JE AU RAT
Jésus-Christ (1718) ; Apollon et les Muses, 4 pi. in-4; Thètis plongeant son fils Achille dans les eaux du Styx (1719) in-fol.; Ahigaïl et David (1720) ; Salomon adorant les idoles (1723) ; la Mort de Creuse et la Mort de Didon (1721), 2 p. ; S'" Geneviève (1721) ; Pyrame et Thishè (1722) ; Jeaurat demeurait alors au bas des Fossés St-Victor, maison de M^ Lebrun ; Télémaque dans Vile de Calypso et la Cène (1724). 11 termine en 1725 par le portrait de Vleughels d'après Pesne.
A cette époque Edme Jeaurat avait déjà placé depuis plusieurs années son frère Etienne dans l'atelier de son ami Vleughels. Nommé directeur de l'Académie de France à Rome en 1724, le peintre emmena avec lui son jeune élève alors âgé de vingt-deux ans et donnant les plus brillantes espérances. Edme Jeaurat grava dix ans plus tard , d'après son frère , des études de Femmes du peuple de Rome et des environs (1734) que celui-ci avait rapportées d'Italie ,5 p. in-4.
A cette époque , il consacre presque complètement son burin à la reproduction des tableaux de son frère. Etienne Jeaurat après un séjour de quelques années à Rome, loin d'être influencé par la grande peinture d'histoire, trouva sa voie et son succès dans la peinture des scènes famihères et même populaires. Son goût le ramenait vite à des scènes de la rue comme la Place des Halles ou l'Enlèvement de Police, etc.
Parmi les premières planches qu'Edme Jeaurat ait gravées d'après son frère, il faut cHqy T Amour coquet et VA^nour petit-maître (1732), et à la même date une série de huit compositions dont les sujets sont tirés des Fables de La Fontaine, et qui font plutôt ressortir,
a dit M. Puychevrier ^ le talent du graveur que celui du peintre. Les voici par ordre de date : le Savetier et le Financier, V Amour et la Folie (1732) ; V Huître et les Plaideurs , la Fortune et le Jeune enfant (1733) ; V Astrologue qui se laisse tomber dans un puits, V Asne portant des reliques, la Montagne qui accouche d'une souris et la Femme noyée (1736), portant cette mention , à Paris chez Jeaurat, rue Si-Jacques visà-vis V église des Mathurins.
Nous ne devons pas oublier de signaler encore parmi les estampes d'Edme Jeaurat deux des pièces du Roman comique , illustré par Pater : la Bataille arrivée dans un tripot et le Poëte Roquebrune rompant la ceinture de sa culotte (1732) ; la planche du chant IX de la Henriade de Voltaire (1728) gravée d'après Vleughels ; Y Entrevue dans Vile des faisans et la Cérémonie du m,ariage de Louis XIV d'après Gh. Le Brun , des pièces d'après Bonnart fils, Bernard Picart, Tournières, Ch. de La Fosse et même un Pierrot content et des Figures chinoises et iartares d'après Watteau (suite de 12 pièces).
Edme Jeaurat fut le père de l'astronome Sébastien Jeaurat de l'Académie des sciences et du peintre Jeaurat de Bertry. Il mourut en 1738.
1 Le Peintre Etienne Jeaurat, par Sylvain Puychevrier (1862).
JONXIS (Pierre-Henri
L'estampe des Vestales, d'après le tableau do Raoux, gravée par Jonxis en 1784 et son meilleur ouvrage, se vendait chez Nicolas de Launay, ce qui donne à croire que Jonxis, né à La Haye en 1759, était son élève, et qu'il était venu à Paris pour se perfectionner chez lui.
Nous relevons encore de Jonxis, Vénus et T Amour, d'après Luca Giordano, in-4 en largeur, P. H. Jonxis sculpsil PayHsii , 1783, estampe dédiée à MM. les Régents de la fondation de feuM""^ Duysede Vorhout.
Jonxis a gravé quelques pièces pour le Cabinet des Fées d'après Marillier, et quelques portraits peu importants.
JOULLAIN (François).
François Joullain, ou Jollain, appartient à une vieille famille parisienne de marchands imagiers , graveurslibraires et mouleurs de bois ; il est né en 1697, suivant Mariette qui l'intitule disciple de Gillot.
On sait que Gillot eut pendant un temps la direction des décorations et des habillements de l'Opéra. De là la nécessité d'imaginer sans cesse de nouveaux costumes pour les divertissements , et de les faire reproduire. La série de pièces connue sous le nom de Nouveaux desseins d'habillements à l'usage des Balets, Opéras et ComAdies . . ., à Paris chez Joullain rue Froidmanteau chez M. Dolibeau , cordonnier , a été gravée très agréablement par Joullain sur les dessins et indications de Gillot. Également d'après Gillot, Arlequin soupirant. Arlequin glouton, la Révérence d' Arlequin . Mezzetin , Scaramouche , 14 autres Figures d'acteurs, IIom,me et Femme de qualité, et quatre pièces curieuses , l'Enfance , l'Adolescence, la Virilité, la Vieillesse.
Les types d'acteurs pour une Histoire du théâtre Italien de L. Riccoboni , capitans , arlequins, scaramouches , scapins , pierrots , mezzetins , sont très
JOULLAIN. 495
intéressants et gravés par JouUain d'une façon fort expressive.
Charles Goypel, encouragé par le brillant succès de la suite d'estampes des Aventures de Don Quichotte (1724) qu'il avait fait graver par Surugue . Lépicié, et dont plusieurs sont signées JouUain . avait entrepris d'illustrer de même les principales scènes des comédies de Molière. Il avait chargé JouUain d'interpréter ses dessins, et s'adressant au public, il avait fait graver sur le frontispice , figurant un rideau de théâtre avec spectateurs attendant l'ouverture , l'avis suivant , placé après ce titre : Suite d'Estampes des principaux sujets des Comédies de Molière gravées sur les esquisses de Charles Coypel, dédiée aupuhlic en il 26 :
« Très respectable et redoutable juge . tu n'ignore » pas que c'est au désir de te plaire que les beaux-arts » doivent leur naissance. C'est ce même désir qui nous » porte à les cultiver et à les perfectionner. Ne sois » donc point surpris de l'homage que j'ose t'offrir. » Daigne le regarder comme une marque de recon- » noissance que j'ay cru te devoir pour le favorable » accueil que tu as bien voulu faire aux gravures de » D. Quichotte. ... Je suis avec tout le respect que » te doivent ceux qui osent s'exposer à tes regards , » ton très humble et très soumis serviteur, Charles » Coypel. »
Ce petit préambule n'eut-il pas l'heur de toucher le pubUc-amateur du temps ? Charles Goypel fut-il appelé à de plus urgents travaux? Nous ne savons, mais nous avons le regret de ne trouver après ce frontispice que cinq planches petit in-4 en largeur , pour George
Dandin, M" de Pourceaugnac, V École des femmes, les Femmes sçaimntes et Psyché (1726).
Plus tard Joullain collabora à la belle édition des Œuvres de Molière illustrée par Boucher (1734). D en grava la plupart des culs-de-lampe. Exprimons ici un regret, c'est que les mêmes fleurons se répètent plusieurs fois. Cette petite lésineriedes éditeurs donne à l'illustration quelque chose de maigre. On voit bien que nous ne sommes pas encore au temps de Dorât.
