‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 85 sur 198 · LECOMTE · texte numérisé non relu

LECOMTE

» de haute futaie d'un ton vigoureux , bordaient la » rivière à droite, à gauche la rive était couverte » d'énormes peupliers et de grands saules pleureurs » dont les branches tombaient en berceau. Je ne puis » dire combien je me sentais heureuse dans ce beau » lieu, auquel je n'ai rien vu de comparable. »

Tous ces points de vue, Watelet et Marguerite Le Comte les dessinèrent sous tous leurs aspects. La maison était un assez élégant pavillon carré. Watelet qui l'a gravée a écrit au bas : Maison de Marguerite Le Comte, meunière du Moulin-Joli ; sur une autre eau-forte toute fraîche d'eaux et d'ombrages, on lit côte à côte leurs deux noms avec cette mention : una eademque die sculpsere.

Un tel goût pour la campagne et l'idylle devait faire aimer les œuvres du poétique Gessner à la belle pécheresse. C'est aussi à l'amitié qu'ils portaient tous deux à Huber, le traducteur des œuvres du poète de Zurich, qui le dit formellement , que nous devons les illustrations du Daphnis et du Premier Navigateur.

Quand nous aurons dit que Marguerite Le Comte employait ses loisirs à graver à l'eau-forte des contours de papillons, qu'elle s'amusait ensuite à colorier {Suite de Papillons gravés et coloriés par Madame Le Comte, des Académies de Rome, Florence, Parme et de r Institut de Bologne, 1766), qu'elle imitait à l'instar de Watelet les eaux-fortes de Rembrandt , et qu'elle a eu la délicatesse de pas nous laisser le portrait de son mari , le plus heureux des trois, brave homme à qui Watelet avait offert l'hospitalité et qui s'était empressé d'accepter, nous aurons suffisamment esquissé cette physionomie de femme artiste.

LE GOUAZ (Yves-Marie).

Né à Brest , Le Gouaz devait être et fut en effet un graveur de marine. Le peintre Ozanne, professeur des gardes du pavillon à Brest , lui donna les premières leçons de dessin et de gravure et les débuts de l'élève ayant fait concevoir de grandes espérances, ses parents quoique dans une position peu aisée , l'envoyèrent à Paris se perfectionner chez Aliamet. Encouragé par ce maître habile, Le Gouaz fut bientôt en état de graver des planches assez importantes pour lui valoir une certaine réputation. Un de ses premiers travaux fut la Fin d'orage, d'après B. Peters, publiée en 1765. Peu de temps après, il grava d'après Joseph Vernet, Temps serein , Temps de brouillard , la belle exécution de cette dernière planche lui valut les éloges du peintre ; r Embarquement de la Jeune grecque, in-fol. en lai^geur ; la Pêche de jour, la Pêche de nuit. 2 pi. en largeur ; le Choix du poisson , in-fol. en largeur ; les Déb?^is du naufrage.

Caudebec , d'après Hackert ; le Port et le Golfe de Calvi, Vue du Golfe de Messine, d'après Lacroix.

Son ouvrage de prédilection fut le recueil des Nouvelles vues perspectives des Ports de France, dessi-

LE GOUAZ. 607

nées pour le Roi par M. Ozanne, un titre , une carte géographique et 60 vues en largeur, pittoresquement peuplées de petits personnages qui donnent de la gaieté à ce travail considérable , et l'empêchent de paraître trop monotone.

Vers la même époque Le Gouaz fait accidentellement une incursion sur le terrain de la vignette : il exécuta un certain nombre de fleurons pour les Fables de Dorât et des vignettes pour les Idylles de Berquin d'après Marillier, et se tira de cette besogne à son grand honneur. Il a gravé aussi quelques figures d'Eisen in-4 pour l'opéra comique des Moissonneurs, et deux pièces de Saint-Quentin pour le poëme de Rosset , r Agriculture. Voici la quittance qu'il donnait pour une de ces illustrations :

« M. Tronchin , trésorier du marc d'or , riie de

>/ Richelieu. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien

» faire payer à M*" Le Gouasse graveur, la somme de

» quatre cent quatre vingt livres pour la gravure qu'il

» a faite du second frontispice du poëme de Tagricul-

» ture , sur les fonds de l'excédant du marc d'or

» assignés pour les Départements des mines et de

» l'agriculture.

» Parent fils.

