LEGRAND
Le Manuel indique un graveur du nom d'HYACiNXHE Legrand, né en Lorraine en 1755, et lui attribue une estampe de Jupiter et lo et une copie de la Gimbleite de Fragonard.
Il y a encore un P. Legrand (Paul?) dessinateur et graveur, qui a dessiné des vignettes pour les Contes en vers de l'abbé Bretin , 1797, et le roman des Trois Feinmes , de M'"® de Charrière, ces dernières ont été gravées par Duplessi-Bertaux , Ghoffard et Couché.
Legrand était allé passer un an à Berne, et en 1798, de retour à Paris, il se trouvait dans une misère noire. « Le désespoir le plus sombre est dans mon cœur, — » écrivait-il à M™^ de Charrière , — ce qui me fait le » plus de chagrin , c'est que je vois tous les fous de » Paris se livrer à toutes sortes de plaisirs plus ou
» moins licencieux et qu'ils paient fort chèrement
» Oui , j'ai lieu de me plaindre de toute la nature et » de son auteur... je ne connais qu'un moyen de » m'affranchir... le grand tais-toy... »
Ce Legrand paraît être le même que celui qui demeurait 63 rue de Thionville et entreprit pour Treuttel et Wurtz la gravure d'un « choix de tableaux distin- » gués du musée Napoléon » : il devait livrer par mois douze planches très soignées, de format in-8.
Mais la convention signée entre le graveur et les éditeurs fut rompue d'un commun accord quelques mois après, en août 1808.
LE LORRAIN (Louis-Joseph),
Le peintre Le Lorrain, élève de Dumont, qui fut membre de l'Académie, donna les premières leçons de dessin à Moreau le jeune qu'il emmena en Russie, et mourut en 1760 à Saint - Pétersbourg , où il avait été appelé par Catherine II pour diriger l'Ecole des Beaux- Arts. Il a gravé quelques morceaux à l'eauforte.
Le Jugement de Salomon, Salomon adorant les faux dieux.
Esther et Assuérus, la Mort de Lucrèce, d'après De Troy.
Le Bouclier d'Hercule , pièce ronde, 1756, — les Enfers, in fol. en largeur.
Le Dessin du feu d'artifice représentant Vunion de V Amour et de VHi/niènèe, ordonné à Rome pour le mariage du Dauphin , mai 1745 , d'après Pannini ; un autre Feu d'artifice représentant le Temple de Minerve, 1746.
Planches pour la Description des fêtes célébrées à Naples pour la naissance d'un prince héritier (1748).
LELU (Pierre).
Le peintre-graveur Pierre Lélu, de l'Académie de Marseille, est né à Paris en 1741. Sa famille le destinait à la médecine, mais elle ne put vaincre son goût décidé pour les arts. Il fallut céder. Cependant on raconte que lorsque Lélu, élève de Bouclier et de Doyen, entreprit à l'âge de vingt ans, le voyage d'Italie, ses parents ne lui donnèrent que six louis, espérant le dégoûter des arts par les difficultés matérielles de la vie. On ajoute que le jeune peintre obtint par l'entremise de son frère, commissaire des guerres, un passe-port de la cour, qui lui tint lieu de recommandations et de protections, en lui permettant de se présenter partout chez les plus considérables amateurs , auxquels il montrait son portefeuille et vendait des dessins. 11 put donc se suffire à lui-même, et arriver à Rome ayant encore cinq louis sur les six qu'on lui avait donnés. Telle est la légende.
Lélu travailla assidûment en Italie ; il étudia les grands maîtres et s'inspira de leur manière, « mallieu- » reusement il ne sut pas rompre entièrement avec » les principes qu'il avait puisés à l'école de Boucher, » ce qui fut cause que souvent dans ses compositions
616 LES GRAVEURS DU XVIIie SIECLE.
» à côté des types les plus grandioses , on retrouve » tous les défauts des maîtres maniérés qui dirigèrent » ses premières études. » De retour en France, il se lia avec le comte Vialart de Saint-Morys et grava plusieurs tableaux de son cabinet.