Joullain a encore gravé d'après C. Goypel le portrait de Du Fresny et ceux des Enfants du Duc d'Orléans , deux charmantes pièces exécutées en 1725 et 1727. Au bas de cette dernière où ces enfants sont représentés faisant des châteaux de cartes , on a inscrit ce quatrain :
Tel qui rit, voyant ces enfants Élever un château soumis aux moindres vents,
Aurait passé pour homme sage Si des cartes jamais il n'eut fait d'autre usage.
Toujours d'après G. Goypel, VEcce Homo, peint pour l'église des RR. PP. de l'Oratoire, dont Joullain grava l'esquisse . et une planche à' Etudes des principales Têtes de ce tableau ; Armide abandonnée par Renaud, planche dédiée au comte d'Argenson ; un Christ au tombeau, une Annonciation.
En dehors de ces travaux , de deux Véronèse pour le Cabinet Crozat , et de quelques planches d'après Watteau [les Agréments de l'Eté), et d'après Lancret, [les Agréments de la Campagne, le Concert pasloyml. la Récréation champêtre), François Joullain n'a que peu gravé. Il abandonne de bonne heure la pointe et
JOULLAIN. 497
le burin, qu'il maniait pourtant avec goût et sûreté, pour se livrer, quai de la Mégisserie , au commerce des estampes et de la curiosité. 11 grave bien encore la Chasse au Loup et la Chasse au Sanglier, et même le portrait de François Desportes (1733) , et un portrait de Le Tonnelier de Breteuil, mais c'est dès lors à la vente des estampes qu'il s'applique comme tant d'autres graveurs, les Basan, les Le Bas, les Claude Drevet, etc. En 1760, il publiait un catalogue des estampes qui se vendaient chez lui. 11 avait associé son fils à sa maison. C'est ce filsP\ C. Joullain qui s'est plus particulièrement adonné à la direction et à l'expertise des ventes d'estampes, de tableaux et de curiosités, à la même époque que Remy, Basan, Paillet, Boileau, Lebrun. Il a dirigé des ventes importantes, parmi lesquelles celles des tableaux de Paris de Montmartel, des planches gravées , tableaux et estampes de Benoist Audran , de Huquier , des estampes de Lallemand de Betz , du chevalier de Damery, de Claude Drevet , de Le Bas, do Macret, des tableaux et marbres du marquis de Lassay, des tableaux , dessins et estampes de l'éditeur Jombert, du sculpteur Saly, de l'abbé Terray, du peintre Chardin, du marquis de Brunoy.
En 1779 , l'expert Buldet vend , assisté de Joullain fils, une collection nombreuse d'estampes encadrées, en feuilles , et de recueils provenant de la succession de M. Joullain, graveur et marchand. C'est le vieux François Joullain qui vient de mourir, et la date de 1790 que les biographes donnent comme celle de sa mort doit s'appliquer à son fils l'expert.
JUBIER.
Ce graveur à la manière du crayon, procédé dont il avait appris le maniement de son maître Bonnet , est l'interprète attitré des dessins au crayon mélangés d'aquarelle de Jean-Baptiste Huet.
Il rend indifféremment ses scènes mythologiques :
Diane et Endymion , Pygmalion amoureux de sa statue (on trouve Galathèe avant le nuage), Procris tuée par Céphale, Offrande au Dieu Pan \
Ses scènes pastorales : la Bergère récompensée , le Départ de la cam^pagne, le Goûter champêtre, V Arrime de la Ferm^ière ;
Ses paysages : les Pêcheurs , les Laveuses, le Marchand de poisson. Vue d'une fontaine antique , Vue intérieure d^ une ferme ;
Et ses compositions sentimentales : Offrande à V Amour, Offrande à V Amitié, Offrande à V Espérance. Tout cela est aussi fade comme sujets que plat comme exécution.
La Confidence d'après Bounieu, le Berger surpris et les Baigneuses , d'après Sarrazin , Jeune femme assise sur un banc, d'après Garesme.
JULIEN (Simon).
Simon Julien , qu'on appelle à tort Julien de Toulouse, né à Toulon en 1737, fut élève de Carie Van Loo et obtint en 1760 le grand prix de peinture ; il partit pour Rome où il resta plusieurs années. Revenu à Paris il fut agréé à l'Académie en 1779 , mais son tableau de réception, l'Aurore et Titan, ne fut exposé qu'en 1800, huit mois après sa mort. Baudicour décrit huit pièces fort rares, gravées par Julien : Loth et ses filles. — Les Tables de la loi judaïque, grande estampe dédiée à M. Possel , commissaire de la marine , 1773. — La Sainte Famille servie par les anges, et la même composition en sens inverse. — Apollon et Daphnè. — Flore et Zèphire. — Deux planches de Têtes d'études, faites à Rome en 1764.
Joseph - Laurent Julien , son neveu , a gravé : l'Amour et sa mère , la Rose défendue , Titon et V Aurore, V Étude répand des fleurs sur la vie, l'Amour de la gloiy^e , la Folle par amour écossaise, d'après Simon Julien , et d'après ses propres compositions : Desilles à Nancy, Guerre aux tyrans, l'Amour en réquisition, Pauvre rentier ruiné, Merlan à frire, le Riche du Jour ou le prêteur sur gages.
JULLIENNE (Jean de).
Les noms de Watteau et de Jullienne sont inséparables pour la postérité. Ce sera l'éternel honneur du teinturier des Gobelins , appréciateur des choses d'art sous toutes les formes et admirateur fanatique de toutes les productions du peintre de Valenciennes d'avoir fait reproduire les dessins si élégants, si vrais et si spirituels de son ami. Il en possédait près de quatre cents, croquis de militaires . têtes de jolies femmes ou de caractère , études de costumes et types divers. Il eut, après la mort prématurée de Watteau , l'idée de répandre ces morceaux inachevés, mais plus savoureux et expressifs que bien des ouvrages plus terminés : « Ils sont d'un goûst nouveau, disait-il dans son préam- » bule, ils ont des grâces tellement attachées à l'esprit » de l'auteur qu'on peut avancer qu'ils sont inimi- » tables , » ajoutant qu'il n'avait rien négligé pour que les habiles graveurs auxquels il s'était adressé ne leur fissent rien perdre du feu et de l'esprit de l'auteur. Jean de Jullienne avait eu la main heureuse en effet en choisissant le jeune François Boucher pour cette besogne , Boucher tout jeune alors et trop heureux de gagner ainsi 24 livres à la journée. Sa pointe légère a
JULLIENNE. 50i
tiré un excellent parti de ces croquis dans des eaux-fortes qu'il se faisait un jeu de graver; les planches du même recueil signées du C du comte de Caylus sont également interprétées avec justesse, ainsi que quelques-unes signées C. N. C. (Charles- Nicolas Gochin). D'autres d'une main plus timide, signées /. A., sont du voisin de Jullienne , Jean Audran , qui habitait aux Gobelins ; enfin quelques autres signés d'un /., gravées avec beaucoup de simplicité , nous semblent pouvoh' être attribuées à Jullienne lui-même. Ce sont : un Vielleur , Jeune femme assise un éventail à la main , Jeune fem^ne vue de dos. Jeune chasseur, Soldat en marche. Tambour de face , Tambour de dos , Feinme à cheval , Soldat saluant , Officier assis. Soldat un verre à la m^ain, Jeune femm^e assise, etc. Cette réunion curieuse de planches parut en deux volumes sous le titre de Figures de différents caractères, etc. Nous en avons déjà parlé à l'article de Boucher.