» Pour acquit de la somme de quatre cent quatre » vint livres. Le Gouaz. A Paris le 22 mars 1774. >^

Pourquoi ne continua-t-il pas dans cette voie où il réussissait ? Faute de temps , probablement. Dès 1770, Le Gouaz avait été nommé grav^eur de l'Académie des Sciences en remplacement d'Ingram. 11 exécuta jusqu'en 1790 , pour les volumes publiés par celte académie, 241 planches techniques.

Revenant à ses sujets maritimes favoris il grava :

Différents ports et rades de France et des Antilles, 18 p. d'après Ozanne, par LoGouaz et J. F. Ozanne.

Vues de lieux célèbres de diverses parties du monde , d'après les dessins d'Ozanne, gravées par Goiny, Garreau, Filhol, Masquelier, Pillement, Racine et Le Gouaz.

En-têtes pour Lettres démarque et Congés délivrés aux bâtiments. — Suite de bâtiments , 4 sujets ronds.

Planches pour le Voyage pittoi^esque de Constantinople et pour la Description de V Egypte.

Recueil des combats de Jean-Bart, Paris, Le Gouaz 1806, 19 p. — Recueil des combats de Duguay- Trouin, par J"'' F^'^ Ozanne et le Gouaz , 29 p. — Le Combat du Vengeur, d'après Ozanne.

Ornements de proues de divers bâtiments, d'après Ozanne, 24 p. par Le Gouaz et Goiny.

Figures pour le Traité du grèem^ent des vaisseaux, pour le Vocabulaire des term.es de marine.

Le Gouaz avait épousé Marie-Jeanne Ozanne, sœur de son premier maître, plus âgée que lui de six ans, mais « aussi recommandable par ses talens que par son » heureux caractère » , nous apprend sa fille , M"° Le Gouaz devenue M™° Goiny , dans une notice placée en tête de l'œuvre de son père : « Citoyen vertueux, dit- » elle encore, bon époux, père tendre, ami sûr et fidèle, » M. Le Gouaz joignait à des quahtés aussi rares et à » l'égahté de cai^actère dont la nature l'avait doué, une » douceur qui lui a concilié pendant le cours d'une » vie sans reproche, jusqu'à ses derniers moments, le » respect et l'amitié de tous ceux qui l'entouraient. »

Le Gouaz est mort à Paris le 12 janvier 1816.

Les LEGRAND.

Louis Legrand est un fort bon graveur de vignettes dont les Manuels se sont peu occupés, ou point du tout. Quand est-il né. quel fut son maître, nous ne savons, mais comme il commença à signer des vignettes en 1751 , il faut admettre qu'il devait avoir alors au moins vingt ans et qu'il est né vers 1730.

Ces premières pièces datées de 1751 , sont des vignettes d'Eisen pour Clarisse Harloioe et pour Y Éloge de la folie; nous retrouvons ensuite le nom de Legrand dans divers ouvrages :

Pu/fendorf, 175^-1759, fleurons d'Eisen.

Histoire amoureuse des Gaules, 1754, 5 vol. in-12, jolis titres d'après Choffard.

Épigrammes de Martial, 1754, 2 vol. in-12, en-têtes d'Eisen.

Portraits pour la Vie des peintres flamands , de Descamps {Éras^neJuellyn , Jacques Vaillant).

Fables de La Fontaine, d'Oudry, 1755 {la Mort et le Bùche7^on,le Lion et le Rat, le Renard elles Raisins).

Le Congrès de Cythère, Prault, 1756, in-12.

Le Décam,éron de 1757.

Racine de De Sève, 1760.

En 1761 , Legrand grave à lui seul l'illustration d'un petit ouvrage assez estimable : les Amours de Myrtil, Constantinople 1761 ; in-8 , six figures d'après Gravelot , plus un joli titre dessiné et gravé par Legrand.

En continuant à suivre chronologiquement les vignettes gravées par Legrand nous le voyons collaborer aux ouvrages suivants :

Titre pour VAlmanach iconologique de 1764 et pour VIconologie.

Le Temple de Gnide, Prault, 1767; in-12, frontispice et figure d'Eisen.

Titre pour l'Isle m.erveilleuse ou Irza et Marsis, d'après Eisen, 1768.

Les Moissonneurs, deFavart; in-8, jolie vignette d'après Eisen, 1768.

Métamo)'phoses d'Ovide, 1767-71.

