Projet de ballon dirigeable. Au lavis, in
HOUSTON (Richard
Bien que nous ne nous occupions qu'incidemment des graveurs étrangers , nous ne pouvons passer sous silence cet artiste, l'un des meilleurs graveurs en manière noire qu'ait produit l'École anglaise. Il s'est piincipalement appliqué au genre du portrait :
Marie, duchesse (TAncastre, — Eliza , duchesse d'Argyll , — Mistress Berrington , — Miss Kiily Fisheï% en Gléopâtre, — Maria Walpole , duchesse de Glocester, avec sa fille, — Lady Selyna Hastings,
— Caroline duchesse de Marlborough et Lady Charlotte Spencer, — Eliza , duchesse de Northumbeerland, — Miss Nancy Par sons, en Junon, — Harriett Poioell, — Miss Rudley, en Léonora, — Matie, comtesse de Waldegrave, — tous portraits in-fol. d'après Reynolds.
George II, — George III, — Sophie-Charlotte, — V Amiral Byng — Christian VII , d'après A. Kauffmann, — Paoli, Glyn , John Wilkes et John Home,
— William Pitt, 1766, — Général J. Wolf, etc.
Les HUBER.
Joseph-Ignace Huber , né à Augsbourg en 1759 , vint se perfectionner à Paris sous la direction de Wille , chez lequel nous le voyons travailler en 1782.
Il a surtout gravé pour la Galerie du Palais-Royal', et assez convenablement : la Vierge, d'après Raphaël; Erigone , d'après le Guide ; la Musique , d'après Valentin ; la Mort de Maxence, d'après Rubens ; la Vieille à la lampe, d'après G. Dow.
Deux pièces d'après Tischbein : le Point du jour et la Petite Boudeuse.
Portrait de Mademoiselle d'Oligny, in-fol.
Le journal de Wille nous le montre accompagnant jusqu'à quelques lieues de Paris, en octobre 1783, son compatriote Klauber qui s'en va, puis plus tard , assistant à une expérience aérostatique chez Réveillon au faubourg St- Antoine , et encore aux préparatifs de la fête de la Fédération.
« 12 mars 1792. — M. J.-J. Huber, d'Augsbourg, » mon élève, vint avec un clerc de notaire m'apporter » son contrat de mariage pour le signer, cequej'ay » fait avec plaisir. Il m'avait invité et prié d'assister » à cette opération, mais je m'excusai, n'étant pas
» complètement bien portant. En outre le froiri étoit » trop excessif pour me faire sortir ces jours-cy. »
Le graveur dont nous venons de parler n'a rien de commun avec Michel Huber, né à Frontenhausen (Bavière) en 1727, qui vint fort jeune en France, fut nommé en 1767 professeur de langue française à l'université de Leipsick, et mourut en 1804.
Michel Huber est le traducteur bien connu de plusieurs ouvrages de littérature allemande, entre autres des Œuvres de Gessner. Écrivain d'art distingué, c'est encore à Michel Huber qu'on doit une traduction de Y Histoire de Vart de Winckelmann , et enfin une Notice générale des graveurs divisés par nations (1787) , ouvrage qui , entièrement refait et considérablement développé . avec la collaboration de Rost , est devenu le Manuel des curieux et des aynateurs de Vart , Paris , chez Fuchs, et Zurich , chez Orell , Gessner, Fuessli et Gomp. 1797-1808, 9 vol. in-8. Un travail étendu sur la gravure avait été demandé par les libraires de Zurich à Rost, celui-ci , connaissant le goût particulier d'Huber pour ce genre d'étude, le persuada facilement de se charger de la majeure partie de l'exécution, et d'écrire l'original en français : « Nous » pensâmes qu'un pareil livre devoit être écrit dans » une langue plus universelle que l'allemand , et que » l'ouvrage ne pouvait manquer d'être aussi goûté » hors des hmites de l'Allemagne. Il fut convenu entre » nous que nous travaillerions de concert. A mesure » que je compose, M. Rost traduit d'après mon manu- » scrit et s'attache à donner une traduction libre en » allemand. » (Préface du Manuel).