Jean de Jullienne, propriétaire des manufactures de draps fins et écarlates des Gobelins, ainsi qu'il est dit au bas de son portrait gravé par Balechou en 1752 , naquit à Paris le 29 novembre 1686, et succéda en 1721 à ses oncles Jean Gluck et François de Jullienne, propriétaires d'importantes teintureries établies sur le bord de la Bièvre, à côté des établissements du même genre d'Etienne Gobelin, acquis par Colbertpour le roi. Mais avant de s'occuper d'industrie , c'était un jeune amateur passionné pour les arts , et même, au dire de Mariette qui le donne comme un des principaux connaisseurs de son temps en tableaux , dessins , estampes et tout ce qui est du ressort de la curiosité, n. 33
il avait eu l'idée d'être peintre. Watteau l'en dissuada, et lui rendit un grand service , car il n'aurait pas fait dans cet art une aussi brillante fortune.
Jean de JuUienne épousa en 1721 Marie-Louise de Brécy, réunit alors les deux grands établissements de ses oncles et s'y accommoda une demeure où placer les tableaux et objets qu'il avait déjà collectionnés. 11 fit construire à cet effet en 1730 une galerie qui existe encore. L'expert Gersaint, dans la notice du catalogue Quentin de Lorangère , écrite en 1743 , parlait ainsi de cette collection : « Le goût naturel pour les belles » choses et l'amour que M'' de Jullienne a toujours eu » pour les arts, qu'il a même cultivés dans sajeunesse, » se reconnoissent aisément dans le fameux cabinet » qu'il possède aujourd'hui et à la perfection duquel il » travaille depuis une trentaine d'années. Ce cabinet » est l'ouvrage de ses moments de loisir qu'il y a » sacrifiés. Il a toujours eu une attention particulière » pour en ôter les pièces de moindre mérite à mesure » qu'il a pu en acquérir de plus recommandables. En » effet ce n'est qu'avec du temps, du goût et du discer- » nement que l'on peut parvenir à ce choix délicat. »
Julliot , l'expert chargé de la vente des meubles et curiosités de Jullienne, disait aussi de son côté :
« Des tableaux, des statues, des vases de bronze et » de marbre des plus célèbres artistes décoraient sa » galerie et ses appartements : leur réunion à de riches » meubles du fameux Boule, à des porcelaines des plus » recherchées par les qualités et les montures, le tout » avantageusement distribué, avec de rares morceaux » de laque, formoit un accord qui donnoit aux ama- » teurs l'agrément le plus complet. »
JULLIENNE. 503
Son catalogue nous montre en efifet , côte à côte avec les objets les plus précieux , des tableaux célèbres et sa magnifique collection de dessins. C'est au milieu de toutes ces belles choses , se délassant dans le commerce des artistes et la recherche des objets d'art des occupations de sa grande industrie , qu'il passait son existence. C'est de là qu'il surveillait la grande publication des dessins de Watteau , sorte de monument élevé à la gloire de son ami ; c'est dans sa tranquille demeure qu'il s'amusait à graver avec beaucoup de goût des planches à l'eau-forte , dont il ne faisait tirer, dit-on , que deux épreuves : « A » voir ces essais, a écrit M. le comte Clément de Ris , » on regrette que Jullienne ait été aussi modeste et » n'ait pas dirigé de ce côté son goût et l'emploi de » ses loisirs. Son burin (ou plutôt m pointe) ressemble » beaucoup à celui du comte de Caylus dans ses fac- » simile. Il est moins habile et moins exercé, mais il » possède plus d'accent et de couleur. » Le Mendiant et V Estropié, d'après D. Téniers , deux Têtes de soldats casqués et une Académie d'homme , d'après Restent , justifient cette appréciation.
Le roi créa Jullienne chevalier de l'ordre de Saint- Michel , et sur la présentation d'un exemplaire rehé en maroquin de l'Œuvre de Watteau , l'Académie le nommait séance tenante conseiller honoraire-amateur. Pendant vingt-cinq ans , il fut assidu aux séances , où il aimait à se retrouver avec tout ce qu'il y avait alors de plus distingué en fait d'artistes et d'amateurs.
Jean de JulUenne mourait le 20 mars 1766.
« Une complexion naturellement foible , avoit été » réparée par des mœurs sages, honnêtes et tran-
» quilles ; un exercice pris dans la nature, c'est-à-dire » une vie continuellement active mais uniforme, lui » avoit formé un tempérament décidé qui l'a conduit » jusqu'à un âge fort avancé. On l'a vu jusqu'à 78 ans » se lever à son ordinaire à cinq heures du matin, » même en hiver, et rester jusqu'à midi sans feu, animé » du zèle de veiller à ses affaires et récréé seulement » par la vue de ses cabinets où son goût le rappeloit » sans cesse. On l'a vu s'y faire promener encore pen- » dant deux heures sans feu , dans la plus grande » rigueur de 1765 , quoiqu'il fût âgé de 80 ans. »
Deux portraits bien connus nous ont conservé les traits de l'ami de Watteau. Il est représenté dans un parc jouant du violoncelle dans le tableau peint par cet artiste , qui s'est fait figurer dans le fond. Ce portrait qui nous le montre encore jeune , de figure intéressante et douce, a été gravé parTardieu. Au bas sont ces vers :
Assis auprès de toi sous ces charmants ombrages.
Du temps, mon cher Walteau , je crains peu les outrages
Trop heureux si les traits d'un fidelle burin
En multipliant tes ouvrages Instruisaient l'univers des sincères hommages
Que je rends à ton art divin.
Le second portrait , un peu postérieur, a été peint par J. F. de Troy et gravé par Balechou pour servir d'en-tête aux eaux-fortes d'après Watteau , dont il tient le portrait à la main.
La collection de Jullienne fut vendue en 1767, dans le salon carré du Louvre.
KAUFFMANN (Angélica
Née à Coire dans les Grisons le 30 octobre 1741 , la célèbre A.ngélica Kauffmann suivit dans son enfance son père, peintre médiocre qui changeait de résidence suivant le hasard des commandes. C'est à Côme qu'à l'âge de onze ans elle peignit avec succès le portrait de l'évêque de cette ville , ce qui commença sa réputation. Elle visita l'Italie et arriva à Rome en 1763.
A cette époque c'était une charmante jeune fille, sachant quatre langues, également douée pour la musique et la peinture. Mais si elle réussissait le portrait, ses travaux de gravure sont plutôt traités en manière d'essais et n'ont pas grande valeur artistique. Elle gravait à l'eau-forte à Ischia, dans la baie de Naples , en cette année 1763, des Etudes de têtes d'hommes, à Rome, Bologne et Venise en 1765 et 1766, des Etudes de femmes, le portrait de Winckelmann , le tout sans aucune originalité.
