au marchand d'estampes le soin d'en débiter les exemplaires. C'est sur ces entrefaites , en décembre 1770 , que survinrent, grâce aux intrigues de Mme Du Barry, sa disgrâce et son exil en sa terre de Chanteloup ; la position pécuniaire du duc , qui perdait d'un seul coup toutes ses places , ne fut pas étrangère à la détermination qu'il prit de vendre sa galerie, ce qui eut lieu en 1772, et de tirer parti des exemplaires du recueil gravé sous la direction de Basan, au lieu de les donner, ce qui aurait probablement eu lieu s'il était resté ministre des affaires étrangères. C'est pour conférer à ce sujet avec lui que Basan partit pour Chanteloup , vers la fin de mars 1771 , car à la date du 4 avril Wille écrit : « M. Basan , après avoir fait le voyage de Chanteloup » pour voir M. le duc de Choiseul , vint souper chez »nous», et c'est, sans nul cloute, lors de cette excursion que l'ancien ministre, en le présentant à ceux qui l'avaient accompagné dans sa retraite, leur dit en lui frappant sur l'épaule : « Messieurs, voici le » Maréchal de Saxe de la curiosité. »

Revenons à notre Cabinet Choiseul dont les planches, sans être absolument des merveilles de gravure , ont été confiées à de bons artistes , recommandées à leurs soins et dont L'ensemble forme un

recueil intéressant. Le volume s'ouvre par un portrait du duc de Choiseul ! gravé par N. de Launay, d'après L. M. Vanloo ; c'est à Dunker, dans lequel Basan semble avoir eu grande confiance, qu'a été confiée la reproduction du plus grand nombre de tableaux ; il y interprète Teniers, P. Potter, Metzu, Terburg, Ostade, Wouvermans, etc., et sa manière facile , bien qu'un peu confuse, son procédé aisé où l'eau -forte joue le grand rôle, rend assez bien l'aspect des peintures de ces artistes ; après lui les principaux graveurs sont R. Delvaux, à qui l'on confie Backuysen , G. Van de Welde et Berghem , Weisbrodt qui traduit Murillo, Rembrandt et Le Nain ; Martini y grave les kermesses de Teniers , puis c'est Parizeau , Jeanne Beny, Guttemberg et Patas.

Quelques pièces comme celles d'Halbouet d'Ingouf, d'après Metzu, de Romanet, de R. de Launay, de Saint - Aubin et de Rousseau , sont supérieures. C'est à propos de la planche de ce graveur, d'après Van der Werf, que Regnault - Delalande rapporte l'anecdote suivante : comme Rousseau lui présentait les épreuves de la Sainte Famille , qu'il venait de graver d'après ce tableau , « Basan admirant l'habile » exécution de cette planche , croit n'en pouvoir assez » payer l'auteur , lui ouvre sa caisse et l'invite à y » puiser en lui disant que de pareils talens étoient » sans prix. Le modeste Rousseau ne prit qu'une y légère somme pour le payement de son excellent » ouvrage. »

Basan , avant d'habiter rue Serpente , demeurait

1 Le Duc de Choiseul, né en 1*719, mort en 1785.

BASAN. m

dans le voisinage do St-Séverin , rue du Foin ; et y faisait déjà des ventes d'estampes et de dessins ; sa réputation d'expert et son commerce s'étendant, il acheta un vieil hôtel rue Serpente n° 14. L'Almanach des artistes (1776) y donne là son adresse en disant de lui qu'il est « le marchand de Paris dont le commerce » est le plus étendu. Ses correspondances avec l'An- » gleterre , Hambourg , la Hollande et les Pays-Bas , » sont le fruit de ses voyages, de son industrieuse acti- » vite et du degré de confiance qu'il a su inspirer. » Celle dont l'a honoré feu M. Mariette * , le plus célèbre

