CHATELAIN (JEAN-BAPTISTE- CLAUDE
Chatelain, que les Anglais revendiquent comme un de leurs artistes, est né à Paris en 1710 (d’autres écrivent à Londres): toujours est-il que si son nom indique une origine française, c'est en Angleterre qu'il passa la plus grande partie de son existence. Chatelain, que l’on représente d’un caractère bizarre et ne travaillant que poussé par la nécessité, avait un véritable talent pour graver le paysage.
1 oxécutait, d’une touche libre at facile, das eauxfortes que terminait en manière noire le graveur Houston. Chatelain fut beaucoup employé par l'éditeur Boydell, en particulier pour graver avec Vivarès la suite de 44 Paysages, d'après Claude, Rembrandt, Guaspre , etc. Vivarès étant plus apprécié du public, c'était son nom que l’on mettait souvent, par une rouerie de marchand, au bas de pièces gravées uniquement par Chatelain; il en est ainsi pour un beau paysage d’après Pietre de Cortone , et pour un autre connu sous le nom de l'Orage, d’après Poussin qui y a placé la fable de Pyrame et Thisbe.
Chatelain a encore gravé pour Boydell onze Paysages représentant des Vues de Londres el
d'Italie d’après Ricci. Il est malheureux que l'irrégularité de sa conduite, dissolule course of hfe, dit Bryan, l'ait empêché de cultiver la grande facilité et le talent tout spécial qu'il avait pour le paysage. Citons encore deux portraits de notre graveur, Crébillon et Meunier de Querlon.
La rubrique Londres qui se trouve si souvent sur les titres des livres imprimés au dernier siècle, et qui sert à dissimuler le véritable lieu d'impression, est peut-être exacte en ce qui concerne le Dépt et le Voyage, poëme de Bastide imprimé à Londres en 1771, car l'une des figures d'après Desrais est signée de Chatelain et la plus jolie, celle du chant V, doit également lui être attribuée (1770) ; or l’on sait que notre graveur habitait Londres.
Ce serait donc sur la fin de sa vie que ces vignettes auraient été gravées, puisqu'on le dit mort à Londres en 1771 ; mais alors comment concilier cette date avec la mention de 12 petites figures très-finement gravées par Chatelain pour un ÆRobinson Crusoë de 1784 (Paris, Cazin) des vignettes pour les ouvrages de Fallet, le Phaëélon et les Aventures de Chéréas et Callirhoë (1775) et Mes Bagatelles (1776); pour les Poësies de M. Bérenger (Paris, Cazin 178), de pièces pour les Œuvres de l'abbé Prévost (1783-1784) etc... Il faut donc supposer l'existence d’un autre Chatelain ; Dominique suivant le catalogue Paignon Dijonval, ou F.-B. Chatelain d’après Le Blanc.
CHEDEL (PIERRE-QuENTIN).
Chedel, né à Chàlons-sur-Marne en 1705, avait reçu les premières leçons dans l'atelier de Le Moine : puis il se décida pour l'art de la gravure comme plus en rapport avec ses moyens et entra chez l'excellent graveur Laurent Cars. Là encore la mesure de son talent lui fit de préférence choisir le petit genre de la la vignette qu'il se mit à dessiner et à graver.
« Il y réussit parfaitement, a écrit Gaucher dans ses » Notices sur les graveurs, ses compositions sont » pleines de feu et d'invention , et touchées avec tout > l'esprit et le goût possible. » Nous trouvons l'éloge peut-être un peu exagéré.