C'est dans cette dernière viUe qu'ayant fait connaissance de seigneurs anglais, Lady Vervort lui offrit de la conduire à Londres , l'assurant d'un bon accueil et d'un grand succès. Elle y arriva le 22 juin 1768, et s'attacha de suite à Reynolds qui eut dès lors une
grande influence sur son talent. Mais Angélica eut le tort de se laisser prendre aux grands airs et aux séduisantes paroles d'un aventurier qui se faisait passer pour le comte de Horn , et qui l'épousa. Elle put obtenir sa séparation en 1760, et libre de préoccupations, se livrer entièrement à son art. Nous n'entrerons pas dans le détail des nombreuses compositions sentimentales ou pseudo-historiques de l'artiste , non plus que dans la nomenclature de ses nombreux portraits de l'aristocratie anglaise reproduits par les meilleurs pointilleurs de Londres. Elle donnait de temps à autre quelques petites planches à l'eau-forte, Suzanne, Sainte-Catherine , Vénus et Adonis mort, d'après A. Carrache (1770) ; Hèhé , Junon , Vierge et enfant Jésus, etc.. Boydell ayant obtenu les cuivres de ses premières études , elle les retoucha , et en 1780 il les fit reparaître avec des travaux à l'aqua-tinte ajoutés.
Cependant son cœur avait parlé de nouveau. C'était pour le peintre italien d'origine Antonio Zucchi qu'il brûlait maintenant. Elle avait gravé d'après lui une U7''anie, les Amours d'Ulysse et de Calypso, la Shnplicité , et l'épousait la même année 1781 , où eUe gravait une Sapho s entretenant avec Homère.
Plus tard , Angélica voulut revoir l'Italie et y séjourner. EUe mourut à Rome le 5 novembre 1807.
Le Blanc donne une liste de 35 pièces gravées par Angélica Kauffmann.
KLAUBER (Ignace-Sébastien
Klaiiber est l'un des meilleurs élèves de Wille . qui lui avait communiqué sa belle conduite de burin, et tels de ses portraits , ceux notamment de Carie Van Loo et (V AUegrain n'auraient été désavoués par aucun de nos meilleurs artistes. D'abord élève de son père , graveur à Augsbourg , oii il naquit en 1754 , Ignace Klauber fut envoyé à Paris chez Wille qui l'aimait comme son enfant , et le témoigne dans son Journal avec sa chaleur de cœur habituelle. Quand après un premier séjour, il doit retourner dans sa ville natale pour revoir sa famille , en octobre de l'année 1783, Wille a bien soin de lui remettre une lettre pour son oncle le sénateur pour le prier instamment au'on lui renvoie son élève chéri , qui donne de si belles espérances. Le jeune homme ayant acheté un cabriolet pour voyager à petites journées, trouve un Anglais pour compagnon de voyage : « M"" Klauber, après avoir déjeuné » avec son camarade de voyage chez nous, s'est mis » avec lui dans sa voiture de poste devant notre porte » et est parti accompagné par M"^ Preisler, également » notre pensionnaire et M"" Huber son compatriote. Ils » ont conduit M"" Klauber tous à cheval à six lieues
» d'icy et là ils ont versé des larmes en se séparant. » J'ay donné à M*" Klauber, outre une lettre à M'' son » oncle, une à M'' Eberts à Strasbourg et comme il » doit passer par une partie de la Suisse pour voir » vers le lac de Constance une de ses sœurs, religieuse » d'un couvent de ces quartiers , une lettre à mon » ancien élève M"" de Méchel à Basle et une à M" » Salomon Gessner à Zurich , pour y voir cet auteur » célèbre. J'avoue sincèrement que nous étions tous » pénétrés du départ de M"" Klauber , parfaitement » grand et bel homme, mais dont les quahtés du cœur » et de l'âme sont admirables et aussi parfaites qu'il » est possible. Je souhaite de tout mon cœur que son » voyage soit des plus heureux : Il le fait principale- » ment pour contenter sa mère, le sénateur son frère, » son oncle et toute sa famille qui est des plus consi- » dérées à Augsbourg. »
De retour à Paris après six mois d'absence, Klauber continuant à mériter par ses progrès et son talent les éloges de son maître , celui-ci lui conseilla de briguer les suffrages de l'Académie royale et de graver pour s'y faire recevoir agréé le portrait de Carie Van Loo, d'après la peinture de Pierre Le Sueur. La belle planche que produisit le jeune graveur sous les yeux de Wille est exécutée d'après les principes les plus purs de l'art classique ; on reconnaît aux souples et larges tailles qui contournent les chairs et les draperies la manière brillante de couper le cuivre qu'enseignait le graveur hessois.
« C'était M'' Pierre , premier peintre du Roi, dit » encore Wille, qui présenta l'ouvrage de M"" Klauber » à la Compagnie qui, après l'avoir examiné , l'agréa
KLAUBER* 509
» à sa satisfaction et à la mienne. M' Klauber en en- » trant dans l'assemblée , se présenta très bien , étant » bel homme , grand et bien fait , avec un extérieur » rempli de candeur ; il se tira en faisant ses diverses » cérémonies et révérences au mieux, et chacun disoit : » Voilà un bel homme qui paroit bien honnête. Il doit » faire un second portrait et j ay donné ma parole à » l'Académie qu'il le feroit incessamment. Cet événe- » ment heureux a rempli dejoye et grand contente- » ment ma femme et mon fils comme toute ma maison » et plusieurs amis , parce que M"^ Klauber mérite la » distinction qu'il a reçue à l'Académie par son talent » comme il mérite d'être estimé de chacun par ses » mœurs. Il doit faire pour sa réception le portrait de » M"" Allegrain sculpteur dont il a déjà le tableau. »
Ce second portrait , gravé d'après Duplessis par Klauber, fut terminé en 1787, et lui fait aussi beaucoup d'honneur ; l'exécution en est pourtant un peu trop méthodique.
Après ce nouveau succès, Klauber repartait pour sa ville natale , rappelé par sa famille, il s'agissait pour lui d'un mariage. Wille lui adressait alors 25 épreuves de son Écolier de Hmiem que notre graveur avait exécuté d"après Poelenburg en 1786 , et c'est pendant ce voyage qu'il gravait les portraits à'A7n?nan et de Rembold, conseillers de la ville d'Augsbourg. La jeune fille lui ayant déplu , quoique des plus riches , il revenait à Paris en août 1788, avec l'intention de s'y fixer.
Klauber étant dans une situation aisée , ne travaillait qu'à ses heures. Nous relevons quelques pièces signées de lui dans la Galerie de Florence : l'Amour clairvoyant, d'après Van Loo, le portrait de Gaspard
Netscher et celui de la Femme de François Mièris.
La Révolution étant arrivée , KJauber, bien qu'inscrit comme grenadier du bataillon des Cordeliers , prit le parti d'abandonner Paris pour aller se fixer à Nuremberg. Il avait déjà épousé la veuve du graveur Garle Guttenberg (1791). Il y entreprit un ouvrage qui n'a pas été continué et dont il ne parut que 22 planches en deux livraisons, sous le titre de Figures delà mythologie exécutées en taille douce d'après les pierres gravées antiques du Baron de Stosch, aujourd'hui dans le cabinet du roi de Prusse, Nuremberg, J.-F. Frauenholtz. Le portrait de Hertzberg fut aussi gravé à Nuremberg ainsi que celui du graveur Bause.