i Pierre-Jean Mariette, né à Paris en 1694 , petit-fils d'un simple marchand d'estampes et fils de l'habile graveur Jean Mariette , est considéré comme un des types les plus parfaits parmi les amateurs, par la science et le goût. A 20 ans, ayant perdu son père, il vendit sa maison de commerce, et, maître de sa fortune, il entreprit des voyages qui le conduisirent d'abord à Vienne où il ne voulait que passer. Il y fut retenu deux ans par le prince Eugène, qui le prit en affection et lui demanda de classer le Cabinet d'Estampes de l'Empereur Charles VI , et ce fut pour lui une occasion de montrer sa sagacité, son goût et la sûreté de son coup-d'œil. D'Autriche il alla à Rome, se lia d'amitié avec tout ce qui s'y trouvait d'artistes français et italiens , particulièrement avec Bouchardon , pour lequel on connaît son enthousiasme, et commença à acquérir ces objets précieux , estampes, dessins, marbres, qui devaient faire plus tard le charme de sa vie d'amateur. De retour à Paris, il publia quelques ouvrages ayant trait aux arts, la Description des dessins du Cabinet Crozat, celle du Cabinet de Boyer d'Aiguilles, une Lettre sur Léonard de Vinci, des Remarques sur Michel-Ange, et il couvrit de notes manuscrites quantité d'ouvrages, dont le plus connu est YAbecedario dOrlandi , publié récemment et dont , grâce à ses remarques, il a fait un répertoire merveilleux de l'art. Il était contrôleur général de la Chancellerie de France et membre honoraire amateur de l'Académie de peinture et n'en dirigea pas moins la vente Crozat , dont une bonne partie des dessins vint enrichir sa collection. Mariette était lié avec tous les connaisseurs de son temps ; nous n'eu citerons qu'un , son meilleur ami, le comte de Caylus.

Mariette mourut en 1714 , à l'âge de HO ans.

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» des connaisseurs, est une preuve de ses talens et de » son mérite. L'art d'avoir su former de nouveaux » amateurs , d'avoir étendu le goût de la curiosité et » d'avoir donné aux estampes rares la valeur où nous » les voyons aujourd'hui lui donnent droit à la recon- » naissance des artistes. »

En effet , de toutes les ventes de collections dont Basan fut chargé, et elles sont nombreuses (Bouchardon, Quarré de Quintin , Van Loo , Marigny, Gochin, etc..) celle de Mariette est de beaucoup la plus importante en même temps que la plus honorable pour lui. C'est expressément par testament que Mariette l'avait choisi pour rédiger son catalogue après sa mort et présider à la dispersion trop prévue de cette collection séculaire.

Dans la courte notice que Basan consacre à Mariette , en tête du catalogue de vente , et dans laquelle il le loue des services qu'il a rendus aux arts : « C'est » un hommage , s'écrie-t-il , que je dois à l'amitié qui » nous a unis pendant plus de vingt ans ; je le dois » au choix qu'il a bien voulu faire de moi pour l'arran- » gement de son cabinet après sa mort ; je le dois au » public qui l'honore de ses regrets. »

Cette vente , qui fut un événement dans la vie de Basan et dans celle des amateurs de l'époque , contenait quelques tableaux, en très-petit nombre, des terres cuites , des pierres gravées , mais surtout des séries d'œuvres complets des plus grands artistes , et une incomparable collection de dessins , dont la majeure partie provenait de la dispersion du cabinet de Crozat.

Le catalogue , encore intéressant à consulter main-

tenant, est rédigé avec beaucoup de soin et fait grand honneur à Basan.

L'année suivante Basan fut chargé d'une autre vente, moins importante , il est vrai , que celle de Mariette, mais très - intéressante encore , celle d'un amateur d'Amsterdam , nommé Neyman , dont le cabinet était, paraît-il, libéralement ouvert aux amateurs et qui recevait avec affabilité les étrangers qui le visitaient. A sa mort Basan fut chargé, grâce à ses relations avec la Hollande, de rédiger le catalogue de cette belle collection de dessins et d'en faire la vente (1776). Il fit reproduire à l'eau-forte , à cette occasion , inaugurant une mode qui a été bien souvent suivie depuis, un certain nombre des plus beaux dessins , par Weisbrodt , Le Veau et Bertaux, et graver un joli frontispice par Choffard. La vente semble avoir réussi , à en juger par les prix qu'obtinrent les dessins les plus importants. Ceux de Berghem , par exemple , se vendirent 600, 800, 1,000, 1,679 livres 19 sous et même 1,800 livres ; un dessin de Jules Romain , 1,100 livres et un d'Adrien Van de Welde , 1661 livres.