Cet ouvrage est fort remarquable comme travail d'ensemble : précis sans être sec, très riche en renseignements , il a joui d'une grande réputation et n'a encore rien perdu de son intérêt.
Michel Huber est mort en 1804. Son portrait a été gravé par Alex. Tardieu pour être placé dans l'édition de Gessner publiée par Renouard.
Il est encore un autre Huber dont nous voudrions parler ici , bien qu'il ne soit pas précisément un graveur.
Jean Huber , né à Genève en 1721 (ou 1722) mort à Lausanne en 1786 (ou 1790), peintre, est célèbre par son aptitude toute particuHère à saisir la physionomie de Voltaire et à la reproduire de toutes sortes de façons. La reproduction des traits de Voltaire lui était si famiUère que , même sans ciseaux , les mains derrière le dos, il découpait son profil en déchirant une carte. Mieux encore, il faisait faire le profil de Voltaire à son chien, en le faisant mordre en différents sens dans une croûte de pain , ou à son chat en lui présentant une tranche ne fromage.
Huber cultivait aussi un genre de plaisanterie particuher, la mystification. Une de ses meilleures est celle qu'il fit, dit-on, à Malle! du Pan. On raconte qu'il avait fait insérer dans les feuilles publiques que l'automate joueur d'échecs devait s'arrêter à Lyon et décida Mallet à l'aller voir avec lui. Huber manque au rendez-vous , Mallet arrive seul, joue avec l'automate, perd et revient émerveillé. Là dessus, son ami lui apprend qu'il a été mystifié et que c'est lui, Huber, qui déguisé a ioué le rôle de l'automate.
Ayant vécu de longues années dans la société intime de Voltaire, il en profita pour reproduire sous toutes les formes les scènes de la vie du patriarche deFerney en une série de tableaux qu'il apporta avec lui dans un voyage qu'il fit à Paris en 1772,
Dans l'un, on voyait Voltaire au lit, ravi en extase à l'aspect des pelleteries que lui envoyait, par un officier de ses gardes, l'impératrice Catherine. Dans un autre tableau , le patriarche était à table prenant son café versé par « la belle Agathe » . avec ses disciples, d'Alembert, Marmontel , Huber lui-même : il existe de ce tableau une petite reproduction à l' eau-forte. Dans une autre composition encore , on voyait Voltaire debout , au milieu de paysans , enthousiasmé des merveilles de la campagne , tandis que ses auditeurs avaient l'air de se moquer de lui.
Ces tableaux, naturellement, étaient fort peu du goiit de Voltaire, qui les considérait comme des caricatures, un surtout, celui de son réveil, qui a été gravé sous le titre de le Lever du philosophe deFern...x d'après le tableau de M. Bayer de Fonscolombe à Aix , avec ces vers ;
Tandis que plein de sa marotte
Au lieu de mettre sa culotte
Volt, .re se livre à son feu,
Dal t et Fré. .n n'ont-ils pas fort beau jeu !
Dal t pour baiser humblement son der. . .re.
Et ce Jean Fré. .n sans pitié
Pour en faire à coups d'étrivières
Un écrivain plus châtié.
On y voyait Voltaire « sortant de son lit et sautant » dans ses culottes , ce qui est de vérité historique et
434 LES GRAVEURtf DU XV1II« SIECLE.
» rigoureuse, et dictant à son secrétaire placé au pied » du lit et devant une table. Ce petit tableau a été volé » à M. Huber par un fripon de graveur qui l'a gravé » furtivement, et y a mis des vers aussi plats que » grossiers , dont le sel consiste à dire que Voltaire » montre son cul, que d'Alembert le baise , tandis que » Fréron le fesse. Cette détestable polissonnerie se » vend chez les marchands d'images, et M. de Vol- » taire n"a pas encore pardonné à son historiographe » d'avoir été la cause innocente de cette vilaine plai- » santerie. »
D'après Huber , on a également un curieux portrait de Voltaire, coiffé d'un bonnet , in-4 à la manière du crayon, avec la légende : la Liberté que tout mortel adore, etc. Huber genev. delin. — Une autre pièce très connue d'après Huber, est une feuille contenant trente-cinq têtes différentes de Voltaire.