Puis Klauber partit pour Saint-Pétersbourg où sa réputation d'excellent graveur l'avait précédé et où il exécuta de nombreux travaux : Stanislas -Auguste , roi de Pologne , d'après M"*^ Vigée-Lebrun , dédié à L. A. les princes Poniatowski (1798). Èlisabeth-Alexiewna, grande-duchesse, d'après M"'' Vigée-Lebrun (1798) , charmant portrait. Le Comte de Pouckin , d'après Lampi (1798). Joseph, archiduc d'Autriche, d'après Ritt (1799). Maximilien archiduc, Madeleine archiduchesse. Le Comte de Rostopsin, d'après Tonci (1800). Le Comte de Strogonoff, d'après Lampi (1802). Platon , métropolitain de Moscou , d'après Gutterbrun (1803). Le Comte Litta , d'après Wigby (1804). Paul i«^ empereur de Russie, d'après Voille. Marie- Feodorowna, impératrice (1805) , d'après Kugelgen. Le Prince Kourahin. Le Comte Potocki ( 1807 ) , d'après Lampi.
Klauber se fixa définitivement à Saint-Pétersbourg et y mourut en 1820.
KOBELL (Ferdinand)
Ferdinand Kobell, peintre et graveur à l'eaii-forte, né à Mannheira en 1740 , eut beaucoup de peine à décider sa famille , qui voulait le voir homme d'affaires, à le laisser suivre le penchant qu'il montrait pour les arts. Il fut envoyé à l'université de Heidelberg et nommé à son retour secrétaire de chancellerie. L'électeur palatin , auquel il fit parvenir un de ses essais , lui accorda une pension et l'envoya à Paris oii il séjourna à plusieurs reprises de 1760 à 1770. Si l'on vante la fraîcheur de coloris de ses peintures , le fini précieux de ses dessins , on ne doit pas passer sous silence les séries nombreuses de sujets champêtres qu'il a gravées d'une pointe fine et agréable. Nous citerons parmi ces planches datées tantôt de Paris, tantôt de Mannheim , quatre Paysages de ruines, cinq Scènes de Tabagies (1771) dans le goûtd"Ostade, huit pièces de Jeux d'enfants, six Paysages datés de Paris (1770) , les Ponts , six pièces datées de 1778 ; les Portes de ville , six pièces.
Les uns le font mourir en 1796, et les autres en 1799.
Son fils Guillaume Kobell , né à Mannheim en 1766 . (îst un habile graveur au lavis et à l'aqua-tinte.
KOHL (Clément).
Clément Kohi , né à Prague en 1752, apprit les éléments de la gravure dans sa ville natale et alla se perfectionner à Vienne chez Schmutzer. 11 a gravé d'un burin très fin un certain nombre de portraits de petit format :
Frédéric II.
Le Duc de Brunswick- Lunebour g , auteur du fameux manifeste,
Léopold , duc de Lorraine et Bar, 1791 .
Gessner, médaillon avec cadre orné, 1789, in-12.
Gellert, 1792, in-12.
Frédéric-Guillaume , prince de Rohenlohe , 1790.
L'Archiduc Charles, 1802, avec une vue de bataille.
Un petit portrait du poète Burger, presque aussi célèbre par ses excentricités matrimoniales que par ses ballades.
Johanna Saicco, célèbre actrice.
Les deux pièces les plus délicates qu'ait produits le burin de Kohi sont les portraits du Py^nce et de la Princesse Gagarin, née Galitzin , 2 p. in-4 , d'après Posch.
LAGRENÉE (Jean-Jacques).
Le peintre Jean-Jacques Lagrenée , né à Paris en 1740 , fut élève de son frère Louis-Jean-François Lagrenée l'aîné, plus âgé que lui de seize ans. C'est lui et non son frère aîné , qui est l'auteur d'un certain nombre de pièces gravées , ainsi que l'indique clairement la signature Lagrenée M. {Minor) :
La Vierge et V enfant Jésus, d'après Lagrenée l'aîné, jolie eau-forte in-4 datée de 1762 , et , à peu près de la même époque, quelques petites pièces assez habiles de facture ; différents Sujets mythologiques , d'autres tirés de la Bible : Retour d'Abraham , le Sacrifice d'Abraham , Loth et ses filles [1763), le Sacrifice de Gédéon, Tobie et le poisson, V Annonciation, la Nativité, r Adoration des Bergers, Jésus et la Sam,aritaine, le Christ au tombeau, le Baptême de V Eunuque par Si Philippe ; tout cela ne dépasse pas le format in-4.
La plupart des pièces de J.-J. Lagrenée ont été gravées en Russie , où il avait accompagné son frère appelé par l'impératrice Elisabeth et où il séjourna trois ans : quelques-unes portent même l'indication expresse qu'elles ont été faites à Saint-Pétersbourg :
Sacrifice au dieu Pan, Sainte-Famille, la Fuite en Egypte, le Sommeil de Jésus d'après le Guide, Si-Jérôme, le Testament d'Eudamidas, une étude de Vieillard russe assis, et une grande Allégorie sur rimpérairice Elisabeth Petrowna , d'après le tableau de Lagrenée l'aîné.
En 1765, J.-J. Lagrenée est à Rome ; une pièce qui représente f Offrande d'un satyre est signée Lag^^enée inv. etsculp. 1765, Romœ ; il en est de même de deux Fragments d'antiquités.
Puis Lagrenée reste dix-sept ans sans graver, jusqu'en 1782 ; alors il reprend la gravure , mais cette fois avec un autre procédé, l'eau-forte combinée avec le lavis. De cette seconde manière sont la Toilette de Vénus et Apollon couronnant les arts, estampes infol., un Recueil de cinq co7npositions par Lagrenée Jeune (1782), in-4 en largeur; Anacréon, l'Amour désay^mé, les Apprêts du sacrifice, la Charité r^omaine, le Cotisée , VAnge gardien , le Sommeil de Jésus , la Sainte-Famille aux anges et la jolie pièce les Petits Moissonneurs et la chèvre, in-4.
En 1775, Lagrenée avait été admis à l'Académie de peinture, sur le plafond de l'Hiver, exécuté pour la galerie d'Apollon. 11 fut aussi professeur, et attaché à la manufacture de Sèvres.
Il s'occupa vers 1800 d'un procédé de son invention pour dessiner sur le marbre en incrustations et pour peindre à l'huile sur verre.
Il est mort le 22 février 1821.
Baudicour a décrit son œuvre gravé en 53 pièces.
LA LIVE DE JULLY (Ange-Laurent de]
Avec ce graveur amateur nous entrons dans le monde de la haute finance du siècle dernier. Société spirituelle, artiste, élégante s'il en fut , mais légère à l'avenant que celle des La Live , fermiers généraux de père en fils , de M""*^ d'Épinay, de M'"'' d'Houdetot, de Dupin de Francueil , du chevalier de Valory et de M"® d'Ette, des Duclos et des Saint-Lambert. C'est un monde folâtre où chacun cherche à tout faire marcher de front, l'amour, les arts , la bonne chère . la galanterie, à la Chevrette comme à Chenonceaux ou Place Vendôme. Et que de petits vers ! que de madrigaux ! que de fins portraits et que de griffbnis !