Il parcourut comme attaché d'ambassade du marquis de Clermont d'Amboise l'Espagne et le Portugal ; se trouvant à Lisbonne en 1775, l'ambassadeur lui demanda le plan d'un catafalque pour le service funèbre de Louis XV.
Il retourna en Italie deux fois encore , en 1777 et en 1789.
Lélu est mort le 9 juin 1810.
La vente de son cabinet fut faite par les soins de l'expert Regnault-Delalande. Lélu avait peint seulement un petit nombre de tableaux , mais grâce à sa facilité prodigieuse et même désordonnée, ses portefeuilles contenaient une quantité immense de dessins.
« Entraîné par sa bouillante imagination, il ne pen- » sait qu'à produire de nouvelles choses et négligeait » trop son dessin, le nombre de ses compositions est » extraordinaire, tout était de son ressort, l'histoire, » l'allégorie, le paysage, l'architecture, les ornements » et partout on retrouvait l'homme instruit et l'homme » de génie. »
C'est à Prosper de Baudicour qu'on doit le catalogue descriptif de l'œuvre gravé de Lélu, travail d'autant plus intéressant que rien n'est plus rare que les estampes des peintres-graveurs. Nulle part on n'en trouve de collection complète ; à peine peut-on en voir une de loin en loin. Les pièces décrites par Baudicour sont au nombre de 75, à l'eau-forte et au lavis. On y
LELU. en
remarque quelques morceaux d'après les dessins des grands maîtres :
Un Prophète , d'après Michel- Ange ; le Père éternel, d'après le Corrège : Dieu bénissant le monde, V Annonciation , V Évanouissement de la Vierge , le Massacre des Innocents , d'après Raphaël ; la Mort d'Adonis, d'après Jules Romain , etc.
Mais Lélu a principalement gravé d'après ses propres compositions :
Sacrifice au Dieu Pan (1760) , première eau-forte du maître âgé de dix-neuf ans , Vllarmonie de la nature (1762) , Vénus et V Amour (1784) , la Toilette de Vénus et Am,phitrite, V Amour et Psyché , grande pièce d'après un dessin exposé en 1793.
Diverses pièces d'après l'Ancien et le Nouveau-Testament :
Judith, Apparition de Dieu à Abraham,, Abeletsa ^emme priant pour leur père, dernière pièce gravée par Lélu en 1808, la Nativité, la Sainte-Famille , les Quatre Evangélistes , la Vierge , V Assomption , V Enfant Jésus et S^" -Catherine, la Foi, r Espérance et la Charité.
Tancrède et Herminie.
Différents sujets de genre :
L" Amour maternel , semant des fleurs sur les enfants d'une jeune mère, johe pièce au lavis ; Jeune chasseur offrant un bouquet à une bergère, in-4 ; la Lanterne magique et le Ménage champèty^e, 2 p. in-fol.
La Dictée (B.32), la Lecture i^S), V Astronome (35), le Philosophe (36), le Sermon (37), VEscalier (38), le Concert (39), la Confidence (42), Berger caressant une bergère (43), les Regrets (44).
Un titre pour Seis trios para dos violines y haxo,
Divers Paysages.
Le portrait de Rome de Vlsle, 1783.
Une Allégoyne à la mémoire d'Henri IV, 1780.
Notons encore une suite de quatre pièces numérotées, les deux premières in-4 en largeur, les deux dernières en hauteur, et représentant des scènes de ballets : i. Attitudes de danse exécutées à V opéra par le S. Doderval, M"** Allard et Pelin en 1779, dessinées et gravées par P. Lélu peintre , à Paris chez l'auteur rue du faubourg Montmartre n° 17. — 2. Attitudes de danse exécutées par le S. Boberval, et M"" Gut/nard et Allard en 1779. — 3. La Diseuse de bonne aventure. — 4. Le Devin du village.