Ces ventes étaient très-suivies ; nous voyons Wille y assister souvent et rapporter chaque fois quelques dessins ou quelque estampe rare. Quand ce graveur se décide à se séparer de tous ces morceaux de choix réunis avec amour et qu'il avait tant de plaisir à montrer aux étrangers , c'est encore à Basan qu'il s'adresse : « Octobre 1784. Comme j'ay » enfin résolu de vendre tous les tableaux de mon » cabinet, de même que les desseins que je possède » en portefeuille , au nombre d'environ quatre cents » pièces, M. Basan, destméà en faire la vente, est

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» venu tous ces jours-cy pour prendre note des uns et » des autres , notes nécessaires pour composer le » catalogue qui sera imprimé tout de suite , car la » vente doit avoir lieu le 1er décembre prochain. »

La vente eut lieu à l'hôtel Bullion et dura quatre jours. Ce fut un chagrin pour Wille de voir disperser toutes ces œuvres d'art , mais enfin le produit fut bon, sans doute, car à quelque temps de là Wille mentionne cet épilogue : « Nous avons donné un bon » repas à M. et Mme Basan, M. et Mm0 Poignant (leur » gendre et leur fille), MM. Daudet et Baader, de même » que notre fils y étoient, comme aussi M. Basan le » fils et ceux de notre maison. Nous étions en tout » douze personnes très-joyeuses et de bonne humeur. » Tous ont également soupe le soir et nous sommes » restés ensemble jusqu'à minuit. »

C'est en 1780 qu'eut lieu la vente de la collection formée par le Receveur général du roi , Poullain , collection réunie , dit-on, parles soins et les conseils du peintre Casanova. Basan , qui avait chargé le peintre Moitte de faire , d'après les tableaux , des dessins pour les graver, fut sans doute surpris par la mort de cet amateur , et par la dispersion rapide de son cabinet , car son recueil d'estampes ne parut que l'année suivante (1781). Du reste cette suite de centvingt estampes, exécutée sous la direction de Basan, par déjeunes artistes des deux sexes dont les lalens se font connaître et accroissent de jour en jour, est très-inférieure , comme exécution , au Cabinet Choiseul. L'interprétation de Moitte a répandu sur un grand nombre (soixante environ de ces tableaux ont été gravés d'après ses dessins) , une espèce de teinte

BASAN. m

uniforme contre laquelle n'ont pas réagi Borgnet, Macret , Weisbrodt , Mme Ponce , Mme Longée , Allix et autres graveurs ; on sent en outre , dans tout ce travail , un but commercial , et le sentiment artistique y a trop peu de part.

Basan , auquel s'est adjoint maintenant son gendre, Poignant , a dédié ce médiocre recueil au comte d'Orsay, un des grands amateurs de peinture de l'époque et, après s'être servi comme titre de celui déjà gravé par Choffard pour le catalogue Neyman , y a joint un frontispice spécial représentant la Peinture inscrivant dans ses annales le Cabinet Poullain , gravé par Dambrun , d'après le dessin de Lebrun, «jeune artiste connaisseur et marchand de tableaux à Paris ». C'était le mari de Mlle Vigée.