Un des premiers essais de paysages de notre amateur est dédié à son père, le fermier général La Live de Bellegarde. Au bas, ces vers d'un fils respectueux :
Vous avez formé mes talens
Ma main vous devait cet ouvrage;
Vous inspirés mes sentimens
Mon cœur vous devoit cet hommage.
Lorsque le jeune La Live , qui vient de se marier, grave à l'eau forte , très agréablement , le profil de sa
femme M""^ de La Lire de Jully , dont le minois chiffonné a été crayonné par Cochin^ il inscrit audessous du portrait ces vers :
Pour charmer tous les yeux , le Dieu qui nous enflante Réunit dans He'bé les grâces , la beauté. Pour la faire adorer les Dieux ont dans son âme Imprimé tous les traits de la divinité.
On pourrait croire qu'une fois par hasard, au milieu de tous ces ménages disloqués et rassortis à côté, à la convenance et à la mesure de chacun , on se trouve enfin en présence d'époux qui s'estiment et s'aiment. Et de fait La Live est très amoureux de sa femme. Voici un paysage , anodin comme facture , qu'il lui dédie et qui témoigne de son affection :
Iris ds mon essay recevés les prémices Que n'ai-je le burin qui grava dans mon cœur Les tendres sentiments dont je fais mes délices Je surpasserais larl des plus fameux graveurs.
jyime d'Èpinay, la belle-sœur de M™^ de La Live, apporte aussi sur le jeune ménage un témoignage flatteur et trace de la jeune femme le portrait suivant , dans ses Mémoires : « Je suis en vérité » tous les jours plus contente de M™** de Jully. » Elle a de l'esprit, et la tournure en est très plai- » santé. Son extérieur est très froid mais elle a de » la gaité dans l'imagination. Elle cause très agré- » ablement lorsqu'elle est tête à tête et, quoiqu'elle » soit fort décidée, il semble que le monde lui impose. » Elle adore son mari et je crois que c'est une des
1 On dit aussi que ce portrait est celui de la Marquise d'Etampes.
LA LIVE. Ml
» raisons qui l'empêchent de se livrer autant à la » société, parce que toute son activité ou plutôt tous » ses sentiments sont dirigés vers ce seul objet. » Cependant elle aime la dissipation , les plaisirs , le » spectacle ; je ne sais trop comment tout cela s'ar- » range mais cela est pourtant ainsi. Je suis très cir- » conspecte avec elle , car, aimant son mari comme » elle l'aime , elle auroit sûrement très mauvaise » opinion de moi , si elle pouvoit savoir à quel point » je suis loin de penser comme elle. »
Mais hélas ! l'influence d'un entourage aimant trop le plaisir et d'une société corrompue ne tarde pas à se faire sentir et l'opinion de M™^ d'Épinay sur la fidélité conjugale de sa belle-sœur se modifie sigulièrement quand ce modèle d'épouse s'enthousiasme pour le chanteur Jéliotte dont elle fait son amant , et quand elle-même doit , sans trop se faire prier, servir leurs amours à son château de la Chevrette. Un beau jour M™^de Jully lui signifie qu'elle veut prendre un amant, que son mari est fort bon pour elle, mais qu'elle ne l'a pas épousé par amour. Une partie de la conversation de M™^ d'Epinay avec sa belle-sœur, rapportée par elle, mérite d'être citée : « Plus je connais M'" de Jully, lui » disait sa femme et plus je m'applaudis de mon choix. 11 » est bon enfant, doux , complaisant , foible , sans nerf, » mais sans vice ; en un mot il est tout propre à jouer » son rôle décemment et je lui en sais gré. Au reste » il a cru être amoureux de moi, mais il s'est trompé. » — Que dites-vous donc , ma sœur ? Il vous adore » comme le premier jour. — Le dit-il ? Eh bien , il se » trompe encore. 11 y a une fille de la comédie à qui » il fait des présents toute la journée. Dans le fond, n. 34
» c'est l'homme du monde que je vois le moins et celui » qui fait le moins ma volonté. — Ma sœur, ma sœur, » vous êtes injuste. Pouvez-vous nier que votre mari » ne soit uniquement occupé de vous plaire ? — Quoi ! » parce qu'il me donne continuellement des bijoux » dont je ne fais nul cas , des robes qu'il choisit pres- » que toujours contraires à mon goût ; qu'il me loue » des loges aux spectacles le jour où je veux rester » chez moi ? Eh, mais ! ne voyez-vous pas que ce sont » ses fantaisies qu'il caresse et non les miennes ? mais » priez-le de faire céder un de ses caprices ou de ses » goûts aux miens, vous verrez cette perle des maris
» devenir tout en douceur le sultan le plus despote
» Mais nous voilà bien loin de ce que je voulois vous » confier. J'aime, je vous l'ai dit ; savez-vous qui ? c'est » Jéliotte. — Jéliotte! vous n'y pensez pas ma sœur, » un acteur de l'opéra , un homme sur qui tout le » monde a les yeux et qui ne peut décemment passer » pour votre ami. — Doucement, s'il vous plaît, je vous » ai dit que je l'aimois et vous me répondez comme » si je vous demandois si je ferois bien de l'aimer. — » Gela est vrai ; mais vous m'avez dit en même temps » que vous exigiez que je vous rendisse service et je » vous déclare queje ne veux pas être la confidente » de M'' Jéliotte , ni servir ses amours. — Il ne s'agit » pas ici du nom de mon amant, ma sœur, c'est moi » qu'il s'agit d'obliger : le voulez-vous ou non? — » Quant à vous , ma sœur, je n'aurois jamais rien à » vous refuser, mais... — Fort bien ; à présent, dites- » moi, Jéliotte n'est-il pas un homme estimable? Tout » le monde ne le trouve-t-il pas au-dessus de son état? » — Gela est vrai ; et cette phrase là même vous con-
» damne : le monde ne vous pardonnera pas. — Eh, » mon enfant le monde est un sot et celui qui l'écoute » aux dépens de son bonheur Test encore plus. Bref, » Jéliotte arrive ce soir. Il faut que vous le logiez » dans la chambre bleue , à côté de la mienne. Je me » plaindrai pendant le dîner du bruit que fait mon » mari en sortant le matin pour la chasse. Alcrs vous » m'offrirez de lui donner le petit appartement qui est » derrière le mien, je l'accepterai et tout ira bien. — » Ah ! lui dis-je, si vous n'exigez que cela de moi , à » la bonne heure. — Eh! qu'avez-vous donc cru, s'il » vous plait? »
Tout s'arrangea en effet comme il avait été convenu. M. de Jully convint qu'il faisait beaucoup de bruit et accepta de changer de chambre. Jéliotte arriva : « Le bonheur éclatoit dans leurs yeux , dit encore » M"'® d'Epinay, et ce tableau si séduisant me rappela » des temps plus heureux pour moi et me fit verser » des larmes. Francueil qui s'en aperçut et qui était » dans la confidence me dit en me regardant tendre- » ment : seront-ils les seuls heureux?... »
W^^ de La Live ne goûta pas longtemps son bonheur. Peu après elle tomba malade de la petite vérole et mourut dans les bras de sa belle-sœur, pleurée par son mari qui n'avait perdu aucune illusion : «' La » douleur où M"" de Jully étoit d'avoir perdu sa femme, » écrit-elle , fut poussée jusqu'au délire et parut d'au- » tant plus étrange que la dissipation à laquelle il s'était » livré jusqu'au dernier moment de sa vie ne l'y avoit » pas préparé. Sa première sortie fut pour commander » un superbe mausolée en marbre qu'il destina à être » placé dans un cabinet au fond de son appartement.