Pendant la Révolution, Lélu « mit son talent au ser- » vice des événements et des idées nouvelles et se » lança dans les compositions les plus grandes et les » plus scabreuses sans avoir la force nécessaire. »
Les Avilis de la Constitution aux m^ânes de Mirabeau , par Lélu , peintre, de l'académie de Marseille, rue St-Avoye 23 ; grand in-fol. en largeur. Dessin fautif, juge Renouvier, composition amphigourique, les allégories et le costume empruntés à la défroque académique ; mais il y a de l'énergie dans l'expression et les mouvements. — Le Triomphe de la Montagne, grand in-fol. — La Raison soutenant la vérité appuyée sur la force, in-4.
Nous relevons, pour finir, un Monument à la mémoire de Desaix , et une Allégorie sur Napoléon P'' terminée par Alix
LE MIRE (NoEL^
NoEL Le Mire occupe, à côté de Choffard, de Gaucher, de Nicolas de Launay et d'Augustin de Saint- Aubin, le premier rang parmi les artistes qui ont gravé la vignette et le portrait de livre. Ce graveur célèbre, qui a eu pour dessinateurs les plus fameux vignettistes, Gravelot, Eisen et Moreau, qui a collaboré aux principaux livres à figures du XVIIP siècle , qui a même gravé à lui seul un des plus beaux, le Temple de Gnide, qui a exprimé la grâce de la femme comme aucun autre , le seul peut-être qui ait su traduire jusqu'à la perfection les voluptueux dessins d'Eisen, mérite d'être appelé, dans un petit genre bien entendu, un grand maître.
11 était né à Rouen le 24 novembre 1724 , et était l'aîné d'une famille de treize enfants. Les premières leçons lui furent données par Descamps. Il vint à Paris vers 1745 se perfectionner à l'Ecole des Beaux-Arts et dans l'atelier de Le Bas , d'où sont sortis tant de graveurs de premier mérite. En 1750 , il remporta le premier prix du modèle au concours de l'École des Beaux- Arts.
Le Mire était lancé. Dès le 9 mai 1751, Le Bas écri-
vait à un de ses anciens élèves, Rehn , une lettre qui se termine ainsi : « Notre normant Lemire gagne par » jour ses dix-huit livres. 11 a pour une petite figure » debout qu'il fait en six jour cent livre. Le temps a » bien changé depuis que vous étiez à Paris. »
Les figures d'une petite HenHade d'Eisen in-i2, de rÉloge de la Folie, de la Christiade de Labaume Desdossat, du Lucrèce de Marchetti, de Métastase, sont ses premiers essais. En 1755, il est dans la plénitude de son talent, et grave une grande partie du Boccace de Gravelot, soixante vignettes et culs-delampe. On lui doit aussi nombre de pièces des Contes de La Fontaine des fermiers généraux, d'après Eisen, notamment la fameuse figure du Rossignol , de toute rareté lorsqu'elle est découverte. Les bibliophiles estiment qu'un exemplaire contenant cette petite gaillardise, vaut considérablement plus qu'un exemplaire qui n'a que le rossignol sans le rossignol.
Car Le Mire se plaisait à commencer ses figures découvertes ; les épreuves à remarque abondent dans son œuvre, et font les délices de certains iconophiles qui les recherchent avec passion, l'une avant la rose, l'autre avant le nuage, celle-ci avec le petit trait, cette autre avant le voile !
Le Mire fait plus que collaborer à VOvide de 1767, il est avec Basan le metteur en œuvre de ce magnifique livre, il prépare une grande quantité de planches à l'eau-forte, et de plus vingt-six pièces terminées sont signées de lui. Les plus belles sont VAge d'or, V Automne, Persée et Andro7nède, d'après Eisen, Alars et Vénus, Pygmalion, Vénus pleuy^ant Adonis, d'après Boucher, et enûn Jupiter et Zo d'après Monnet,
autre pièce à remarque , dont il existe des épreuves très découvertes.
