‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 57 sur 141 · BEAUVAIS · texte numérisé non relu

BEAUVAIS

vais a gravé pour sa part la Prise de la ville et citadelle de Gand. — Mesures des Espagnols rompues parlaprise de Gand. — V Allemagne, cintre du salon de la Paix.

Planches pour le Sacre de Louis XV, cinq pièces.

Portrait du Mu de La Ferté, pour l'Ecole de cavalerie de La Guérinière. Paris, 1733, in-fol.

N.-D. de Beauvais avait épousé la fille du graveur Duchange.

Charles-Nicolas-Dauphin de Beauvais, fils du précédent , graveur au burin , né à Paris en 1730 , mort en 1783.

C'est à lui que reviennent 4 vignettes in-12 , d'après Eisen, pour un roman. — Carte de l'empire d'Alexandre, pour Y Introduction à V Histoire universelle de Puffendorf (1753-59) , 8 vol. in-4.

Jacques Beauvais, sculpteur et graveur , élève de Coustou le jeune , pensionnaire de l'Académie de France , à Rome, en 1770.

C'est à lui qu'il faut rapporter trois suites ou Livres de cases, de 6 pièces chacune , à Paris , chez l'auteur, rue Beaurepaire , chez le Vitrier. Ces vases sont bien lourds de forme et bien peu gracieux.

Jacques Beauvais a aussi gravé des Vues de Venise.

BEAUVARLET (Jacques-Firmin).

Le 25 septembre 1731 , naquit à Abbeville , sur la paroisse de Saint-Georges , Jacques-Firmin , fils de Jacques Beauvarlet, marchand-tapissier et de Catherine Thomas , son épouse. D'après la tradition conservée dans sa famille , Jacques-Firmin Beauvarlet eut une jeunesse difficile , et refusa de continuer le métier de son père ; il nous semble en tout cas que les résistances de sa famille à son désir d'être artiste , ne furent pas bien longues , puisqu'il fut placé très jeune chez un graveur de son pays , et qu'arrivant à Paris en 1750 , il débarqua chez Robert Hecquet, son compatriote , « dégrossi, mais répugnant au travail , » bizarre de caractère et promettant peu. »

Beauvarlet entra ensuite dans l'atelier de Charles Dupuis, puis dans celui de Laurent Cars, à la direction duquel il se livra sans réserve , dont les conseils contribuèrent considérablement à le perfectionner , et dont il devint l'un des meilleurs élèves. A cette époque Beauvarlet avait déjà de la réputation et ses travaux commençaient à être recherchés des amateurs.

C'est à ses grandes planches d'après LucaGiordano, Acis et Galathêe, le Jugement de Paris, V Enlèvement

BEAUVARLET. 137

cV Europe , et V Enlèvement des Sabines , « qui rappelèrent les beaux temps de la gravure , » qu'il dut ses premiers succès , et sa réception comme agréé à l'Académie (29 mai 1762). Plusieurs des planches de Beauvarlet d'après ce maître , Loth et ses filles , Suzanne entre les Vieillards, Persée et Phynèe, font partie de la Galerie de Dresde et ont paru dans le second volume daté de 1757. Le 16 juin 1761 , Beauvarlet s'était marié et avait épousé Catherine-Françoise Deschamps, fille d'un acteur de la Comédie-Française, plus connu sous le nom de Langlois. Elle maniait agréablement le burin , était vraisemblablement aussi l'élève de Laurent Cars et aida son mari dans quelquesuns de ses travaux. Catherine Deschamps mourut après huit ans de mariage, n'ayant eu que des enfants morts en bas-âge , et fut inhumée dans l'église Saint- Benoît , « avec l'assistance de quarante ecclésiastiques, en présence d'Adrien-Josse Beauvarlet , horloger , frère du graveur et de François-Roland Elluin , élève du mari de la défunte et ami , demeurant chez lui. »

Mais le veuvage pesait à notre graveur; il avait conservé les meilleures relations avec Marie-Thérèse Patouart , veuve du comédien Langlois , belle-mère de sa première femme , et qui avait signé à son contrat de mariage, neuf ans auparavant. Malgré une différence d'âge de quinze années , il se décida à lui offrir sa fortune et sa main. Cette seconde union dura jusqu'au li mars 1779, jour où mourut celle qui fut à la fois sa belle-mère et sa femme.