» Il fit faire une demi-douzaine de portraits qu'il » rangea tout autour de sa chambre et il passoit son » temps à se nourrir de sa douleur. »
C'est à Falconnet que La Live commanda, en effet , le médaillon en marbre qui se trouve encore maintenant à St-Roch sur le tombeau de cette femme légère et charmante. J.-J. Rousseau écrivait alors à Dupin de Francueil , propriétaire de Ghenonceaux , cette appréciation suffisamment sceptique : « Vous » êtes en peine de M'' de JuUy ; il est constant que sa » douleur est excessive ; on ne peut être rassuré sur ses » efiets qu'en pensant au peu d'apparence qu'il y avoit » il y a deux mois, par la vie qu'il menoit , que la mort » de sa femme put laisser dans son âme des traces » bien profondes de douleur. D'ailleurs, il l'a modelée » sur ses goûts et cela lui donne les moyens de la » conserver plus longtemps sans nous alarmer sur sa » santé.... »
Dupin de Francueil, le même qui, sur le tard, épousa Aurore de Saxe et fut le grand-père de Georges Sand, était alors comme on sait l'amant de M™^ d'Epinay et l'ami intime des Jully. La Live lui dédiait un paysage avec cette légende itaiïenne : Studio di paesi dedicato al IIV^'^ Dupin de Francœuil signor viy^tuosissimo ed amicissimo del autore de La Live de J. Le propriétaire de Ghenonceaux s'amusait aussi à peindre : la Vue du château de la B riche , propriété des La Live, celle du Château de la Chevrette, résidence de M™*' d'Épinay, ont été gravées par La Live d'après ses peintures. La Live dédiait à M""® de Roissy, une de ses bonnes amies , la suite des Éléments , représentés par Natoire sous la forme d'enfants, et les
accompagnait d'un cartouche historié au milieu duquel on lit ces vers dignes de Dorât :
Sous les traits du Dieu de Cythère Pour rendre homage à la beauté Les Éléments se font la guerre Chacun veut être préféré.
Vous les accorderés, Thémire Mais si j'en crois mes sentimens L'air qu'auprès de vous l'on respire Est le premier des élémens.
Il gravait aussi un fleuron de Boucher pour le titre de Y Essai sw VArt de la Guerre, de Turpin de Crissé.
Pour se consoler de son veuvage , La Live s'était plus que jamais adonné à ses goûts de collectionneur. Il achetait objets d'art et tableaux , et s'était tout spécialement épris de l'école française , que le gouvernement du roi soutenait bien de ses commandes , mais à laquelle les collectionneurs préféraient d'habitude les écoles italienne , flamande et hollandaise. Encouragé dans cette voie par son ami Mariette , aidé de ses conseils , il formait cette belle collection d'œuvres nationales, ce cabinet de peinture et de sculpture française dont Mariette, en 1764, lui dressait le Catalogue historique. Le portrait de La Live de Jully de profil, très agréablement gravé par lui-même d'après le dessin de Cochin , fut ajouté à ce catalogue ainsi qu'une allégorie , Minerve enseignant un jeune artiste, dont l'invention était due à Le Fèvre et la gravure à notre artiste-amateur : « L'amour que j'ai » pour ma patrie , dit-il dans la préface , et pour les » talens qu'elle produit, joint à la connoissance que » j'ai prise peu à peu de la peinture , m'ont fait
» observer dans divers ouvrages des artistes françois, » qu'il seroit possible de former un très beau cabinet » d'école françoise en peinture et en sculpture et » que notre école pouvoit soutenir la comparaison de » l'école flamande et souvent celle de l'école d'Italie. » Pour exécuter ce projet de façon qu'il fit honneur » à nos arts, j'ai fait cette collection sous les yeux et » avec les lumières des amateurs et des artistes les » plus éclairés , n'ayant rien voulu admettre dans » mon cabinet qui ne fût du meilleur temps de chaque » auteur. »
Ami de presque tous les artistes de son temps, en relation avec les grands amateurs et les marchands , La Live put mettre de point en point ce projet à exécution et , de Simon Vouët à Greuze , des Anguier à Pajou, réunir en peinture et en sculpture les plus beaux spécimens de l'école française. Lancret était représenté dans sa galerie par deux tableautins figurant des jeux d'enfants, que leur propriétaire a gravés sous le titre de rAge d'or; Greuze, d'après lequel il a gravé les Fermiers brûlés , par huit toiles dont le célèbre tableau du Père de famille lisant la Bible à ses enfants. Boucher aussi était l'objet d'une prédilection marquée de la part du collectionneur, qui a galamment interprété quelques-uns de ses plus jolis dessins, Pastourelle portant des cages d'oiseaux. Jeune fille sacrifiant sur V autel de V Amour, la Correzione , Jardinière à l'air mutin (1754), mais jardinière de fantaisie, sortie un instant du salon pour s'amuser à ratisser.
La Live avait tenté pour la sculpture française ce qu'il avait si complètement mené à bien pour la peinture ; seulement comme l'achat de marbres im-
portants aurait pu compromettre la bonne administration de son bien , il s'était d'habitude contenté des terres cuites, premier jet qui rend souvent mieux la véritable impression de l'artiste. Anguier, Puget , Michel-Ange Slodtz , Girardon , La Datte , Goustou , Coysevox , Gaffieri , Pigalle , Falconet , étaient représentés dans ses salons par des œuvres intéressantes et choisies avec goût. Saly, ce sculpteur de talent que le Danemark nous enleva , s'y trouvait pour un groupe de Pan et Syrinx et un faune. G 'était un dessinateur original, très jaloux de ses dessins ; Mariette raconte qu'il avait eu beaucoup de peine à en obtenir quelques-uns. La Live fut plus heureux en obtenant du sculpteur deux séries qu'il s'empressa de graver : une série de Vases, ornés de figures décoratives d'un effet original , datés de 1754 , et une suite de Caricatures en 16 pièces , dont le trait principal réside dans l'exagération de la longueur, et qui manquent un peu d'intérêt, maintenant que nous ne savons plus quels sont les types qui ont servi de modèles.
On voit qu'au milieu de l'existence dissipée que M""^ d'Épinay attribue à son beau - frère , La Live trouvait encore bien des instants à consacrer aux arts.