Le Mire , qui paraît n'avoir pas eu un caractère facile , quoique droit et généreux , eut des démêlés avec Basan au sujet de V Ovide. Wille fut leur médiateur, et ils se séparèrent d'intérêts : Basan resta seul propriétaire du livre , en donnant à Le Mire dix mille six cents livres et douze exemplaires complets, (Voir l'article Basan).
Nous retrouvons encore Le Mire interprétant Gravelot dans le Racine et le Corneille. Il fut le principal graveur de la suite de Corneille, qui est un de ses chefsd'œuvre, -les gravures des comédies notamment sont exquises par la légèreté et l'esprit de leur touche , et l'une d'elles, la Galerie du Palais, est une petite estampe renommée, elle est fort curieuse ; les Ahnanachs Iconologiques , dont il a gravé le titre aux armes de Poisson de Marigny son protecteur, les Contes moraux, la Pharsale, traduction de Marmontel, V Histoire de Miss Jenny par madame Riccoboni , V Histoire de St-Louis de Joinville (1761), les Œuvres deLafargue, la Nouvelle Héloïse. Les figures de V Anthologie sont toutes gravées par Le Mire, une d'elles est découverte.
Le Mire a gravé d'après Eisen des illustrations pour les Opuscules du marquis de Pezay, puis VHisioire des guer?'es civiles de France , le Joujou des demoiselles, etc. Nous n'y insistons pas ici, nous y revenons plus au long dans le catalogue que nous donnons à la suite de cette notice.
En 1762 paraît son œuvre principale, le Temple de Gnide avec dix figures gravées par lui d'après Eisen. C'est en regardant des épreuves de premier état de ces
merveiUeuses figures, chefs-d'œuvre de gravure d'après des chefs-d'œuvre de dessin \ qu'on saisit le côté
1 C'est chez l'un de nos meilleurs bibliophiles , pour la science, la prodigieuse richesse de sa collection, la passion qu'il a mise à en réunir les éléments et le soin jaloux qu'il prend de la conserver, que se trouvent , en face des lumineuses eaux-fortes de Le Mire qui les traduisent , les suaves mines de plomb d'Eisen. Ce merveilleux exemplaire du Temple de Gnide n'est pourtant qu'une perle au milieu du plus riche des écrins.
Quelqu'incomplète que puisse être la rapide revue que nous allons faire d'une des plus belles réunions de livres qui aient été formées , nous ne résistons pas au plaisir de donner une idée des richesses bibliophiliques de M. de Lignerolles :
Notons, dans le XVIIF siècle qui nous occupe plus spécialement, les Fables de La Fontaine, d'Oudry, aux armes du duc d'Aumont; les Coules moraux de Marmontel , aux armes de M. de Sartines ; un Temple de Gnide aux armes de la comtesse d'Artois , de merveilleux exemplaires de l'Heplaméron , des Contes des Fées , et des Contes de La Fontaine des Fermiers-Généraux , dans de fraîches reliures de Derôme ; un Décaméron de Boccace avec dentelles ; enfin la collection des Bleuet, figures avant la lettre et eaux-fortes, habillée parTrautz.
La vieille reUure est , dans cette bibliothèque, d'une extrême richesse, tant pour sa perfection artistique et sa conservation exquise, que par les souvenirs historiques qu'évoquent les personnages auxquels les livres ont appartenu et les bibliophiles célèbres qui les ont possédés.
