‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 16 sur 275 · V. D'APRÈS FRAGONARD · texte numérisé non relu

V. D'APRÈS FRAGONARD

32. A FEMME AVARE GALANT ESCROC. Pour les Contes de La Fontaine, 1795, in-4.

Cette vignette est l'une des mieux réussies d’une suite considérée elle-même

à juste titre comme une des plus belles illustrations qu'’ait produites l'école du xvt siècle.

Faisons remarquer ici que le mérite des graveurs d'illustrations ne consistait pas uniquement à reproduire avec exactitude les modèles qu'ils avaient sous les yeux, à n'être, en un mot, que des copistes sur cuivre. On ne leur fournissait pas toujours, en effet, des dessins terminés comme ceux de Moreau le Jeune par exemple, où tous les moindres détails, tous les tons, sont indiqués, où rien n’est laissé à l'initiative du graveur. — Souvent on ne leur donnait que des esquisses, et c'est le cas pour les Contes de La Fontaine.

Nous avons vu les dessins de Fragonard, dans le merveilleux exemplaire que possède aujourd'hui M. Eugène Païllet. Assurément, ils sont adorables ; dans le vague où le grand artiste les a laissés, et qui leur donne je ne sais quelle apparence immatérielle ; on dirait, en voyant défiler sous ses yeux ces cinquante-sept pièces , qu'on est parvenu à fixer sur des plaques sensibles , par un procédé merveilleux , les idées délicieusement confuses d’un rêve.

Mais, dans la gravure, les choses ne sauraient demeurer ainsi. Les interprêtes ont dû dégager, pour ainsi dire, de la brume, et préciser les contours, les formes, l'expression des visages, donner’tes proportions aux figures, rendre exactement les détails des costumes et des ameublements, des paysages, mettre en perspective, et, chose si difficile, répartir la lumière, éclairer harmonieusement. — Ils y ont réussi.

On voit que nos graveurs ont été aussi, tout simplement, sans prétention et sans fracas, des dessinateurs singulièrement habiles.

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