‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 84 sur 198 · Où irai-je? — Chez moi; 2 p. signées Cor (Lecœur · texte numérisé non relu

Où irai-je? — Chez moi; 2 p. signées Cor (Lecœur

LEGOMTE (Marguerite;

C'est l'affection de Watelet pour elle, plus encore que ses travaux artistiques , qui sauve de l'oubli cette charmante femme. Aimable faux ménage au demeurant , que celui de cet académicien , artiste et poète à la fois, et de cette femme de procureur griffonnant une eau-forte sous les ombrages du Moulin-Joli.

« 11 faut avoir du courage philosophique », écrivait M™^ de Genlis qui avait rencontré le couple en visite chez M™° Necker, « pour oser produire ainsi sa vieille » maîtresse de 55 ans très ennuyeuse et très bornée. »

Mais avant d'être une vieille maîtresse, Marguerite Lecomte avait été une charmante femme , d'une agréable physionomie , sans grande régularité de traits , telle du moins que nous le montre le joli profil dessiné par la main de l'amoureux Watelet et gravé par leur ami Louis Lempereur. Les vers qui l'accompagnent sont aussi de la façon d'un amant :

L'heureux talent de plaire en n'y pensant jamais. Un bon cœur, un sens droit et le don d'être aimée. Une humeur franche et libre embellissant tes traits,

La grâce enfin à la raison unie :

Le Comte c'est pour toi ce que nature a fait Et que l'art ne peut rendre en gravant ton portrait.

Quand elle voyageait en Italie avec son amant en 1764, toute l'Académie de France était en émoi et les jeunes pensionnaires composaient en souvenir de son passage le curieux petit livre intitulé Nella venuta in Roma di madama Le Comte... etc., et dont nous avons parlé à l'article de Lavallée-Poussin.

Elle ne néglige pas d'ailleurs ses devoirs pieux. Gomme il est de bon ton d'avoir une audience du Pape ne serait-ce que pour passer l'éponge de l'absolution sur la noirceur de ses péchés mignons, Marguerite Le Comte se prosterne devant Clément XIII. La Vallée- Poussin nous a conservé la scène où elle lui demande la permission de faire son portrait. C'est une petite eau-forte assez méchante. Elle fit aussi à Rome , cette même année 1764 , le portrait du Cardinal Albani.

« M'"*' Lecomte, écrivait Watelet , est toujours com- » blée de politesses, de prévenances et d'attentions... » Il y a ici un cardinal Albane qui l'a prise dans la plus » singulière amitié ainsi que la princesse Borghèse. . . »

Et puis après avoir bien dessiné et bien gravé, — quelques petits Paysages italiens en font foi, — ils reviennent tous deux se réinstaller au Moulin-JoU , au bord de la Seine , à deux pas d'Argenteuil. C'est dans cet\asile chanté par Delille, que la jolie meunière recevait une société agréable, ai'tiste et choisie. M'"'^ de Genlis en parle dans ses souvenirs : « Figurez-vous » une grande île couverte de bois, de jardins, de ver- » gers que la Seine coupait parle milieu. On passait » d'un bord à l'autre sur un pont de bateau garni de » caisses de fleurs et des bancs placés de distance en » distance permettaient de jouir longtemps d'un air » parfumé et de points de vue admirables. Des arbres

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