Il gravait le portrait de La Borde de Mèrèmlle, banquier de la cour, d'après Roslin ; il gravait encore, ou plutôt il signait un délicieux portrait de femme, qu'il est impossible de ne pas attribuer à Saint-Aubin, celui de Madame Lètine , sa seconde belle-mère {Tendre, sensible, heureuse mère...), d'après Bernard , 1765, in-fol. : « Une eau-forte qui est l'idéal de la gravure de » femme, et qui vous fait regretter qu'il n'y ait qu'un » portrait de femme du XVIIP siècle ainsi exécuté, et
» encore un portrait de vieille femme. » (E. de Goncourt , la Maison d'un Artiste.)
Les rapports étaient des plus suivis entre Saint- Aubin et notre amateur : Saint-Aubin gravait le portrait de La Live d'après Greuze , ou bien il retouchait ou regravait les portraits gravés par celui-ci.
La note manuscrite ci-dessous se trouve à côté de l'épreuve de son portrait au Cabinet des Estampes :
« Portrait de M*" de La Live de Jully, introducteur » des ambassadeurs, dessiné par J.-B. Greuze en 1754 » et gravé par Auguste de St- Aubin en 1765. Ce por- » trait devait servir de frontispice à la suite cy-j ointe » des 50 portraits que M"" de La Live a gravé et qu'il » devait donner au public avec un précis de la vie des » grands hommes qu'elle présente pour faire suitte » avec les hommes illustres dePérault. M"" de La Live » avait d'abord gravé cette suitte et s'était fait aider » pai^ un nommé Charpentier méchanicien ; M'" de » La Live s'adressa ensuite à Auguste de St-Aubin » qui effaça presque toutes les têtes et les refit dans le » genre de l'auteur qui les avoyent commancées. »
M. le comte Clément de Ris rapporte dans les Amateurs d'autrefois une note de La Live prise sur le manuscrit de ses Hommes illustres dont le texte ne parut jamais : « J'avois d'abord eu le projet de faire » graver tous les portraits par des artistes, mais outre » que les planches terminées eussent demandé beau- » coup de temps , le goût que j'ai toujours eu pour » la gravure que j'ai pratiquée dès ma plus tendre » jeunesse , m'a déterminé à les graver moi-même à » l'eau-forte, en ayant fait faire des dessins d'après » les meilleurs porti aits connus pour les réduire tous à
» la même grandeur. J'ai cherché dans ces estampes » la manière de Van Dyck. Je sais que je suis resté » bien loin de mon modèle. » Tenons compte à La Live de sa modestie , mais il n'en est pas moins vrai que malgré les retouches de Saint-Aubin , cette série de portraits in-4, d'une exécution honorable pour un amateur, est en définitive restée assez faible.
En voici la liste : le Cardinal de Retz, le Cardinal de Polignac , Bossuet, Fènèlon, Fléchier , Mascaron, Nicole, Quesnel , Malebranche , Bayle , VAhhè de Rancé, le Maréchal de Crèquy, le Comte de Bussy-Rahutin , Vauhan , Câlinât, Bourdaloue, Massillon, Morèri, Bernard de Montfaucon, le P. Porèe, le Duc de Villars, Duguay-Trouin, Mathieu Mole, Orner Talon, le Comte d'Avaux, le Chancelier Boucherai, La Moignon, D'Argenson, René Pucelle, Mézeray, Saint-Évremond, Félibien , Cassiny, La Bruyère, Dacier, Rollin, Rapin de Toyras, Segrais, Thomas Corneille , Boileau- Despréaux , Chaulieu , J.-B. Rousseau, Duf7^esnoy, Jouvenet, H. Rigaud , François Lemo y ne , Puget, Girardon, André Le Nosire et La Lande. Us portent des numéros , de 65 à 114.
Ce serait donc comme suite aux Hommes Illustres de Perrault que ces portraits auraient été exécutés. La Live ne les vendit pas. Il les ofirit à ses amis et en envoya un exemplaire à Jean-Jacques Rousseau qu'il avait souvent rencontré à la Chevrette. Celui-ci lui répondait de son ermitage : <^ J'ai reçu votre présent » avec le plaisir et la reconnaissance que me donnent » tous les témoignages de votre souvenir. Venés , » Monsieur, quand il vous plaira , voir ma retraite
526 LES GRAVEURS DU XVIir SIECLE.
» ornée de vos bienfaits ; ce sera les augmenter et les » moments que vous aurés à perdre ne seront pas » perdus pour moi. »
La Live a gravé le portrait de son père le fermiergénéral La Live de Bellegarde ; ceux de Louis Bontens et de Pierre Oilhert de Cangè, du duc Alexandre de La Rochefoucauld , du marquis de Montcalm ; le Mausolée de la princesse de Condè, d'après Vassé.
Par des motifs que M""^ d'Epinay ne donne pas , notre amateur sollicita d'être envoyé à Genève pour représenter la France. Quelques années après il revenait à Paris avec le titre d'introducteur des ambassadeurs. Il avait été nommé dès 1754 à une place d'honoraire amateur à l'Académie royale. Mariette, son ami , nous apprend que sur le tard il avait perdu la tête. « Son état fait pitié », écrit-il vers 1770. Diderot annonçait la môme nouvelle à Falconnet en ces termes : « M. de La Live est devenu fou furieux, vous n'auriez » jamais cru que ce fût de cette maladie dont il fût » menacé. Ce qu'il y a de plaisant c'est qu'on dit que » c'est d'avoir trop aimé sa femme. » Aussi dut-on vendre dès 1770 , par mesure de conservation , ce fameux cabinet réuni à la gloire de l'école française.
Le pauvre La Live , devenu littéralement gâteux , mourut le 18 mars 1779.
Les LANGLOIS.
Pierre - Gabriel Langlois l'aînè , tié à Paris en 1754 , élève de Simonet , et Vincent-Marie Langlois LE JEUNE furent surtout des graveurs de la Galerie de Florence , et par conséquent leur œuvre se compose presque exclusivement de reproductions de tableaux des anciens maîtres.
D'après les artistes de leur temps, ils ne gravèrent guère que quelques vignettes, éparses dans le Théâtre des Grecs du P. Brumoy, le Cabinet des Fées, les Voyages imaginaires , les Œuvres de Le Sage , le Théâtre du 'inonde , les Figures de F Histoire de France de Moreau . le Nouveau Testament, le Précis de la Révolution, Héloïse et Abailay^d de Moreau , les Liaisons dangereuses , la Jérusalem délivrée , le Gessner et le Racine de Le Barbier, les Œuvres de J.-B. Rousseau , le grand i?acme de Didot , V Ovide de Villenave. Dans tout cela rien de bien saillant.
Nous relevons à l'actif de Langlois le jeune une estampe d'après Lavreince , la Pat^tie de musique , in-fol. en largeur, publiée chez Basan.
Nous donnons ci-après la liste de quelques portraits gravés avec soin par Langlois l'aîné , et qui , en
o2S LES GRAVEURS DU XVIIU SIECLE.
épreuves de choix , peuvent encore être regardés avec plaisir.
1. CHATELET (Madame du), d'après Meiie Loir, 1786; in-S [Vol-
taire de Kehl).
Trois états d'essai inaclievés. — État terminé , avant toute lettre, tablette blanche. — État avec la lettre sur la tablette blanclie; très rare. — État avec la lettre sur la tablette ombrée .