Son œuvre se compose de suites de paysages, d'ornements, de costumes , et surtout de vignettes, généralement touchées avec soin. Citons des Sujets de l'Ancien el du Nouveau Testament (42 pièces), un Livre d'Ornements, d’après Juste Aurèle Meissonnier (15 pièces) , {es Mois de l'Année (24 pièces), des fleurons pour l'Histoire de France du président Hénault, des Armoiries, de nombreuses suites de Paysages, des suites de Batailles (39 pièces), d'Événements maililaires (6 pièces), deux portraits, Nicolas de la Brosse
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comle de Vertillac, et Claude de Lisle, historiographe. Parmi ses travaux pour les livres, le plus connu est la suite des jolies gravures d’après Boucher pour le roman d’Acajou et Zirplule de Duclos. On sait que les dessins avaient primitivement été composés par Boucher, sur la demande du comte de Tessin, amateur des arts et aussi parait-il des charmes de Madame Boucher, qui avait trouvé ce moyen ingénieux de se rapprocher de sa belle. Ces vignettes devaient orner un petit roman de la composition du diplomate, Faunillane ou l'Infante jaune. En 1740, on en tira deux exemplaires, dit-on, mais un nouveau tirage. fait en 1741, a rendu ce livre beaucoup moins rare. Lorsque le comte de Tessin fut rappelé dans son pays, les planches gravées n'avaient encore que peu servi, et il en fit cadeau à son ami Duclos, d’autres disent à Prault fils, qui aurait engagé ce littérateur à écrire un nouveau conte pour les utiliser, ce qui fut fait. Les gravures de Chedel sont exécutées à l’eauforte avec facilité et esprit, dans le format in-4. Des réductions en 6nt été faites pour une édition in-12. Cochin avait confié à Chedel un certain nombre des planches des Fables de La Fontaine d’après les dessins d'Oudry (1755). 11 faut avouer qu’elles sont exécutées d’une manière dure et sans charme, mais il est juste d'ajouter qu’on semble s'être attaché à ne lui faire graver que les sujets profondément ennuyeux et dépourvus de personnages , l'Aigle et le Hibou, la Montagne qui accouche d'une souris, le Lièvre et la Tortue , la Goutte et l'Araignee , le Cochet le Chat et le Souriceau, le Soleil et les Grenouilles, la Mouche et la Fourmi, le Combat des Rats et des Belettes,
l'Écrevisse et sa Fille, le Héron, le Rat et l'Huitre. etc, etc. affreux animaux dans de plus affreux paysages.
D'un autre côté , il faut restituer à Chedel une partie de l'honneur que l’on fait à Laurent Cars en attribuant à ce dernier seul la gravure des figures de Boucher pour Molière. Chedel est tout simplement le graveur qui a exécuté à l’eau-forte une grande partie de ces illustrations si estimées. On trouve son nom en toutes lettres sur les eaux-fortes des figures : le Cocu baltu el content , le Sicilien , l'École des Femmes , l'École des Maris, Dom Garce, les Plaisirs de l'ile enchantée, l'Impromptlu de Versailles, Psiché, les Fourberies de Scapin , Don Juan , le Misanthrope , le Bourgeois Gentilhomme.
Certainement c'était sous l'inspiration de Laurent Cars dont il était l'élève et dans son atelier que ces figures étaient gravées, mais l’on n’en constate pas moins que la part du maître , bien moins considérable que ce que l’on supposait au premier abord, se réduit à un travail de retouche , nous ne disons pas de perfection, car pour nous il n’y a pas plus de talent dans ces épreuves poussées à l'effet que dans les libres eaux-fortes primitives.
Le nombre des pièces gravées par Chedel est d’ailleurs très-considérabie et leur sèche énumération nous entraînerait trop loin. Gontentons nous de citer encore des estampes d'après Watteau, Arlequin jaloux et le Retour de Guinguelle, pour le recueil, publié par M. de Julienne, des œuvres de ce maître ; des paysages d’après Boucher , comme /e Dévot hermite. le Colombier, la Ferme, le Pont
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ruslique, le Clot-Payen; des estampes d’après les tableaux de Dujardin, Ruysdaël, Wouvermans, Pierre, appartiennent pour la plupart à la galerie du comte de Villeneuve-Vence; et une certaine quantité de vignettes illustrant des ouvrages publiés de 1730 à 1760. Distinguons-y une Histoire du Peuple de Dieu du P. Berruyer (1738), les Nymphes de Diane , opéra comique de Favart, le fleuron de Mon Odyssée, le poëme de {a Colombiade de M" Du Bocage (1766).