Beauvarlet n'était pas homme à renoncer ainsi au mariage dont il semble avoir eu la vocation et le 9 juillet 1787 , il convolait à Saint-Benoît pour la troisième

138 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIECLE.

fois : « La solitude peu faite pour son caractère sociable » et ses goûts paisibles , a dit Regnault-Delalande , lui » fit désirer de nouveau les liens de l'hyménée ; » après huit ans de veuvage, il épousa Marie-Catherine » RioDet ; l'estime que fait naître la conformité des » goûts et des talens avait déterminé cette union dont » la trop courte durée renouvela ses chagrins. Cette » compagne chérie perdit la vie peu de temps après » avoir donné le jour à un fils , seul gage de cette » union. »

Pendant ce temps, Beauvarlet avait beaucoup gravé ; son talent s'était affiné et son burin avait pris un moelleux qu'il accordait surtout au rendu de la figure humaine. Dans le Chaste Joseph , d'après Nattier, par exemple, ou dans la Suzanne entre les deux Vieillards, d'après Vien, tableaux du cabinet du comte de Vence, Beauvarlet rompt les tailles dans les chairs, et les pointillé finement de manière à donner l'illusion de la peau.

Deux de ses plus agréables ouvrages sont la Confidence et la Sultane, d'après Carie Vanloo , tous deux dédiés au marquis de Marigny. Dans la Sultane on reconnaît , vue de profil , la figure de la marquise de Pompadour , sa sœur, dont c'est un des plus intéressants portraits.

C'est certainement au sujet des sept planches de V Histoire ŒEsther qu'il a gravées d'après J. B. de Troy , et dont il avait réduit les compositions par des dessins qui se retrouvent dans sa vente après décès, que Bachaumont {Mémoires secrets) lui adressa ces compliments mêlés de reproches : « C'est par lemoël- » leux et l'onction que continue à exceller M. Beauvarlet

BEAUVARLET. 439

» dont les ouvrages causent une sensation suave » comme eux ; c'est à coup sûr pour conserver ce beau » fini qu'il a mérité le reproche d'introduire la nouvelle » mode de graver autrement que d'après le tableau , » c'est-à-dire le réduire d'abord en dessin pour le » transmettre ensuite au burin. 11 est certain qu'à » travers toutes ces manipulations , si je peux me » servir de ce terme , l'esprit de l'original s'évapore ; » il n'en reste plus que le matériel. »

Nous pourrions encore citer beaucoup d'estampes importantes de Beauvarlet, la Conversation Espagnole, le Testament de la Tulipe, une excellente planche , ï Ane et le Petit Chien, d'après Oudry, pour les Fables de La Fontaine, mais cet artiste nous appartient aussi comme graveur de portraits. Là surtout Beauvarlet est un maître. Celui de la Comtesse du Barry par exemple, peint par Drouais dans un élégant costume masculin, est d'un beau travail en même temps que le joli modèle est d'une physionomie charmante. Le portrait de Molière , grand in-folio d'après Bourdon , quoique fort bien exécuté , nous semble bien loin du type consacré de notre grand poète comique. Il est dédié par le sieur de Mailly, qui, sans doute , l'avait commandé , aux ducs d'Aumont, de Fleury, de Richelieu et de Duras. C'est le p rtrait de Bouchardon, d'après Drouais , accompagné des outils du sculpteur au bas , qui fut gravé par Beauvarlet pour sa réception à l'Académie Royale , où il fut admis le 25 mai 1776.