Basan a occupé , on le voit , une grande place pendant toute la seconde moitié du xvme siècle , dans le monde des arts , du haut commerce et de la curiosité. Remarquable par sa dextérité dans le maniement des affaires, et heureux dans ses opérations commerciales, qui le mettaient le premier homme de son état, dit Regnault-Delalande , il joignait encore à ces talents de profondes connaissances et un coup d'œil prompt pour juger delà perfection des objets d'art. Il était en relations amicales ou simplement d'affaires, et ceci n'est pas une vaine formule , avec tout ce qui , nonseulement à Paris et en France, mais même en Europe, s'occupait de gravure et d'estampes. Très-hospitalier, il réunissait souvent chez lui les artistes et les amateurs, au milieu de ses belles collections. On rencontre constamment son nom dans les ouvrages du siècle dernier ayant rapport aux arts et particulière-

ment dans le journal de Wille, qui paraît avoir été lié avec lui d'intime amitié. Ce sont à tous moments des dîners ou des soupers , chez l'un et chez l'autre, et toujours en compagnie de quelques bons peintres ou graveurs , de Marcenay, Boucher , Saint- Aubin , leurs amis. D'autres fois, c'est à la maison de campagne du grand éditeur que la réunion a lieu :

« Juin 1785: D'après l'invitation faite par M. Basan, » nous avons été en remise , dans sa maison de » campagne de Bagneux , où nous avons dîné , ma » femme, MM. Baader, Preisler et moi. Après cela » nous nous sommes rendus à Sceaux y voir jouer >> les eaux. »

Basan était aussi de cette excursion au Havre de Grâce , dont le souvenir nous a été conservé par le récit du graveur Gaucher , imprimé dans la collection des Petits voyages en France , réunis par La Mésangère. C'est dans l'automne de 1788, que, faisant trêve aux préoccupations de son commerce , il accompagna de Launay, Bervic, Ponce et quelques autres graveurs de ses amis dans cette promenade. Basan qui, d'après le mot de Gaucher, « s'ennuye partout et désire toujours d'être où il n'est pas » (tranchons le mot , il devait être insupportable) , dut pourtant être déridé par les aventures divertissantes qui arrivèrent à ses compagnons.

Un autre témoignage curieux du caractère inquiet de Basan se retrouve dans ces deux vers du graveur Miger :

Il tourmenta son corps , il tourmenta son âme , Il tourmenta son or, il tourmenta sa femme.

Basan avait épousé Marie Drouet , qu'il perdit après trente-sept ans d'une union qui ne fut pas toujours sans nuages , si nous en croyons Wille : « M. Basan , » depuis sa séparation d'avec sa femme , a soupe pour » la première fois chez nous. Il me fait de la peine, car » il ne mérite pas ce qui lui est arrivé. » Voilà un sous-entendu, trop éloquent malheureusement pour le vieil éditeur. Pour se consoler, sans doute , il avait écrit , consignant à mesure ses observations , un Dictionnaire des Graveurs. La première édition parut en 1767 , en 3 vol. in-12 ; la seconde , très-augmentée, en 1789, et la troisième après sa mort, en 1809. Ce livre est demeuré très-écourté, même dans sa dernière édition. Il est fort inférieur au Manuel des amateurs de Vart , de Huber et Rost ; les indications sont souvent fautives , surtout sous le rapport des dates ; Basan aurait dû imiter davantage son ami Mariette , dont les notices si exactes et si substantielles (Abecedario) sont restées trop longtemps inédites. Le Dictionnaire des graveurs était enrichi de spécimens de gravures, mais ce ne sont , pour la plupart , que des planches hors de service ou qui n'avaient pas été utilisées et qui sont médiocres. Pour donner de l'attrait à ce livre , il faut absolument y ajouter quelques vignettes des meilleurs graveurs, en bonnes épreuves.