C'est Cochin qui fournit à Chedel le plus grand nombre de sujets de vignettes. Notre graveur l'a interprèté avec habileté dans /' Histoire générale des Voyages de l'abbé Prévost (1746), in-4 et in-12 : dans un fleuron pour Daphnis et Chioé (1745): dans un certain nombre des culs-de-lampe de /'Abrégé de l'Histoire de France du Président Hénault (1746) où Chedel a gravé dix sujets sur seize 4: dans les fleurons de la Géométrie à l'usage des Artistes. nouvelle édition du traité de Sébastien Le Clerc ; dans le Trailé des feux d'artifices de Frézier (1747); dans l'Art de la Guerre du maréchal de Puységur (1748) : et dans un grand nombre d'autres ouvrages parmi lesquels il ne faut pas passer sous silence la jolie édition des Contes de La Fontaine de 1745. Chedel a gravé pour ce livre , avec Ravenet et Fessard, quelques-unes de ces vignettes à mi-page qui sont du meilleur faire de Cochin; Jombert nous signale : es Aveuxæ indiscrets, le Contrat, les Quiproquos, la Coulurière , le Gascon, la Cruche cassée, Promettre esl un, et le Rossignol.
1 Dans l'édition de 1749, in-4, Chedel a gravé huit fleurons. I 24
Dans une circonstance pourtant Chedel n'eut pas l'heur de plaire à Cochin. À son retour d'Italie, cet artiste littérateur faisant paraître avec Bellicard des Observations sur les antiquités d'Herculanum voulut y joindre une planche représentant le spectacle de l'Éruption du Vèsuve de 1750 , dont il avait été le témoin et qu'il avait dessinée sur les lieux ; mais il ne fut pas content de la manière, en effet lourde et pâteuse, dont Chedel avait rendu son dessin; la planche resta inachevée et ne figure pas dans ceite édition.
« Chedel, dit Gaucher, était d’une complexion fort >» délicate et menait une vie très-sobre et très-retirée : > La douceur de ses mœurs et l'égalité de son caractère, > jointes à sa candeur et à sa probité lui acquirent » l'estime et l'amitié des personnes avec lesquelles il » vivoit. Sa trop grande assiduité au travail et la vie »trop sédentaire qu'il menait , lui occasionnèrent » plusieurs maladies -qui le rendirent sur la fin de ses > jours un peu triste et mélancolique, quoiqu'il fut >» naturellement fort gai. »
La vieillesse était arrivée et comme sa vue était fort affaiblie,Chedel prit le parti de se retirer dans son pays natal où il mourut en 1763. Voici l'acte de décès de Chedel : « Le 1° juin 1763 est décédé Monsieur > Pierre-Quentin Chedel, bourgeois de cette ville, » âgé d'environ cinquante-sept ans , de cette paroisse. » Il étoit fils de défunts Quentin Chedel, marchand à > Chaalons, et de dame Marie Cousinat; il a été » inhumé le lendemain dans le cimetière de cette > paroisse, en présence des parans et amis, notamment > M.M. Augustin-Nicolas, Jean-Louis Chedel, garçons
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> majeurs , ses neveux , et Ignace Le Lorrain, greffier » du présidial, dont l'épouse est nièce du défunt, qui > ont signé avec nous. — A. Nicolas-Ledieu , curé de » St-Nicaise. »
Heinecken possédait un œuvre complet de Chedel, qu'il céda, (c'est l'euphémisme consacré entre amateurs) à un M. Otto, de Zurich. Un autre œuvre du graveur comprenant 993 morceaux, fut vendu à la vente Cayeux en 1774, la somme de 104 livres 19 sous et adjugé à Basan. L'’étroite amitié qui unissait le sculpteur Cayeux et Chedel permet de supposer que ce recueil devait être bien complet.
Le Blanc a catalogué 516 pièces de ce graveur.