On remarque encore dans son œuvre le portrait de Madame Adélaïde de France, d'après Nattier (1756), ceux de Baillet marquis de Sl-Jidien , d'après Latour ,

de l Abbé Nollel, professeur de physique des enfants de France , et celui du chimiste Sage : « C'est un physicien » habile de l'Académie des sciences , a écrit Bachau- » mont, si enflammé pour la propagation de l'étude de » la chymie qu'il en fait un cours gratuitement où il » admet tous les honnêtes gens qui veulent se pré- » senterchez lui. Ses élèves, ne pouvant lui témoigner » leur reconnaissance autrement , ont voulu la per- » pétuer en faisant graver son image avec cette inscrip- » tion au bas : Discipulorum pignus amoris. Ils ont » choisi un artiste en état de répondre à l'étendue et à » 'a durée de leur sentiment. Us ont jugé le burin de » M. Beauvarlet le plus propre à rendre la physionomie » ouverte et bienfaisante de leur maître. »

Il faut encore citer, parmi les portraits de notre graveur , celui de Bandieri de Laval , maître à danser des Enfants de France et directeur des Ballets (1770); un gracieux portrait en médaillon de la Princesse Galitzin , née Princesse Cantenier, d'après Lefèvre ; un très-joli portrait du Duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XV, d'après Frédou , pour orner son Eloge funèbre écrit par Lefranc de Pompignan. Citons encore une estampe, habile et brillante, l'un des chefs-d'œuvre du graveur, qui se trouve contenir deux portraits, le Comte d'Artois enfant soutenant Melle Clotilde, montée sur une chèvre ; les dentelles de la petite princesse y sont traitées à ravir ; c'est à propos de cette estampe qu'un estimable écrivain d'art lui a adressé le reproche bien sévère et peu justifié de manquer de respect pour le dessin et la précision de la forme et de n'avoir qu'une préoccupation, celle d'afficher son habileté à tailler le métal. 11 faut pourtant bien

BEAUVARLET. Ul

admettre que lorsqu'un artiste a du métier il n'est pas forcé de le cacher et que cette habileté matérielle dans son art fait partie intégrante de son talent. Enfin un très-grand portrait de MMe Clairon « dans le sujet » de Jason, où cette actrice est représentée enMédée, » que Beauvarlet chargé de recommencer , eut la » gloire de réussir dans une entreprise où plusieurs » artistes habiles avaient échoué. »

Beauvarlet a d'abord demeuré rue Saint-Jacques, vis-à-vis la rue des Mathurins. Ce n'est que plus tard qu'il vint habiter rue de Condé. Dans ces divers logements, il eut quelques disciples auxquels il chercha, non sans succès , à inculquer les bons principes et à enseigner les traditions qu'il avait puisées à l'école de L. Cars. On cite parmi ses meilleurs élèves , Malœuvre , les frères Voyez , Binet, Elluin , Dugourc, Hubert , Audouin et Porporati ; quelques-uns d'entre eux l'aidèrent dans ses travaux.

Beauvarlet s'était, sur la fin de sa vie, retiré à la campagne ; il y fut attaqué d'une maladie, « qui tourna bientôt en état de langueur. » Il revint à Paris se faire soigner , tout fut inutile , et , le 7 décembre 1797 (17 frimaire an VI) , il mourut.

Le graveur , à en juger par le catalogue rédigé par Regnault-Delalande des objets qu'il délaissait et dont la vente eut lieu en sa maison, rue de l'Egalité, ci-devant Condé n° 11 , (le 23 Ventôse an VII) devaitjouir d'une grande aisance. Ce ne sont que marbres de Caffieri et de Lelorrain , vases d'albâtre et du Japon moulés en bronze , pendules avec mouvements de son frère Josse Beauvarlet, lustres, girandoles, meubles en marqueterie; tout indique l'intérieur d'un homme riche

U2 LES GRAVEURS DU XVIIIe SIÈCLE.

et d'un homme de goût. Les dessins et estampes non plus que les tableaux n'avaient été négligés. Beauvarlet avait réuni une belle collection de toiles de ses contemporains et les noms que l'on retrouve le plus souvent sont ceux de Restout , Natoire , Goypel, Bouclier, les Vanloo , Callet, etc..

Le Blanc a donné une liste à peu près complète de 119 pièces de Beauvarlet. Un autre petit catalogue de cet œuvre, par l'abbé Dairaine , est inséré dans les Mémoires de la Société d'Émulation d'Abbeville, 1857 à 1860.

Nous donnons la liste des meilleures estampes de Beauvarlet, et un catalogue de ses portraits.

ESTAMPES

i. d'après luca GI0RDAN0.

Page 1