‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 55 sur 141 · BAUDOUIN · texte numérisé non relu

BAUDOUIN

dans l'œuvre de Boissieu , la gravure d'un tableau qui lui appartenait.

Il va sans dire qu'on ne doit pas confondre le comte de Baudouin avec le peintre à la gouache , Pierre Baudouin , auteur de ces merveilleuses compositions galantes qu'on appelle : le Coucher de la Mariée , le Modèle honnête , le Carquois épuisé , V Epouse indiscrète, V Enlèvement nocturne , etc. Ce dernier nous appartient , toutefois , par une allégorie qu'il s'est risqué à graver lui-même , et qu'il a enlevée d'une pointe vive et spirituelle. Cette petite pièce orne la Princesse de Navarre , comédie-ballet , représentée à Versailles, le 23 janvier 1745 (E. Bocher, Baudouin, n° 1).

BAUSE (Jean-Frédéric).

Bause , Jean-Frédéric , né à Halle , en Saxe , le 3 janvier 1738, n'eut aucun maître et se forma, diton, de lui-même ; à force de persévérance et de travail , il parvint à se faire une grande réputation en Allemagne. C'est à l'âge de dix-huit ans qu'il se décida pour la gravure, et alla se perfectionner à Augsbourg. Basan le fait venir à Paris pour prendre des leçons de Wille , mais Huber dit qu'il reçut seulement , par correspondance , des conseils de ce graveur célèbre.

Bause reçut , en effet , des conseils de Wille par écrit, comme le constate cette note du journal de ce graveur :

« 26 août 1766. Répondu à M. Jean-Frédéric Bause, » jeune graveur à Halle , en Saxe , qui m'avait » demandé , avec une politesse infinie , quelques » instructions que je lui ai données avec plaisir. »

Les deux artistes restent en relations de correspondance. Wille trouve que Bause fait trop de trous à ses planches ; et ce sont des échanges de gravures , des ripostes de dessins , des commissions de toutes sortes.

Bause s'installe , en 1767 , à Leipsik et fait , à l'exemple de beaucoup de graveurs , commerce de

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ses estampes et de celles des autres. 11 veut faire graver sur ses planches l'adresse de Wille , pour les faire vendre plus facilement à Paris, et Wille de lui écrire , en 1770 , qu'il a des raisons pour ne pas le lui permettre.

L'année suivante, Bause prend Wille par son faible et lui propose d'acquérir, dans de bonnes conditions, une collection de curiosités ; le graveur, en homme d'ordre, ne veut pas acheter le tout et demande seulement deux dessins historiques de Dietrich et des gouaches de Wagner. Mais il faut croire qu'on fabriquait de faux Wagner en Allemagne , car le graveur-amateur de dessins lui renvoie dédaigneusement, en 1772, ses deux prétendus Wagner en gouache. Comment ! déjà truqueurs au xvme siècle !

Bause , en sa qualité d'artiste et d'éditeur , était en relation avec les amateurs d'estampes de l'Allemagne. Nous avons retrouvé une lettre de sa correspondance avec le baron de Heinecken , l'écrivain d'art autorisé que l'on connaît , et nous y constatons une fois de plus combien le portrait du Roi de Pologne , de Baiechou , était recherché alors. Voici la traduction de cette lettre :

o Leipsic, le 29 juillet 1"780.

» Très-honoré Monsieur , Conseiller privé de la Chambre , » Il faut espérer, cher Monsieur, que vous avez » reçu mes dernières feuilles , consistant dans les >-> deux Abraham et le portrait du prince Henri ; s'il » vous convient que je continue de vous envoyer mes » gravures (car, Monsieur , vous m'avez laissé dire » que je vous envoie toutes celles que j'ai éditées),

130 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.

» alors j'attends de vos nouvelles; je ne sais pas si » vous avez les portraits de Messieurs Zollikofer et » Spalding. Dans cette année , j'ai édité une feuille » historique, la Stratonicka avec quatre figures d'après » Rodé , Lucinde dans l'art de Prague , l'Abbé Ilen- » haber et le portrait du ministre de Hoym. Monsieur, » vous avez peut-être encore une bonne épreuve du » portrait du Roi , de Balechou , qui a été mis dans » la Galerie, je n'ai pas eu de chance avec ceux que » j'avais dans mon portefeuille, et vous m'obligerez » beaucoup , en me cédant une épreuve encore bonne » contre remboursement et reconnaissance ; certaine- » ment, vous me rendrez par cela grand service, mais » il faut dire qu'il me faudrait envoyer une épreuve » tirée avant la réparation de la planche. » J 'ai l'honneur d'être avec grande estime ,

» Votre très-obéissant serviteur, H. Bause. »

En 1783 , Bause n'entendait plus parler de deux de ses planches qu'il avait désiré faire imprimer à Paris et qu'il y avait envoyées ; Wille lui écrit pour le rassurer et le mentionne dans son Journal : « Selon » le témoignage de M. Huber , mon élève , celui-cy les » a reçus de M. Royer, de Berlin, et fait partir à l'a- » dresse de M. Schulze , à Dresde. Je lui ay donné » avis de tout cecy pour lui mettre un peu de baume » dans le sang. Je lui fais compliment sur ce qu'il » m'avait mandé des progrès que fait mademoiselle sa » fille dans le paysage, n'étant âgé que de quinze ans. »

Bause a gravé beaucoup de portraits ; celui de Ferdinand, duc de Brunswick, est daté de Halle, il appartient donc au début de l'artiste.

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C'est ensuite de Leipsick que sont datés tous les autres , qui représentent des littérateurs ou des personnages allemands ; les meilleurs sont les suivants , presque tous gravés d'après Antoine Graff : Gellert , le fabuliste (1767) , gravé en grand et en petit. — Goldoni (1767). — Frédéric -Auguste , Électeur de Saxe (1769). — Chrêtienne-Henr dette Koch, actrice célèbre (1770). — Salomon Gessner (1771). — Lessing (1772). — Mendelssohn, le philosophe (1772).

— Winckler, banquier, grand amateur d'estampes , et ami de Wille (1773). — Haller, médecin et poëte (1773). — Ramier (1774) — Hagedorn, graveur amateur (1774). — Leibnitz (1775). — Winchelmann (1776). — Le comte ŒEoym (1780). — Wieland (1782).

— Christiana , Regina Boehmia , très-beau portrait (1782). — Bodmer (1784). — Pierre Ier (1786). — Frédéric II (1787). — Dorothée de Courtaude (1793).

— Gustave-Aclolplw (1797). — Etc., etc....

Le portrait de Bause , figure caractéristique coiffée d'un bonnet , a été gravé en 1795 , à Augsbourg , par Klauber , d'après Graft, en grand et en petit.

Bause a aussi dessiné et gravé des vignettes pour quelques livres publiés en Allemagne : Plans de batailles pour une Histoire de la guerre de sept ans, 10 pièces gravées de 1756 à 1758 , tout-à-fait au début de sa carrière. — Vignettes pour Wielands Werken. Leipsick (1794). — Nombreuses vignettes gravées d'après Meil, Œser, Gravelot, etc.— Il a gravé plusieurs des tableaux du Cabinet Winckler.

Bause mourut à Weimar, le 5 janvier 1814.

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