Voici , pour le XVF siècle, ï Architecture de Vitruve et la Géométrie de Bouvelles, aux armes de François F""; VEntrée de Henri II à Paris, dans une reliure à compartiments de couleur; le Catulle d'Aide, de Grolier ; le Thucydide et le Plutarque en reliure molle aux insignes de Henri III ; le Du Fouilloux, s. d., aux armes de Frédéric le Pieux, duc de Bavière ; les Généalogies des rois de France, aux rares insignes de Gouffier, duc de Rouannois ; les Propos de Ladulphi reliés avec le Lazarille, aux armes de DeThou, ainsi que les Œuvres de La Boé'lie, les Essais de Montaigne , édition de 1595, aux armes de Sullj. Le Plutarque de Vascosan est là représenté par le plus bel exemplaire connu, relié en maroquin bleu doublé de maroquin citron par Padeloup ; enfin des Maïoli , des Canevarius, etc . . . .
Le grand siècle, c'est dire le XVIF, est éblouissant par l'exquisité de ses reliures et la variété autant que l'intérêt des provenances. Voici le Molière de la rarissime édition de 1673, exemplaire du grand Colbert,
personnel du talent de Le Mire ; il est un des rares artistes dont les productions ont un cachet individuel
à côté de l'Eseole des femmes , édition originale aux armes d'Anne d'Autriche; le Racine de Madame de Chamillart ; Esther et Athalie , in-12 , reliées ensemble aux armes du maréchal de Montmorency-Luxembourg ; une autre Esther in-12 , exemplaire de Madame de Maintenon; Athalie, in-4, aux armes de la marquise de Caylus, née de Villette, élève favorite de la directrice de Saint-Cyr, qui la chargea d'un rôle dans la représentation de la pièce devant Louis XIV. — Des livres aux chiffres de Louis XIII dans ces belles reliures à compartiments si estimées des amateurs ; le Livre de Prières d'Anne d'Autriche, avec miniatures et pages découpées en guipures, dans une curieuse reliure à son monogramme ; un Balzac aux mêmes armes ; le Voiture et les Mémoires de Rabutin , exemplaires du prince Eugène de Savoie ; VHistoire de saint Louis et des Homélies couvertes de dorure , pour le Président Séguier ; les Mondes de Fontenelle , avec la levrette de Madame de Chamillart ; les Lettres du Cardinal d'Ossat , aux armes du cardinal Aldobrandini ; le Temple des Muses de 1655, en maroquin doublé, exemplaire de Hohendorf; V Imitation de Jésus-Christ de Henriette de France ; une autre Imitation , celle-ci de l'abbé de Choisy, avec la figure Audi filia , au lion des d'Aubigné, ce qui veut dire que c'est à la vue de cet exemplaire même que Madame de Maintenon ordonna la suppression de la vignette qui la représentait. Cette vignette est un des oiseaux rares de la bibliophilie !
De la belle bibliothèque du comte d'Hoym , de nombreuses épaves : un Virgile, son Pétrone, son Marol de HOO, ses Mémoires de Du Bellay et l'édition originale des Amours de Psyché par La Fontaine.
Dans les Bossuet , les Divers écrits à la croix de Saint-Cyr, les Etats d'oraison du duc de La Vieuville , \ Histoire Universelle de Marie-Thérèse d'Autriche, VHistoire des Variations du ducdeLuynes, le Traité de la Communion du prince de Condé , et des exemplaires de l'évêque de Meaux lui-même, marqués de ses trois roues ; la Confé' rence avec Mr Claude et les Réponses à farchevêque de Cambray. Un autre exemplaire de VHistoire Universelle est aux armes de la Duchesse de Bourgogne.
C'est d'ailleurs une des plus riches séries que celle des livres de piété , et près des volumes ornés des masses d'armes des Gondy, qui ont appartenu à la duchesse de Lesdiguières , brillent d'un éclat sans pareil les Sermons et les Homélies de saint Jean Chrysostàme, quatre volumes couverts d'une reliure en mosaïque de couleur, dorée à petits
qui peut se reconnaître au premier coup d'œil ; il excelle à rendre le nu, sa qualité maîtresse est le bril-
fers par Le Gascon , et qui est un vrai chef-d'œuvre. Il faut encore mentionner le Missel du Cardinal de Richelieu , écrit par Nicolas Jarry et relié à ses armes , et provenant du même homme d'Etat , l'intéressant exemplaire des Sentiments de VAcadémie française sur la tragédie du Cid.