Une dizaine d'années avant sa mort , Basan s'était retiré du commerce et avait remis son établissement à son gendre Poignant et à ses deux fils : « Il trouva , » dans les soins de sa famille et au sein de l'amitié, le » repos dû à ses travaux; mais son caractère vif et » agissant s'accordait difficilement avec les douceurs » d'une vie paisible. Attaqué d'une maladie inflamma-

» toire , suivie de plusieurs mois de langueur , il ter- » mina sa carrière le 22 nivôse an V(12 janvier 1797, » vieux style), généralement regretté et laissant à ceux » qui parcourront la même carrière , un modèle diffi- » cile à suivre. »

La vente de ses collections de dessins et d'estampes eut lieu en 1798, dans sa maison de la rue Serpente , à partir du 1er décembre. C'est Regnault-Delalande , expert , qui fut chargé d'en dresser le catalogue. Donnons seulement quelques-uns des prix atteints par les Œuvres des artistes, ses contemporains, dont nous avons à nous occuper :

L'œuvre de Bartolozzi produisit 1,813 fr. — L'œuvre de Schmidt, 426 fr. — L'œuvre de Wille, 725 fr. — L'œuvre de Demarteau , 200 fr. — L'œuvre de Cochin, 201 fr. — Et enfin l'œuvre de Choffard, 80 fr. Quatrevingts francs ! moins cher que ne se paie aujourd'hui le seul portrait de Choffard par lui-même. — Le Recueil connu sous le titre ft Œuvre de Basan, 226 fr. Les figures des Métamorphoses d'Ovide avant la lettre atteignent le prix relativement élevé de 79 fr. 19 sous. — Les fleurons du même livre, 13 fr. 10 sous. — Les figures des Chansons de La Borde , sont également poussées à 13 fr. par quelque amateur au caractère résolu. Les marchands ont dû dire au sortir de la vente : « Mais c'est de la folie que ces prix-là , où allons-nous ! ». — Quant aux lots de vignettes , on les donne littéralement pour rien. — Neuf cents pièces de Gravelot, 45 fr. — Huit cents pièces d'Eisen et Moreau, en 6 vol. , 54 fr. — Neuf volumes de frontispices , figures , culs-de-lampe et fleurons, d'après Le Barbier, Marillier, etc., 45 fr.

Chercheurs de vignettes du temps présent, que n'étions-nous là!

Choffard, son intime ami, nous a conservé les traits de Basan dans un charmant portrait-vignette gravé par lui en 1790 et qui a été placé en tête du Dictionnaire des graveurs et du catalogue de sa vente. On le retrouve aussi plus jeune dans la figure allégorique qui accompagne ce dernier volume.

Le portrait gravé par Choffard est la reproduction en très-petit d'un profil dessiné par Cochin et qui a été gravé in-4 par Marais (terminé par Massard).

Basan , spéculant sur l'amour-propre des amateurs , a inauguré les tirages réguliers des épreuves avant la lettre et en a fait un objet de commerce. On ne saurait l'en blâmer. Les tablettes et les marges sans légende sont flatteuses à l'œil , et frappent bien plus que les remarques subtiles , points ou traits-d'union ajoutés , signatures ou dates changées , qui servent à caractériser les états des estampes de l'époque antérieure.

BAUDOUIN (Simon-Réné, Comte de).

C'est en amateur que le comte de Baudouin, colonel d'infanterie , lieutenant des guernadiers (sic d'après Heinecken) du régiment des gardes françaises , chevalier de Saint-Louis , s'est appliqué à la gravure. Son principal ouvrage est un recueil représentant diverses positions de militaires, intitulé : V Exercice de V infanterie française , ordonné par le Roi , le 6 mai 1755 , en 63 pièces in-fol. gravées à l'eau-forte d'après ses propres dessins (1757).. En même temps sans doute il exécuta le portrait de L. A. de Gontaul, duc de Biron , pair et maréchal de France , colonel du régiment des gardes françaises , in-fol.

Augustin de St- Aubin , qui a copié cet ouvrage au trait, dans le format in-8, aurait eu, d'après Heinecken, beaucoup de part aux figures originales. Baudouin a encore gravé des Batailles , d'après Parrocel , et plusieurs petits paysages, d'après Michaux et autres.

Watelet a joliment gravé , d'après le dessin de Cochin , le portrait de Baudouin , in-4.

C'est évidemment ce même comte de Baudouin, qui avait une belle collection de tableaux dont plusieurs ont été reproduits par les graveurs. Nous trouvons,

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