Mais c'est surtout par ses découpures qu'Huber s'est rendu célèbre ; Tune d'elles est fameuse entre toutes , et a été reproduite pai^ la gravure. Voici dans quels termes Grimm nous en a peint le sujet (août 1764) :
« Lorsque j'étais à Genève il y a quelques années, » M. de Voltaire avait fait acquisition d'un étalon da- » nois bien vieux , avec lequel il se proposait d'établir » un haras dans sa terre. Il avait une demi-douzaine » de vieilles jumens qui le tramaient lui et sa nièce. » Un beau matin l'oncle se mit lui et sa nièce à pied » pour abandonner les six demoiselles aux plaisirs de » l'étalon ; il espérait être dédommagé de cette petite » gêne par une belle race de chevaux danois nés aux » Délices, près Genève. Ses essais ne furent point
» heureux ; les efforts du vieux danois ne fructifièrent » point; cependant son maître nous en donnait tous » les jours le spectacle dans son jardin , au sortir du » dîner : Venez mesdames, s'écriait-il, voirie spectacle » le plus auguste ; vous y verrez la nature dans toute » sa majesté. »
C'est cette scène un peu vive qu'Huber entreprit de reproduire plaisamment en une découpure qu'il envoya à Paris à un commissionnaire pour la vendre dix ou douze louis. « On voit au milieu du tableau la jument » saUlie par l'étalon. A côté, sur une butte un peu » élevée on voit Voltaire, son habit boutonné, sa » grande pejruque, et par dessus un petit bonnet ; » c'est son accoutrement ordinaire. 11 est parlant , il » est plein d'enthousiasme. Il a saisi une jeune fille » par la main pour lui montrer l'auguste spectacle . » Elle recule et fait les plus grands efforts pour se » dégager. A côté d'elle sa compagne se met à courir » de toutes ses forces de peur d'être aussi saisie par » Voltaire. Derrière ce groupe on voit deux hommes » qui se tiennent les côtes de rire. Dans le fond on » voit un château et sur un balcon de ce château une » femme que les mauvais plaisants disent ressembler » à Madame Denis : Cette femme regarde le spectacle » auguste avec une lunette d'approche. De l'autre » côté de la jument, on voit une paysanne avec son » mari , ayant un petit enfant sur les bras et regar- » dant paisiblement l'auguste spectacle. Cette dernière » idée, pleine d'esprit et de délicatesse, achève de » rendre ce morceau précieux ; elle tempère ce que » le reste pourrait avoir de trop libre. C'est une » idée que notre Greuze n'aurait pas dédaignée. »
436 LES GRAVEURS DU XVIIie SIECLE.
Et Grimm conclut ainsi : « Ce Huber est un homme » plein de génie et d'un talent unique. Il peut dire » hardiment à Voltaire et à Greuze et à tous les » peintres du monde : Anch'io son pittore. »
La scène découpée par Huber a été gravée avec quelques variantes ; cette eau-forte a pour titre Traité du sublime ; in-4. De toutes les pièces qui ont été gravées sur Voltaire, c'est une des plus curieuses et des plus rares * .
Jean Huber s'occupa d'aérostation et fut atteint , lui
f Puisque nous parlons de Voltaire, rappelons ici que son portrait est, avec ceux de Louis XV, Louis XVI et Marie-Antoinette, celui qui a été le plus souvent reproduit au XVIIF siècle par la gravure.