Arrachons-nous aux reliures anciennes, car il faudrait tout citer et établir un vrai catalogue , pour dire un mol de l'extraordinaire corps de hibliothèque rempli de deux mille volumes , reliés par le célèbre Trautz-Bauzonnet avec cette solidité , ce bon goût , ce gras dans la dorure qui en font le digne descendant des Le Gascon , des Boyet et des Padeloup.
C'est là que se trouve la plus extraordinaire réunion de plaquettes rarissimes sur l'histoire de France. Nous n'en citerons qu'une , le seul exemplaire connu de V Entrée de Charles VIII ; là aussi que sont rangés eu bon ordre tous les poètes les plus rares, les séries des chansonniers, des mystères , les pièces de Corneille , Molière et Racine en éditions originales; les conteurs, parmi lesquels les Cent Nouvelles nouvelles, première édition de Vérard, et la première édition des Amants fortwiés ; romans de chevalerie , livres sur l'Amérique , sur la dentelle , sur la chasse, livres à figures du XVP siècle, éditions originales de tous les grands classiques, tout s'y trouve en exemplaires de choix et dans les reliures du grand artiste.
Enfin , pour terminer cette notice bien longue et cependant trop courte, disons qu'il se trouve encore chez M. de Lignerolles trois volumes précieux à différents titres :
Une Semaine-Sainte à riche reliure , ofièrte à la princesse de Lamballe pour le jour de sa fête par la famille royale, avec des autographes de Louis XVI, de Marie -Antoinette et de leur fille la duchesse d'Angoulême ;
Un exemplaire unique des Oraisons funèbres de Bossuet , offert par les typographes à leur avocat Berryer en 1863 ;
Et un livre inestimable et précieux entre tous dans sa modeste reliure en vélin , les Essais de Montaigne de 1588 , exemplaire adressé par l'auteur au jurisconsulte Antoine Loysel , avec un touchant envoi écrit de la main du grand philosophe peu de temps avant sa mort.
Honneur au bibliophile éminent autant que modeste qui a su réunir d'aussi précieux souvenirs du passé, et qui a voulu leur consacrer son existence.
lant. Aucun graveur de vignettes ne l'a égalé sous ce rapport ; les belles épreuves de Le Mire sont à la fois veloutées, fondues et lumineuses.
Après le Temple de Gnide, Le Mire, qui n'a guère gravé jusqu'alors que d'après Gravelot et Eisen , devient le traducteur de Moreau. Presque toutes les productions qui portent les noms réunis de Moreau et de Le Mire sont des chefs-d'œuvre : nous citerons la plus belle des gravures du Rousseau in-4 , le Premier baiser de V amour, qui représente Julie s'élançant dans les bras de St-Preux ; dans le même ouvrage, V Inoculation de l'amour, Pygmalion , figure qui existe découverte ; les vignettes des Conversations d'Emilie in-8 , de Shakespeare in-8 ; surtout les magnifiques portraits allégoriques de Louis XVI et Marie-Antoinette in-4, ainsi que le petit médaillon àe Marie- Antoinette soutenu par des amours ; celui de La Fontaine pour les Fables en vers gascons, et enfin la fameuse allégorie sur le partage de la Pologne, le Gâteau des Rois, pièce interdite par la censure , bien que par amitié M. de Sartines ait laissé à Le Mire un répit de vingt-quatre heures pour en faire tirer des épreuves.
D'après Cochin , on a de lui le frontispice et l'une des six figures du Télémaque gravé, dont la publication ne fut jamais achevée. Naturellement c'est la plus voluptueuse , Téléinaque dans le temple de Venus à Cythère. Elle est fort jolie surtout en eau-forte ; Romanet l'a terminée.