Le Royalisme , par Limairac, 1770, frontispice, entête et cul-de-lampe.

Les Aventures d'Abdallah, 1773 , fleuron de titre , d'après Eisen.

Fables de Dorât, 1773.

Molière de Bret, 1773 {les Amants magnifiques).

La Muse lyrique , dédiée à la Reine, par Patouart fils, titre, frontispice de Huet,

Les Épreuves du sentiment, de Baculard d'Arnaud.

Valmon, par Loaisel de Tréogate, 1776, figure d'après Quéverdo.

Les Quatre heures de la toilette des dames, 1779.

Cabinet des Fées.

Théâtre de Collé, 1784.

Louis Legrand a gravé quelques autres pièces qui se rapprochent du genre de la vignette :

LEGRA.ND. 644

Fragments d'une grande bordure pour un Plan de la ville de Rheims, d'après Cochin , 1769 ; la Statue de Louis XV, gravée au bas du plan ; grand Cai^tel pour le même plan (recommencé par Massard).

Le Rhin et la Moselle, allégorie pour une carte géographique d'après Monnet.

Conce?'io de violon à plusieurs instruments, dédié au prince de Prusse, composé par le baron de Bagge , titre in-fol. d'après Cochin.

Le Ballet des Muses , petite pièce allégorique pour les menus-plaisirs du roi, présentée aux gentilshommes de la chambre par Picquet, officier du gobelet et confiseur ordinaire des menus-plaisirs.

Très joli et rare encadrement pour Programme de concert (?), cadre enguirlandé de fleurs , dans le haut les armes du Dauphin , un dauphin , un phénix , dans le bas une harpe. Legrand del. et sculp. ; in-8.

Adam et Eve dans le paradis terrestre, belle composition de Moreau , avec encadrement , grand in-4.

Planches d'histoire naturelle d'après de Sève.

Petit portrait de Mada^ne Bu Barry.

Nous ne savons à quel Legrand il faut attribuer les portraits de Mesmes, d'après Pujos , de M "« d'Oliva, de Pilaire des Roziers, signés Legrand.

Augustin Legrand, que le Manuel appelle Auguste Claude Simon et fait fils de Louis Legrand. est un graveur au pointillé des plus fades :

Le Bonheur au village et les Amis curieux, d'après Aubry ; Ma Chemise brûle, Tèlèm.aque et Eucharis , d'après Fragonard ; la Bèclaration, V Amant py^essant, d'après Huet (chez Bonnet); la Saison des amours, les Petits savoyards, les Cerises, Geneviève de Bradant,

V Enfance e\,V Adolescence de Paul et Virginie, à' Z-'^ves Schall ; Récit d'un invalide chez un fermier de la Haute-Normandie en lui montrant le portrait du Roi, d'après Debucourt; la Cocarde nationale, d'après Boilly ; le Bât, le Rossignol , V Accord , Apothéose de Voltaire (Apollon tenant le masque de Voltaire).

Legrand signa de l'anagramme Denargle deux estampes de Lavreince publiées chez Bonnet : Jamais d'accord et le Serin chéri.

Petit buste de Necker , ovale in-18, Legrand sculp. Londres 1781 ; le Duc de Crillon , profil , pointillé de couleur, ovale in-S, gravé par Legrand rue Si-Jacques vis-à-vis celle des Mathurins n° 41 . Il demeurait aussi rue St-Julien le pauvre n" 18.

Au XIX*^ siècle, Augustin Legrand grave des portraits de la famille royale et une grande quantité de planches de fleurs.

Pierre-François Legrand est un autre graveur au pointillé et au lavis de la fin du XVIIF siècle.

Le Berger des Alpes, d'après Gandat : Érigone, d'après Vallin ; les Bey^gers d'Arcadie , r Amour d'été, V Amour ram^oneur, Ariane abandonnée, les Saisons, la Reine présentant le dauphin à la France , d'après Le Roy ; Mariage républicain et le Divorce, 2 p. au lavis ; Fénélon ou les religieuses de CawJ)rai , suite au lavis ; Flora . d'après Cipriani ; Persévérance, Patience, d'après A. Kauffmann; Security, Appréhension, etc.

Portrait de d'Épréménil.

P. F. Legrand continue à graver au XIX'' siècle , et il fait de plus en plus horrible. Sortons vite de ces bas -fonds de la gravure.

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