Nous citerons les principales des pièces gravées relatives à Voltaire.
D'abord son portrait, jeune, d'après Largillière, gravé par Tardieu. C'est le seul sui- lequel la physionomie de Voltaire soit agréable.
Le même, in-12 , par Demautort.
Son portrait , d'après La Tour, gravé par Balechou , par Cathelin quatre fois, par Langlois deux fois, par Ficquet, par Guyol au lavis, par Alix, en couleur, deux fois.
Puis les portraits de Voltaire plus âgé : par Saint-Aubin, profil in-4 ; par Po«ce, dans la collection des Illustres Français; par Saint-Aubin, sur un titre, avec La Baumelle et Fréron ; par P. Duflos, sur un frontispice ; par Henriquez , d'après Barat , in-fol. ; dans la collection d'Esnmits et Rapilly, avec une vue de son tombeau; d'après Houdon, par Al. Tardieu; par Croutelle, vignette allégorique de Moreau.
Types divers , où Voltaire est représenté très vieu^ , ou grimaçant : par Barbie, in-8 ; par iV. de Launay, in-18; par Dagoty, en couleur; par Brichet, in-8; par Miger, in-4; par Chodowiecki, coiffé d'un bonnet, écrivant; par Berger, petit buste; T^av Saint-Aubin , profil, pour Renouard ; par J.-B. Michel, coiffé d'un bonnet de fourrure, in-4 ; autre, d'après Huber, in-4, manière de crayon ; Y>^r Saint-Aubin, d'après Denon, fort curieux.
Pièces diverses :
Couronnement de Voltaire sur le Théâtre-Français, par Gaucher, d'après Moreau ;
La Folie de notre âge, — l'Homme unique à tout âge, — le Vieux
aussi , de la manie de chercher à diriger les ballons ; il publia sur ce sujet une note dans le Mercure de France, et plus tard à Genève , des Observations sur le vol des oiseaux de proie.
La Biographie générale le fait mourir à Genève vers 1790.
Malade de Fernex tel qu'on l'a vu en Z*'"» 1777 , eaux-forles par Caylus ;
Trente-cinq petiles têtes de Voltaire sur une seule feuille, d'après Huber ;
Voltaire debout , par Carmontelle, in-12 , pièce plusieurs fois copiée;
Voltaire se promenant dans son jardin, in-8, gravé par B.-L. Prévost ;
M. de Voltaire dessiné à Ferney et gravé par M. B. . . neS, in-4 ;
Vue au levant de Ferney, d'après le tableau du S'' Huber;
Voltaire debout dans sa chambre : J'ai interrompu mon agonie. . .;
Silhouette de Voltaire en pied , sur satin blanc ;
Credo de Voltaire ;
Le Déjeûner de Ferney, d'après Denon , in-4 ;
Le Lever du philosophe de Fern . .x, d'après Huber, in-8 ;
Voltaire couronné par Jlf«W« Vestris, par Dupin, in-1;
Jijelle Clairon aux genoux de Voltaire, eau-forte satii'ique, in-4;
Voltaire à table avec ses amis, d'après Huber, in 4 ;
Voltaire et l'étalon {Traité du Sublime), in-4 eu largeur;
Voltaire et Rousseau s'invectivant , in-8 ;
Chambre du cœur de Voltaire, in-fol. en largeur;
Tombeau de Voltaire, allégorie, in-fol. en largeur; G. M. sculpsil;
Apollon se couvrant du masque de Voltaire , allégorie par Dardel , gravée par A. Le Grand;
Allégorie in-fol. à la sanguine, par Ransonuette ;
Voltaire au sabbat , in-4 en largeur ;
Etc., etc.
Au Cabinet des Estampes, le recueil des portraits de Voltaire forme plusieurs volumes in-fol. (Collection des alphabétiques).
Mais les pièces que nous citons ici sont de beaucoup les plus intéressantes.