Les eaux-fortes de Le Mire méritent d'ailleurs d'être recherchées entre toutes pour leur inexprimable douceur qui n'exclut pas l'éclat. Le Mire tirait aussi des
épreuves très avancées , avant de procéder aux derniers travaux.
Le Mire a gravé quelques petits portraits très remarquables comme finesse, Joseph II, Miroménil, etc.
Sur la fin de sa vie , ruiné par la Révolution , il continua à graver quelques vignettes, pour le Rousseau in-4 de Gochin et Monsiau, Gessner, Hèloïse et Ahailard de Moreau, les Amours de Faublas de 1794, les Liaisons dangereuses , Arsace et Ismènie, etc. Le graveur du Temple de Gnide d'Eisen, exécuta même en 1796 une vignette d'après Peyron pour le Temple de Gnide : la Vision du fils d' Antiloque. Hélas , quantum, tnutatus , dessin et gravure , que cela est donc laid !
Son œuvre se termine en 1799 par ce sujet bien rebattu , le Gouverneur du Sérail choisissant les feîïimes , d'après Taraval. La planche est médiocre , mais Le Mire n'eut pas, du reste, la prétention de se hausser jusqu'à l'estampe.
Le Mire mourut à Paris le 21 mai\s 1801, rue de la Harpe. 11 était membre de l'Académie Impériaile et Royale des Arts de Vienne (1768), de l'Académie de Rouen (1769) et de celle de LiUe (1783).
Généreux et bon, il aimait à encourager le débuts des jeunes artistes, et ce n'est point de sa faute si aucun de ses élèves n'est arrivé à la réputation. Mais il était susceptible et peu d'humeur à supporter les observations. Un jour , c'était en 1759 , Eisen lui ayant signalé quelque défaut dans une planche qu'il lui avait donnée à graver. Le Mire se mit dans une colère furieuse, se répandit en invectives contre le dessinateur, le traita de j.... f.... et lui dit que si ce
n'était par égard pour sa femme et ses enfants , il lui passerait son épée au travers du corps ; et Eisen épouvanté, de s'enfuir et d aller porter plainte au commissaire du Châtelet , comme quoi Le Mire lui avait fait courir risque de la vie !
Le Veau était son élève favori ; Le Mire s'est fait aider par lui dans beaucoup de travaux.
Antoine-Louis Le Mire, frère cadet et élève de Noël, montrait des dispositions heureuses pour la gravure , mais, entraîné par un tempérament ardent il se livra à de tels excès de jeunesse que sa constitution , bien que robuste , ne put résister ; il mourut jeune à Paris entre les bras de son frère.
Louis Le Mire a donc laissé fort peu de chose, une Parade exécutée par des singes , in-4, L. A. Le Mire inv. sculp.; une estampe d'après VanDer Meer, Temps •roid et neigeux , et des planches pour les Fables de la Fontaine, d'après Oudry : la Mort et le Mourant, les Deux amis, le Singe et le Chat, Tircis et Amarante, le Singe et le Léopard.
Cette dernière vignette est bien connue des bibUophiles ; elle sert à distinguer le premier tu^age du livre lorsque l'enseigne de la baraque ne porte pas encore ces mots : le Léopard.
11 existe un excellent catalogue raisonné de l'œuvre de Noël Le Mire. Ce travail, fort intéressant et très complet, est dû à M. Jules Hédou , de Rouen K
1 Noël Le Mire et son œuvre , suivi de l'Œuvre gravé de Louis Le Mire, par M. Jules Hédou. Paris, Baur, 1875, 1 voLia-8. Portrait à l'eau-forte par Gilbert.
ESTAMPES
1 . Le Berger, — la Bergère, 2 p. d'après Berghem; in-4 en largeur